STADE D'ULCÉRATION
parties de la muqueuse qui sont accessibles à la vue : — les parois sont recouvertes en beaucoup de points d'une sorte d'exsudat blanchâtre, qui offre une certaine ressemblance avec les fausses membranes de la diphthérie, mais qui est beaucoup moins concret, moins cohérent, et qui se laisse enlever facilement à l'aide d'un pinceau. Lorsque la gorge est ainsi nettoyée, on voit sans peine les ulcérations, avec les caractères décrits plus haut, occupant les parties latérales, la paroi postérieure du pharynx, décroissant d'intensité en bas au voisinage du larynx et de l'œsophage, mais se prolongeant supérieurement vers la voûte, aussi loin que l'œil peut atteindre.
Souvent la lésion, arrivée à ce degré, est arrêtée dans sa marche par la mort du malade, mais quelquefois on la voit atteindre un degré de plus : criblée par les ulcérations qui se rejoignent de tous côtés, la muqueuse est réduite à des lambeaux isolés qui se mortifient et se détachent ; elle est bientôt détruite entièrement, et le chorion sous-muqueux, ou même le revêtement glandulaire est mis à nu. Le fond de la gorge n'offre plus alors qu'une surface tomenteuse, pultacée, couverte d'un pus épais mêlé à des matières alimentaires. Lorsqu'on détache ces concrétions, on trouve au-dessous la paroi déchiquetée, méconnaissable, uniformément dépouillée de sa membrane muqueuse. Tel est l'aspect que présentait, dans les dernières semaines de sa vie, le malade qui fait le sujet de notre observation IIL
Nous avons décrit plus haut la forme et les caractères des plaques d'infiltration tuberculeuse par lesquelles débute la tuberculose pharyngée chronique. Quand une de ces plaques commence à s'ulcérer, on voit d'abord se produire, sur un point de sa surface, une érosion superficielle, peu étendue, analogue à celle qui résulterait de l'action d'un coup de râpe. Bientôt cette érosion s'agrandit, gagne la plaque tout entière et prend alors un aspect chagriné ou mamelonné qui rappelle assez exactement la surface d'une plaque muqueuse ulcérée.
Une zone étroite d'hyperémie, d'un rouge terne et mal délimitée, se confond insensiblement avec la coloration des parties saines.
Ce premier degré peut persister pendant un certain temps, puis la surface ulcérée se creuse davantage, devient inégale et anfractueuse ; ses bords sont alors irréguliers, bourgeonnants, quelquefois légèrement saillants et renversés en dehors; son fond est inégal, grisâtre, couvert de bourgeons charnus plus ou moins volumineux. Les caractères des ulcérations varient du reste selon leur siège et leur mode d'évolution.
Sur le voile du palais et sur la luette, le travail morbide prend parfois un caractère destructif : quand c'est la luette qui est atteinte, on voit celle-ci, d'abord très volumineuse, se détruire et disparaître peu à peu. Dans un cas d'Isambert (1), la luette attaquée par sa base avait été détachée peu à peu de ses insertions et avait fini par tomber. — Sur les amygdales, parfois la plaque ulcéreuse végète, et pousse des prolongements en forme de grosses papilles molles et fongueuses; dans d'autres cas au contraire elle creuse et gagne incessamment en profondeur, au point de détruire une portion notable du tissu glandulaire : — la raison de ces différences est difficile à concevoir.
A la voûte du pharynx les ulcérations atteignent volontiers les trompes d'Eustache : Wendt (2) rapporte un cas dans lequel le bourrelet terminal était complètement détruit, et l'orifice tubaire de niveau avec les parties environnantes; — dans les faits de ce genre, le canal de la trompe est ordinairement oblitéré, soit par bourgeonnement, soit par rétraction de ses parois devenues fibreuses. — Plus souvent encore l'ulcération se locahse dans la région riche en follicules clos désignée par les Allemands sous le nom d'amygdale pharyn-
(1) Isambert, Comm. à la Soc. méd. des hôpitaux, 1876.
(2) Wendt, Ziemssen's Handbuch, t. VII, p. 294.