CHAPITRE XXH
Entre les moyens conseillés pour renouveler la lymphe vaccinale et pour s'opposer à la transmission de certaines maladies par la vaccination, on distingue celui de la vaccination directe dans l'homme du cowpox animal. Nous allons donc nous occuper de la question de la vaccination animale , d'autant plus qu'elle est dévenue l'objet de vives discussions. Il en est qui ont élevé cette méthode jusqu'aux nues, et d'autres qui la rejettent absolument. Nous devons encore déplorer que dans une question qui touche de si près l'avenir de la vaccination, la passion se soit substituée aux recherches sévères et impartiales de la science, de manière à vouloir faire triompher à tout prix l'opinion individuelle, et que l' amour du progrès et du bien-être de l'humanité ait été offusqué par une déplorable vanité personnelle. Nous nous tiendrons éloignés des exagérations des uns et des autres et nous
tâcherons de nous maintenir dans une juste réserve, en attendant que d' ultérieures expériences résolvent cette question que la science ne peut encore expliquer d'une manière définitive.
Mais faisons d'abord un résumé historique de la même. Il parait que la pratique de la rétro vaccination tentée par le prof. Gennaro Galbiati de Naples, lui a suggéré l'idée de recourir à la vaccination animale dans le but d'éloigner tout danger de transmission morbide. Il est certain qu'il se procura en 1810 par l'intermédiaire de la cour de Naples le véritable cowpox de Vienne dont il se servit pour inoculer quelques génisses. C'est ainsi qu'il fonda son établissement de vaccination animale qui ne servit dans les premiers temps qu'à la vaccination de la cour et des classes privilégiées. Pour le bas peuple et les classes moyennes il y avait l'institut vaccinique qui inoculait de bras à bras.
Mais ce ne fut pas sans supérer de graves obstacles que M. Galbiati put donner des bases solides à son établissement. L'institut vaccinique même et surtout MM. Miglietta et Renzi s'en déclarèrent les adversaires. Il est vrai que d'autres membres distingués de cet institut, MM. Cotugno, Villari et Sementini, se servaient de l'établissement de M. Galbiati pour vacciner les enfants de leurs parents et de leurs amis. On croit que M. Galbiati ne maintint pas la succession continue du cow-pox de génisse à génisse, et qu'il recourut parfois à la rétro vaccination. À Galbiati succéda
M. Joseph Negri, qui inocula à une vache de race espagnole le cow-pox que la cour de Naples avait fait ?enir d'Angleterre. Il trouva dans la même cour un grand appui pour continuer cette méthode, et il fut autorisé à inoculer chaque mois une vache des parcs royaux de S^-Sylvestre, de Portici et de Capodimonte. Il se procura ainsi le vaccin pour le service royal ; ce qui en restait était à sa disposition. Il jouit de cet avantage jusqu'en 1860, année oh les provinces napolitaines s'unirent au reste de l'Italie. Depuis lors M. Negri continua à pratiquer sa méthode, en se procurant à ses frais les animaux nécessaires pour l'inoculation de génisse à génisse (1).
D'après Bousquet, Palasciano, Minervini et Margotta il ne serait pas suffisamment démontré que M. Negri ait toujours maintenu en activité le vaccin de génisse à génisse. Il parait au contraire qu'il a aussi recouru quelquefois à la rétrovaccination. D'autre part cependant M. Lanoix nous atteste que M. Negri a toujours conservé vif le cow-pox. Quoi qu'il en soit, la nouvelle méthode fut d'abord d'un usage tout à fait particulier. Ce n'est qu'en 1867 que la municipalité de Naples l'adopta pour les vaccinations générales de cette ville.
Le doct. James commença à pratiquer en 1845 à Paris une méthode semblable. Il alla même jusqu'à la proposer à l'académie de médecine qui s'y montra
(1) V. GaiftciKiy La vaccination animale, etc. Annales de médecine. Milan, mars 1869.
alors contraire. Les tentatives de James dorent ainsi échouer. Mais en 1864, à l'occasion du congrès de Lyon, la vaccination animale portée à la connaissance des médecins français fut sérieusement étudiée et introduite dès lors à Lyon, à Paris et dans d'autres villes.
On connaissait déjà à cette époque plusieurs cas de transmission de syphilis par la vaccination, et l'attention des savants s'était portée sur cette importante question. Pour prévenir un tel danger, Viennois avait proposé au congrès de recourir à la vaccination du horse-poœ. Le doct. Palasciano de Naples exposa au congrès la méthode qu' on suivait depuis 50 ans dans cette ville, et en démontra les avantages. C'est dans cette circonstance que le doct. Philipaux donna à cette méthode de vaccination la dénomination de napolitaine, qui subsiste encore aujourd'hui.
Le discours éloquent de Palasciano attira toute l'attention de cette illustre assemblée, et fit que le doct. Lanoix de Paris se rendit à Naples pour étudier cette méthode et en apprendre les opérations manuelles. Convaincu de son utilité réelle, il acheta une vache qu'il conduisit en France après l'avoir fait inoculer par M. Negri. Il s'arrêta d'abord à Lyon où il fournit du pus pour inoculer d'autres génisses à l'académie de médecine. Il vint ensuite à Paris où il fonda son établissement. Il fut assisté dans son entreprise par le doct. Depaul qui devait être heureux de trouver dans la vaccination napolitaine un moyen
Dg LA VACCINATION ANIMALE 235
d'éviter le danger de la syphilis vaccinale qu'il craignait tant.
Dans son rapport annuel à l'académie de médecine (séance du 5 décembre 1865) M. Depaul parla des travaux et des expériences de Lanoix. Il tâcha de démontrer la supériorité de la vaccination animale sur l'inoculation humaine, et proposa à l'académie de l'adopter. Mais la chose ne fut pas alors prise en considération. Cependant le gouvernement ayant accordé en 1866 un subside de 6000 francs pour les expériences opportunes, et un cas de cow-pox spontané ayant été découvert à Beaugency, on commença à faire des essais comparatifs des deux méthodes, à la suite desquels l' académie adopta la vaccination animale. Le système napolitain ne pouvait certainement trouver un meilleur appui qu'en Depaul, revêtu des fonctions de directeur général des vaccinations.
Notons dès à présent que les partisans de cette école, qui s'étaient laissés aller à Lyon jusqu'à proclamer la déchéance du vaccin humain et la nécessité d'y substituer le cow-pox, ne tardèrent pas, ainsi que nous le dit Rollet dans la Gazette de Lyon de l'an 1869, à faire amende honorable en demandant seulement pour le dernier une place à côté du vaccin jennérien. En 1870 on a aussi formulé à Paris de graves plaintes sur l'application de ce système. Des personnages distingués et des associations savantes se sont prononcés en faveur de la vaccination humaine.
Brechemier introduisit en 1865 la vaccination ani-
maie à Orléans. En 1865 on fit en Belgique et en Hollande des expériences spéciales à ce sujet. On en obtint de si beaux résultats que Ton fonda à Bruxelles un institut de vaccination animale, qui en 1868 fut déclaré royal sous la direction de l'illustre vaccinateur Warlomont. À Amsterdam, une commission composée de MM. Davids , Hulsoff et Allebé émit aussi un vote favorable à 1' adoption légale de l' inoculation animale. Depuis 1866 on fonda d'autres établissements de vaccination napolitaine à Berlin, à Munich, à Vienne, à Gratz. Le prof. Prosoroff l'introduisit à S*-Pétersbourg par ordre du gouvernement. Il se procura le cow-pox de Depaul en 1867 et l'inocula d'abord à une génisse qui lui fournit la lymphe pour des expériences successives.
On vit de nombreux instituts de vaccination animaie s'ouvrir dans les principales villes d'Italie. Ému par les cas de Rivalta et du Morbihan le doct. Belluzzi introduisit à Bologne sur la fin de 1866 la vaccination animale, en inoculant d'abord à une génisse le cow-pox qu'il avait fait venir de Naples. Les prof. Brugnoli et Rizzoli et le doct. Pilla lui prêtèrent plus tard leur concours pour la propagation de cette méthode. Enfin il se forma à Bologne un véritable établissement de vaccination animale dont la municipalité se servit pour les vaccinations publiques. En 1866 on commença à la pratiquer à Udine avec du pus provenant de Naples. Elle fut recommandée à Milan par MM. Schivardi et Sorresina et proposée au conseil
communal par M. Terzaghi. Vers la fin de 1868 il se forma dans cette ville un comité de vaccination animale, qui eut l'appui du gouvernement et de la municipalité. Sur la proposition du doct. Macchiavelli r autorité militaire le chargea des revaccinations annuelles d'une partie des recrues. Le comité commença ses expériences le 24 janvier 1869 et ne tarda guères à les étendre aux vaccinations communales et aux autres établissements publics. Mais la municipalité des Corpi Santi de'Milan refusa son concours, peut-être à cause des dépenses qu'exigeait cette méthode de vaccination. En 1869 on fit des essais de vaccination animale à Padoue, à Pavie et à Pérouse. On l'introduisit aussi en 1869 à Sinigaglia et à Ancône. Le conseil provincial de cette dernière ville ayant accordé un subside de 4000 livres, les principales communes de la province commencèrent à pratiquera système napolitain.
Des comités de vaccination animale se formèrent
en 1870 à Gênes, à Venise, à Ravenne et à Arezzo (1).
Mais le comité médical de Gênes s'y montra contraire
et vota la motion suivante :
< Considérant qu'à l'état actuel de la science les
< effets préservatifs du cow-pox reproduit dans l'or-
< ganisme des génisses (vaccin animal) n'ont pas
< été suffisamment étudiés ni déterminés avec assez
< de précision tant sous le rapport de l'activité que sous
(1) T. Gbincini, Comptes rendus du comité milanais, 1870.
« celui de la durée de l'action prophylactique, le comité « émet le vœu dans l'intérêt de la santé publique, que « Ton maintienne l'inoculation de bras à bras jusqu'à « ce que l'expérience ait suggéré une nouvelle mé- < thode dont Y action préservatrice soit plus du- « rable » (1).
Rome eut aussi vers la fin de 1871 un comité de vaccination animale qui, au dire du doct Toscani, ne laisse guère espérer qu'il puisse avoir une longue vie. D'autres comités se formèrent également entre 1870 et 1872 à Bergame, Modène, Ravenne, Rimini, Vérone, Parme, Pérouse, Arezzo, Pistoia, Vicence, Udine, Téramo, Bellune, Brescia.
Mais plusieurs provinces et des villes importantes se montrèrent fort peu favorables à l'introduction de la méthode napolitaine, et nous signalerons surtout Florence et Turin.
Le gouvernement italien ne s'oppose pas àj'institution des comités, pourvu qu'ils s'uniforment aux prescriptions suivantes :
1° Ils doivent observer les dispositions législatives et réglementaires sur le service vaccinique.
2° Les vaches que l'on choisit doivent être
vierges de maladies qui peuvent se communiquer à
l'homme par l'inoculation du sang. La déclaration
d'un vétérinaire doit en attester la pleine santé.
3° Les comités ne doivent se servir pour inoculer
(1) V. La santé de Gênes, N. 21, 1870.
DE tA VACCINATION ANIMALE 339
les vaches que du cow-pox ou du vaccin humain, le
pus varioleux exclus.
4f> Pour l'inoculation de l'homme ils ne peuvent employer que la lymphe vaccinale, fournie directement par l'espèce bovine.
5° Il doit être spécialement mentionné dans un certificat, que l'individu a subi avec succès la vaccination animale.
Le gouvernement italien, entendu l'avis du conseil supérieur de santé, a établi par sa circulaire du 23 avril 1870 que la vaccination animale n'est pas reconnue officiellement dans tout le royaume, n'étant pas encore sanctionnée par l'expérience, et les questions relatives étant bien loin d' être complètement résolues.
Un rapport du doct. Simon au conseil privé de la reine nous apprend que les résultats de la vaccination animale n'ont pas été trop heureux en Angleterre, tellement que l'inoculation jennérienne y est toujours en honneur.
Le résumé historique qui précède nous démontre que la nouvelle méthode pratiquée déjà sur une large échelle tend à faire abandonner la vaccination de bras à bras. Mais voyons si elle a réellement correspondu à la confiance publique au point de mériter d'être universellement adoptée.
M. Depaul dit à propos des expériences de M. Lanoix que lorsqu'un cas de cow-pox a été retrouvé, il est beaucoup mieux de le transmettre de génisse à
génisse que de l'inoculer dans l'homme pour ne le reprendre ensuite que sur lui. La maladie se transmet dans le premier cas par les mêmes organes dans lesquels elle a eu son origine et conserve par conséquent tous ses caractères. Selon lui, le degré supérieur de virulence du cow-pox résulte: 1° de la majeure durée de l'incubation ; 2° de la marche plus, lente de l'éruption ; 3° de la plus grande dimension des pustules et de l'engorgement des ganglions surtout chez les revaccinés. Mais les expériences de Lanoix que nous allons résumer ne consistent qu'en revaccinations dont le résultat varie trop pour que l'on puisse juger de l'efficacité du virus animal.
Sur 800 revaccinés de 7 à 12 ans il eut 168 succès, en moyenne 21 pour 100 ; sur 75 de 8 à 20 ans 26 succès, soit 24 pour 100; sur 200 de 20 à 40 ans 97 succès, c'est-à-dire 48,5 pour 100; sur 198 de 6 à 18 ans, 134 succès, ce qui revient à 67 sur 100 ; sur 15 d'âges différents 9 succès, soit 60 pour 100. Sur 402 d'âges différents, 50 succès, en moyenne 12,43 pour 100, plus 8 cas de vaccin illégitime; finalement sur 30 de 12 à 35 ans, 22 succès, c'est-à-dire 73 pour 100. En résumant ces chiffres on a 1720 revaccinés et 500 succès, soit en moyenne générale 29 pour 100.
Pour expliquer la différence entre le 12 et le 67 pour 100, M. Lanoix attribue le petit nombre de succès à la variole qui avait régné quelque temps dans le pays où il pratiqua ces re vaccinations et qui n'avait épargné que ceux qui n'étaient paç doués de récepti-
vite. Mais, outre que cette assertion a besoin d'être démontrée, il faut noter que la disposition à contracter on second vaccin ne marche pas de pair avec la disposition à contracter la variole* Enfin la moyenne générale de 29 p. 100 ne nous prouve pas trop la supériorité du cow-pox.
Depaul nous rapporte encore que Lanoix a vacciné près de 1000 personnes et qu'il n'a eu qu'une, vingtaine d'insuccès, sans en donner toutefois le chiffre précis; mais Depaul note que l'éruption des pustules était ordinairement tardive. Il n'était pas rare, dit-il, de ne voir rien paraître le troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième, le septième jour et même plus tard encore, et cependant il ne fallait pas désespérer. Prenons note en attendant de cette irrégularité. Il ajoute qu'il n'y avait rien de particulier relativement à la période d'incubation, et que le plus souvent la fièvre de début manquait comme dans la vaccine humaine.
L'inflammation locale était au contraire plus forte dans la période d'éruption ; la pustule était plus large; l'aréole inflammatoire paraissait être un peu plus précoce, et en général elle avait des proportions plus considérables; les ganglions axillaires se prenaient plus souvent que d'habitude , et la réaction fébrile, dite secondaire ou de sirppuration, offrait habituellement des caractères plus accentués. Malgré ces phénomènes qui sont plus saillants que dans les vaccinations avec le pus humain, Depaul n'en conclut pas que la vaccination animale soit plus préservative ; il
1$ — Parola, vol. H, De la vaccination.
dit que s' il y a présomption, la démonstration n'est pas irrécusable.
Lanoix avait déjà remarqué que le pus recueilli sur la génisse au septième ou au huitième jour ne produisait plus les effets désirés, et qu'il fallait le prendre entre le cinquième et le sixième (1).
Passons au rapport de M. Depaul sur les expériences faites à l'académie de médecine du 12 avril à la fin décembre 1866 (2). Il est divisé en deux parties, dont la première comprend les expériences faites sur les génisses, et la deuxième les expériences faites sur l' homme. La méthode suivie pour celles de la première catégorie fut à peu près celle de M. Négri. On choisit toujours la partie inférieure et droite de l'abdomen entre les trayons et le pli de l'aine, parce que dans cette région la peau est très-fine et mieux que toute autre à l'abri du contact des corps étrangers. On eut soin de prendre de jeunes génisses, et l'on pratiqua dans les premières expériences les piqûres et les incisions. Cependant les incisions ne tardèrent pas à être abandonnées. Les quatre premières génisses furent vaccinées avec la lymphe d'origine napolitaine. Chez toutes l'éruption commença à se manifester au troisième jour; au cinquième et au sixième elle était dans son plein développement, et au septième et huitième elle commençait à se dessécher.
(1) Gaz. MU. Paris, 1866, pag. 142 et suiv.
(2) Gaz. Méi. Paris, 1867, pag. 412 et suiv.
Un cas de cow-pox naturel ayant été découvert à Beaugency, Brechemier put obtenir avec les croûtes du même une pustule dont la lymphe lui servit pour inoculer avec succès une autre génisse. Depaul à son tour en inocula une avec le même pus, et la conduisit ensuite à rétablissement de l'académie.
Depuis lors lès expériences furent faites avec ce œw-pox de fraîche date. On pratiqua 27 piqûres qui donnèrent 27 pustules. Cependant l'éruption n'apparut qu'au quatrième jour; au cinquième les pustules avaient le volume d'une petite lentille; elles parvinrent à leur plein développement entre le sixième et le septième jour. Au huitième jour la lymphe servit à vacciner une autre génisse; et ainsi de l'une à l'autre on maintint vif le cow-pox jusqu'au 27 décembre. On inocula en tout 41 vaches, et toutes avec sucoès. La plupart étaient saines et se conservèrent telles. Quatre avaient la diarrhée lorsqu'elles entrèrent dans Kétable ; trois en furent prises après l'inoculation.
Depaul fait remarquer que la santé des bêtes a de l'influence sur le volume des pustules. Les génisses faibles, épuisées par la diarrhée eurent une éruption moins belle que celles qui étaient bien nourries et dont la santé était florissante.
Voici le résumé des observations de Depaul. < La < pustule n'a jamais commencé à poindre avant la fin « du deuxième jour ; jamais non plus elle ne s'est fait « attendre au-delà du quatrième. C'a été presque tou- « jours dans le courant du troisième qu'on a pu en
« constater les premières traces. Une fois parue, on
< la voyait croître jusqu'à la fin du sixième, du sep-
< tième ou du huitième jour. Généralement elle avait « atteint son plein développement au septième jour, « et dès lors elle passait très-rapidement à la puru- « lence et prenait une teinte jaunâtre très-marquée. « La dessiccation ne tardait pas à se produire, les
< croûtes brunissaient de plus en plus et commence çaient à tomber du quinzième au vingtième jour.
< À leur place il restait une cicatrice déprimée bien
< marquée, d'abord rougeâtre, puis blanche. Les phé- « nomènes généraux nous ont paru nuls dans la « plupart des cas. Nous avons pu constater un peu « d'abattement et de chaleur à la peau sur 5 ou 6
< bêtes. C'étaient celles qui avaient la diarrhée. Il
< résulte aussi de nos expériences, et ce fait a été « soigneusement recherché, que l'éruption ne s'est
< produite qu'aux points d'inoculation et qu'elle ne « s'est jamais généralisée >.
Depaul atteste, il est vrai, que les résultats constamment obtenus dans le cours de l'éruption, dans la forme et le volume des pustules, furent les mêmes sur les vaches inoculées tant avec le virus napolitain qu'avec celui de Beaugency ; mais il nous parait que l'on peut relever une légère différence. Il résulte en effet que l'inoculation de la première génisse eut un cours un peu plus lent, que les pustules n'apparurent chez elle qu'au 4me jour et qu'elles ne commencèrent à suppurer que vers la fin du &ae jour.
Pour nous prouver que la vaccination animale est sans danger, Depaul nous rapporte plusieurs expériences d'inoculation du virus syphilitique à la génisse et à d'autres animaux faites infructueusement par lui et par MM. Reynal, Lanoix et Danet. Nous savons cependant que M. Anzias-Turenne réussit à communiquer la syphilis à quelques singes etc.
En résumant les tableaux de M. Depaul, nous avons 681 enfants inoculés avec le cow-pox pris directement sur la génisse; 206 ne purent être revus; les expériences infructueuses furent an nombre de 54 ; et 421 eurent nne éruption parfaite.
Le nombre total des pustules ftrt de 1629, c'est-à-dire à raison de quatre pustules par enfant dont chacun avait reçu 6 piqûres ou incisions. Les vaccinés de bras à bras au 7m« jour de Y insertion furent au nombre de 897 dont 324 ne purent être revus ; 18 furent inoculés sans résultat, et 543 donnèrent 2,451 pustules, soit 4 Ij2 par enfant dont chacun avait reçu six piqûres.
Laissant de côté ceux dont on ne vérifia pas le résultat, nous avons pour les vaccinations avec la lymphe animale 475 individus et 421 succès, en moyenne 88,63 pour 100; et pour celles pratiquées avec le pus humain nous avons 573 vaccinations et 543 succès, c'est-à-dire, 94,34 pour 100. Le vaccin de l'homme l'emporterait donc sur celui de l'animal tant par le nombre des succès, que par celui des pustules. Ici M. Depaul nous observe que plusieurs vaccinations
avec la lymphe animale ont été faites au 7me ou au 8me jour, c'est-à-dire dans un temps peu favorable. Sur 406 enfants inoculés avec du cow-pox pris au 3me, au 4me, au 5me et au 6me jour, 123 ne furent pas revus; 5 ne donnèrent aucun résultat, et 278 vaccinés avec succès eurent entre tous 1,228 pustules, soit quatre et demie par enfant. Le résultat serait ici plus favorable au vaccin animal, si le nombre des expériences, inférieur de la moitié, n'en diminuait l'importance. Le fait que le vaccin animal est bien moins actif au 7me jour, n'est certainement pas une preuve de sa majeure virulence. De plus, si l'on prend le vaccin humain au fr*6 ou au 6me jour, l'expérience nous prouve que le succès est plus certain et que les pustules sont plus belles.
M. Depaul nous fait remarquer le volume insolite des pustules produites par le cow-pox. Mais dans les expériences comparatives où l'on avait inoculé le cowpox sur un bras et le vaccin de l'homme sur l'autre, la différence de volume n'était pas si sensible. On constata au contraire plus de succès et plus de pustules avec le vaccin d'enfant qu'avec celui de la vache.
Depaul note encore que la période d'incubation est plus longue ; que parfois l'éruption ne se manifeste que 8 ou 10 jours après l'inoculation, et que les phénomènes d'inflammation locale et de réaction générale sont plus prononcés.
Relativement au vaccin recueilli dans des tubes ou sur des verres il infère du petit nombre d'expériences
que probablement le vaccin animal est sous ce rapport inférieur à l'humain.
Les revaccinations des soldats furent au nombre de 212 dont 34 succès, 3 résultats douteux et 175 insuccès. Les succès sont en raison de 16,03 p. 100, proportion qui nous démontre que le vaccin animal n'a pas toujours trop bien réussi dans les revaccinations.
Nous savons qu'on a pratiqué en France bien d'antres expériences qui, considérées dans leur ensemble, sont encore moins favorables à la vaccination napolitaine. Hervieux dit qu'il obtint à la maternité un résultat presque égal avec les deux virus ; mais il observe qu'avec le vaccin animal le développement des pustules fut plus lent, plus tardif et les pustules moins larges et moins belles (1).
Depuis l'organisation de la vaccination animale dans mon service de la Piété le 11 juillet 1865, j'ai pratiqué moi-même, dit le doct. Empis, sur des nouveauxnés 988 vaccinations avec du cow-pox de génisse, soit
en 1865 218
en 1866 533
en 1867 237
Total 988
En retranchant 58 enfants qui quittèrent l'hôpital avant que le résultat de la vaccination pût être apprécié, il reste 930 expériences dont la marche fut en
(l) Gaz. du Hôpitaux 1866, pag. 41.
tout observée, soit 558 qui réussirent et 372 qui échouèrent; ce qui donne juste 60 pour 100 de succès et 40 pour 100 d'insuccès (1).
Au Lycée S* Louis, 217 élèves revaccinés avec la lymphe animale donnèrent 77 succès , 35 pour 100 en moyenne. Mais M. Danet fut plus heureux; car sur 4,590 re vaccinations pratiquées avec le cow-pox il eut 1838 résultats parfaits, c'est-à-dire 40 pour 100. Sur 3,807 revaccinations avec le vaccin de bras à bras il n'eut que 982 succès, soit en moyenne 27 pour 100.
Depaul cite en outre 2197 revaccinations faites dans divers établissements et qui donnèrent 849 succès et 120 cas de fausse vaccine, en moyenne 38,63 p. 100.
Les dernières expériences faites par M. Hérard à la Maternité du 1er janvier au 15 août 1869, et communiquées à l'académie de médecine le 24 août de la même année, nous prouvent encore la supériorité de la vaccine humaine sur l'animale. On vaccina avec le cow-pox 209 enfants âgés de 1 à 7 jours. 29 ayant quitté le service le surlendemain, restaient 180 qui donnèrent 147 succès (82il00),et 514 pustules. On vaccina contemporainement de bras à bras 191 nouveaux-nés: le résultat ne put être constaté sur 14 ; mais 177 donnèrent 170 succès (96il00) et 61 1 pustules (plus de la moitié du nombre des piqûres).
M. Hérard fit des expériences comparatives sur 39 enfants, et le vaccin de l'homme l'emporta encore sur
(1) Gaz. des Hôpitaux, 13 août 1867.
la lymphe animale dont le développement, la marche, la durée, la virulence et la réaction avaient une parfaite analogie avec le vaccin humain. En conséquence le vaccin animal n'aurait pas manifesté ici sa supériorité dans le développement des pustules. Notons que M. Hérard n'est pas un adversaire de la vaccination napolitaine ; il admet qu'elle fournit de nouvelles • sources de vaccin et qu'elle obvie à la transmission de la syphilis. Mais il ajoute que rien ne prouve que le cow-pox ait une vertu préservatrice plus durable, et il voudrait que Ton conservât les deux systèmes de vaccination.
Un pseudonime présenta à la société méd. des hôpitaux un travail comparatif sur les deux vaccins. 144 piqûres faites avec le pus humain sur un bras à 48 enfants donnèrent 102 pustules, et un égal nombre de piqûres faites sur l'autre bras avec la lymphe animale ne produisit que 27 pustules. M. Husson présenta à l'académie la statistique de toutes les vaccinations animales faites dans les hôpitaux de Paris. Sur4163 premières inoculations on eut 2614 succès, soit 62,79 p. 100; 949 expériences manquées en moyenne 22 p. 100; 600 résultats douteux. Sur 1286 re vaccinations on n'en eut que 316 de parfaites, c'est-à-dire 24,57 p. 100.
Presque tous les membres des conférences médicales tenues à Paris en 1870 se déclarèrent en faveur de l'ancienne méthode. Dannet, Lanoix, Bucquoy, Gueneau, Moreau, Fortina, Marmis.se, Duroziez,
250 DE LA VACCINATION — CHAPITRE XXil
Ghampionnières, Crequy, Caradec, Toussaint, Leduc, Guinquaud, Trevenet, Lalagade, Pomarel, Gallard, Bouchut, Féreol etc. firent connaître dans cette circonstance le résultat des expériences qu'ils avaient pratiquées avec les deux vaccins, et dont voici le résumé qui est un nouveau témoignage en faveur du vaccin humain.
i° Vaccin animal.
Premières inoculations Succès Rapport
979 735 . . 77,li p. 100.
Revaccinations
2° Vaccin humain.
Premières inoculations
4831 ..... 4591 . . 91 p. 100 Revaccinations
Passons à la Belgique où la vaccination animale est fort en honneur. Dès 1866 le D. Martin président de l'académie belge, parlant (1) de la transmission du cow-pox dans des tubes ou de petites lames, s'exprima de la manière suivante. < J'eus occasion, dit-il, d'inoculer à des enfants du vaccin animal sur plaques, que je devais à l'obligeance de M. le doct. Jacobs, médecin de l'école vétérinaire, qui l'avait recueilli sous mes yeux et avec le plus grand soin ; aucun des enfants ne
(1) 1." octobre 1866. La ii$cu$tion roulait «ht la vacdn. ma
subit les atteintes du virus. Je tenais, messieurs, à vous présenter ces résultats négatifs, peu nombreux, il est vrai, mais qui concordent avec ceux obtenus par la plupart des médecins qui ont opéré dans des conditions analogues, pour vous faire voir combien la vaccination animale par transmission médiate offre peu de chances de succès, ce qui ne me parait pas être à l'avantage de ce mode d'inoculation >.
Le plus chaud partisan de la nouvelle méthode fut en Belgique M. Warlomont qui l'y avait introduite en 1865. Des doutes s'étant manifestés en 1866 sûr la vraie origine et la nature du vaccin qu'il inoculait aux génisses, il recourut à Depaul pour avoir du cow-pox originaire de Beaugency, avec lequel il procéda à de nouvelles expériences soùs les yeux d'une commission nommée par l' académie royale et composée de MM. Bellefroid, Thiernesse et Marinus. Les vaccinés furent au nombre de 63, répartis en 3 séries. La première comprendait 26 vaccinés avec trois piqûres à chaque bras. Les 24 qui se présentèrent à la vérification, avaient tous des pustules un peu plus larges que celles que l'on obtenait avec le virus jennérien; un seul n'eut qu'une pustule, d'autres en eurent de 2 à 4, et sept jusqu'à 6.
La deuxième série comprenait 10 enfants vaccinés au bras gauche avec la lymphe de génisse et au bras droit avec du cow-pox de huit, de quinze et de vingtdeux jours, conservé dans des tubes. Deux autres enfants furent inoculés aux deux bras avec du cow-pox
en tubes de trois semaines. Chez les premiers la vaccination réussit également bien des deux côtés. Quant aux deux derniers le cow-pox produisit sur un six belles pustules; l'autre ne fut pas présenté à la visite.
La troisième série comprenait plusieurs expériences. On vaccina d'abord 7 enfants au bras gauche avec de la lymphe de génisse, et au bras droit avec celle d'un enfant inoculé de huit jours avec du cow-pox. On obtint sur cinq enfants de fort belles pustules de chaque côté; sur un l'inoculation ne réussit que du côté gauche, et elle fut sans effet sur le dernier ; mais il faut noter que celui-ci avait déjà été vacciné 4 fois sans effet
Les secondes expériences de la troisième série comprenaient 6 enfants inoculés au bras gauche avec du vaccin humanisé de deuxième transmission, et au bras droit avec de la lymphe de génisse. Cinq présentèrent 6 pustules, et le dernier en eut 5: celles du bras gauche étaient plus belles et plus volumineuses.
Dans les autres expériences on compara le virus de troisième et de quatrième transmission dans l'homme avec celui de la génisse. Ici encore on constata que les pustules produites par le vaccin humanisé étaient plus belles et mieux développées.
La commission conclut de toutes ces essais:
< 1° Que la vaccination de génisse à bras réussit toujours, ou au moins manque rarement son effet chez les enfants indemnes de la variole ou d'une vaccine antérieure. Les pustules qu'elles détermine
DE LA VACCINATION ÀtHMALK 253
sont plus belles, plus développées et entourées d'une aréole inflammatoire plus large et mieux marquée que celles produites par le vaccin jennérièn. Nous avons pu constater que la dessiccation se fait plus lentement et qu'elles laissent des cicatrices plus profondes et plus étendues. En un mot ces pustules ont la plus grande ressemblance avec celles décrites et figurées par les auteurs des premiers temps de la vaccine.
< 2° Que le cow-pox recueilli dans des tubes de verre de huit, quinze et vingt-un jours comparé avec l'action de celui qui est transporté directement de la génisse sur les bras, donne le même résultat. Le virus renfermé dans ces tubes conserve sa limpidité. Il devient ainsi très-facile de s'en servir, et il est probable que sa puissance virulente se maintient pendant un temps assez lohg.
« 3° Que l'action du virus vaccin modifié par son passage dans l'organisme humain, comparée avec celle du cow-pox inoculé directement de la génisse à l'enfant, est à peu près égale depuis la première jusqu'à la quatrième transmission. Il semble même que cette action est plus puissante à mesure que ces transmissions se succèdent. Il reste à savoir à quelle génération elle se modifie. Si nous recherchons la cause de cette différence d'activité, nous sommes portés à croire que dans ses premières migrations, alors qu'il s'est humanisé, le vaccin, a acquis plus de virulence et est mieux approprié au terrain sur lequel il est appelé
à germer, propriété qui s'affaiblit sans doute après des transmissions plus nombreuses (1). >
Nous avons voulu par esprit d'impartialité rapporter les conclusions de la commission. Qu'on nous permette maintenant quelques observations. Nous pensons avant tout que le nombre des expériences a été trop petit pour pouvoir en tirer des conséquences si favorables à la vaccination animale. Il faut encore observer que la Commission a fait ses opérations avec le cow-pox d'origine spontanée ou fraîchement inoculé à la vache lequel conserve presque toute sa virulence primitive.
• La deuxième conclusion nous prouve l'origine récente. Gomme nous l'avons vu, M. le doct. Martin nous a attesté que le vaccin animal perd bien vite de sa puissance, s'il est placé dans des tubes ou des plaques.
La troisième conclusion est très-importante et fort peu favorable à la vaccination animale. En effet, s'il parait que le vaccin a acquis de l'efficacité par ses transmissions successives dans l'homme, s'il trouve par conséquent un terrain plus propre à sa germination, nous ne voyons pas pourquoi l'on doive constamment recourir à l'animal dans les vaccinations. Nous estimons au contraire que le vaccin, une fois renouvelé moyennant le cow-pox originaire (et en ceci tous sont d'accord), se transmet bien mieux de bras à bras
(1) Bull, de PAcad. Roy. de Belgique, 2-' série, t. 9, N. 8, 1866.
que de génisse à génisse, chez lesquelles il perd de son efficacité. Le dernier corollaire, c'est-à-dire que cette propriété s'affaiblit par des transmissions plus nombreuses, est aussi hypothétique : la commission laisse ici les faits pour se jeter dans des doutes un peu hasardés, dans le but de diminuer l'importance de ce qu'elle avait d'abord déclaré.
Malgré cela, les données de cette commission ont un grand prix, et elle mérite bien des éloges pour ses expériences comparatives que nous aimerions voir continuer plus amplement; elles jetteraient beaucoup de lumière dans la question difficile qui nous occupe. Nous ne trouvons pas également assez fondées les con clusions suivantes prises par M. Warlomont après les expériences qu'il fit avec MM. Thiernesse, Defays et Marinus, à l'occasion d'une récente découverte de cow-pox en Belgique (1).
i° Le cow-pox produit par les croûtes des pustules de la vache, a donné des boutons en tout semblables à ceux du vaccin transmis de génisse à génisse.
2° L'inoculation du cow-pox faite directement à quatre enfants sains et bien portants, n'a donné lieu à aucune réaction exagérée.
3° Le développement et la ressemblance de l'éruption obtenue avec du vaccin provenant de trois sources différentes, laisse croire que la génisse rend après un nombre illimité d'insertions le cow-pox tel qu'elle l'a reçu.
(1) Séance de l'acad. de méd. de Paru du 15 septembre 1868.
On pourrait répondre à M. Warlomont que le cowpox ne possède pas toujours le même degré de virulence. Sacco et Decarro vérifièrent ce fait dès les premiers temps de la vaccination, et plus tard Héring et Bousquet en firent de même. Par conséquent le cowpox découvert par M. Warlomont, et qui ne produisit pas sur les quatre enfants la réaction nécessaire, devait probablement appartenir à une espèce de cow-pox léger et ne pouvait ainsi causer des phénomènes saillants.
Le doct. Ranse discutant l'opinion de^ M. Warlomont, à savoir que le cow-pox se maintient toujours identique dans les transmissions successives de génisse à génisse, dit qu'elle est contraire aux connaissances que nous avons sur la manière dont se comportent les virus inoculés successivement aux hommes et aux animaux ; qu'en second lieu les expériences de M. Warlomont ne paraissaient pas suffisamment démonstratives. Il ajoute même que la preuve expérimentale est difficile pour ne pas dire impossible à donner immédiatement (1).
Un des plus graves inconvénients de la vaccine animale, celui de sa subite altération au contact de l'air, est signalé par M. Warlomont dans une lettre au docteur Guérin, communiquée à l'académie de médecine de Paris (séance du 14 juin 1870).
Il note que la différence d'activité dU vaccin âni-
(1) V. fot. Méd. Paris 1868, pag. 537 et 558.
mal vivant ou conservé en des tubes se manifeste
après quelques minutes. Si on l'inocule par des piqûres
• une heure après l'avoir recueilli, il n'a déjà plus la
même force; si au contraire on inocule tout, coa-
guïum compris, par des incisions, le succès est.de règle. La différence, dit-il, vient du travail moléculaire qui s'opère dans la lymphe animale, dès qu'elle se trouve au contact de l'air, et duquel résulte la séparation. de la sérosité inerte et du coagulum renfermant les éléments solides et réellement actifs de tout vaccin. Que si l'on vaccine par piqûres au moyen de ce produit la sérosité inerte, le coagulum reste à la place et la vaccination échoue. Que si, au contraire, on applique le tout sur des incisions multiples, on augmente les chances d'absorption, et l'opération acquiert de nouvelles probabilités de réussite. Mais ces probabilités s'évanouissent après quelques jours. Le vaccin animai en tube s'altère vite.
Ces considérations d'un des plus ardents champions de cette méthode ont certainement une grande valeur; mais voyons comment il voudrait obvier à l'insuffisance de la lymphe animale.
Le doct. Blanc ayant expérimenté avec succès à Londres des pointes d'ivoire, imbibées depuis 15 ou 20 jours de vaccin animal et appliquées par mouchetures, Warlomont se servit depuis lors de plaques d'ivoire et de mouchetures, les unes n'allant pas sans les autres. Il nous assure qu'il a toujours réussi. Voici son procédé : < Je prends, dit-il, de petites plaques
17 — Parola, vol. H, Ds la vaccination.
d'ivoire longues de 30 millimètres, larges de 5, assez épaisses au talon, amincies et à pointe émoussée à l'autre extrémité, et je garnis au préalable cette extrémité d'une couche de solution de gomme arabique, pour empêcher que le vaccin ne se perde dans les pores de l'ivoire. Gela fait, je trempe cette pointe, à la hauteur de 12 millimètres, dans une goutte de vaccin exprimée de la pustule vaccinale de la génisse ; je la laisse sécher soit à la chaleur du feu soit à celle du soleil, si le temps presse, soit en la laissant à l'air jusqu'au lendemain. Dans le premier cas une nouvelle couche est appliquée dès que l'autre est sèche ; dans le second, vingt-quatre heures après l'apposition de la première et de la même façon en plongeant de rechef la pointe dans une gouttelette vaccinale. Cette seconde couche desséchée sert de vernis à la première et la préserve pour long temps de toute altération. Si l'on veut prolonguer cette conservation on peut passer la plaque d'ivoire dans une solution d'ichthyocolle pour la mettre à l'abri du contact de l'air. »
La manière de pratiquer les mouchetures et d'appliquer le vaccin ainsi conservé consiste à faire avec une lancette de petites raclures ou des incisions trèssuperficielles (cinq ou six l'une à côté de l'autre pour chaque bouton qu'on veut obtenir) et y promener à plat la pointe chargée de vaccin et humectée d'eau. S'il sort du sang il faut le rassembler sur les incisions et l'y laisser sécher avec le vaccin qu'il tient en dissolution. Chaque pointe chargée sur ses deux faces
suffit à alimenter six points d'insertions, soit à produire trois pustules par bras.
Quelle complication de méthode! observe justement M. Guérin. Quelle difficulté d'exécution! Que d'habileté pour recueillir et inoculer la lymphe! Cette méthode de conservation est-elle au moins sûre? M. Guérin nous dit que le dôct. Poirier prof, à la faculté de médecine de Gand, n'a pu obtenir aucun effet dans deux expériences faites avec cette sorte de pointes qu'il avait reçues de l'Institut Belge, et appliquées selon la méthode de Warlomont. Il nous fait remarquer que cette méthode est d'une pratique bien difficile sur les enfants indociles et qu'elle exige une habileté toute particulière.
Nous ne savons pas en vérité si tous ceux qui devraient se servir de ces pointes (nous voulons parler surtout des vaccinateurs ruraux), ont assez d'habileté pour bien exécuter ces petites mouchetures. Conflerat-on ces délicates opérations aux officiers de santé qui sont ordinairement les seuls vaccinateurs dans les petites communes? La préparation de ces pointes requiert bien du temps. Comment suffire à tant de demandes simultanées? D'ailleurs la méthode de les exposer au feu ou au soleil pour les faire sécher, nous paraît tres-défectueuse , étant le calorique un des plus puissantes causes de l'altération du vaccin. Nous n'approuvons pas de même le système de les laisser 24 heures exposées à l'air qui favorise la décomposition de la lymphe animale si facilement altérable.
Enfin si nous croyons d'un côté que la méthode Warlomont ne peut être généralement adoptée, elle ne nous offre point d'autre part de meilleures garanties que les autres systèmes de conservation de la lymphe animale.
L'Italie est le berceau de la vaccination animale, qui actuellement y est assez en vogue. Cette question a été étudiée chez nous sous toutes ses faces, et est devenue l'objet de recherches diligentes que nous croyons utile de rapporter. Commençons par les expériences sur les animaux et les différentes méthodes suivies pour transporter sur l'homme la matière vaccinale.
D'après la méthode de M. Negri, généralement adoptée dans le Napolitain, l'animal est lié, renversé sur le côté gauche et rasé à la région mammaire et hypogastrique sur une surface d'un décimètre et demi environ. Des scarifications d' un centimètre de long sont tracées par des rangées parallèles, dans le sillon desquelles M. Negri dépose le vaccin recueilli sur le plat d'une lancette. Il choisit de préférence cette région où l'épidermide est très-mince, la peau souple et les pustules à l'abri de toute souillure et de tout frottement. Sous le ciel de Naples M. Negri fait usage des pustules de l'animal après trois jours. Avec la même lancette dont il se sert pour inoculer le veau, il détache de biais la pustule pour l' appliquer sur le lieu même. Il fait en deux endroits sur les bras des enfants deux ou trois légères et superficielles inci-
sions rapprochées et parallèles , dans le but d'offrir plusieurs points à l'absorption du vaccin. Puis il saisit avec une pincette la pustule et la fait appuyer sur la première phalange de l'index avec la face externe tournée en haut, en racle fortement les détritus, les dépose sur les incisions qu'il recouvre souvent de petites morceaux de toile de gomme élastique.
Le doct* Belluzzi introduisit (1) à Bologne la vaccination napolitaine dont il s'était épris, et commença par" des expériences privées. S'étant procuré de la lymphe animale de Naples, il en inocula une génisse au commencement de décembre 1866, et fit par ce moyen une première série de vaccinations. Mais il avoua que manquant de l'habileté nécessaire, le succès fut limité. Car dans la première période qui alla du 26 décembre i866 au 28 avril 1867, il ne compta que 11 succès sur 18 vaccinés qui eurent 28 pustules, et un seul sur 9 revaccinés qui donnèrent entre tous une seule pustule.
Dans la deuxième période (du 2 mai au 22 mars 1869), il pratiqua 135 vaccinations et 4 re vaccinations. Il eut i 19 succès chez les premiers et un chez les autres, avec 424 pustules sur les vaccinés et une en tout sur les revaccinés. Les succès furent chez les premiers de 88 pour cent, et le nombre des pustules de 3 à 4 par inoculé. Mais pour arriver à ce résultat, inférieur
;1)V. Buttai* des Sciences méd. Bologne, Smo série, 7 vol., pag. 329 et soir.
du reste à celui du vaccin humain, il dut recourir à une série d'expériences, ce qui est une grande difficulté pour une application étendue de cette méthode. Il observa que le bouton vaccinal commençait généralement au S™6 jour après l'inoculation; que l'aréole était un peu plus rouge et étendue, et la croûte plus tardive à tomber , parce qu' elle était plus large et plus profonde que celle produite par la vaccination humaine ; qu'enfin la réaction générale était aussi un peu plus vive. Il nota qu'il n'était pas rare de voir tarder l'éruption; qu'il y avait sur le même individu des pustules à divers degrés de développement, et que le vaccin de quatre mois et demi réussissait chez les veaux. Il résulte de cette dernière circonstance, que l'on peut faire revivre en automne le vaccin recueilli en printemps et vice versa.
Finalement il conclut :
1° Que devant coucher les veaux ou ce qui est préférable les élever sur un plan pour les inoculer et en reprendre le vaccin, il convient qu'ils ne soient âgés que de 3 à 6 mois.
2° Que les femelles sont préférables, parce que la région mammaire est la plus adaptée à cette opération.
3° Que sur les autres parties du corps, comme sous la queue et surtout dans l'intérieur des oreilles, les pustules donnent trop peu de vaccin.
4° Qu'il est convenable d' assurer la queue des veaux vaccinés pour qu'ils ne puissent pas frapper
les pustules en formation, et de leur mettre une muselière de cuir ou une espèce de collier fait avec une série de petits bâtons à petite distance les uns des autres.
5° Que T hiver est peu favorable au développement des belles pustules.
6° Qu'en général les pustules qui ne paraissent pas encore tout à fait mûres, réussissent beaucoup mieux dans la vaccination des enfants.
7* Qu'en se servant des pustules trop mûres, on s'expose à des insuccès. C'est ce qui est arrivé à plusieurs vaccinateurs.
8° Que les pustules de l'animal sont d'autant plus petites et moins gonflées que les incisions sont plus longues. Mais, même les petites incisions ou les piqûres ne donnent que des pustules peu vives et saillantes. On doit trouver l'explication de ce fait dans l'épaisseur de la peau de l'animal. Ces pustules piquées ou raclées ne donnent que fort peu de vaccin.
9° Que la méthode suivie par M. Negri, de détacher toutes ces petites pustules, nuit beaucoup à l'animal. On peut appliquer à la base de la pustule une pincette robuste à pression continue.
10° Que par ce moyen le vaccin devient facilement sanguinolent, si on n'a pas la précaution de n'ouvrir la pustule que bien superficiellement ; qu'il y a même des pustules qui laissent sortir le vaccin par la seule pression de la pincette ; qu'il convient d'avoir l'animal au même étage que les vaccinations;
mais que si on enlève là pustule, on peut aussi vacciner à un étage supérieur.
11° Que la méthode ordinaire de vaccination avec les aiguilles produit de fréquents insuccès, et qu'il
est préférable de suivre celle des petites incisions. 12° Que comme le eow-pox est un peu plus
dense que le vaccin humain, les tubes capillaires communs ne servent pas, et doivent être remplacés par d'autres d'une majeure capacité ; que le cow-pox s'altère plus vite, et que conservé de la sorte il réussit même après quelque mois dans l'inoculation animale; tandis qu'il arrive souvent que recueilli tout fraîchement il ne prend pas sur les bras de l'enfant.
13° Que pour transmettre à quelque distance ce vaccin il faut détacher la pustule de l'animal et la placer entre deux verres dont un plat et l'autre concave, soudés avec un peu de gomme et renfermés dans une petite boîte de bois ou de fer blanc, contenant de petits morceaux d'épongé imprégnée d'eau. La pustule transmise de la sorte doit être aussitôt employée, si l'on ne veut pas qu'elle s'altère.
Pour conserver plus longtemps le vaccin on peut encore recueillir le détritus vaccinal-animal en le raclant sur la pustule ouverte, et le placer dans la petite cavité d'un cristal couvert avec un verre pour empêcher le contact de l'air. On soude les bords des deux verres avec de la. gomme; mais d'une manière légère pour qu'on puisse facilement les détacher. Le détritus conservé ainsi pendant 20 jours eut un plein succès.
On relève d' un compte rendu publié en 1872, que de 1866 à la fin de 1871 les bétes bovines inoculées selon ce système furent en tout 73, dont 5 sans effet. M. Belluzzi nous assure de plus que le détritus animal recueilli et conservé d'après sa méthode, réussit parfaitement tant dans Y inoculation des animaux, que dans celle de l'homme (1).
Le comité milanais s'est aussi fort occupé de cette importante question. Le compte rendu qu'on peut lire dans les livraisons de mars et avril (1870) des Annales Universelles de Médecine de Milan, parle de la difficulté de l'achat des animaux, et dit que les conditions agricoles de la Lombardie ne permettent pas toujours d'avoir des veaux sevrés et qu'il faut souvent employer des génisses.
Après avoir obtenu l'autorisation ministérielle et communale, le comité commença ses expériences le 24 janvier 1860. Avec une pustule et deux tubes de lymphe vaccinale animale qu'il fit venir de Naples, le doct. Macchiavelli inocula deux génisses. Une seule présenta de belles pustules au sixième jour, qui était le 30 janvier. Le 31 on en vaccina à l'hôpital militaire (S.* Ambroise) environ 100 soldats, et 350 le lep et le 2 février. Les vaches employées pour vacciner les militaires de la garnison furent au nombre de dix.
Au 2 mai 1869 commencèrent les vaccinations à la municipalité: les inoculés furent au nombre de 118,
(1) ?. Bwiku Scien. Méd. Bologne, Smo série, 9 vol., page 387 et suiv.
266 DE LA VACCINATION — CHAPITRE XXtl
Dans l'automne suivant on ne fit que 135 inoculations. La municipalité se servit au printemps de 16 génisses, et de 5 dans l'automne, toutes préalablement visitées par un vétérinaire.
De même que M. Belluzzi, le comité milanais n'épargna ni fatigues, ni temps, ni argent pour arriver au but qu'il s'était proposé- Il observa aussi le développement tardif et souvent irrégulier des pustules. Pour constater le résultat définitif de la vaccination animale, il fallait laisser passer 12 jours au moins après la vaccination, arrivant quelquefois que les pustules qui paraissaient d' abord illégitimes, devenaient ensuite parfaitement régulières. Il devait procéder dans les nombreuses vaccinations avec beaucoup d'ordre et de calme, s'il désirait obtenir de bons résultats.
Le comité reconnut que la densité de la lymphe animale ne permettait pas qu'elle se liât avec facilité à l'instrument, et qu'ainsi l'aiguille ordinaire n'était guère, convenable, lorsqu'il s'agissait de nombreuses expériences. C'est pourquoi il adopta un instrument particulier appelé inoculateur à lance, et consistant en une très-mince lancette d'acier, fort aplatie, de la longueur d'un instrument ordinaire de phlébotomie, terminée par une extrémité libre, plate et plus large que le manche, de la forme d'une petite lance sans cannelure.
Avec cet instrument l'opération se fait en trois temps :
1° On prend avec les doigts de la main gauche le
bras à vacciner et Ton en étend la peau comme dans les vaccinations ordinaires.
3» On prend l'instrument avec la main droite, comme pour la saignée, et l'on fait une incision de 1 oa 2 millimètres de long en allant jusqu'à la moitié de l'épaisseur de la peau.
3° On se sert de l'inoculateur à lance comme «fane spatule. On dépose la lymphe dans l'incision ■lont on frotte légèrement les bords pour s'assurer que le virus y pénètre.
L'inoculation étant faite, on recommande au vacciné de rester nu-bras jusqu'à ce que la lymphe se soit totalement desséchée. On ne fait ordinairement que <ieux incisions par bras aux enfants pour éviter qu'il ne devienne phlegmoneux en cas d'une éventuelle, bien que difficile réaction.
Que de précautions, que de complications pour obtenir quelque résultat de cette méthode de vaccination! Nous n'en trouvons pas moins dans l'inoculation des vaches. Le comité admet qu'on ne peut pas toujours trouver les animaux nécessaires, et que de la différence des conditions agricoles dépend la convenance de se servir de bêtes adultes ou de bêtes plus jeunes. L'inoculation devient encore plus ou moins difficile selon la docilité des bêtes et selon qu'il s'agit de génisses ou de veaux. Nous ne dirons rien de la méthode suivie pour les inoculer: c'est encore celle de MM. Negri et Belluzzi. Nous mentionnerons seulement le défaut déjà signalé par le comité, c'est-à-dire
que le vaccin ne réussit pas toujours dans ranimai, tout comme il ne prend pas toujours chez l' homme, et que pour obtenir de bonnes pustules, il est indispensable d'avoir des vaches jeunes, robustes et bien portantes.
Décrivons maintenant la méthode suivie par le comité pour détacher les pustules de ranimai. Il faut d'abord le renverser à terre et l'assurer. Après avoir choisi la pustule, on plie avec le pouce et l'index la peau à laquelle elle adhèrç. L'opérateur doit être aidé par deux ou même par un seul assistant, pouvant luimême se servir de la main gauche. La peau autour de la pustule étant ainsi bien fixée, on passe île part à part le pli de la peau avec un instrument tranchant en forme de feuille de sauge, ou avec un bistouri droit à lame mince. On effleure la pustule et avec un mouvement de va et vient dirigé aux deux cotés opposées on détache une petite partie de la peau de forme elliptique, au centre de laquelle se trouve la pustule. On laisse adhérer à cette partie de la peau un peu de tissu cellulaire qui retarde le dessèchement, et on la transmet à sa destination, suivant la méthode décrite par M. Belluzzi.
Le comité inocula dans l'année 57 bêtes bovines dont 51 avec succès. Les autres ne purent être utilisées pour être trop vieilles ou réfractaires au vaccin. Il put en outre constater que plusieurs vaccinateurs ne savaient pas utiliser les pustules, malgré les instructions verbales et écrites qu'on leur avait trans-
mises. Pour obvier à cet inconvénient il proposa les règles suivantes:
1° Il faut prendre la peau à laquelle adhère la postale entre le pouce et l'index de la main gauche ou entre les deux pointes d'une pincette ;
2° Enlever la croûte "plus ou moins apparente de forme ronde ou oblongue qui recouvre le centre de la pustule;
3° Pratiquer sur la surface des pustules oblongues de petites incisions parallèles en direction opposée, et perpendiculaires à Taxe de la croûte. On fait des incisions en sens divers s'il s'agit de pustules circulaires ; .
4° Les comprimer avec un bistouri ou une lancette;
5° Employer le peu de liquide qu'on a obtenu par la compression et par les incisions, se servir de l'instrument inoculateur comme d'une spatule, et racler les détritus semisolides, plus ou moins faciles à se laisser détacher, en opérant sur toutes les solutions de continuité pratiquées à la superficie de la pustule.
Le comité reconnut la faiblesse de la lymphe des tubes. Le meilleur mode, selon lui, consiste à la recueillir au moment oii elle dégoutte de la pustule sur une plume d'oie taillée en forme de cuillère, et à la préserver du contact direct de Fair en introduisant cette plume dans une autre plus grosse. Mais cette méthode n'est certainement pas infaillible. Le comité n'épargna rien pour pouvoir inoculer des
animaux de 1 à 3 mois ; mais les nombreuses pustules qui en résultèrent étaient trop petites et irrégulières. C'est pourquoi on laissa de côté cette méthode.
Il inocula en 1870 65 vaches dont 57 avec succès, et en 1871, 138 dont 128 avec un bon résultat II put renouveler la lymphe vaccinale à la suite de la découverte de deux cas de cow-pox spontané.
Nous n'avons pas pour 1872-73-74-75 le nombre des bêtes inoculées. Nous lisons dans le rapport de 1872 que dans les vaccinations animales il est mieux de se servir des pustules en les détachant de la mamelle au moment d'ouvrir la séance de la vaccination, que de puiser la lymphe dans les pustules ouvertes qui se trouvent encore adhérentes à la peau.
Le comité trouva en 1875 dans la vacherie du prof. Polli du cow-pox avec lequel il put encore renouveler la lymphe animale. Il adopta ensuite le mode suggéré parle même pour la conservation de la matière vaccinale, nt qui consistait à la mélanger avec la glycérine. Cette méthode réussit parfaitement sur les animaux et sur les enfants.
Résumons maintenant le rapport du comité de la province d'Ancône. Ici encore les premières expériences ne furent guères heureuses. Sur 164 vaccinations animales pratiquées en 1869 à Ancône et dans deux autres communes, on en eut 37 de nulles, c. à d. le 22 p. 100. Pour obtenir ce résultat insignifiant il avait dû employer dix animaux.
Le comité ayant obtenu en 1870 pour ses expé-
riences un nouveau subside de 1000 francs, puis un autre de 4000, introduisit la vaccination animale dans d'autres communes considérables moyennant leur concours dans les dépenses. Il reçut quelques pustules de l'établissement de M. Negri et vaccina d'abord à Ancône le 16 avril 1870 un veau femelle avec un plein succès. Il inocula heureusement à Sinigaglia la lymphe conservée de l'automne précédent, tandis que le cow-pox primitif provenant de la Suisse de source certaine, n'y produisit que de chéti ves et maigres pustules d'un développement difficile et de nombreux insuccès chez l'homme.
Il est raisonnable de croire que ce cow-pox avait perdu de son efficacité à la suite du transport. Le comité inocula ensuite 38 génisses dans la section anconitaine, et 12 dans celle de Sinigaglia, et presque toujours en compensant les propriétaires qui les fournissaient. La méthode fut encore celle de M. Belluzzi. Dans ces expériences le procédé d'évolution s'accomplissait ordinairement dans le premier septénaire ; mais quelquefois le développement était ou plus rapide ou plus tardif.
Le rapport du comité mérite toute notre attention, surtout quand il parle du moment où la faculté virulente se développe dans l'animal et de celui de son apogée et de son déclin tant relativement à la transmission d'animal à animal, que de celle de l'animal à l'homme.
Sur le premier point il fit des expériences entre le
quatrième et le septième jour où commence en général le procédé suppuratif, et dont voici le résultat:
Résultats
Au 4™ jour j N 3 Favorables 0 Nuls 3 après l'inoculatio )
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