‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 42 sur 73 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Nous avons déjà démontré que l'inoculation du pus vaccinal est un préservatif certain contre la variole. Les expériences du comité central de Paris, de Sacco, de Woodville et de Hufeland le mettent hors de doute. Si Woodville inocula la variole en 1801 à près de 4000 vaccinés qui résistèrent tous ; si Pearson eut le ! même résultat sur 2000, si le comité central de Paris ne put avoir en 1803 sur 102 inoculés que quelques pustules locales sur un seul enfant; si Sacco, Soëmering, Scarpa et tant d'autres eurent les mêmes effets, la vertu préservatrice du vaccin est évidemment une chose incontestable. Pour démontrer que la seconde inoculation vaccinale jouit de la même propriété, Hardel choisit 12 sujets qu'il avait revaccinés avec succès, et leur inocula vainement le pus varioleux.

Magendie , si connu par son désir de faire des expériences, prit occasion de l'épidémie varioleuse qui sévissait à Paris en 1845 pour expérimenter la résistance du vaccin et les effets de la revaccination. Il

inocula à l'Hôtel-Dieu la variole à d'anciens vaccinés, ainsi qu'à plusieurs autres qu'il avait récemment revaccinés dans ce but. Il vit naître sur les premiers en même temps que l'éruption locale l'exanthème général, avec la différence qu'il ne durait que 8 ou 9 jours, comme dans la varioloïde. C'est donc une preuve évidente que le vaccin n'avait pas encore perdu toute son efficacité. Bousquet cite (1) le résultat obtenu par Magendie sur plusieurs autres revaccinés, sur lesquels la variole ne produisait à l'endroit des piqûres qu'une inflammation assez vive qui cessait dans deux ou trois jours.

Le docteur Fantonetti fit des expériences sur des vaccinés et des revaccinés de vieille date. Il revaccina nouvellement en 1829 quatre individus qu'il avait inoculés en mai 1820 et revaccinés en juillet de la même année. Un mois plus tard il leur inocula le pus varioleux, sans en obtenir aucun résultat. Il inocula pareillement aux frères B. (vaccinés en 1825 et revaccinés le mois suivant avec le seul résultat d'une petite pustule imparfaite) du virus varioleux pris au 4me jour de l'éruption à leur sœur aînée. Il les laissa toujours dormir dans la chambre oîi était leur sœur varioleuse ;

(1) Pag. 507.

EFFICACITE DE LA YAGCINb 351

mais ils ne furent en aucune manière atteints de la variole. Le dock Fantonetti vaccina encore avec succès en 1820 4 autres enfants, et les revaccina 4 mois après sans obtenir autre chose qu'une pustule vaccinale sur deux. Il leur fit en 1829 l'insertion varioleuse, mais sans aucun résultat (1). Ainsi la vertu prophylactique du vaccin ne s'est jamais démentie, pas même dans les cas que nous venons de rapporter, bien que plusieurs années se fussent écoulées depuis la vaccination ou la revaccination.

Mais avant de passer à la solution de la deuxième partie de la 4™e question, c'est-à-dire aux preuves de l'efficacité préservatrice dans l'organisme, nous toucherons encore un autre point qui, à notre avis, a un certain rapport avec le temps où la pustule vaccinale acquiert cette efficacité.

Les vaccinateurs ne sont pas d'accord sur ce point. Les uns soutiennent que l'infection générale s'accomplit dans la période d'incubation, et que la vaccine acquiert sa propriété préservative à l'époque de l'éruption des pustules. D'autres disent que l'infection générale continue par l'absorption d'une partie du virus de la pustule, et qu'elle coïncide avec la fièvre qui survient au 9me ou au 10me jour. D'autres enfin prétendent que la vaccine n'est douée d'efficacité qu'au 2imejour, c'est-à-dire après qu'elle a parcouru toutes ses phases. Bousquet et Eichorn sont du pre-

1 Favtojetti, De la revaccination.

mior sentiment; Husson et la plupart des vaccinateurs, Steinbrenner entr'autres, partagent le deuxième. Hei m et Grégory professent la troisième opinion qui, à notre avis, est trop outrée.

Husson (1) tend à croire que l'efficacité de la vaccine commence au moment où se manifestent les impressions constitutionnelles spécifiques que l'on observe ordinairement le neuvième ou le dixième jour ; c'est, dit-il, lorsque le virus vaccin cesse d'être reproductif, et que le bouton entre dans son état passif, qu'un sujet vacciné est protégé contre la petite vérole.

Dans notre chapitre sur la variole modifiée par la vaccine, nous avons rapporté les expériences du comité de Paris, et nous nous sommes rangés du côté de M. Husson. Si la variole inoculée au 5me jour de la vaccination ne se manifeste plus, cela ne signifie pas que le vaccin puisse déjà préserver; car il faut aussi tenir compte de la période d'incubation de la variole, dont il paraît que M. Bousquet n'a fait aucun cas. Pour expliquer la présence de la variole naturelle dans un cas de vaccin déjà avancé il tient compte de la susdite période d'incubation, et embrasse l'opinion de Steinbrenner. Mais pourquoi donner deux explications d'un seul fait, si une seule suffit Ml y a encore contre l'opinion de Bousquet la manifestation dans la période d'éruption d'une légère fièvre, qui comme on le sait, est en quelque sorte constante

(1) Dictionnaire des sciences médicales.

au 9™ et au 10me jour. Cette fièvre coïncide aussi avec l'apparition de l'aréole, qu'on ne peut confondre avec les autres engorgements qui accompagnent les inflammations locales; car sa forme et son apparition et disparition à jours fixes ont tellement quelque chose de particulier, que M. Hufeland a dit que l'aréole seule prouve l'infection générale. Sans vouloir accepter dans toute son étendue cette théorie, attendu que l'aréole même, comme nous l'avons vu, a aussi ses anomalies; il parait néanmoins que M. Hufeland a raison dans la plupart des cas. Nous ne croyons pas devoir donner trop d'importance à l'intensité de la fièvre pour en déduire le plus ou le moins de préservation ; mais étant l'effet du ressentiment général, dont on ne pourrait retrouver une explication suffisante dans le petit nombre des pustules, elle peut être considérée comme la manifestation principale de l'infection générale. Son apparition d'ailleurs coïncide précisément avec les modifications qui produisent la vertu préservatrice. En conséquence le virus vaccinal introduit sous l'épiderme, et absorbé en partie par les vases lymphatiques du corps muqueux, commencerait à expliquer son action, et produirait plus tôt ses effets, s'agissant d'une étendue plus limitée. L'autre partie absorbée par le cercle général devant agir sur une plus grande étendue de l'organisme, ne pourrait sitôt produire les phénomènes de la maladie. Une partie, enfin du virus de la pustule pourrait aussi être absorbée par les vases et en renforcer l'action ; mais cette condition n'est pas 33 — Parola, vol. II, De la vaccination.

indispensable et Ton pourrait même la mettre en doute. L'analogie d'action de la variole inoculée et du vaccin confirme cette opinion : car dans l'inoculation de la variole la maladie commence aussi par l'éruption locale, la fièvre ne se manifeste que vers le 7me ou le 8me jour; puis entre le 9me et le 10rae jour a lieu l'éruption générale, et dès lors les symptômes de la fièvre diminuent.

Les expériences du comité de Paris, de Sacco et de Bousquet même qui ont vu dans les vaccinations sortir à temps intermédiaires dans les premiers jours de l'inoculation vaccinale des pustules, qui parcouraient si rapidement leurs phases, qu'elles rejoignaient les premières et arrivaient en même temps qu'elles, et parfois auparavant, à la période de dessèchement ; ces expériences, disons-nous, nous prouvent que, tenant aussi compte de l'époque d'incubation, ces pustules s'étaient développées dans un temps oh toute la réceptivité n'était pas ancore éteinte. C'est ce que confirment les nouvelles observations faites en 1860 et en 1862 par MM. Vetter, Trousseau, Cerise et Mognier (1).

Ces expériences nous démontrent encore que si les pustules apparues à temps intermédiaires, eurent un cours si rapide, c'est qu'elles étaient déjà sous l'influence de l'infection générale qui, n'étant pas assez puissante pour s'opposera leur apparition, exerçait

(1} V. GiAifgixi, 1. c, pag. 51.

cependant sur elles une telle action qu'elle les fit avorter. Nous en avons une preuve dans le fait que lorsqu'on inocule contemporainement la variole et le vaccin, ou que la vaccination a lieu quand les prodromes de la variole se sont déjà manifestés, les deux éruptions peuvent sortir contemporainement et parcourir chacune leurs phases, si ce n'est que l'une des deux peut être modifiée parcelle qui a déjà pu exercer en tout ou en partie son action sur l'organisme. Mais nous en avons déjà parlé au chapitre de la variole modifiée par la vaccine.

M. Vetter pratiquant après la première une deuxième vaccination, est arrivé à déterminer: 1° que l'infection générale de la vaccine s'accomplit ordinairement vers la fin du 10me jour de la première inoculation , et même plus tôt à la suite de circonstances particulières, telles que la qualité de la lymphe, la disposition individuelle et l'opération ellemême ; 2° que la seconde vaccination pratiquée au 6™, au 7me et au 8me jour peut encore être suivie de symptômes de réaction, consistant en pustules, en une aréole enflammatoire et en croûtes virulentes ; 3° que les symptômes de la deuxième se développent alors beaucoup plus rapidement que dans la première vaccination, de sorte que les pustules de Tune et de l'autre guérissent en même temps; 4° que la deuxième vaccination pratiquée au 10me et au llme jour après la première est suivie, ou non, de symptômes de réaction, selon que la première a été, ou non, suffisante à

produire P infection générale. Ces expériences nous font assister en quelque sorte à la cessation graduelle de la réceptivité, et sont des signes évidents de Pinfection générale qui manifeste son action selon le degré où elle est parvenue.

Nous en avons une autre preuve dans les rares, mais remarquables éruptions générales qui ont lieu, quand P infection générale s'est déjà produite, c'est-à-dire contemporainement ou après la fièvre vaccinale, mais jamais antérieurement. Nous avons un fait analogue dans les phases de Pinoculation de la variole.

L'expérience singulière de Bousquet, c'est-à-dire le cas de l'éruption générale survenue après la succion de la vaccine; les quatre autres rapportées par Severini (1) qui obtint par des pilules vaccinales une éruption générale avec fièvre; celles de Ghauveau qui fit naître sur le cheval des éruptions générales vaccinales, ces expériences, disons-nous, bien qu'isolées et pas assez concluantes, ont néanmoins une certaine valeur et servent à justifier l'opinion qu'il se fait réellement lieu à P infection générale dans l'économie du vacciné.

Si ces preuves ne suffisent pas pour nous convaincre de cette vérité, nous en avons d'autres dans les cas où le seul ressentiment général suffit, sans Que des boutons naissent sur les bras, pour préserver le vacciné de la variole et d'une seconde vaccine, et où

(1) Ippocraûeo, 1861

il n'apparaît que des traces éphémères qui démontrent que quelque chose d'étranger à l'économie a été introduit sous la peau. Nous avons cité au chapitre de la réceptivité un certain nombre de ces cas importants, dont quelques-uns sont arrivés sous nos yeux. Le plus éloquent est sans doute celui de l'hôpital de Nantes. Nous renvoyons en conséquence nos lecteurs à ce chapitre, en ajoutant que naguère encore nous avons constaté un résultat semblable en essayant d'inoculer une deuxième fois des individus sur lesquels les pustules vaccinales ne s'étaient pas développées, et qui avaient néanmoins donné des signes d'un certain ressentiment général; mais la seconde vaccination ne prit absolument pas, tandis que le même vaccine, inoculée à d'autres, eut le plus beau succès. Nous trouvons dans les registres de nos vaccinations (1869), qu'une petite fille âgée d'un an et 7 mois, non encore vaccinée ni variolée, et que nous inoculâmes le 19 septembre et revîmes le 28 du même mois, présentait de légers symptômes de fièvre sans aucune autre manifestation sur les bras. L'ayant revaccinée, elle ne donna plus aucun signe ni de ressentiment général ni d'éruption locale.

On ne peut expliquer autrement ces faits, qu'en admettant que, bien que la vaccine n'ait produit aucune manifestation locale sur les individus en question, l'infection générale a suffi pour les prémunir.

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