EST PERMANENTE OU TEMPORAIRE
L'inoculation du pus vaccinal exclut-il pour toujours T action de la variole ou seulement pour un temps plus ou moins long? Bien qu'il ne nous soit
pas donné de pénétrer toutes les lois qui règlent notre organisme, nous essayerons cependant de répondre à cette troisième question du programme moyennant certaines données que la science nous fournit. Cette question fut agitée dès les premiers temps de la vaccination, et Ton peut dire qu'elle fut dûment soutenue, selon que les vaccinateurs constataient des cas de variole chez des individus prémunis.
Nous en avons déjà parlé dans notre résumé des épidémies et de la revaccination, et nous n'y insisterons pas davantage, d'autant plus qu'il est hors de doute que la variole plus ou moins modifiée peut se reproduire en temps d'épidémie sur des individus
U — Parola, vol. II, Ds la vaccination.
déjà vaccinés depuis quelques années. La préservation temporaire fut soutenue principalement et avec des nuances diverses par Gysberti, Harder, Grégory, Bell, Grabner-Maraschini, Dornblûth, Sonderland, Medicus, Oegg, Storch, Siedler, l'assemblée médicale de Dûsseldorf (i829), Plaff, Fischer, Robert, Emery, Mayer , Y assemblée médicale de Zurich ( 1835 ) , Schoeffer, Lens, Heim, Gerutti, Strecker, Mûller, Ludwigs, Simon, Ebers, Ritter, Neumann, etc. La préservation indéfinie au contraire a été soutenue après Jenner et ses premiers disciples, par Willan, Thompson d'Edimbourg, Gohen, Lûders, Gittermann, Froeiich, Dufresne de Genève, Coindet, Cribb, Krauss, Foderé, Thulésius, Eichhorn, Barrey de Besançon, Sedillot, John, Baron etc.
La chose en était à ce point, lorsque l'académie des sciences de Paris mit au concours en 1838 la question de la propriété temporaire ou indéfinie. MM. Bousquet et Steinbrenner se présentèrent au concours, et leurs mémoires furent couronnés. Le premier opina pour la propriété temporaire, et M. Steinbrenner, que la réceptivité ne diminue pas malgré une bonne et complète vaccination. M. Serres dit que la propriété préservatrice du vaccin dure toute la vie chez la plupart des individus et que chez d'autres elle n'est que temporaire.
En Italie quelques auteurs ont aussi voulu répondre à la question posée par l'académie de Paris. MM. Liberali, Pertile, Gugino, Rigoni-Stern ont été tous de
Si LA VERTU PRÉ8EVAT1VE DU VACCIN ETC. 21 i
l'avis que la vaccination, pratiquée même avec succès, ne donne pas aux personnes inoculées une pleine et absolue garantie contre les attaques de la variole, et que la propriété préservative du vaccin n'est dans l'homme que temporaire et non permanente. Le comité central de Londres rappela nouvellement l'attention des savants sur (Je point douteux, et entre autres questions sur la vaccine, il posa la suivante : « Uexpét rience démontre-t-ette que la vaccination pratiquée
< avec succès préserve entièrement des attaques de la
< variole les personnes qui V ont subie ? > On cite surtout la réponse des collèges médicaux de Vienne et de Prague qui conclurent pour la vertu temporaire et relative de la vaccination. M. Facen fut aussi de la même opinion, que partagent en Italie plusieurs auteurs remarquables, tels que MM. Giarielli, Minervini, Martorelli, Frua, Ferrario, etc. M. de Gamin de Trieste s'est au contraire décidé pour la perpétuité de l'efficacité vaccinale, lorsqu'il y a le concours de deux conditions indispensables, la fermentation naturelle et complète et là disposition individuelle à la recevoir. Telle est aussi à peu près l'opinion de M. Robolotti de Crémone. En Angleterre MM. Marson et Ballard opinent pour la propriété temporaire, M. Steaton pour la propriété indéfinie. En France MM. Thore, Lalagade, Guerin etc. sont de l'avis de M. Bousquet; et tel est aussi le sentiment de l'académie de médicine de Paris comme il résulte du rapport sur les revaccinations que nous avons reproduit dans cet ouvrage.
212 DE LA VAGttNATION — CHAPITRE XII
M. Marinus conclut dans son rapport à l'académie médicale belge (1839), « que la vertu préserva tive € de la vaccine est absolue dans la presque totalité « des cas ». En Allemagne on est généralement convaincu que la vaccine ne préserve que pour un temps; il nous suffira de citer MM. Walter, Sohûrmajer, Weimer, Scholtz, etc. Les savants tendent en général aujourd'hui à admettre avec des nuances diverses la faculté temporaire, mais il y en a encore qui hésitent et qui croient que la réceptivité de la variole, une fois détruite par le vaccin, ne se reproduit plus. Ils attribuent le retour de la variole dans les personnes vaccinées ou à une réceptivité non complètement supérée par un vaccin manquant des qualités voulues ou à d'autres causes qui en ont empêché le développement régulier ou encore à ce que l'individu ne possédait pas au moment de la vaccination la disposition à contracter la variole, disposition qui ne se serait manifestée que plus tard. Ils disent que si la variole détruit dans la plus grande partie des cas la disposition à la contracter une nouvelle fois, il en doit être de même du vaccin qui agissant sur les mêmes éléments de notre organisme, doit exercer son action d'une manière absolue et permanente.
Mais comment expliquer alors les cas où la revaccination qui n'a pas réussi d'abord, a eu ensuite un bon résultat? L'éruption vaccinale aura-t-elle autant d'efficacité modificatrice sur les organes que l'éruption varioleuse?
SI LA VERTU HlàSERVATlVfe MJ VACCIN ETC. 413
Gomment expliquer le fait que jusqu'à l'âge de dix ans les cas de variole sont fort rares et exceptionnels chez les vaccinés et que depuis lors ils vont en augmentant jusqu'à la 35me ou la 40m* année? La réceptivité peut-elle être égale dans tous les individus, si tant la variole que le vaccin ne produisent jamais des effets égaux dans les divers sujets? Telles sont les questions auxquelles nous devons répondre. Nous reconnaissons l'utilité de la maxime de Biot, que < le
< véritable objet des sciences physiques n'est pas la
< recherche des causes premières, mais la recherche
< des lois suivant lesquelles les phénomènes se mani-
< festent ». C'est pourquoi sans nous laisser aller aux hypothèses ni rechercher les lois inscrutables qui règlent les phénomènes de la nature, nous nous en tiendrons seulement à ce que ces derniers nous révèlent et à ce que l'expérience nous démontre avec certitude. Nous ne contesterons pas en premier lieu qu'une lymphe vaccinale peu active et certaines conditions atmosphériques et morbides ne puissent causer sur l'organisme moins d'impression, et que n'étant pas totalement annulée la disposition à contracter la variole, celle-ci ne puisse se manifester d'une façon plus ou moins modifiée dans ces individus; mais à condition que l'on ne puisse en conclure que la vertu préservatrice du vaccin n'est pas en général absolue et permanente. Nous ne contesterons pas non plus que dans les individus qui ne présentent pas au moment de la vaccination des dispositions à la variole, la réceptivité de
cette dernière ne puisse être entièrement détruite par le vaccin, et ne puisse se présenter plus tard. Nous savons qu'une enfant âgée de peu de jours et qui vivait dans la chambre de deux de ses frères infectés de la petite vérole, n'en fut pas attaquée elle-même. Plus tard, un autre de ses frères, plus jeune qu'elle, eut aussi la variole dont elle fut inoculée, mais sans succès. On la vaccina infructueusement à 7 ans ; et successivement chaque année , jusqu' à 14 ans , mais on ne put jamais obtenir une éruption vaccinale. On la crut alors suffisamment garantie contre la variole et on renonça à d9 autres inoculations. Dix-huit ans plus tard (elle avait alors 32 ans) elle vit par hasard un petit enfant couvert de noires croûtes varioleuses. Cette vue la frappa fort et lui fit éprouver un profond dégoût. Vaccinée aussitôt après, elle eut sur les deux bras de très-belles pustules vaccinales entourées d'une aréole intense. Le doct. Steinbrenner fut étonné de ce fait étrange, et n'hésita pas à conclure que la réceptivité peut fort bien, quoique rarement, se produire plus tard. « Nous trouvons, dit-il, plus simple « d' admettre des cas où la réceptivité de la variole « n'existe pas à dater de la naissance, au moins à un « degré assez prononcé pour faire naître la maladie ; « mais que plus tard elle acquiert quelquefois cette « force ; beaucoup de faits semblables tendent à éta- « blir ce principe >.
Mais ce ne sont que des cas exceptionnels dont on ne peut tirer des conclusions générales.