‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 15 sur 30 · ACQUISE · texte numérisé non relu

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SOMMAIRE. — 79. La diathèse tuberculeuse peut s'acquérir. — 80. Preuves fournies par la statistique. — 84. Division du sujet.

79. — La facilité avec laquelle on provoque sur les animaux la diathèse tuberculeuse, suffirait, si les preuves cliniques faisaient défaut, pour démontrer que l'hérédité n'est pas la seule cause de cet état morbide, et qu'un individu peut voir, sous l'influence de divers agents modificateurs, entacher de ce vice diathésique le patrimoine vital qu'il a reçu de ses ascendants. M. Coster, en effet, a rendu à volonté des chiens phthisiques, et l'industrie, dans la fabrication de ce que le commerce livre à la consommation sous le nom de foie gras, répète tous les jours ces sortes d'expérimentations.

Nous ne croyons donc pas devoir insister pour prouver la réalité de l'existence de la tuberculose générale acquise ou accidentelle , et nous reconnaissons aux diverses circonstances hygiéniques capables d'en susciter le développement, une importance beaucoup plus grande que Lugol ne leur accorde. Ce n'est pas, en effet, en prenant chacune de ces circonstances hygiéniques une à une, pour en étudier séparément l'influence, comme l'a fait cet

auteur, que l'on pouvait arriver à une conclusion rigoureuse : un modificateur hygiénique étant rarement isolé, mais combinant son action avec celles de plusieurs autres causes également funestes, c'est cet ensemble de conditions fâcheuses que l'on devait avoir en vue, aussi bien dans l'appréciation des causes, que dans l'institution de la prophylaxie de la diathèse tuberculeuse accidentelle.

80. — Du reste les données de la statistique viennent un peu restreindre le rôle exagéré que Ton a prêté à l'hérédité, et quoiqu'il soit permis de supposer que dans les chiffres suivants on ait quelquefois confondu des tubercules locaux avec des tubercules diathésiques, nous croyons cependant pouvoir conclure des données qu'ils fournissent, que la tuberculose générale peut réellement bien s'acquérir ; peut-être même, cette tuberculose accidentelle est- elle plus fréquente que la tuberculose héréditaire ?

Et d'abord l'hérédité n'est pas infaillible, puisque sur 37 H vieilles femmes de la Salpêtrière, 28 moururent, au rapport de M, Piorry (1), sans tubercules quoique leurs parents aient succombé à la phthisie pulmonaire.

Les chiffres suivants témoignent encore en faveur de l'opinion que nous soutenons.

(-1) Viorry : Thèse de concours : de l'hérédité dans les mala* dies, i8W, page 70.

Louis sur 31 phthisiques compte 12 cas de phthisies acquises pour 3 cas de phthisies héréditaires ; dans 16 cas on ne put se prononcer.

Lauthoire (1) n'a rencontré l'hérédité que dans 1/6 des phthisiques qu'il a observés.

Portai (2) seulement sur les 2/3.

Piorry (3), dans un premier relevé, n'a compté que U phthisies héréditaires sur 54, et dans un second relevé, 63 sur 269. Tl a constaté de plus, que sur 17 U femmes arrivées à un âge plus ou moins avancé sans tubercules, 16 ont donné naissance à des enfants qui moururent tuberculeux.

Briquet (4), sur 95 phthisies, en a compté 36 héréditaires et 53 acquises.

Rufz (5) sur 20 phthisies a vu l'hérédité manquer 6 fois.

Enfin si l'on en croit une statistique reproduite par la Gazette médicale de Paris (6), M. Scott Alison médecin de l'hôpital de Brumpton ( consumption hospital) exclusivement consacré à la phthisie pulmonaire , sur 603 phthisiques n'aurait constaté que

(1) Lauthoire : Théorie nouvelle sur la phthisie pulmonaire , Taris, 1822, page -185.

(2) Portai : Observation sur la nature et le traitement de la phthisie pulmonaire, 4809.

(3) Piorry : Thèse de concours citée, page 88-90.

(4) Briquet : Revue médicale, février 1842, page 167-168.

(5) Rufz : page 624.

(6) Gazette médicale de Paris, 4838, page 588.

19 fois l'influence héréditaire. Toutefois l'auteur regarde lui-même ce chiffre comme au-dessous de la vérité', et fait remarquer qu'il ne le doit qu'aux renseignements probablement inexacts que lui ont fournis les malades.

Ces re'sultals de la statistique ne sont pour nous qu'approximatifs, car il est bien difficile de juger l'influence de l'hérédité sur la tuberculose générale, en n'étudiant la question que sur des phthisiques, et en ne se préoccupant ni des cas de phthisies locales, ni des diverses circonstances hygiéniques qui ont pu modifier plus ou moins le véritable rôle de l'hérédité : néanmoins nous croyons ces données suffisantes pour démontrer qu'un individu peut voir compromettre par le milieu dans lequel il vit, la constitution que ses parents lui ont transmise exempte de tout vice diathésique , et pour faire ressortir toute l'importance que présente pour la prophylaxie l'étude des causes de cette dialhèse tuberculeuse acquise.

81. — Nous grouperons ces causes sous deux chefs principaux, et nous étudierons dans deux articles successifs :

1° Le rôle que joue la contagion dans la genèse de la tuberculose générale , et les moyens à lui opposer ;

2° Le rôle que jouent les différents modificateurs hygiéniques ou médicamenteux et les indications préventives qu'ils fournissent.

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