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Historique
En raison des rapports anatomiques et physiologiques qui relient les apparcils circulatoire et respiratoire, depuis longtemps on a voulu établir des relations entre les maladies de ces deux appareils. Laënnee (1) disait déjà que: «les maladies dyspnéiques, et qui durent longtemps, s’accompagnent souvent de lésions du cœur, ainsi la phtisie et l'emphyséme » et plus loin il ajoutait: « lorsque les maladies du cœur coïncident avec la pleurésie chronique, la phtisie, si l'on étudie avec soin l’histoire du malade, on trouvera presque toujours que la maladie du cœur est consécutive ». Laënnec avait surtout en vue, l’influence mécanique du système respiratoire sur le système circulatoire.
Plus tard, Rokitansky (2), se plaçant à un autre point, de vue, établissait comme loi l'antagonisme absolu entre les affections du cœur et la tuberculose pulmonaire. Cette loi, connue sous le nom de loi de Rokitansky, était admise par Pidoux, qui, dans ses « Etudes générales et pratiques sur la phtisie», en 1874, disait : « L'existence simultanée des deux affections n’est pas commune, ée qui prouve déjà l’anta-
| (1) Laënnec. Traité de l’auscultation médite. 1826. (2) Rokitansky, Anatom. Pathol. 1855
Re
gonisme. De plus, quand on observe cette coïncidence, la cardiopathie retarde l'évolution de Ja phtisie». Telle était également l'opinion de Louis, qui, en 1876, dans ses recherches anatomo-pathologiques sur la phtisie, écrivait :« Dans aucun cas, nous n'avons trouvé de lésions organiques dans les parois de l’une ou l’autre cavité du cœur».
Malgré l'autorité de Rokitansky, la loi de l'antagonisme ne tardait pas à être attaquée plus ou moins vivement par différents auteurs. Déjà Traube en 1864, (Deutsche klinik), restreignait l'antagonisme aux seules lésions mitrales. Deux ans plus tard, en 1866, Martineau dans sa thèse d’agrégation (Des endocardites) niait tout antagonisme et apportait vingt-trois cas de lésions mitrales sur une série de cinquantetrois phtisiques.
Nous passons sous silence à dessein, la thèse de Lépine et le mémoire de Constantin Paul, qui traitent du rétrécissement des orifices de l'artère pulmonaire, et qui concluent à la fréquence de la tuberculose pulmonaire chez ces malades.
Mais. c’est surtout Frommolt (1), qui s’efforca de battre en brèche la doctrine de Rokitansky. Non seulement il nia tout antagonisme, mais il alla plus loin ; apportant à l'appui de sa thèse, vingt-trois faits de tuberculose pulmonaire sur deux cent soixante-dixsept cas de lésions cardiaques, il montra que les deux affections coexistent assez fréquemment.
(1) Archiv, der Heilkunde 1875,
La même année, dans une de ses cliniques, Peter : (1) se déclarait l'adversaire de la loi de Rokitansky en disant : « L’immunité des sommets pulmonaires pour les tuberculeux, au cas de maladies du cœur, n’a rien d'absolu. »
En 1879, Couibeaux dans sa thèse se range à l'avis de Frommolt. Il en est de même de Germain Sée, qui dans un livre intitulé : « La phtisie bacillaire des poumons 1884, » écrivait : « Dans les cardiopathies acquises elles-mêmes, la coïncidence n’est pas rare. »
Percy Kidd dans un mémoire (The association of pulmonary tuberculos's vith disease ofthe heart 1887) qui porte sur 500 cas de phtisie, a trouvé 27 cas de phtisie confirmée avec des signes d’enaocardite ; aussi 1l se déclare partisan d’une incompatibilité relative et non absolue.
MM. Hérard, Cornil et Hanot (2) sont plus catégoriques, lorsqu'ils envisagent la question de l'antagonisme de Pidoux : « La statistique, disent-ils, est absolument opposée à ces conceptions théoriques... L'un d'entre nous a trouvé trois fois en un an cette coïncidence de la phtisie et des maladies du cœur. » En outre ces auteurs admettent la statistique de Frommolt.
Fenvick (3) sur 1560 autopsies, signale 13 cas d’endocardites aigues, et 30 cas d'endocardites chro-
(1j Gazette des Hôpitaux 1875, Clinique de Peter.
(2) Hérard, Cornil et Hanot. La phtisie pulmonaire 1888.
(3) Fenvick cité par Teissier, in Leçons de clinique de Potain.
niques se décomposant ainsi : 9 cas d'insuffisance mitrale, 4 cas de rétrécissement mitrale, 4 de rétrécissement aortique et cas de lésions complexes.
Le professeur Potain (1), signale 12 fois la tuberculose sur 35 autopsies de rétrécissement mitral pur.
Pour Squire, membre de la Société de pathologie de Londres, « la coexistence de tuberculose et dé maladies du cœur est d'observation courante (2) ».
Enfin en 1895, M. Frankel à la Société de Médecine interne de Berlin disait : « Il n'y a peut-être pas une seule lésion acquise du cœur que je n’aie rencontrée chez les tuberculeux ; ces lésions étaient même parfois très prononcées. »
De sorte que nous nous trouvons en présence des opinions les plus diverses qui peuvent se résumer à trois.
1° Il y a antagonisme entre les maladies du cœur et la tuberculose. C'est la loi de Rokitansky adoptée par Pidoux.
2° I! y a antagonisme relatif. C’est l'opinion de Traube, de Percy Kidd, de Peter, et du professeur Potain.
3° L’antagonisme n'existe pas. C’est l'avis de Frommolt, de Martineau, de Hérard, Cornil et Hanot, de Squire et de Coulbeaux.
(1) Semaine médicale 1892, (2) Transactions ofthe pathological Society of London 1893.