CHAPITRE V
Pronostic.
La guérison est fréquente en effet dans la tuberculose péritonéo-pleurale subaiguë. Sur les 10 malades dont nous citons l’observation, un seul a succombé.
Cette notion a été bien mise en lumière d’abord par M. Fernet. Elle est généralement admise actuellement. Le pronostic immédiat de cette affection est donc bénin.
Mais ici se pose une question plus difficile à résoudre.
Cette guérison, réelle au point de vue clinique, est-elle une véritable guérison ? Ne se trouve-t-on pas en présence d’une simple rémission de durée plus où moins longue, après laquelle la maladie reprendra un nouvel essor ?
N°y a-t-il pas dans ce cas un fait analogue à celui qui se passe dans certaines cirrhoses atrophiques dites curables ou ce qu'il y a de curable, ce n’est pas la lésion, mais uniquement le syndrome cirrhotique (1).
Vierordt, dans son travail que nous avons déjà cité souvent, n’admet que sous Les plus grandes réserves, la possibilité de la guérison. Il croit que dans ces cas, on se trouve presque toujours en présence de rémissions de durée fort longue parfois, et parmi plusieurs exemples, il cite le suivant, le plus typique: Un homme fut pris, en
(1) A. Giserr. De la curabilité et du traitement des cirrhoses alcoo-
liques. Gaz. hebd. de méd. el de chir., 19 avril 4890. F
es AT ec
février 1879, de tuberculose péritonéo-pleurale (état grave au début, température élevée). IL sortit guéri le 30 mai 1879, fut bien portant, exerça son métier de brasseur jusqu'en juin 1882, fit alors de la tuberculose du sommet droit, présenta de légers symptômes péritonéaux, et mourut de consomption en seplembre 1882.
En présence de semblables observations, on ne saurait être trop prudent, et il faudra toujours réserver le pronostie éloigné. Néanmoins nous croyons que dans certains cas légers, lorsque les granulations tuberculeuses du péritoine et des plèvres sont peu nombreuses, la guérison définitive, complète est possible ; nous ne pouvons malheureusement en donner la preuve. Nous ne savons pas ce que sont devenus les malades dont nous citons les observations, et, d’ailleurs le saurions-nous, que nous ne pourrions lirer même de leur état de santé actuel, une preuve certaine de leur guérison ; il y a trop peu de temps que leur tuberculose péritonéo-pleurale a évolué pour que l’on pût rien affirmer, étant donné la longueur possible des rémissions et l'apparition possible à longue échéance d’une autre manifestation tuberculeuse. Quelques faits viennent cependant appuyer notre hypothèse et lui donner de la vraisemblance. Il y a des cas de péritonite tuberculeuse ascilique guéris et dont la guérison s’est maintenue assez longtemps pour qu’on soit en droit de l’affirmer complète. Tel est le cas classique de Spencer Wells dont le malade est en parfaite santé, 28 ans après l'intervention. Nous ne voyons aucune difficulté à généraliser ces faits et à admettre leur possibilité dans les cas de tuberculose
péritonéo-pleurale subaiguë.
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D'autre part nous verrons que dans les cas terminés par là mort (tuberculose péritonéo-pleurale primitive, grave, et surtout tuberculose péritonéo-pleurale secondaire), on ne trouve pas à l’autopsie de masses caséeuses. Les granulations sont presque toutes isolées et ne paraissent pas avoir de tendance à la caséification. Or on sait que les granulations tuberculeuses peuvent subir deux modes d’évolution, aboutir à 2 processus différents : la caséification d’une part, la transformation fibreuse de l’autre. Ce dernier indique une tendance manifeste vers la guérison, elil semble le plus habituel dans les cas que nous étudions ICI. |
Mais le fait le plus important et que nous voulons bien mettre en lumière, c’est la différence du pronostic entre la tuberculose péritonéo-pleurale subaiguë primitive et celle qui survient secondairement à des lésions tuberculeuses en évolution. Celle-ci apparaît le plus souvent dans le cours de la tuberculose pulmonaire, frappe en même temps les plèvres et le péritoine, et elle est toujours mortelle et à brève échéance. C’est un accident ultime, une complication terminale. D'où la nécessité de diagnostiquer avec soin cette condition étiologique qui renferme la clef du pronoslic.
Nous rapporterons 3 observations de tuberculose péritonéo-pleurale secondaire, deux personnélles (obs. XI et XII) une dûe à l'obligeance de notre excellent ami Girode (obs. XIII). Toutes trois ont entraîné rapidement la mort, et il sera intéressant de les comparer aux autres cas de tuberculose primitive subaiguë du péritoine et des plèvres.