‹ De la tuberculose, ou, De la phthisie pulmonaire et des autres maladies dites scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 20 sur 30 · NUTRITIVES · texte numérisé non relu

NUTRITIVES

SOMMAIRE. — 130. Des travaux intellectuels. — -131. Des passions à l'état aigu. — -132. Des passions à l'état chronique. — 133. Des voyages; séjour maritime. — 134. Séjour des montagnes. — 135. Habitation de la campagne. — 136. Influence de l'air natal. — -137. Des eaux minérales.

130. — Les modificateurs psychiques comme excitants des actes organiques, forment une série de moyens que l'on pourra employer concurremment avec ceux qui s'adressent plus directement aux fonctions nutritives, dans le but de fortifier la constitution contre l'établissement de la diathèse tuberculeuse. On mettra donc en jeu les ressorts de l'âme pensante et de l'âme affective, sans cependant pousser les effets d'une pareille conduite jusqu'à la débilitation et l'épuisement.

L'excès, il est vrai, des travaux, intellectuels ne peut que jeter le système nerveux dans un eréthisme funeste aux fonctions digestives et respiratoires. Sous l'influence du défaut d'exercice et de la vie sédentaire qu'ils nécessitent, des veilles prolongées et de la tension continuelle de l'intelligence auxquelles ils condamnent leurs victimes, la vie nutritive languit, la calorification diminue, et la constitution en souffre d'autant plus que le sujet est plus jeune et que son développement physique est moins achevé. — Mais on ne saurait mettre en doute que, maintenue dans une juste limite, l'activité intellectuelle ne soit un moyen de stimulation utile à cette nombreuse classe de gens oisifs, dont les actes vitaux semblent frappés de la même paresse que les actes psychiques. On ne saurait refuser à la culture des lettres, des arts et des sciences, avec les douces joies et les heureux transports de l'âme qu'elle entraîne, le pouvoir de seconder utilement les moyens puisés dans l'hygiène physique.

131. — C'est au même titre, comme excitants des actes organiques, que nous regardons comme très-utiles certains brusques mouvements de l'âme, tels que les emportements de la colère, de l'indignation, de l'enthousiasme ou de l'amour, et même ceux de l'envie, de la jalousie ou de la haine, quoique ces dernières passions aient sur l'économie une action funeste inhérente à leur caractère et h leur nature. On n'oubliera pas néanmoins que les

moyens que nous venons de préconiser ne sont que des excitants et, comme tels, qu'ils ne demandent à être mis en jeu que momentanément et par intervalle; leur action prolongée serait une cause incontestable d'épuisement.

132. — En dehors de ces brusques élans de l'âme dont l'action n'est que passagère, l'hygiéniste doit encore tenir compte de certains états psychiques dont les effets, plus permanents, méritent, par conséquent, d'être évités ou d'être recherchés avec un soin plus empressé.

Parmi ces passions, les unes semblent paralyser les actes de la vie organique, affaiblir le mouvement nutritif, et déprimer les forces vitales : ce sont ces passions, comme la tristesse, les chagrins, les remords, la haine, l'envie, la jalousie, que l'on a désignées sous les noms de dépressives, concentriques ou systaltiques : ce sont celles dont on aura le plus a redouter les effets ; ce sont celles surtout que Laennec accusait de la diathèse tuberculeuse acquise, quand il disait : « presque toutes les personnes que j'ai vues devenir phthisiques, quoiqu'elles ne parussent pas prédisposées à cette maladie par leur constitution, paraissaient devoir l'origine de leur affection à des chagrins profonds et de longue durée.

M. Castellani, pour étudier d'une manière positive l'action des passions dépressives comme causes de la diathèse tuberculeuse, a entrepris sur les ani-

maux un certain nombre d'expériences qui tendent à démontrer les fâcheux effets qu'elles entraînent et la funeste influence qu'elles ont sur l'économie.

« J'enfermai, dit l'auteur que nous citons (1), dans une loge étroite, une chienne qui venait de mettre bas, et je mis dans une autre loge ses petits que je fis allaiter par une autre chienne. Plus tard, je sacrifiai la mère et je trouvai, sur la convexité du foie, de petits corps du volume d'un grain de millet, de couleur cendrée, lesquels, examinés au microscope, parurent mélangés à des granulations graisseuses C'est la colère unie à la douleur qui, dans ce cas, paraît avoir donné lieu à la formation de ce produit hétérologue.

« Je renfermai dans une loge étroite deux chiennes et deux chattes en chaleur ; et dans la même chambre, mais séparés d'elles, un nombre égal de mâles. Ayant tué les femelles, je vis qu'il s'était formé, sur la plus jeune chatte, à la partie supérieure du poumon gauche, des corpuscules ronds, gris et transparents au centre, situés dans la substance parenchymateuse du viscère ; sur une chienne, de petites granulations dun blanc gris occupaient le tissu cel lulaire interlobulaire.

ce Je tins enfermé un chien jeune et bien conformé, et, pendant sa captivité, je mettais en sa présence plusieurs chiennes en chaleur. Il perdit

(-1) Caslellani : Bolletino délie scienze mediche di Bologna , 30 avril 1860.

promptemcnt l'appétit, devint tousscur et émacié. Au bout d'un mois, il était réduit au dernier degré d'afïaiblissement, bien qu'il ne manquât pas des aliments nécessaires. Je le délivrai alors et le lins avec une jeune chienne; aussitôt il commença à manger avec plus d'avidité, les forces revinrent avec l'embonpoint, et la toux cessa entièrement, w

Pour être aussi concluantes que le pense M. Castellani, les expériences précédentes demanderaient à être répétées sur une plus vaste échelle ; pour nous, il est douteux que les animaux sur lesquels on a expérimenté aient réellement été affectés de diathèse tuberculeuse; néanmoins, les faits que nous venons de rapporter font ressortir d'une manière évidente l'action hyposthénisante que les passions dépressives ont sur les actes organiques, et, par cela même, la funeste influence qu'elles ont sur la nutrition.

Une gaîté douce et tranquille, le légitime contentement que procure le devoir accompli, la joie, l'espérance, etc., ont sur les actes nutritifs des effets si opposés des précédents, que l'on ne saurait trop s'assurer leur précieux concours, alors qu'il s'agit d'améliorer une mauvaise ou de créer une bonne constitution. La tranquillité et la plénitude avec lesquelles s'effectuent sous leur influence la circulation, la digestion et la respiration, sont un garant de leur importance physiologique et prophylactique.

|33. — Les voyages forment un moyen com-

plexe dont l'hygiéniste pourra retirer les plus grand , avantages. Le déplacement, la distraction, féloignement de la préoccupation déprimante qu'occasionne le souci des affaires, la stimulation qu'entraîne l'influence d'un autre climat, sont des effets qui leur sont propres et qui tous tendent à favoriser les actes organiques. — On soumettra donc avec succès les personnes débiles et de faible constitution à l'usage d'un pareil excitant, en ayant soin de régler sur les besoins de son malade le choix du climat ou de la localité qu'on lui conseillera.

C'est ainsi qu'un séjour plus ou moins prolongé sur les bords de la mer pourra rendre des services incontestables , sinon par les émanations si préconisées autrefois des fucus ou des varechs , du moins par les propriétés excitantes que possède l'air du littoral.

134. — L'habitation passagère des montagnes offrira des avantages encore plus précieux contre le lymphatisme et l'atonie générale. On peut en effet dans ces localités faire varier très -facilement et aussi rapidement qu'on le veut la température, la pression atmosphérique et les diverses conditions anémométriques ou hygrométriques de l'air : les excursions et les promenades exigeant aussi des efforts musculaires plus variés et plus énergiques que dans les plaines, auront par cela même une efficacité plus grande; le spectacle lui-même que le voyageur aura devant les yeux, ce grandiose et cet imprévu que

présentent les grandes chaînes de montagnes et qui contrastent si singulièrement avec la monotonie des plaines, seront bien faits aussi pour solliciter les mouvements expansifs de l'àme dont nous avons déjà vu les heureux effets. Du reste la rareté des scrofules et des tubercules sur les montagnes (1) , les phénomènes physiologiques que Ton ressent à une hauteur modérée, prouvent suffisamment l'heureuse influence que l'on est en droit d'attendre des climats de montagne alors que languissent les fonc» tions organiques. Si l'on ne dépasse pas 1,500 mètres, la respiration est facile, la digestion activée et l'appétit augmenté; cette légère surexcitation devient plus intense à mesure qu'augmente la hauteur et peut même à une certaine altitude simuler une sorte de fièvre inflammatoire. L'air des montagnes, très-utile contre l'atonie générale , sera donc contre-indiqué chez un tuberculeux, à cause de la tendance au mouvement fluxionnaire qu'il occasionne et dont nous ferons ressortir plus tard toute l'importance comme cause déterminante des jetées tuberculeuses.

135. — La campagne et les plaisirs qu'elle procure sont bien faits aussi pour imprimer un nouvel élan aux actes nutritifs; nous les conseillerons donc aussi bien pour soustraire les individus aux causes

(\) M. Lombard a trouve; que la limite de la zone scrofuleuse et tuberculeuse est entre 400, 500 et -1 ,0C0 ou t ,200 mètres.— Les climats de montagne au point de rue médical.

débilitantes au milieu desquelles ils étaient plongés, que pour cre'er autour d'eux cet ensemble de moyens psychiques et climatériques dont nous avorta reconnu l'utilité.

13G. — L'air natal sera encore un tonique stimulant très-important pour les organismes chez lesquels on a rompu trop brusquement les rapports qui les unissaient aux localités qu'ils avaient longtemps habitées. Une sorte d'assuétude finit par s'établir entre l'économie et son milieu ambiant ; détruire trop subitement ces liens physiologiques, c'est soustraire les actes vitaux à leurs excitants naturels , et très-souvent déterminer en eux une sorte d'affaiblissement dont la constitution ne tarde pas à se ressentir. C'est dans ces cas que quelques voyages, et surtout un séjour plus ou moins prolongé sur la terre natale, pourront retremper les forces et imprimer un nouvel élan aux fonctions organiques.

137. — Les eaux minérales offrent encore des moyens corroborants plus puissants que les précédents; car à tous les agents modificateurs que nous venons d'énumérer viennent ici se joindre les ressources fournies par les diverses méthodes hydrothérapiques que l'on peut mettre en usage et par la nature même des principes minéralisateurs.

Quelle station choisira-t-on ?

Toutes les eaux minérales possédant des pro-

priclé<s stimulantes pourront rendre des services; cependant comme toutes ne sont pas stimulantes au même degré', le médecin réglera son choix d'après la débilite plus ou moins grande de l'organisme qu'il aura à reconstituer. Les eaux thermales seront employées de préférence aux eaux froides, quand on aura besoin d'un excitant plus énergique; c'est aussi dans le même cas que l'on préférera les eaux sulfureuses aux eaux salines, et ces dernières aux eaux alcalines.

Mais la nature des principes minéralisateurs, quelqu'importante qu'elle soit, ne doit pas faire négliger les autres conditions hygiéniques que le baigneur est en droit d'attendre à chaque station minérale : l'altitude, le climat, l'exposition, les divers moyens de distraction, etc., etc., seront pesés avec soin par le médecin, qui peut découvrir en eux soit des agents dangereux a éviter, soit d'utiles correctifs ou de précieux adjuvants à mettre en usage.

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