DISSIPER LES INFLAMMATIONS OD LES CONGESTIONS
SOMMAIRE. — 170. Inflammation. — 171. Congestion. — -172. Pyrexies.
170. — Inflammation. Nous avons déjà établi que l'inflammation pouvait à elle seule créer des tubercules, et que si MM. Broussais (1), Morton (2), Piorry (3), et M. Ândral (4) dans sa Clinique médicale, 1834, avaient eu le tort d'étendre cette cause de tuberculose à tous les tubercules, leur opinion ne pouvait néanmoins être re jetée dune manière absolue.— Dans la genèse des tubercules diatliésiques, l'inflammation ne joue pas un rôle aussi important ; elle ne fait que décider le lieu où se feront les dépôts tuberculeux, et son action se borne à occasionner les manifestations d'une diathèse qui, sans elle, aurait pu rester à l'état latent. Clark (5), Fournet (G),
(1) Broussais : Histoire des phlegmasies chroniques, tome 2, page 52.
(2) Morton : Phthisis à peripneicmonia, lib. 3, caput x.
(3) Piorry : Quelle part a l'inflammation dans les maladies dites organiques. — Thèse de concours, Paris, 4833.
(4) Andral émet une opinion contraire dans son Traité d'auscultation.
(5) Clark : Treatise an pulmonary consumption.
(6) Fournet : Recherches sur l'auscultation des organes respiratoires et sur la première période de la phthisie pulmonaire.
Rilliet et Barthez (1), Grisolle (2), et presque tous les praticiens reconnaissent actuellement cette influence de l'état inflammatoire sur la production des tubercules.
On comprend dès lors le soin que l'on doit apporter à la guérison de toute phlegmasie sur les individus en puissance diathésique. Le traitement sera institué dès le début du mal et poursuivi avec énergie.
171. — Congestion- Les congestions, quoique moins redoutables sous ce point de vue que les inflammations, seront cependant combattues comme causes déterminantes dangereuses des lésions tuberculeuses diathésiques. Toutefois on distinguera à ce sujet les congestions passives, les simples hyperhémies, des congestions actives, des mouvements fluxionnaires. Dans le premier cas, le danger sera presque nul, tandis que les craintes du médecin ne seront que trop fondées dans le second. C'est faute d'avoir distingué ces deux sortes de congestions,' que les divers auteurs ont émis des opinions si contradictoires.
Broussais, par exemple, nie que la congestion pulmonaire soit une cause de tuberculisation, et il fait remarquer avec raison, pour soutenir sa thèse, que les grossesses répétées , les tumeurs abdomi-
(1) Rilliet et Barthèz : page 107.
(2) Grisolle : Traité de la pneumonie, page 408.
nales, etc., qui sont autant de causes d'hyperhémie du poumon, n'ont pas d'influence sur l'irruption ou la marche de la phthisie. Louis (1), qui se rattache à la même opinion, raconte que sur 42 cas d'affection de cœur, il n'a trouve' que 2 fois de rares tubercules dans les poumons, et l'on sait combien les maladies du cœur favorisent les congestions pulmonaires.
En regard de ces assertions, on voit Baumes, Morton (2), Andral (3), admettre les hémoptysies (c'est-à-dire la congestion pulmonaire dont l'hémoptysie n'est que la crise) comme une des causes déterminantes des dépôts tuberculeux, et nous nous rattachons volontiers à leur opinion.
D'où vient une si singulière contradiction, sinon de ce que Broussais et Louis ont eu en vue la simple hyperhémie du poumon, tandis que les auteurs qui se sont élevés contre leur manière de voir, faisaient allusion à la congestion pulmonaire active. Le plus souvent, il est vrai, les hémoptysies ne sont entretenues que par des masses tuberculeuses préexistantes, comme l'ont, du reste, si bien fait remarquer MM. Louis (4), Clarck (5), Laennec (6), Du-
(•1) Louis : Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur la phthisie.
(2) Morton : cité par le Compendium.
(3) Andral : Clinique médicale , page 25.
(4) Louis : loco citato, page 608.
(5) Clarck : loco cilato, page 247.
(6) Laennec : Traité de l 'auscultation.
bois d'Amiens (1) cl Amiral lui-même (2) ; mais, même dans ce cas, on ne saurait refuser à ces congestions secondaires toute influence fâcheuse. Un dépôt tuberculeux, en effet, préexiste; il appelle a lui un afflux sanguin anormal, véritable fluxion qui se traduit extérieurement par une hémoptysie et qui, a son tour, est un appel à de nouvelles masses tuberculeuses.
On combattra par conséquent avec soin les fluxions non-seulement dans le poumon, mais encore dans tout autre organe ; les saignées, les révuîsifs de toute sorte seront, dans ces cas, autant de moyens préservatifs de nouveaux dépôts tuberculeux ,
172. — Pyrcxies. Louis pense que tout mouvement fébrile, que toute excitation de quelque durée peut favoriser le développement des tubercules. Toutes les pyrexies seront donc à redouter chez les individus en puissance de diathèse tuberculeuse, sinon comme cause déterminante de l'état dialhésique, au moins comme cause occasionnelle de ses manifestations symptomatiques.
Cependant les statistiques de MM. Rilliet et Barthez démontrent que les fièvres éruptives ne sont
(1) Dubois d'Amiens : An phthisis ab hemoptoe'ï — Thèse de concours, 4829.
(2) iVndral : Auscultation médiate, 1837, tome 2 page M\.
pas toutes également favorables à l'apparition ou au développement des tubercules. La rougeole el après elle la coqueluche auraient à cet égard une influence beaucoup plus funeste que les autres pyrexies, si bien que Ton devrait ranger au nombre des moyens prophylactiques des poussées tuberculeuses, tous les moyens préventifs et curatifs de ces affections, tandis qu'on pourrait prendre moins de précautions à l'égard de la variole et de la scarlatine , que quelques auteurs considèrent même comme propres à enrayer la marche des tubercules.
doîsner i. l'économie un mode vital impropre adx mouvements
FLUXIONN AIRES 00 AU TRAVAIL 1INFL AMMATOIRE.
SOMMAIRE. — 173. De la chloro-anémie comme préservatif des congestion actives. — 174. Conséquences pratiques. — 175. Action des préparations de plomb. — 176. De la digitale. — 177. Du travail dans les manufactures de tabac. — W8. Du travail dans les houillières. — 179. De quelques étals physiologiques ou pathologiques. — -180. De la grossesse. — 181. Des maladies utérines. — -182. De la menstruation. — 483. De l'allaitement. — -184. De quelques maladies chroniques. — -185. Doit-on opérer un tuberculeux? — 186. Règles générales.
173, — De tous les états morbides généraux, celui qui prédispose le plus aux mouvements fluxionnaires , est sans contredit la pléthore et ses diverses formes; par contre la chlorose semble cire le mode vital de l'organisme, dans lequel les inflam-
mations et les fluxions s'opèrent le plus rarement et le plus difficilement.
L'état chlorotique s'accompagne quelquefois, il est vrai, d'hémorrh agi e ou d'hydropisie; mais d'une part, ces complications sont infiniment plus rares qu'on ne l'admet généralement, comme le fait remarquer si judicieusement M. Becquerel, et, d'un autre côté, elles indiquent plutôt un état qu'un acte de ta part de l'organisme ; elles traduisent plutôt une hyperhémie locale, une congestion passive qu'une fluxion, qu'une congestion active, la seule que l'on ait à redouter comme cause occasionnelle de tubercules.
On devra donc chez un individu en puissance de diathèse tuberculeuse se garder de trop exagérer les propriétés stimulantes du sang, et respecter jusqu'à un certain point cet état chlorotique que nous avons combattu si activement dans le chapitre précédent de notre mémoire. Rappelons -nous que maintenant nous ne sommes plus en présence d'un sujet exempt de tuberculose, et que les stimulants si utiles dans un cas, sont très-dangereux dans l'autre. Rappelons-nous que si la chlorose, loin d'être l'antagoniste de la tuberculose (1), en facilite au contraire l'établissement, elle est du moins peu favorable à ces mouvements fluxionnaires sans lesquels la formation des tubercules serait impossible.
(-1) Morton dans son chapitre De pht/ùsi chlorotica, ou a chlorosi.
17/1. — On évitera donc de donner du fer ou de soumettre trop brusquement à une nourriture substantielle les personnes chlorotiqucs que Ton soupçonnera de diathèse tuberculeuse : « Il est évident pour nous , disent MM. Trousseau et Pidoux (1) , que des malades ont pu pendant plusieurs années rester chlorotiqucs, sans éprouver du côté de la poitrine le plus léger accident, chez lesquelles une phthisie aiguë a suivi de près laguérison de la chlorose, et ces faits se sont reproduits si souvent dans notre pratique que désormais nous refusons de donner des martiaux aux femmes qui ont des pâles couleurs, si antérieurement elles ont eu du côté de la poitrine quelque accident un peu suspect, si elles portent des traces évidentes de scro Iules, si elles sont issues de parents tuberculeux. »
M. Giraud Teulon partage (2), quoique plus modérément, la même opinion; cet auteur a vu un trèsgrand nombre de phlhisiques arrivés au deuxième degré , présenter dans leur maladie un temps d'arrêt, qu'ils devaient à une sorte d'état semi-chlorotique dans lequel les plongeait leur état morbide luimême ; lorsque par suite d'une alimentation trop succulente, l'état pléthorique commençait à se dessiner, on ne lardait pas à voir reparaître des hémo-
(1) Trousseau et Pidoux : Traité de thérapeutique, édition iv , tome 1, page \ 7.
(2) Giraud Teulon : Gazette médicale, Paris, 4858. — Compte rendu de la 5ro* édition de l'ouvrage précédent.
ptysies, de la dyspepsie, un peu de fièvre et de nouvelles poussées tuberculeuses , accidents que faisaient disparaître quelques saignées et un régime plus modéré, par le rétablissement de la chloro-anémie antérieure.
D'après M. Giraud Teulon, ces espèces de répits que présente quelquefois la phthisie dans sa marche, seraient bien plus rares dans le nord que dans le midi : cette exception ne vient-elle pas confirmer notre manière de voir , puisque dans les pays septentrionaux le froid, la richesse de l'alimentation, la condensation de l'air sont autant de causes de pléthore et d'excitation?
On voit d'après cela que les mesures hygiéniques que nous avons conseillées dans les chapitres précédents, et qui toutes tendaient à l'établissement du tempérament bilioso-sanguin, doivent lorsque la tuberculose est confirmée, n'être employées qu'avec une extrême réserve : une nouvelle indication domine actuellement la thérapeutique ; il faut éviter des lésions qui peuvent être mortelles, dût le malade être condamné à vivre en puissance d'un état diathésique que l'on peut espérer maintenir a l'état latent, sinon effacer complètement.
Nous ne reviendrons pas sur les nombreuses modifications que Ion doit apporter au plan de conduite que nous avons tracé précédemment ; ces modifications varieront suivant la susceptibilité vitale de chaque malade et une foule de circonstances que l'on ne peut soumettre h aucune règle
fixée d'avance, mais dont la sagacité seule du médecin doit apprécier l'influence ; nous rappellerons seulement l'attention sur quelques moyens que l'on a regardés comme des spécifiques de la tuberculose et qui ne nous paraissent devoir leur efficacité qu'à l'état chloro-anémique dont ils sont la cause ; ce sont pour nous autant de préventifs, non de la diathèse, mais des lésions auxquelles elle prédispose.
175. — C'est à la chloro-anémie qu'entraîne l'usage prolongé des préparations saturnines que nous rapportons l'immunité aux tubercules dont jouissent les ouvriers qui travaillent sur le plomb.
Tanquerel Desplanches (1), sur 1,257 cas d'intoxication saturnine n'a compté que 55 phthisiques, Brokmann (2) n'a jamais vu la phthisie pulmonaire chez les ouvriers qui travaillent dans les mines d'argent ; Sander (3) rapporte la même observation, quoique la prédisposition héréditaire, les brusques variations de température et les autres causes de tuberculose n'aient pas fait défaut : on sait que l'argyrose d'où l'on extrait l'argent contient beaucoup de sulfure de plomb.
(1) Tanquerel : Gazette des hôpitaux, 1859.
(2) Brokmann : Die metall. krankh. des oberharzes. Osterode,1851.
(3) Sander : Caspers tvochenschr. , 1836. — Gazette hebdomadaire, 1859.
Les préparations saturnines que M. Beau a vantées dernièrement d'après ces observations, pourront donc rendre des services, sinon contre la diathèse tuberculeuse, du moins contre ses localisations : Faction physiologique du plomb sur l'organisme faisait prévoir ce résultat ; on sait que cet agent thérapeutique rend la circulation plus lente , le pouls plus petit, et par cela même est loin de favoriser les mouvements congestifs ; c'est donc contre l'élément fluxionnnaire que l'on emploiera le plomb à l'intérieur : les faits cités par MM. Buisson et Méran de Bordeaux , montrent suffisamment qu'on ne peut le regarder comme le spécifique de la tuberculose générale.
17G. — Nous ne pouvons que répéter, au sujet de la digitale, ce que nous venons de dire des préparations plombiques.
On sait que ce médicament a été conseillé comme moyen préventif et curatif de la phthisie pulmonaire. Son emploi contre la tuberculisation du poumon s'est vulgarisé surtout en Angleterre, et MM. Kinklake, Fowler, Beddoes, Mac-Léan, etc., sont de ceux qui l'ont préconisé avec le plus de chaleur.
La digitale, en effet, semble enrayer la marche de la phthisie confirmée et prévenir la formation de nouveaux dépôts tuberculeux ; cette action bienfaisante, nous pensons pouvoir l'attribuer aussi bien à l'action sédative qu'elle exerce sur le cœur.
cju a cette espèce de chloro-anémic clans laquelle finissent par tomber les sujets qui en continuent longtemps l'usage.
C'est par cette double influence que la digitale prévient les processus tuberculeux en empêchant les mouvements fluxionnaires sanguins qui en sont les précurseurs obligés.
177. — N'est-ce pas aussi à l'état chlorotique qui leur est propre que l'on doit attribuer la rareté de la phthisie chez les ouvriers des manufactures de tabac ? Ruef, Tardieu (1), signalent cette immunité, et M. le docteur Hurteau médecin de la manufacture de Paris, en donne l'explication, à notre avis, lorsqu'il indique, comme habituels chez ces ouvriers , le peu de consistance du caillot sanguin dans les saignées , le caractère passif des congestions sanguines et la teinte chlorotique plombée de la peau, phénomènes que l'on peut regarder comme autant de signes de chloro-anémie.
178. — Les ouvriers houilliers nous semblent aussi devoir à la même cause , la sorte d'immunité dont ils jouissent à l'égard de la phthisie pulmonaire, et qui maintenant est généralement reconnue, malgré l'opinion contraire de MM. Boulvin et
(1 ) Tardieu : Dictionnaire dy hygiène publique et de salubrité , tome 3, page 464.
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Graux (1). L'absence de la lumière solaire et la respiration dans une atmosphère chargée d'acide sulfhydrique, sont deux conditions bien propres à l'e'lablissement chez eux de la chloro-anémie ; de la sorte, ces ouvriers seraient, suivant nous, préserve's des manifestations de la tuberculose générale en même temps que les mettraient à l'abri de l'état diathésique lui-même et les exercices violents auxquels les expose leur profession, et la densité de 1 air qu'ils respirent, véritable bain d'air comprimé si favorable aux actes nutritifs.
Cependant, on ne peut le méconnaitre, des causes funestes en assez grand nombre peuvent atteindre les ouvriers houilliers au milieu des conditions sanitaires que nous venons de mentionner, et qui leur sont si favorables au point de vue de la prophylaxie des tubercules de cause générale. Parmi ces causes, nous citerons en première ligne les nombreux courants d'air qui régnent dans les mines d'une galerie à l'autre, et la continuelle humidité que Ton trouve dans certains puits houilliers.
On comprend que ces influences pernicieuses puissent parfois être assez intenses pour contrebalancer ou même annihiler les heureux effets que produit d'ailleurs le travail dans les mines sur la santé des ouvriers ; c'est ce qui explique ces quelques exemples que l'on a pu observer, de non im-
{4) Boulvin et Graux : Académie de Belgique , discussion sur la pkthisie pulmonaire. — Gazette hebdomadaire, -1859.
munité de la phthisie pulmonaire chez les ouvriers qui travaillent clans certaines mines de houilles.
M. Hervier (1) a vu par exemple la tuberculose êtfre assez fre'quenle chez les mineurs de Rive-de- Gier, et il vient d'être établi par une re'cente statistique que parmi les ouvriers employés aux mines de Cornouailles, on compte Gl décès pour 100, occasionnés par les maladies de poitrine, tandis que dans le reste de la population, la même cause n'occasionne que 31 décès pour 100.
Ces faits ne peuvent donc pas détruire complètement la loi d'immunité qui reste une règle générale ; ils ne forment que des exceptions dont l'explication est du reste facile à saisir.
179. — Il est certains états physiologiques ou pathologiques qui protègent manifestement un organisme en puissance de diathèse tuberculeuse contre les manifestations de cette diathèse, et qui par cela même demandent à être respectés et quelquefois même entretenus a titre de préventifs ; ces divers états, que nous allons passer en revue, semblent agir non-seulement en maintenant l'économie dans cette sorte de chloro-anémie dont nous venons de reconnaître toute l'importance prophylactique, mais encore en exerçant localement une action révulsive ou dérivative, qui fixe les mouvements fluxionnaires sur un organe peu important et pré-
(-1) Gazette médicale de Lyon, 4860.
serve par conséquent ceux qui sont plus nécessaires à la vie.
180. — La grossesse nous paraît devoir être comprise clans cette classe de moyens préventifs; l'heureuse influence qu'elle exerce souvent sur la phthisie pulmonaire, reconnaît évidemment pour cause la dérivation des mouvements fluxionnaires qu'elle opère sur l'utérus aussi bien que l'état chloroanémique auquel est condamnée la femme grosse, et que M. Cazeau a si judicieusement différencié de la pléthore avec laquelle on le confondait souvent; l'accouchement, en effet, une fois terminé, les lésions tuberculeuses se multiplient en même temps que disparaît la fluxion utérine et que le fluide sanguin s'enrichit.
181. — Ce que nous disons de la grossesse pourrait aussi s'appliquer à toutes les lésions utérines. M. Aran (1) a été conduit par la pratique à voir entre elles et la marche de la phthisie pulmonaire une sorte de balancement : d'après lui un assez grand nombre de femmes atteintes d'affections utérines étaient depuis longtemps sujettes à s'enrhumer, crachaient le sang depuis plusieurs années ou bien appartenaient à des familles phthisiques. « Améliorez, ajoute-t-il, leurs lésions utérines, et bientôt vous verrez de nouveau la balance pencher
(1) Aran : Traité des maladies de l'utérus, 1858.
du côte de la phthisie, les accidents pulmonaires se reproduire et se précipiter vers une terminaison fatale. » Quoiqu'il soit encore contestable, ainsi que M. Becquerel l'a démontré d'après ses propres recherches (1) , qu'il y ait entre les maladies de l'utérus et la diathèse tuberculeuse un rapport de cause à effet, on ne peut douter que les lésions utérines n'aient en général une certaine influence sur les dépôts tuberculeux : et cette heureuse influence s'explique comme pour la grossesse, en partie par la révulsion qu'occasionnent les lésions utérines et en partie par l'état chlorotique qui les complique si souvent.
182. — « Le moment de la première menstruation dit Bayle (2), mérite la plus grande surveillance pour prévenir la phthisie. » Nous partageons lout-àfait à ce sujet les idées du médecin que nous citons.
Chez les jeunes filles en proie à la diathèse tuberculeuse, lorsque la menstruation éprouve de la difficulté à s'établir, il est à craindre que les mouvements fluxionnaires, au lieu de s'effectuer sur l'utérus, tendent à avoir lieu du côté de la poitrine. Cet accident, chez une personne saine, n'occasionnerait le plus souvent qu'une hémoptysie sans
{\) Becquerel : Traité clinique des maladies de l'utérus et de ses annexes, tome 2, page 408.
(2) Bayle : Phthisie pulmonaire. — ln Encyclopédie dess sciences médicales.
gravite, cl ne serait que d'une médiocre importance ; mais sur un sujet tuberculeux, ou enclin à le devenir, il en est autrement, et l'on doit redouter que ces fluxions intempestives ne deviennent la cause occasionnelle de dépôts tuberculeux, et ne fassent se dévoiler un cf at diathésique qui jusqu'alors n'avait existé que virtuellement.
On comprend dès lors combien il importe , surtout au moment de la puberté, de fixer du côté <lcs organes génitaux les mouvements çongestifs qui ont lieu habituellement à cette époque. « Personne n'ignore, dit Hufeland (1), que la menstruation est le plus sûr moyen de prévenir longtemps le développement de la phthisie pulmonaire chez les femmes, môme qui y sont le plus prédisposées, tandis que, quand les règles s'arrêtent, la maladie éclate dans toute sa force et la malade est perdue sans retour. »
Pour remplir la précieuse indication qui ressort des considérations précédentes, le praticien aura à sa disposition la série des moyens dits emménagogu.es, ou la ressource de la saignée si chaudement conseillée dans ce cas par le médecin que nous venons de citer ; on se gardera néanmoins de trop insister sur les évacuations sanguines, ou de solliciter trop tôt les règles chez les jeunes filles tuberculeuses, dans la crainte de déterminer chez ces malades un affaiblissement trop grand.
(1) flufeiand : Considérations sur la saignée.
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185. — Que dirons-nous de l'allaitement considéré comme moyen de prévenir les dépôts de tubercules chez la femme en proie à la tuberculose générale ?
Morton le conseillé vivement dans l'intérêt de la nourrice. Il est évident que la femme ne peut retirer de cette pratique que de très-bons effets et de Irès-heureux résultats ; en allaitant son enfant elle fixe du côté des seins une fluxion permanente qui sert de dérivatif et devient, contre la formation de dépôts tuberculeux , une sorte de soupape de sûreté. Supprimer ce mouvement fluxionnaire qui s'effectue sur les glandes mammaires, c'est le déplacer et le déterminer peut-être sur un viscère important à la vie, c'est en même temps faire cesser cet état chloro-anémique qui est normal chez les nourrices et qui, chez elles, est entretenu par la plus ou moins abondante déperdition lactée qu'elles font journellement ; c'est, en un mot, anéantir les deux principales causes qui maintenaient la diathèse à l'état latent, et en favoriser largement les manifestations.
Dans son intérêt , la femme affectée de tuberculose générale devra donc allaiter. Et si nous ne considérions la question qu'à ce simple point de vue , nous conseillerions sans réticence cette pratique, avec la plupart des auteurs, aux mères tuberculeuses; mais si l'allaitement ne peut être qu'utile à la nourrice, le nourrisson en retirera-t-il les mêmes avantages? Nous avons pu nous convaincre
que malheureusement il n'en était pas ainsi, et nous avons cherché à le démontrer dans un des chapitres précédents : on conçoit, dès lors, la prudence que le médecin doit apporter lorsqu'il est appelé à donner ses conseils en pareille matière ; il est placé entre deux intérêts que l'honneur et la probité lui font un devoir de respecter ; il a à sauvegarder à la fois la santé de la mère et celle de l'enfant; aussi pensons-nous que le conseil de Morton doive être un peu modifié ; la femme allaitera, non point son propre enfant qu'elle pourrait infecter, mais des animaux , de petits chiens ou de petits chats. Cette pratique qui est d'un emploi journalier contre les engorgements laiteux des seins, sera continuée plusieurs mois, de façon à maintenir du côté des mamelles une sorte de fluxion qui remplace celle qui s'effectuait du côté de l'utérus pendant la grossesse et les suites de couches, et qui prévienne celles qui ne tarderaient pas à s'établir du côté des principaux viscères et dont les conséquences pourraient être si funestes.
18'i. — Ce sont des considérations analogues aux précédentes qui feront craindre de guérir trop promptement chez des tuberculeux certaines maladies invétérées ; surtout quand elles entretenaient les malades dans un état habituel d'anémie, qu'une guérison intempestive pourrait trop brusquement faire disparaître et même remplacer par un état hyperhémique opposé.
On comprend ainsi que ces grandes suppurations, ces flux abondants qu'il était urgent de tarir avant que la diathèse tuberculeuse ne soit établie, ne seront supprimés après la genèse de l'état dialhésique qu'avec une extrême prudence. On comprend encore que certaines opérations chirurgicales ne devront être pratiquées chez des tuberculeux qu'avec une grande réserve, aussi bien pour ne pas anéantir les heureux effets de la chloro- anémie qu'entraînent „ certaines lésions , que pour ne pas détruire un révulsif précieux.
Les hémorrhoïdes par exemple seront respectées. Pour des motifs semblables on a conseillé de ne pas guérir chez les tuberculeux lès fistules h l'anus ; Baumes défend d'opérer les cancers chez ces malades , de peur d'activer la marche de leurs tubercules ; et l'on s'est demandé aussi s'il était bien de faire l'ablation des masses tuberculeuses, et si à la suite de pareilles opérations, il n'était pas à craindre que les décharges constitutionnelles ne vinssent à se multiplier et à s'effectuer sur les organes internes.
185. Deux opinions partagent encore le monde médical h ce sujet ; les uns rejettent l'opération: ils craignent qu'à sa suite la fluxion ne se fasse sur les organes internes. A l'appui de cette thèse, en effet, se présentent les observations de M. Hutin (1), qui
(I) Hutin : Gazette des hôpitaux. H857.
cite l'exemple d'une phthisie aiguë promptement morlclle après l'ablation d'une masse tuberculeuse.
Une école opposée assimile la marche de la tuculose générale à celle de la diathèse cancéreuse , et pense qu'un dépôt tuberculeux une fois formé peut devenir une cause d'empoisonnement général par résorption du globule ou du blastème tuberculeux, soit au moyen des lymphatiques , soit au moyen du fluide sanguin. Pour éviter des dépôts secondaires, il serait donc indiqué dans une pareille hypothèse d'enlever le plus tôt possible le dépôt primitif, cause unique d'infection.
Cette seconde opinion nous paraît trop exagérée. Rien ne prouve , en effet , chez les tuberculeux, l'existence d'une infection secondaire comparable à celle que l'on observe chez les cancéreux. Les ganglions placés sur le trajet des lymphatiques eiférents d'un organe tuberculisé, sont loin d'être aussi fatalement envahis qu'on le remarque dans les cas de cancer , et la tuberculose , ainsi que le constate M. Boudet (1), à l'inverse de la diathèse cancéreuse , est grave moins par sa nature même que par le siège de ses localisations phénoménales.