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dépendant d’un mode quelconque de contagion première dont la voie pulmonaire reste malgré tout la plus importante, les malades n’en sont pas moins des tuberculeux affectés d’une tuberculose torpide et latente : ils ont quelque part dans leur organisme, dans un viscère, un ganglion, ou ailleurs, des bacilles tuberculeux assez atténués pour ne pas se développer spontanément, tant que cet organisme se défend bien ou tant qu'une cause adjuvante et occasionnelle ne vient pas favoriser leur pullulation.
Dans les cas où il existe des lésions viscérales avérées antérieures au tuberculome lingual, c’est évidemment le foyer pulmonaire qu’il faut incriminer, mais C’est par la voie sanguine que le bacille parti de son lieu d’élection primitif se transporte dans la langue, élit son domicile au sein même des fibrilles musculaires du parenchyme et y provoque bientôt ce travail inflammatoire insidieux et lent qui va aboutir à la formation d’un abcès. Quant aux raisons intimes de cette migration, de cette métastase du bacille, ce sont des causes occasionnelles, puissants auxiliaires, capables à eux seuls de localiser le processus et de faciliter son évolution.
* Quelles sont donc ces causes occasionnelles nécessaires à la localisation ? Ce sont au premier chef celles qui entravent les échanges nutritifs dans le parenchyme lingual, qui créent un locus minoris resistenhiæ et parmi elles le traumatisme et la fatigue musculaire.
Est-il illogique d'admettre que chez la plupart de nos malades, fumeurs de profession, la pression continue et répétée de l'extrémité du tuyau de pipe, l’irritation continuelle, la chaleur trop prolongée ne soient une
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eause de débilitation locale sufisante pour créer un appel à la localisation ? Le traumatisme ainsi conçu ne peut-il pas avoir ici l'importance qu’on lui accorde comme agent de localisation dans la genèse des tumeurs blanches du genou consécutives à une chute sur la région où le développement si fréquent et si rapide des adénites bacillaires de la région du cou chez les jeunes soldats porteurs d’uniformes à cols trop serrés et trop rigides ?
Le mécanisme pathogénique que nous venons d’exposer n’est autre d’ailleurs que l’inverse de celui invoqué par Verneuil pour expliquer la généralisation si rapide et toujours à redouter après une intervention visant la cure radicale d’un foyer de tuberculose localisée. Pour Verneuil et son école, le chirurgien en ouvrant les vaisseaux crée des portes d’entrée multiples aux nombreux bacilles qui pullulent dans le foyer qu’il veut enlever et inonde en quelque sorte l'organisme de son opéré ; dans notre hypothèse l’inondation de l'organisme est primitive, mais elle est assez atténuée pour ne donner lieu qu’à un état tuberculeux latent: donc la tuberculose intra-linguale n’est jamais primitive, la tuberculose locale primitive n’existe pas. Qu'est-ce en effet qu’une tuberculose locale ? comme si toute lésion tuberculeuse ne pouvait à nn moment donné devenir le foyer d’une infection générale.
Nous avons formulé un mécanisme pathogénique particulier qui ressort naturellement de la critique de nos observations cliniques, mais est-il d'accord avec l’expérimentation? Les défenseurs de l’auto-inoculation par la langue ont en effet édifié leur théorie sur des données expérimentales ; ils ont inoculé à des lapins dans l'épaisseur de la langue de la matière tuberculeuse à
laide de la seringue de Pravaz. Ils ont ainsi produit le tuberculome profond dans la moitié des cas, 2 fois sur À expériences, sans lésions superficielles ; dans tous les autres cas ils ont obtenu des ulcérations. Mais ces faits sont-ils concluants et l’expérimentation reproduit-elle les faits tels que nous les voyons se succéder en clinique ? nous ne le croyons pas parce qu’elle transporte d'emblée et en ne créant qu’une brèche muqueuse insignifiante une quantité colossale de virus actif qui chez le malade n’aurait pu pénétrer qu'avec la plus grande lenteur, étant obligé de se créer un passage dans un tissu musculaire bien nourriet résistant. L’expérimentation nous montre le bacille passant de la cavité buccale dans la profondeur de la langue, la clinique nous le montre circulant par l'intermédiaire du sang d’un point à l’autre de l’économie et pour que l’expérimentation répondit à la clinique, 1l faudrait injecter dans Le système circulatoire d’un animal un bacille atténué, incapable de produire spontanément un foyer virulent et à l’aide de traumatismes légers fréquemment renouvelés mais sans créer de solution de continuité de la muqueuse linguale, faire appel à la localisation et produire chez ce tuberculeux latent un tuberculome lingual. Malheureusement, ces desiderata soulèvent des difficultés pratiques encore aujourd’hui insurmontables.
Un dernier point cependant reste encore à démontrer : si les notions étiologiques précédentes doivent être acceptées et si elles sont les vraies, on nous demandera peut-être pourquoi le tuberculome lingual est une affection relativement rare, étant donné que des causes banales peuvent le faire naître. Cette pénurie relative detuberculose
parenchymateuse de la langue est en effet un enseignement de la clinique, c’est un fait à expliquer. Aux raisons que nous avons invoquées ailleurs, nous ajouterons les suivantes : le peu d’abondance du tissu conjonctif interstitiel de la langue, la richesse extrême de la circulation, l’activité des échanges nutritifs, la production de par le travail musculaire d’une certaine quantité d'acide lactique dont l’action bactéricide sur le bacille de Koch en particulier est aujourd’hui bien établie, sont autant de raisons qui viennent à l’encontre de la localisation dans le parenchyme lingual.
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SYMPTOMATOLOGIE
En général la symptomatologie de la gomme profonde de la langue est très pauvre ; le début de l'affection est le plus souvent méconnu, c’est le volume seul de la tumeur qui attire l’attention du malade, et ce sont les troubles fonctionnels qui le poussent à demander des soins pour cetie tumeur qui lui paraît plus ennuyeuse que dangereuse. Le tuberculome intra-lingual siège en un point quelconque du parenchyme lingual, mais de préférence à la face dorsale et plus près de la pointe que de la base ; c’est d’abord un petit noyau arrondi, incrusté dans la profondeur de l’organe qu’il arrive à déformer, mais ne se manifestant jamais à l’extérieur par des modifications phlegmasiques ou réactionnelles de la muqueuse qui le recouvre. Ge noyau tuberculeux augmente de volume, se ramollit, envahit la muqueuse sus-jacente qu’il érode, la détruit puis vide son contenu dans la cavité buccale. Quant à la cavité abcédée, elle reste en communication avec l’extérieur
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par un trajet fistuleux qui n’a aucune tendance spontanée à l’oblitération. L’indolence est la règle, cependant on a pu noter chez quelques malades des douleurs névralgiques et lancinantes passagères, mais le plus précoce et le plus important des signes subjectifs, c’est la pesanteur, la sensation de gêne continue qu'éprouve le malade lorsqu'il veut mouvoir sa langue ; cependant la mastication, la déglutition et surtout la phonation sont atteintes rapidement et les patients arrivent à ne plus pouvoir mâcher que d’un seul côté et quand ils parlent, ils bafouillent comme s’ils avaient de la bouillie dans la bouche.
A la vue, la langue occupe sa place normale et n’a aucune tendance à sortir d'elle-même au dehors; mais elle est bosselée et déformée, on ne remarque rien d’anormal nisur la portion de muqueuse qui recouvre la tumeur, - ni sur la muqueuse linguale en général, ni dans la cavité buccale, rien qui puisse expliquer la localisation du processus morbide. La palpation est indolore, elle révèle une tuméfaction ovoïde pouvant acquérir le volume d’une grosse noisette : d’abord rénitente et fortement élastique, cette tumeur devient molle puis pseudo-fluctuante, quelquefois même franchement fluctuante, sa consistance mollasse n’est pas égale en tous Les points, mais elle se sépare nettement au toucher des tissus sains qui Penvironnent. ;
En général, il n’y a, pas de retentissement ganglionnaire ; dans quelques cas cependant la région maxillaire est envahie par des ganglions strumeux dont la présence facilte singulièrement le diagnostic. L'état général est rarement indemne de bacillose, on a toutefois signalé l’abcès intra-lingual comme première manifestation de la
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AE MES tuberculose chez des sujets jusque là bien portants. Le plus souvent, au contraire, le tuberculome intra -lingual apparaît dans le cours d’une tuberculose pulmonaires seulement aux deux premières périodes de son évolution, car à la troisième période c’est la tuberculose ulcérée superticielle qui est le plus souvent observée.