‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 18 sur 30 · D1GEST1VES · texte numérisé non relu

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SOMMAIRE. — 95 à Wi {bis). Choix des aliments. — 95. Quantité des aliments — 96. De leur qualité.— 97. Alimentation dite fortifiante. — 98. Moyens de tempérer celte alimentation. — 99. De quelques aliments en particulier. — 400. Huile de foie de morue. — 10-1. Comment agit-elle? —102. C'est un aliment plutôt qu'un médicament. — 1 03. Importance du phosphore dans les actes organiques. — 104. Du phosphore comme aliment. — -104 (bis). Du chlorure de sodium comme aliment. — 105 à 108. Stimulation des fonctions de l'appareil digestif — 405. Importance d'une bonne digestion. — 106. Moyens de faciliter la digestion. — 107. Moyens hygiéniques, — 108. Moyens médicamenteux.

Choix des aliments.

Les aliments doivent être en quantité suffisante ; ils doivent être de bonne qualité. Ces deux propositions résument toute l'hygiène de l'alimentation, mais demandent quelques développements.

95. — On ne saurait préciser quelle est la quantité d'aliments qu'un homme doit absorber par jour pour se maintenir dans un état satisfaisant de santé : cette somme varie infiniment suivant les climats, suivant les individus, suivant les tempéraments, etc. Chez un homme sain, le sentiment de la faim est

un guide précieux qu'il faut consulter en cette matière : mais on doit se rappeler que la faim sera assouvie et non pas seulement trompée, comme le font trop souvent les ouvriers misérables, avec des aliments de qualité inférieure, ou les gens de cabinet chez lesquels les travaux intellectuels finissent par faire taire les besoins de la vie de nutrition.

9C. — Quant à la qualité des aliments, eîle peut être étudiée sous deux points de vue différents : il faut que les aliments soient nourrissants et non frelatés. Nous pourrions ici signaler l'importance de la variété dans l'alimentation, rappeler les dangers de certaines falsifications, etc., mais comme ces questions se rattachent plutôt à l'hygiène générale qu'a la prophylaxie de la dialhèse tuberculeuse, nous croyons devoir les abandonner pour nous demander quels sont, parmi les aliments autorisés par l hygiène, ceux que Ton doit choisir de préférence en vue de prévenir cet état morbide.

97. — Si l'on se rappelle que de tous les tempéraments, le tempérament bilieux, le sanguin ou le bilioso-sanguin, sont ceux qui paient le moins souvent tribut aux tubercules ; si, au contraire, on remarque que le tempérament lymphatique est un des plus prédisposés, on comprendra la nécessité d'insister sur les aliments dits toniques fibrineux , très-nutritifs , pour n'avoir recours qu'accessoirement à ceux qui possèdent des propriétés contraires.

Les viandes rôties et surtout les viandes riches en osmazone, les viandes noires, le gibier, le bœuf, le mouton seront, ainsi que les épiées et les divers condiments, employés avec avantage comme toniques et comme excitants. On y aura recours surtout chez les personnes éminemment lymphatiques, chez lesquelles le régime doit être à la fois stimulant et réparateur. C'est à ce titre que, parmi les vins, on choisira les vins spiritueux et amers, tels que le Volnay, le Baune, le Pomard, le clos Vougeot, le Chambertin, Nuits, etc. ; le pain brun, dit de seconde qualité, sera préféré au pain de luxe fait avec de la fleur de farine, mais moins azoté et, partant, moins nutritif. L'usage du thé et du café sera aussi d'un très-bon effet comme favorisant les actes digestifs et amenant dans les fonctions végétatives, de même que dans celles de la vie intellectuelle, une heureuse excitation bien faite pour contrebalancer l'atonie propre au lymphatisme — « Sous l'influence de ces moyens, dit M. Rostan, il se développe une grande quantité de chaleur, la respiration s'exécute plus rapidement, l'absorption acquiert une grande régularité , les organes augmentent de volume, mais c'est alors un véritable embonpoint; la nutrition est réellement plus active, ce n'est plus un boursoufflement trompeur ; les sécrétions et les exhalations redoublent d'énergie, la perspiralion cutanée devient plus abondante, et les appareils glanduleux remplissent leurs fonctions avec une plus grande régularité... On conçoit

que ce régime conviendra aux scrofuleux, aux tempéraments lymphatiques, aux personnes faibles, soumises à un mauvais régime habituel (1). »

98. — Il est bien entendu que tous ces moyens ne seront employés qu'avec discernement et justement mesurés aux tempéraments et aux forces digestives des individus. Lorsque la constitution sera trop délabrée et que l'éréthisme occasionné par cette langueur des forces vitales pourra faire craindre les effets d'un régime trop excitant, on n'arrivera que par degré aux aliments dont nous venons de conseiller l'usage habituel : le lait, le poisson, le pain blanc, les vins astringents et peu spiritueux, comme le Bordeaux, seront d'abord employés, pour passer ensuite aux viandes blanches comme la volaille, ou aux viandes jeunes comme celles du veau ou de l'agneau, en même temps que l'on remplacera les aliments gras et farineux par des végétaux un peu plus stimulants, comme sont les végétaux amers de la famille des crucifères, la choucroute, le cresson, etc. C'est ainsi que l'on arrivera à habituer le malade au régime essentiellement tonique et réparateur que nous venons d'esquisser. — Mais une fois établi, ce régime demande encore à être surveillé ; on aura à le tempérer suivant la saison, suivant le degré de susceptibilité des individus : des

(1) Rostan : Dictionnaire de médecine, tome 2 , page 243.

aliments acidulés, quelques farineux, quelques viandes gélatineuses, ou bien encore des viandes noires mais non rôties et moins épicées pourraient être employés à titre de correctifs et modérer l'excitation qu'un usage aveugle de l'alimentation que nous venons de recommander pourrait pousser jusqu'à l'éréthisme.

99. — Nous ne pouvons terminer ces considéralions sur l'alimentation comme moyen prophylactique de la tuberculose diathésique, sans étudier quelques substances qui jouissent d'une grande réputation comme médicaments ou comme condiments, et qui méritent plutôt d'être considérées comme de véritables nutriments ; nous voulons parler de l'huile de foie de morue, du phosphore, et du chlorure de sodium.

100. — L'huile de foie de morue était depuis longtemps déjà employée comme aliment par le peuple en Angleterre, en Hollande, en Westphalie et dans le nord de l'Allemagne, avant que Percival (1) et Darbey (2) l'eussent signalée comme médicament. Sa composition devait en faire prévoir les qualités éminemment nutritives ; car, outre les principes gras qu'elle renferme en abondance, l'huile de foie de

(-1) Percival : Médical philosophical and expérimental essays, Washington, 1790, tome 2.

(2) Darbey : London médical journal, tome 3, page 392.

morue contient une forte proportion de gélatine (0 g. 36 0/o, suivant Mordère), et, parmi les principes minéraux, de l'iode, du chlore, du brome et du phosphore, que les découvertes modernes ont démontrés tous si utiles dans les actes d'assimilation. C'est donc un aliment parfait, analogue au jaune de l'œuf, aliment dans lequel les principes minéraux sont dans un état particulier de combinaison avec la substance animale, deviennent, par suite de cette animalisation, plus facilement assimilables et perdent leurs propriétés modificatrices ou médicamenteuses pour agir sur l'organisme comme analeptiques et véritables nutriments.

Du reste, les expériences récentes de M. Théophile Thompson (1) prouvent d'une manière incontestable les vertus réparatrices de l'huile de foie de morue. Cet habile praticien choisit 14 sujets arrivés à ce degré de marasme et de débilité que l'on observe à une période assez avancée de la phlhisie pulmonaire ; il en soumit 12 à l'usage de la substance que nous préconisons, réservant les deux autres comme termes de comparaison. Au bout d'un certain temps de l'usage du remède , il compara , avec la coopération de M. Dugold Campbell, le chiffre des globules rouges existant dans le sang de ces deux séries de malades, et il vit que le nombre des globules variait de 142, 32 à 174, 70 chez

(1) Théophile Thompson : Société royale de Londres, séance de novembre 1858.

ceux qui prenaient de l'huile, tandis qu'il restait de 98,20 à 119,64 chez ceux qui n'en prenaient pas.

101. — Comment agit l'huile de foie de morue? est-ce uniquement par ses principes gras , comme le pense M. Bauer? ou par ses principes résineux, comme le veut M. Falken, ou bien encore par ses principes minéraux? Nous préférons nous ranger à l'opinion que partage M. Perrin (1) qui voit dans cette huile animale une sorte de thériaque agissant comme un tout par l'ensemble de ses principes constituants.

Les observations de M. Thompson (2) justifient du reste pleinement notre manière de voir. L'huile d'olive, ainsi que l'huile d'amandes douces, qu'il essaya de substituer à l'huile de foie de morue, échouèrent complètement et démontrèrent que cette huile animale agissait autrement que par ses seuls principes gras ; le même échec eut lieu lorsque M. Thompson additionna les huiles végétales d'une certaine quantité d'iode ou de phosphore ; c'est que, dans ce cas, ces métalloïdes ne se trouvaient pas à l'état de combinaison organique, comme ils le sont dans l'huile de foie de morue ; ils n'étaient plus aliments, ils restaient médicaments et

(-1) Perrin : Thèse inaugurale , Paris

(2) Thompson : in Bouchardat, Manuel de mat. medic, 1857, tome 2. page 128.

ne devaient plus avoir les mêmes propriétés. — Pour qu'une substance, dit en effet M. Cl. Bernard (1), puisse être considérée comme aliment, il faut qu'elle se trouve dans un état physique ou chimique tel, qu'elle puisse faire partie de notre sang. Toute substance qui , à raison de sa composition chimique ou physique, ne peut entrer dans la constitution du fluide sanguin, ne saurait pénétrer dans l'organisme que comme poison ou médicament , c'est-à-dire pour en être éliminée , et en y causant des désordres passagers ou permanents.

102. — Si nous insistons sur ce fait que l'huile de foie de morue est plutôt un aliment qu'un médicament, c'est que de là découlent les règles qui doivent présider à l'administration de ce composé organique ; on le considérera donc, non pas comme un spécifique destiné à combattre ou à prévenir la tuberculose diathésique, de même que le sulfate de quinine combat ou prévient les accidents marémateux, mais comme un analeptique dont le mode d'administration est réglé par les lois qui nous ont servi à tracer le régime fortement tonique et stimulant que nous avons recommandé aux gens lymphatiques ou débiles contre la genèse de la diathèse tuberculeuse ; on l'emploiera par conséquent, concurremment avec ces moyens et au même

(1) Cl. Bernard : Substances toxiques et médicamenteuses. 1857 '.

litre qu'eux, en ayant soin de proportionner les doses à la puissance digestive de chaque individu.

103. — Nous abordons une autre espèce de nutriment qui, depuis quelque temps surtout, excite l'attention tant des physiologistes que des pathologistes; nous voulons parler du phosphore.

Les exemples ne font pas défaut pour prouver le rôle, important que joue ce métalloïde dans la matière vivante : nous le voyons constituer en grande partie ces innombrables tribus d'atomes vivants dans les eaux mortes, et quoique l'organisation de ces petits êtres soit à peine ébauchée, leur énergie vitale est assez démontrée par la facilité avec laquelle se fait chez eux la révivification, même après un long espace de temps de mort apparente : les poissons dont la chair est si phosphorée sont aussi, de tous les vertébrés, ceux dont la vitalité se traduit par la reproduction la plus puissante ; on dirait que dans les animaux inférieurs le défaut de respiration esf compensé par une quantité plus grande de matériaux phosphores, comme si ce corps, très-avide d'ailleurs d'oxygène, capable de produire spontanément de la chaleur et de la lumière, devait 3tre un actif agent de mutations chimiques , et remplir dans les actes d'assimilation et de désassimi- « lation le rôle que l'oxygène joue chez les animaux supérieurs, et que l'imperfection des organes respiratoires rend presque impossible ch,ez les animaux placés au bas de l'échelle zoologiquc.

Néanmoins dans l'organisation des vertébrés supérieurs, on ne saurait nier que le phosphore ait une réelle importance. Ne le relrouvc-t-on pas dans les matières albuminoïdes qui forment la base de l'organisme? ne le relrouvc-t-on pas surtout en quantité considérable dans les centres nerveux dont il forme pour ainsi dire l'élément constituant principal? Ce qui a fait dire à M. Baud : « L'intervention organique de la matière phosphorée est la seule condition indispensable de la vie animale ; sa séquestration dans des appareils nerveux, spéciaux n'y confère en rien et n'est corrélative que de la complexité fonctionnelle des animaux supérieurs : la puissance vitale de tous les êtres animés se co-ordonne avec les conditions pondérables de cette matière (1). »

La pathologie fournit elle-même de nouvelles données à l'appui de l'importance de cette matière phosphorée : dans toutes les maladies liées à un amaigrissement considérable, partout oii les actes organiques sont morbidement ralentis , il y a abaissement du phosphore animalisé, comme il y a, dit M. Mège Mouries , diminution du fer dans certaines anémies (2). M. Beneke signale aussi cette déperdition du phosphore animal dans les cachexies » et particulièrement dans les scrofules, les tubercules,

0) Baud : Emploi thérapeutique des corps gras phosph., etc. page 12. — Compte rendu à V Académie des Sciences, 3 mars 1858. (2) Mège Mouries : Mémoire lu à ï Académie des sciences.

le rhumatisme chronique , les longues suppurations, etc., et M. Hegard (l) reconnaît le même fait, tout en combattant les idées de M. Beneke sur le rôle que la production de l'acide oxalique peut avoir dans cette hyperexcrélion phosphatique.

104. — Si le phosphore est un élément si indispensable de notre économie , on comprend les avantages que l'on peut retirer de son administration, non plus comme modificateur passager, comme médicament, mais comme véritable aliment : c'est dans cette vue que nous regardons comme préférables au phosphore inorganique, les préparations contenant du phosphore organisé, c'est-à-dire dans des conditions de combinaison propres à en faciliter l'assimilation.

Toutes les substances organiques contenant du phosphore pourront donc être considérées comme de précieux nutriments, et, à ce titre, nous recommandons encore une fois le régime éminemment azoté sur lequel nous avons attiré l'attention : les œufs, les viandes, le gluten, les crucifères euxmêmes, dans lesquels MargrafF aurait découvert cet important métalloïde, présentent à cet égard sur les farineux et les corps gras ordinaires un avantage que l'hygiéniste pourra mettre à profit.

(1) Hegard : Archiv fur germeinschaftliche arbeiten , vol. 2, fasc. 3. — Gazette hebdomadaire, 1857.

Cependant remarquons avec M. Baud, que pour retirer de ces substances tous les heureux effets que présente leur composition, il est important de n'en pas modifier par la cuisson la constitution chimique ; il est avéré, en effet, que la viande crue est bien plus nourrissante et plus facilement assimilable que la viande cuite : on recommandera donc surtout aux personnes débiles et affaiblies l'ingestion de chair musculaire crue, hachée et mélangée à quelques condiments qui en facilitent la digestion. Les malades dont la nutrition languit se trouveront très -bien aussi de l'ingestion quotidienne de quelques verrées de sang récemment extrait d'un animal jeune et vigoureux; on sait tous les avantages que les tabescents retirent de l'usage du sang de veau ou du sang de poulet ; on emploiera aussi avec avantage la graisse phosphorée cérébrale si riche en phosphore, et dans laquelle ce métalloïde existe à l'état de combinaison organique ; cette substance a été préconisée par M. Baud. M. Garot est parvenu à l'extraire de la moelle allongée des ruminants herbivores ; en la réduisant en poudre, sans en altérer la composition et en la mélangeant avec du sucre, il en a fait des espèces de bonbons à la fois commodes et agréables à prendre.

Déjà plusieurs années avant M. Baud, M. Kœnig, avait employé avec succès et avait préconisé le phosphore animalisé ; M. Mège Mouries eut aussi l'idée d'animaliser le phosphate de chaux : cette animalisation des matières minérales nous semble

très-importante, lorsqu'on veut les employer comme aliment : aussi le phosphate de chaux que M. Piorry recommande déjà depuis quelques années contre les tubercules, le pyrophosphate de fer de M. Robiquet, et lhypophosphile de soude vanté dernièrement par M. Churchill (1), nous paraissent-ils moins facilement assimilables que les préparations phosphorées naturelles, et par conséquent plutôt médicaments que vrais aliments : ils pourront rendre comme tels quelques services aux tuberculeux, mais nous leur accorderions peu de confiance comme préventifs de la tuberculose diathésique, comme propres a fortifier une constitution appauvrie ou menacée de tubercules généraux (2).

104 (bis). — Le chlore est un autre métalloïde que nous devons placer à côté du phosphore, sous le point de vue de l'importance qu'il a dans les actes organiques et du rôle qu'il joue dans l'économie, à l'état de chlorure, comme principe constituant.

On connaît l'heureuse influence que le chlorure de sodium a sur la santé des animaux. La propriété, que possède ce sel, de dissoudre l'albumine , la

(1) Churchill : Académie des sciences, 3 juin H 856. — 3 mars 1858. — Académie de médecine, séance du 21 juillet.- 1857.

(2) M. Dechambre a pu , en effet, constater les heureux effets de l'hypophosphite de soude sur des tuberculeux traités par M. Churchill, sans qu'il ait dû cependant conclure de ses observations à la spécificité de cette substance minérale contre les tubercules.

caséine , le phosphate de chaux ; son pouvoir de former avec la glucose et l'urée des compositions définies, prouvent que peut-être il joue un rôle important dans l'assimilation des substances albuminoïdes , dans la glycogénie ou dans la sécrétion de l'urine. — Si l'on remarque de plus , que le sang en contient une proportion qui reste invariablement la même , quel que soit le régime auquel on soumette ranimai, on ne peut méconnaître que le sel marin ne soit une partie essentielle du fluide sanguin, et qu'à ce titre il soit, plus encore qu'un médicament, un aliment important.

Le chlorure de sodium formera donc une partie essentielle de l'alimentation, et pour le rendre plus assimilable , on devra chercher à l'administrer à l'état de combinaison organique aux personnes faibles et débiles chez lesquelles l'assimilation se fait difficilement. C'est dans cette intention que nous conseillerons à de telles personnes l'usage du lait chloruré que l'on a préconisé avec juste raison , et que l'on obtient en donnant aux vaches, aux ânesses, ou aux chèvres laitières une nourriture fortement salée : le lait ainsi obtenu est chargé d'une forte proportion de chlorure de sodium qui, se trouvant dans un état particulier de combinaison avec la matière organique , bien plutôt que dans un simple état de dissolution, réunit par cela même d'excellentes conditions pour devenir un bon nutriment.

Stimulation des fonctions de V appareil digestif.

105. — Une autre indication non moins importante que la précédente est de surveiller la digestion et l'assimilation des divers nutriments que Ton a reconnus propres a la genèse d'une forte constitution; l'alimentation, en effet, peut être insuffi, santé non-seulement par défaut dans la quantité ou la qualité des aliments , mais encore par le fait de la non-utilisation des matières ingérées, et l'on comprend que l'altération des fonctions digestives soit bien faite pour amener ce défaut d'assimilation.

M. le docteur Hédouin (1) regarde cette dernière cause de tuberculisation comme plus fréquente qu'on ne le pense. Pour lui, la diathèse tuberculeuse ne s'établit pas d'emblée, elle est toujours consécutive à un état de chloro-anémie ou d'hypoglobulie symptomatique d'un autre état morbide , et parmi les affections les plus capables d'entraîner ce dangereux appauvrissement du sang, le médecin que nous citons signale surtout une mauvaise digestion habituelle.

M. Hugues Benett d'Edimbourg redoute également les dangers qu'une altération prolongée des fonctions digestives peut avoir comme cause de la diathèse tuberculeuse ; mais il pense que ce défaut

(I) Hédouin : Réflexions sur la tuberculisation pulmonaire, Paris, -1859.

(l'assimila lion est encore plus dangereux lorsqu'il porte sur des aliments graisseux que lorsqu'il s'exerce sur des aliments albuminoïdes ; cette assertion nous semble un peu hasardée, car il n'est pas encore suffisamment établi que les aliments gras fournissent davantage que les aliments fibrineux à la formation des globules sanguins, quoique cette opinion soit soutenue par Hewson, Gullivers, W. Jones, en Angleterre, et J. Mueller, en Allemagne.

Nous insisterons, nous aussi, sur le danger que présente, au point de vue de la tuberculose générale, tout appauvrissement du sang, et sur l'importance que Ton doit attacher à prévenir la chloroanémie dans la prophylaxie de la diathèse tuberculeuse. 11 suffit de comparer les actes vitaux des individus à tempérament sanguin à ceux des gens débiles et lymphatiques enclins à la diathèse tuberculeuse , pour .souhaiter chez ces derniers les attributs de santé que l'on remarque chez les premiers, et , par conséquent, pour s'attacher à maintenir chez eux le fluide sanguin dans cet état de richesse qui fait en grande partie l'heureuse vitalité des personnes dites sanguines et qui est si contraire à ce que l'on remarque dans les chloro-anémiques.

Dans un autre chapitre nous aurons à revenir sur cette question de la chloro-anémie envisagée au point de vue des tubercules de cause diathésique ; nous aurons alors à démontrer que cet appauvrissement du sang doit être quelquefois respecté. Si, en effet, on doit se tenir en garde coutre lui lors-

que l'on veut préserver un sujet de la diathèse tuberculeuse, la conduite à suivre change quand, chez un sujet tuberculeux , on se propose d'empêcher les dépôts symptomatiques. Dans ce dernier cas , toute fluxion sanguine étant à craindre , comme pouvant occasionner la formation de tubercules , on devra se garder de la complexion sanguine si favorable à ces mouvements fluxionnaires.

106. — On stimulera donc les fonctions digestives soit indirectement, en s'adressant aux causes des troubles de la digestion, soit directement en s'adressant aux modificateurs médicamenteux que fournit la matière médicale.

107. — On évitera toutes les positions, tous les vêtements qui peuvent compromettre mécaniquement les fonctions de l'estomac ou des intestins. L'usage des corsets mal faits ou trop serrés, si préjudiciable déjà aux fonctions du poumon , sera défendu comme compromettant aussi les fonctions du tube digestif. Les hommes préféreront, pour la même raison, les bretelles à ces ceintures si malheureusement inventées dans le but de soutenir le pantalon. La position à demi-ployée des personnes adonnées aux travaux de l'aiguille, celle non moins pernicieuse à laquelle sont condamnés les gens de cabinet qui écrivent de longues heures, l'épigastre pressé contre un bureau , toutes ces attitudes , en un mot, où la colonne vertébrale est ployée en avant,

diminuent d'autant la capacité dos cavités thoracique et abdominale, et nuisent par cela même aux fonctions des organes qu'elles renferment; on devra donc les éviter avec soin, ou bien, si les exigences de la profession les imposent d'une manière absolue, on ne reprendra son travail que lorsque la digestion sera complètement achevée, et l'on préviendra par une gymnastique sagement entendue les accidents qu'elles occasionneraient à la longue.

On mettra la plus grande régularité dans les repas, les divisant de manière à les faire à peu près égaux, afin de ne pas être obligé d'en faire un trop copieux : nous ne reviendrons pas sur le choix des aliments ; nous avons vu qu'on devra s'adresser de préférence à ceux auxquels Bordeu reconnaissait la propriété de développer la complexion bilieuse du sang ; néanmoins on tempérera au besoin ce régime par des aliments plus rafraîchissants , ou chez les personnes trop débilitées pour digérer facilement des aliments trop nourrissants, on insistera avec avantage sur l'huile de foie de morue, la phospholéine Garot, etc., véritables conserves analeptiques animales.

108. — On aidera toutes les précautions précédentes purement hygiéniques, par quelques moyens empruntés à la thérapeutique ; on combattra par conséquent, les maladies qui entraîneraient un défaut ou une perversion des actes nutritifs : les

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analeptiques, les névrostliéniques, le fer seront d'une utilité incontestable clans ces cas très-nombreux oii la chloro-anémie est la cause et non la conséquence des accidents dyspepsiques. Enfin on aura recours à certains agents qui concourent à l'assimilation ou â la désassimilation des substances organiques sans être par eux-mêmes assimilables : ils servent non comme éléments constituants mais comme éléments de passage; aussi les rangeons -nous dans les médicaments plutôt que dans les nutriments. Nous voulons parler de l'iodure de potassium et du chlorure de sodium.

Ce dernier sel se trouve si abondamment répandu dans notre organisme , qu on peut l'en considérer comme un des principaux constituants. Sous ce rapport, le chlorure de sodium est donc un aliment et, comme tel , nous avons dû lui consacrer quelques lignes sur lesquelles nous n'avons pas à revenir. Mais le sel marin très-souvent ne séjourne pas dans l'économie, ne fait que la traverser en lui imprimant certaines modifications passagères mais importantes ; il devient ainsi un vrai médicament , dont le mode d'action est analogue à celui des iodures ou des bromures , et , comme tel , son étude demande à être refaite à côté de celle de ces deux composés salins.

Tout le monde s'accorde à reconnaître l'importance médicamenteuse des iodures et des chlorures ; ils excitent l'appétit , favorisent le travail de la digestion , augmentent l'absorption en augmentant

aussi les diverses excrétions, et accélèrent par conséquent les actes de rénovation moléculaire. Le sel de cuisine entrera donc comme un très-utile condiment dans la préparation des mets culinaires, on l'additionnera même avec avantage d'une certaine quantité d'iodure de potassium.

L'iode, dont il nous reste à dire quelques mots comme excitant digestif, pourra être donné à Tétat d'iodure alcalin, mélangé ou non avec les aliments. — Dans ces derniers temps , M. Boinet a proposé d'administrer ce métalloïde sous un autre état qu'à l'état inorganique ; il a conseillé (1) de donner aux malades qui devaient subir un traitement iodé, les plantes elles-mêmes dans lesquelles l'iode entre comme principe constituant, telles que les crucifères, ou les varechs , les fucus et diverses autres plantes marines, que l'on peut transformer en mets assez agréables à prendre en les assaisonnant à la manière des autres mets culinaires. Sous cette forme l'iode et les iodures sont plus facilement tolérés par les organes digestifs , plus facilement absorbés, et par cela même leur action est plus sûre et plus prompte.

Les fonctions digestives seront aussi favorisées, chez les personnes affaiblies, par toute la série des

(I) Boinet : Mémoire sur l'alimentation iodée comme moyen préventif et curatif de toutes les maladies où l'iode est employé à l'intérieur comme médicament. ( Mémoire la à l'Académie de médecine, le 28 septembre -1858. )

substances a mères désignées sous le nom de toniques stomachiques.

A côté de ces différents stimulants stomachiques , nous devons placer l'arsenic , dont l'action sur la nutrition est si manifeste et si importante ; l'usage journalier de ce médicament aura de très-heureux effets sur les actes digestifs des personnes débiles chez lesquelles l'atonie générale entretient un état de dyspepsie habituel ; on ordonnera donc avec succès tous les jours à ces malades un milligramme d'acide arsénicux , comme le conseille M. Germain de Château-Thierry (1) , ou bien une ou deux gouttes de liqueur de Fowler, comme le veut M. Bourguignon (2).

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