‹ De la Tuberculose Inoculée par la Muqueuse Buccale: De l'Efficacité des Phosphates de Chaux dans son TraitementChapitre 12 sur 18 · OBSERVATION XII (DU DOCTEUR BOULLAND · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII (DU DOCTEUR BOULLAND

N..., 40 ans, charretier, a d'excellents antécédents héréditaires, mais était sujet à S'enrhumer tous les hivers.

Il y a deux ans, il s’est apercu que ses deuxième et quatrième molaires gauches étaient cariées. Peu à peu, il s’en est éliminé des fragments et les alvéoles se sont garnis de bourgeons fongueux. En même temps l’haleine est devenue très fétide.

Peu de mois après le début de la carie dentaire, il s’est formé un chapelet ganglionnaire cervical gauche, puis une adénite suppurée avec fistule qui persiste encore.

Depuis six mois le malade tousse sans interruption, il a eu des hémoptysies extrêmement abondantes, puis à. maigri et présente chaque soir une poussée fébrile. ,

Actuellement on trouve de la tuberculose au deuxième degré occupant tout le tiers supérieur du poumon gauche.

ÉTIOLOGIE

Un des premiers, et presque en même temps que Strauss en 1894, le docteur Boulland, de Limoges, ancien interne des hôpitaux de Paris, qui jouit à juste titre de la réputation d’un observateur médical consciencieux, appelle en 1893 l’attention de la Société de médecine et de pharmacie de Limoges sur certaines portes d'entrée de la tuberculose que l’on paraissait avoir méconnues jusqu'alors.

Il expose qu’à la suite de la chute ou de l’avulsion d’une dent, l’alvéole présente une surface d’inoculation où se déposent les germes tuberculeux qui peuvent être contenus: dans les aliments mal cuits; il montre, avec quelques observations inédites à l’appui, — dont je suis heureux de pouvoir en reproduire quelques-unes très précises — qu'une adénopathie cervicale consécutive se forme et qu’elle est l'indice de l'invasion tuberculeuse.

Il n’est point besoin, par les quelques observations et considérations que j'ai à présenter, de rappeler d’une façon complète la cause habituelle où peuvent se produire ces inoculations. ‘

Le bacille de la tuberculose se rencontre un peu partout, aussi bien sur les fruits, sur certains légumes mal cuits, que dans le lait non bouilli ou la viande saignante, séjournant dans l’interstice des dents ou dans les cavités formées par la carie dentaire.

Plus rarement, on peut constater la contamination par le contact d'objets non alimentaires, tels que cigares, cigarettes maniés dans les manufactures de tabac par des ouvriers tuberculeux ou quelque fois humecté par leur salive, porte-plumes et crayons dans les bureaux où se trouvent des tuberculeux comme employés.

Ces bacilles tuberculeux voltigent aussi — si je puis m'exprimer ainsi — dans l'air ambiant où ils sont mélan-

gés aux poussières des rues, des appartements, des voitures publiques où les tuberculeux ont craché.

La colonne d’air que nous respirons se trouve partout imprégnée dans ces milieux de nombreux bacilles, tout comme par l’absorption des aliments contaminés.

Comme cette colonne heurte dans la bouche des planchers durs et des barrières résistantes, humides en même temps, pour faciliter l’arrêt dans l’agglutination des microorganismes par la salive — empêche pour un certain laps de temps l’absorption ; — il s’en suit que la carie dentaire est le réceptacle naturel où tous les bacilles reçoivent une généreuse hospitalité et peuvent s’y mettre en cultures abondantes et variées.

Tous ces bacilles associés aux streptocoques, aux staphylocoques, forment une véritable flore oùse développent tous ces agents pathogènes qui détruisent les tissus, infectent l'économie, provoquent la suppuration, parfois la nécrose ou déterminent la septicémie ou la fièvre hectique par leurs toxines.

On peut admettre aussi, comme une cause prédisposante de cette inoculation, le mauvais état de la muqueuse buccale chez un grand nombre de sujets par hygiène défectueux de la bouche, surtout chez les habitants de la campagne et principalement en Limousin où, contrairement à ce qui se dit dans les travaux de statistique sur la denture dans les divers départements, les dents sont généralement mauvaises ; ce qui doit tenir probablement à l’absence de tout élément calcaire dans les eaux du plateau granitique.

Page 1