PATHOGÉNIE
La tuberculose thyroïdienne, si l’on met à part la tuberculose miliaire au cours de la granulie, est extrêmement rare, puisque Arnd n'en retient que 44 cas comme indiscutables. Pour expliquer une telle rareté, on a admis une résistance particulière de la glande thyroïde à l'infection tuberculeuse.
HAMBURGER ayant remarqué que les goîtreux devenaient rarement phtisiques, admettait une sorte d’immunisation contre la tuberculose, par le goître. Nous verrons tout à l’heure quelle explication il est possible de donner de cette rareté de la tuberculose pulmonaire, chez les goitreux.
Mori et Cassan rapportent l'histoire de familles dont tous les membres non goitreux étaient morts phtisiques, tandis que ceux dont le corps thyroïde était adénomateux demeuraient indemnes.
BErz estime également que le goître confère une sorte d'immunité contre la tuberculose et il n’opère jamais un goitre, quand il a des raisons de craindre une localisation tuberculeuse chez le malade.
Enfin, tous les observateurs ont établi depuis longtemps que le crétinisme et le myxœædème, s’accompagnaient fréquemment de tuberculose.
Pour éclaircir cette question de la résistance par-
=: Fe ticulière du tissu thyroïdien à l'infection tuberculeuse, de nombreuses expériences ont été entreprises.
Pixoy ayant pratiqué chez le cobaye des injections sous-cutanées de bacilles tuberculeux, n’a obtenu qu'une seule fois la production de tuberculose dans le corps thyroïde. Il conclut que le corps thyroide résiste à l'invasion des bacilles en réagissant par la sclérose et peut-être aussi en raison de sa teneur en iode.
Torrr expérimente chez le chien. Il'injecte par l’artère thyroïdienne de 1/10 à 1/2 «"# d’émulsio de bacilles en s’assurant au moyen d’une ligature de l'absorption de toute la masse par la thyroïde. Les résultats ont été constamment positifs. Il a trouvé régulièrement, une tuberculose étendue, arrivant à la caséification d’une moitié de la glande, correspondant au territoire de l'artère injectée, tandis que dans l’autre moitié il a trouvé simplement de l’hyperplasie des épithéliums et une secrétion abondante de la colloïde. Une seule fois, il rencontra des tubercules de l’autre côté, mais jamais dans la substance colloïde. Malgré ces résultats positifs, Torr1 conclut que la thyroïde résiste à l'infection bacillaire, et cela par l’action destructive, que la substance colloïde exerce vis-à-vis des bacilles. En effet, dit-il, étant donnée J’énorme dose de bacilles injectés, l’inoculation thyroïdienne devait fatalement se produire, quelle que fût la résistance du tissu; mais il faut remarquer, que les bacilles qui se trouvent dans la substance colloïde sont peu nombreux et présentent des signes de dégénérescence. Ils sont granuleux et se colorent mal.
CEE Cette action destructive de la colloïde n'existe pas pour d’autres bacilles, en particulier pour celui du charbon.
TOMELLINI répète ces expériences, obtient les mêmes résultats, mais conclut, plus logiquement semble-t-il, que le tissu thyroïdien ne présente aucune immunité vis-à-vis de l'infection tuberculense.
ROGER ET GARNIER injectèrent une culture de bacilles tuberculeux dans la carotide de 3 lapins et de 3 cobayes. Les cobayes présentèrent bien dans le tissu thyroïdien des altérations profondes et diffuses, mais pas de formation typique de follicules. Au contraire chez le lapin, apparurent des nodules tuberculeux dont les auteurs ont étudié la genèse.
SHIMODAIRA, tout récemment, a entrepris de nouvelles recherches à ce sujet. Il a pratiqué comparativement des injections d’émulsion bacillaire de concentration variée dans le corps thyroïde d’une part et dans la rate, le rein et le testicule d’autre part, ces 3 derniers organes étant pris comme témoins. Avec des doses élevées, il a obtenu des résultats constamment positifs pour tous les organes.
Avec des doses plus faibles, quatre thyroïdes seulement sont atteintes sur les 7 animaux en expérience, mais les autres organes injectés sont tous tuberculisés.
Avec des doses plus minimes encore, le corps thyroïde seul reste indemne, alors que les autres organes réagissent toujours par la formation de tubercules.
De cette longue série d'expériences, l'auteur conclut que, chez le lapin tout au moins, le corps thyroïde est plus difficile à tuberculiser que le testicule, la rate ou le rein.
RD
Il semble donc d’après ces faits, étant donnée la rareté relative des observations de tuberculose thyroïdienne, que le corps thyroïde constitue peut-être un terrain assez peu favorable au développement du bacille. j
Quant à la question de l’antagonisme entre la tuberculose pulmonaire et la présence d'un goître, son existence, si celte existence est réelle comme les observations semblent -en faire foi, parait dépendre non d’une réaction humorale, mais bien plutôt de l'hypertension cardiaque fréquente chez les goitreux, en raison des troubles respiratoires et de la gêne à la circulation pulmonaire qui résulte de l'existence d'un obstacle des voies aériennes.
C'est au surplus par ce mécanisme que M. le Professeur TR1PIER, ayant constaté lui-même la rareté de la tuberculose pulmonaire en activité chez les goîtreux, explique cet antagonisme d'évolution qui n'est pas un antagonisme pathogénique.