XLV
De l'éducation.
Enfin, le moyen le prus efficace pour prévenir les crimes, mais en même temps le plus difficile, c'est de perfectionner l'éducation, objet trop vaste pour les bornes que je me suis prescrites, objet, osons le dire, si étroitement lié avec la nature du gouvernement, qu'on ne le verra jamais bien développé jusqu'à ces siècles heureux, dont l'époque est encore bien éloignée, où la félicité descendra sur la terre. A peine jusque-là quelques sages s'en occuperont-ils ; telles ces plaines stériles dont la main infatigable du laboureur défriche çà et là quelques champs.
Un grand homme , flambeau de l'humanité qui le persécute, a fait voir en détail quelles sont les maximes principales d'une éducation vraiment utile. Il a prouve qu'elle consistait bien plus dans le choix que dans la multitude des objets, dans la précision avec laquelle on les expose que dans leur nombre ; il a appris à substituer les originaux aux copies dans les phénomènes moraux ou physiques que le hasard ou l'adresse du maître offre à l'esprit de l'élève. Il a démontré enfin que c'était aux douces impressions du sentiment à guider
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les enfants dans les sentiers de la vertu; qu'il fallait les éloigner du mal par la force irrésistible de la nécessité et des inconvéciients, et que la méthode incertaine de l'autorité devait être abandonnée, puisqu'elle ne les conduisait jamais qu'à une obéissance tiypocrite et passagère.
§ XLVÎ
Des grâces.
A mesure que les peines seront plus donces, la clémence et le pardon deviendront moins nécessaires. Heureuse la nation où ces vertus seraient funestes! La clémence, cette qualité qu'on a vue, dans quelques souverains, suppléer k toutes les autres, devrait donc être bannie d'une législation parfaite où les peines seraient modérées, où les jugements se rendraient promptement et selon les règles; vérité dure, en apparence, pour ceux qui vivent sous le désordre d'une jurisprudence criminelle où l'absurdité des lois et la rigueur des supplices nécessitent les grâces et le pardon. Le droit de remettre au coupable la peine qu'il a encourue est sans doute la plus belle prérogative du trône; c'est l'attribut le plus désirable de la souveraineté; mais il es^ en même temps une improbation tacite des lois. Dispensateur bienfaisant de la félicité publique, celui qui exerce ce droit semble s'élever contre le code criminel consacré, malgré ses imperfections, par le préjugé de l'antiquité, par l'imposant et volumineux appareil d'une infinité de commentaires, par le concours majestueux des formalités,
: le suffrage, enfin, des demi-savants, tonus plus insinuants et moins redoutés qua
yrais philosophes.
;i l'on considère que la clémence, vertu du :islateur et non de l'exécuteur des lois, doit ater dans le code pour être bannie des ju- [nents; si l'on réfléchit qu'en montrant aux mmes des crimes pardonnes, et dont le itiment n'a pas été une suite nécessaire, nourrit en eux l'espérance de l'impunité,
leur fait regarder les supplices comme 3 actes de violence et non de justice, comint pourra-t-on désirer que le souverain 3orde des grâces aux criminels? N'aurain pas raison de dire qu'il sacrifie la sûreté blique à celle d'un particulier? Que, par un te privé de bienfaisance aveugle, il pronce un édit général d'impunité? Que les s et leurs ministres soient donc inexoraîs, mais que le législateur soit doux, indulnt, humain; architecte prudent, qu'il donne UT base à son édifice l'amour que chaque mme a pom* son bien-être; moraliste haie, qu'il sache réunir le concours des intéts particuliers à former ensemble le bien snéral. Alors il ne se verra point contraint > recourir à des lois particulières, à des reèdes dont l'effet sera de séparer à tout moent l'avantage de la société d'avec l'utilité ) ses membres, et d'appuyer sur la crainte
la défiance le simulacre trompeur du salut
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public. Philosophe profond et sensible, il laissera ses frères goûter en paix la chétive por '; tion de bonheur que leur a départie l'Êtrtlj suprême, et dont le système immense qu'il s i établi leur permet de jouir dans cette par-i^ celle de l'univers.
§ XLYII