CHAPITRE XXV
Nous avons traité jusqu'ici des propriétés du vaccin, et reconnu les grands avantages qui en dérivent à l'humanité; nous avons vu comment il se manifeste et comment il exerce son action sur l'économie. Il convient maintenant d'examiner les caractères de ce liquide bienfaisant et en rechercher, pour autant qu'il sera possible, les éléments constitutifs. C'est scientifiquement et pratiquement un sujet de la plus haute importance. Il reste encore bien des doutes à résoudre et des points obscurs à éclâircir, surtout pour ce qui regarde l'intime composition du vaccin et l'agent ou les agents auxquels il doit sa propriété contagieuse. Espérons que les recherches qu'on fait aujourd'hui avec tant de zèle et d'intelligence, jetteront de la lumière sur le sujet qui nous occupe. Car, tant que nous n'aurons pas acquis quelque notion posi-
tive sur la nature et l'origine des contagions, nous irons toujours à tâtons au milieu de certains adversaires qui cherchent à éluder nos efforts.
Traitons en attendant cette question, comme nous le pouvons avec les données actuelles de la science, et tâchons de faire quelques observations qui pourront contribuer au progrès de l'art vaccinique.
Si nous commençons par ses caractères objectifs, le vaccin recueilli avec diligence est un liquide clair et limpide, un peu glutineux, inodore, salé. Exposé à l'air il se dessèche promptement, et se gerce tout en conservant sa transparence. Il se mélange facilement avec l'eau, tant à l'état sec qu'à l'état liquide. Si nous mettons un petit tube contenant de ce virus dans l'eau bouillante, il se trouble et se coagule ; une forte chaleur le décompose et le volatilise ; il exhale alors une odeur semblable à celle des os brûlés. Si on le laisse dessécher sur l'istrument inoculateur, celui-ci en devient bientôt oxydé et rouilleux. On reconnaît le bon vaccin aux signes suivants:
1° Une goutte de ce liquide entre deux doigts file comme du sirop.
2° On éprouve une légère résistance en détachant la lancette ou un verre plat d'une bulle ouverte expressément et humectée de vaccin.
3° Il prend la forme globuleuse sur la pustule qui a été piquée.
4° Il sort avec lenteur.
5° Il se dessèche rapidement à l'air, ce que l'on
observe surtout, quand l'instrument que Ton emploie pour l'opération se couvre à la pointe d'un enduit granuleux comme la gomme.
6° Quand il se répand sur l'aréole, il a une cœur luisante, presque argentée, à peu près semblable à oelle que laissent derrière eux les limaçons.
7° Le vaccin qui se répand sur la peau, s'y dessèche et la contracte, comme le mucus des narines contracte la lèvre supérieure au temps froid.
8° Il se mélange difficilement avec le sang (i).
À peine sortie de la pustule, l'humeur vaccinale doit être inoculée ou recueillie sur des plaques ou dans des tubes: autrement l'air et la température ordinaire le privent de sa faculté contagieuse, soit en troublant sa constitution moléculaire, soit en y produisant une décomposition chimique. On a toujours observé que cette humeur s'altère facilement sous l'influence de l'air, de la lumière, du calorique et de l'électricité. Il est donc convenable de connaître jusqu'à quel point ces agents exercent leur influence, afin que l'opérateur puisse en tenir compte pour la conservation du vaccin.
Les recherches du doct. Sacco sur la lymphe vaccinale sont encore aujourd'hui d'un grand prix. Il constata qu'elle perd ses propretés si on Y expose à une grande chaleur et si on la laisse à l'air et à la lumière. Il laissa des tubes de vaccin fermés herméti-
(1) Diction, classique de médecine, tom. 48.
quement à Y action de la lumière , et en enveloppa d'autres avec du papier. Après 15 ou 20 jours il trouva que la lymphe contenue dans les premiers avait presque perdu son activité, tandis que l'autre la possédait encore. Il appliqua à Y humeur vaccinale tantôt le pôle positif et tantôt le pôle négatif de la pile de Volta ; parfois il établit des courants dans des tubes remplis de très-bonne lymphe, et constata ensuite qu'elle ne produisait plus aucun effet dans les inoculations. Il voulut connaître l'action des gaz sur le vaccin, en les introduisant dans des tubes contenant cette humeur, et il lui résulta que l'air exerce le moins d'action décomposante, tandis que l'oxygène, l'acide carbonique, l'hydrogène, l'azote laissés fort peu de temps avec le vaccin, ne l'altèrent qu'en partie, mais qu'ils en détruisent complètement l'efficacité après 72 heures. Il rechercha encore les meilleurs dissolvants de la matière sèche, et il les retrouva dans l'eau froide, la salive et une solution allongée de gomme arabique et d'ammoniaque. Cette dernière lui fit avoir les plus beaux succès. Elle sert en effet à délayer de la ma- I tière vieille, en ayant la précaution de ne pas prendre d'ammoniaque trop forte qui neutraliserait l'activité du virus. Husson, Dupuytren, Gosse et Bousquet constatèrent pareillement l'influence de la chaleur, du froid excessif et de l'air.
I)ésirant nous aussi de reconnaître l'influence du calorique, agent principal dont il faut tenir compte pour la conservation du vaccin, nous procédâmes en 1844
à des expériences dont la première eut lieu au 2 mai. Nous vaccinâmes 2 individus de bras à bras, et 4 autres avec de la lymphe récente en tubes, que nous avions laissée durant 46 heures à 45° Réaumur. Le succès fut complet sur les deux premiers et sur un seul des autres. La deuxième expérience que nous fîmes le 19 du même mois, consista encore en vaccinations comparatives de bras à bras et avec une lymphe exposée durant une heure à une chaleur de 43° Réaumur. Quatre sur cinq furent vaccinés avec succès de bras à bras ; cinq autres inoculés avec la lymphe qui avait subi l'action de la chaleur, n'eurent rien- La troisième expérience consista à inoculer six enfants avec du vaccin à 40° Réatfmur; un seul eut une seule pustule ample et gonflée sur 6 piqûres que nous lui avions faites. Nous nous croyons donc autorisés à conclure qu'une température supérieure à 40° modifie et altère profondément la force cpntagieuse de la lymphe vaccinale, si même elle ne la détruit complètement, ce qui arrive lorsque cette température est plus élevée, ou que le pus reste exposé à la même pour plus de 30 heures. Telle est la cause de la difficulté qu'on a de conserver le vaccin dans les pays chauds, comme dans les Antilles et au Sénégal, oh il faut vacciner de 30 à 40 enfants pour obtenir quelques boutons.
L'influence du froid, même intense, paraît être inférieure, le vaccin se conservant fort bien à la température 0°. Bien plus, si nous voulions en rester au témoignage de M. Melsens, elle serait parfaitement
MORPHOLOGIE DK LA LYMPHE VACCINALE 363
nulle. « Abstraction faite, dit-il, de toute considération sur la nature du virus vaccin, il est prouvé qu'un froid d'environ 80 degrés G au-dessous du zéro, ne détruit pas la vitalité spéciale du virus vaccin. À cette même température, la vitalité du ferment alcoolique subsiste >.
MM. Pourgelot et Bousquet mêlèrent le vaccin avec l'eau et avec le sang. Les caractères du vaccin n'en furent pas modifiés ; le vaccin fut encore vaccin, il conserva sa puissance et son efficacité habituelle. Bousquet n'avait pas cru sur ses premières expériences que les chlorures privassent le vaccin de sa propriété ; mais il vit dans des expériences successives, où il porta le vaccin et le chlorure sur une plaque de verre et les mêla longuement avec la pointe de la lancette, que ce vaccin inoculé plus tard ne produisait plus aucun résultat; d'où il conclut que les chlorures le décomposent et le neutralisent.
Il résulte en outre des expériences de Liebig que la contagion vaccinale peut non seulement être neutralisée par une autre contagion agissant localement, par la syphilis par exemple, mais encore par d'autres substances qui s'opposent à la putréfaction, comme le chlore, le camphre, la fumée, l'iode et le brome.
De toutes ces expériences le collège médical de Vienne conclut que la lymphe vaccinale s'altère facilement. Celles de Sacco, de Bousquet, etc. nous conduisent aussi aux mêmes conclusions ; d'où dérive la nécessité de certaines précautions pour conserver la
lymphe, comme nous le verrons dans un chapitre spécial.
Arrivés à ce point nous devons noter que les recherches scientifiques n'ont pas encore constaté quels sont les composants chimiques du vaccin. L'analyse des substances animales est toujours difficile, et devient presque impossible dans le cas présent, attendu la grande quantité de substance qu'il faudrait employer pour en obtenir un résultat quelque peu complet et constant. Mais la quantité de lymphe vaccinale dont on peut disposer est ordinairement si minime, qu'il n'est pas étonnant que nous manquions encore d'une complète analyse chimique de la même. Les chimistes conservent d'ailleurs le plus profond silence à cet égard.
11 résulterait seulement des analyses de Sacco que le vaccin possède un principe analogue à la gélatine animale, et de celles de Dupuytren, Husson, Hundo de Gassel et Fiard, qu'il est composée d'eau et d'albumine en proportions indéterminées. M. Nallino professeur de chimie essaya, sur notre prière, de faire le 6 août i870 l'analyse d'un peu de lymphe recueillie la veille sur les bras d'un enfant. Essayée avec le papier réactif elle présenta une réaction alcaline. Le prof. Nallino constata de la sorte qu'elle possède réellement les caractères des substances albumineuses, vu spécialement qu'elle se colora en rouge avec le nitrate acide la chaux de soude, elle dépuis, avec la potasse à tem-
pérature élevée, elle forma un cyanure. La lymphe vaccinale contiendrait ainsi de l'azote. Mais il est difficile de pouvoir établir quelque chose de plus positif sur sa composition chimique.
Nous devons le première analyse microscopique du vaccin à l'illustre Sacco. Ayant pris une goutte de lymphe sur une pustule au 8me jour de l'inoculation, il y appliqua successivement les trois loupes d'un microscope. Avec la première il ne put rien observer ; avec la seconde il vit un ensemble de globules amoncelés de différentes grandeurs sans y pouvoir distinguer rien de bien précis. Avec la troisième qui était très-forte, il reconnut que ces globules étaient subdivisés, très-voisins les uns des autres, d'une forme oblongue et doués d'un mouvement vermiculaire. La goutte d'eau s'étant bientôt évaporée (il faisait cette expérience au mois de mai), les petits corps qu'il avait d'abord vus disparurent presque instantanément. 11 ajouta une goutte d'eau'froide, et il vit reparaître les mêmes corpuscules avec les mêmes mouvements. Puis il fit l'expérience de l'eau réchauffée à tovers degrés jusqu'à l'ébullition; alors les corpuscules devinrent toujours de plus en plus rares à mesure iyu était plus chaude, et finalement il n'en ^Itis aucun. Après avoir fait sécher cette ma- \i%t\ f aJ°uta une goutte d'eau; mais il n'aperçut ^ri^> et **eux enfants auxquels il voulut l'inoculer, ^avèr*e^t aucun effet.
i Sa^co, malgré la petite portée des instruments
microscopiques dont il pouvait disposer de son temps, était donc arrivé à déterminer quelle était la partie active du vaccin. Pour mieux éclaircir ce point il recourut à d'autres expériences. Il prit une goutte de virus, et comme il y retrouva les mêmes corpuscules, il mit en contact avec eux quelques gouttes d'acide nitrique et d'acide sulfurique un peu allongé. Sous l'action de ces acides tous les globules oblongs disparurent; d'oii il lui résulta que les acides agissaient directement sur le virus vaccinal. Il approcha aussi très-lentement de 1' humeur vaccinale un charbon ardent, et il constata d'abord un surcroît de mouvement dans ces corpuscules, puis tout cessa complètement, ce qui lui fit dire que l'action du calorique est analogue à celle des acides. Il examina en outre une goutte de matière recueillie sur une pustule arrivée au dernier degré de maturité.; et il vit qu'elle contenait peu de globules. La majeure efficacité du vaccin de la première lymphe dépendait donc incontestablement du plus grand nombre de globules. Voulant observer pareillement la matière recueillie 24 heures auparavant et déjà desséchée, il la délaya dans une goutte d'eau froide et il vit apparaître les globules et commencer un certain mouvement.
Pour connaître ensuite l'action de l'atmosphère sur le vaccin il examina, en variant le mode de l'expérience, un peu de matière desséchée qu'il avait laissée à l'air durant quelques mois ; mais les globules étaient très-rares, et il lui arriva même de n' en apercevoir
aucun. Il fit la contre-épreuve en inoculant cette matière à deux enfants par 6 piqûres. Une seule pustule se manifesta au 7me jour.
Le faux vaccin devint aussi l'objet de ses recherches. Il présentait en vérité le même assemblage de globules amoncelés les uns sur les autres, mais ils étaient de forme différente et plus ronds. La même matière inoculée à deux enfants ne donna aucun résultat. Le doct. Arrigoni de Treviglio, qu'il avait associé à ses expériences, constata les mêmes résultats. Sacco trouva ainsi dans laquelle des deux parties du vaccin, la solide ou la liquide , résidait V action virulente, et reconnut en outre qu'elle dépendait de T élément corpusculaire sur lequel exerçaient leur nuisible influence plusieurs causes externes. 11 prit en conséquence les devants sur les découvertes de Chauveau.
Nous examinâmes nous aussi avec le microscope de Georges Oberhausser qui grossit de 800 diamètres une goutte d'humeur vaccinale, et nous y aperçûmes des granulations qui nageaient dans le liquide.
M. Dubois d'Amiens fit à son tour des recherches microscopiques, mais ses conclusions heurtent contre ce qui paraît être établi jusqu'à présent. Les voici: 1° Le virus vaccin tant liquide que desséché n'offre aucun indice de globules ou de globulins; 2° Le même virus, malgré un fort grossissement, n' offre aucune trace d'animalcules ; 3° Si le virus est bien pur, il
se transforme rapidement en de belles cristallisations d'hydrochlorate d'ammoniaque (i).
Plus tard en 1864 le doct. Beale Lionel trouva que la lymphe vaccinale conste de particules infiniment petites, d'un diamètre rarement supérieur à 1/20,000.
Le prof. Chauveau de Lyon rappela plus spécialement l'attention des savants sur la constitution de la lymphe vaccinale et sur les parties qui contiennent la propriété virulente. Il présenta les résultats de ses expériences à la société vétérinaire et à l'académie de médecine de Paris. Selon lui, la virulence du vaccin et de la variole se trouve dans la partie solide et plus spécialement dans un corpuscule figuré.
Pour mettre en évidence la nature solide sur laquelle se fixe la propriété virulente des humeurs, il ne recourut pas au microscope, attendu le manque de caractères inhérents attachés aux corpuscules virulents, aptes à les faire distinguer des granulations moléculaires non douées de puissance contagieuse et qui se trouvent dans toutes les humeurs. Suivant au contraire la méthode de Spallanzani il recourut aux dilutions graduelles. 7/ suffit, dit-il, de délayer V humeur vaccinale dans cinquante fois son volume d'eau pour rendre tout à fait incertain le résultat des inoculations pratiquées à la lancette avec ce liquide. Les corpuscules virulents très-écartés les uns des autres sont alors assez éparpillés pour avoir de fortes chances
'1) Bull. d$ tAeaé. de Pari», T. 11, pag. 602.
d'échapper à la pointe de la lancette qui va les chercher dans le liquide (1). Mais si ces corpuscules étaient en plus grand nombre, il faudrait recourir à de majeures dilutions; ce qu'il expérimenta sur la variole du menu bétail. Avec une dilution au centième il obtint 12 pustules sur 12 piqûres faites à un mouton. Avec une autre dilution de la même humeur claveleuse dans cinq cents fois son poids d'eau, il n'eut plus que 13 pustules sur 20 piqûres qu'il avait faites à un individu: mais ce qui est plus énorme, dit-il, c'est qu'ayant délayé la même humeur au dix-millième, il en obtint encore une pustule. D'où il conclut qu'à dose égale rhumeur de la clavelée contient trente fois plus de corpuscules actifs que l'humeur de la vaccine. Il se fonde sur ce que si le plasme était la partie véritablement active, il diminuerait peu à peu de force par la dilution progressive, jusqu'à la perdre entièrement. En tout cas la dilution opérant également sur chaque partie, il en résulte un liquide homogène qui produit des effets constants ; tandis que si la virulence réside dans les corpuscules, l' inoculation réussit , si dans une dilution donnée la lancette rencontre ou non de ces corpuscules. L'inoculation complexive de tout le liquide réussit encore d'une façon active, comme il put s'en convaincre dans ses expériences. Ghauveau avait déjà été amené aux mêmes résultats, en suivant la méthode de la diffusion, qui consiste à laisser 24
I V. Recueil de Méd. Vétérinaire, Septembre 1868. 24 — Parola, vol. Il y De la vaccination.
heures dans une éprouvette le vaccin mêlé à dix parties d'eau. Si presque la totalité des leucocytes se dépose au fond de l'eau, le liquide qui en est privé produit également ses effets. Les leucocytes ne sont donc pas les agents essentiels de la virulence. En laissant ensuite dans l'éprouvette le vaccin ainsi délayé, on obtient deux .couches, Tune d'eau supérieure, à laquelle vont s'unir les principes de la sérosité vaccinale, l'autre formée de parties solides qui demeurent au fond. La première couche fut inoculée sans succès, tandis que la couche inférieure réussit très-bien. Cependant les conclusions que Ghauveau voulut tirer de ses expériences parurent à un grand nombre hasardées et prématurées. Un autre vétérinaire, M. Sanson, se fondant sur l'assertion de M. Chevreul, qui a dit que nous ne connaissons les êtres concrets perceptibles que par l'intermédiaire de nos sens, et les espèces chimiques, les plantes et les animaux, que par leurs propriétés, leurs qualités et leurs attributs de tout genre, demande à M. Ghauveau sur quoi il se base pour affirmer l'existence des corpuscules virulents, s'il n'en connait pas les caractères spécifiques. Un corpuscule, ajoute-t-il, est nécessairement un être concretj son nom l'indique, et il a non moins nécessairement des caractères spécifiques.
M. Colin fit des expériences avec la méthode de diffusion de Ghauveau. Il prit des tubes très-petits contenant une goutte de vaccin de 1 ou 2 centimètres cubes. Il observa que la diffusion se faisait inconi-
plètement, et que les éléments qui passaient dans la couche supérieure, y subissaient des altérations qui pouvaient en diminuer la propriété virulente. Le sérum et les liquides albumineux s' associaient difficilement avec l'eau et tendaient à demeurer sous elle, si bien que la partie supérieure ne contenait que peu de plasme fort délayé, et la couche inférieure un vaccin presque intact; d'où il conclut que la méthode de diffusion était défectueuse, et qu'il n'était pas prouvé que la propriété contagieuse du vaccin résidât dans les corpuscules solides. Bien que la méthode de Chauveau fût défectueuse, le résultat de ses expériences était néanmoins d'accord avec ce qu'on avait déjà observé pour les autres virus; à savoir que leurs propriétés contagieuses résident dans les granulations moléculaires. C'est pourquoi M. Bernard et d'autres furent induits à attribuer à la partie solide du vaccin, et spécialement aux corpuscules, l'activité virulente de la lymphe vaccinale. Chauveau tenta encore de mieux prouver cette vérité par de nouvelles expériences, dans lesquelles il réussit à isoler complètement du sérum les corpuscules figurés, et à les inoculer ainsi isolés par des lavages répétés. Mais il n'expérimenta que le virus morveux du cheval comme doué d'une plus grande quantité d'éléments virulents. Mais Chauveau est trop hasardé dans ses déductions, lorsqu'il déclare que la variole humaine, celle du menu bétail et la vaccine sont d'une nature identique, et que la seule différence consiste clans la majeure
ou mineure quantité de ces corpuscules virulents, qu'il dit être les mêmes dans les trois virus.
M. Ghauveau communiqua en 1860 à l'académie des sciences que les éléments figurés sont composés de granulations libres ou de cellules, attribuant à celles-ci l'origine de1 celles-là, et que ces granulations ne se dégagent qu'à la suite de successives dilutions, d'oii il ressort qu'elles ne sont pas solubles dans l'eau.
En Angleterre, Sanderson trouva que le principe contagieux du vaccin n'est pas soluble dans l'eau, ni capable de prendre la forme de vapeur. Le même auteur reconnut plus tard, moyennant l'examen microscopique, que les particules contagieuses sont sphéroïdales, transparentes, d'une consistance gélatineuse , d' une densité presque égale à celle des liquides animaux dans lesquels elles se trouvent, et qu'ainsi elles ne sont pas exclusivement composées de substance albumineuse. Quant au mode d'action de ces particules contagieuses, Sanderson opine qu'étant des corps organisés, elles déterminent un développement organique à la suite de leur introduction dans le corps humain.
Mais cet illustre auteur, n'ignorant pas que ce point scientifique est encore très-obscur, confesse que sa manière de considérer l'action virulente du vaccin n'est jusqu'ici qu'une prévision que l'expérience seule pourra confirmer.
Digne en tous points de considération est le jugement que le British médical Journal porte sur la doc-
trine de Sanderson. Il dit que, tant qu'il ne sera pas démontré avec certitude que ces êtres organiques ou ferments, tels que les voudraient Pasteur et d'autres, sont des causes et non des concomitances ou des coïncidences, nous devons nous garder de semblables assertions; d'autant plus que, d'après Rolleston, certains procédés d'infection paraissant sans doute indépendants de l'influence des particules vivantes, il faudrait préalablement établir quelles sont dans la lymphe vaccinale les particules vivantes.
C'est dans la docte Allemagne que les recherches microscopiques furent cultivées plus ardemment, et portées à plus de perfection qu'ailleurs. Le doct. Keber de Dantzick ayant analysé la lymphe vaccinale avec le microscope, constata à côté des globules: 1° des cellules granuleuses de 1/150 à 1/300 de ligne de diamètre; 2° une grande quantité de noyaux libres de 1/800 à 1/300 de ligne de diamètre; 3° des molécules punctiformes extrêmement petites qui existent d'une manière constante. Les cellules contiennent de trois à vingt granulations. Keber juge que les éléments cellulaires tenus en suspension dans le liquide sont les véritables agents du virus vaccin. Il fonde son assertion: 1° sur les expériences qu'il fit avec la lymphe philtrée, et au moyen desquelles il put obtenir des pustules vaccinales ; 2° sur l'examen qu'il fit de cette même lymphe, dans laquelle il aurait constaté la présence d'une série de noyaux libres et de molécules, mais non des cellules granuleuses (1).
1) Archives de Méd.t 1868, pag. 702.
La découverte <T êtres microscopiques dans le sang et dans les humeurs de différentes affections morbides, fut le signal pour rechercher 'si de semblables microzoaires ou microphytes se trouvaient aussi dans le vaccin et dans la variole; L'illustre micrographe Hallier appliquant sa méthode de culture à ces sortes d'affections, constata dans le pus variolique la présence d'un micrococcus qu'il crut d'abord appartenir à Yeurotium herbarum, mais qu'il reconnut ensuite être un état allotropique de la torula ru- ,fescens, champignon qui croît d'habitude sur les fumiers ou les excréments desséchés. Il trouva dans la lymphe vaccinale des micrococcus analogues, avec la différence que ces micrococcus, qui sont dans la variole doués d'une grande activité, seraient dans le vaccin privés de mouvement. Schurtz trouva en outre dans le vaccin des spores analogues à ceux décrits par Hallier.
Hallier et Zurn trouvèrent dans la clavelée une foule de micrococcus présentant une sorte d'appendice et doués de mouvements très-vifs; les uns en voie de division, et d'autres qui formaient des châines de leptothrix. Leur champignon ne serait plus la torula rufescensj mais la pleospora herbarum qui croît sur les bois de la vigne, sur les pommes, sur les prunes etc., ce qui prouve encore davantage la non identité de la variole du bétail, de la variole humaine et de la vaccine.
Nous recourûmes à un micrographe distingué, M. le
prof. Rivolta, pour l'examen de la lymphe vaccinale. À cet effet nous recueillîmes le 5 août 1870 cinq tubes de vaccin. L'analyse qui en fut faite le lendemain au moyen du microscope Hartnach du grossissement de 1000 diamètres, donna les résultats suivants. La lymphe du tube N° 1 contenait des cristaux de forme variée, dont quelques-uns semblaient appartenir à des matériaux de métamorphose rétrograde. Ils se présentaient sous l'apparence de réunion d' une espèce de pinceaux composés de filaments resplendissants. Si on les comparait avec ceux que M. Rindfleisch considère comme des cristaux de graisse, on pouvait dire qu'ils étaient de même nature. D'autres étaient analogues à la tirosine. Il y en avait de pointus et sans forme déterminée. On y retrouva aussi des micrococcus et des chaînettes de micotrices, qui seraient selon M. Hallier les éléments virulents du vaccin. La lymphe des tubes 2, 3, 4 et 5 contenait seulement des cristaux et des globules purulents avec des granulations, de nombreux micrococcus et des micotrices.
D'autres micrographes, MM. Salisbury et Hénoque, rencontrèrent des bactéries dans la variole et dans la lymphe vaccinale. Hénoque est en outre d'avis que les plus grands et les plus petits mouvements de ces bactéries doivent être attribués à la majeure ou à la mineure densité du liquide. Il nous dit (1) qu'il a trouvé
(1) V. Gai. Hebdom., 1870.
dans la lymphe vaccinale des bactéries immobiles ou se mouvant avec difficulté, et que l'addition d'eau distillée détermine ou accélère les mouvements; l'addition de glycérine au contraire les ralentit et les arrête. Une nouvelle addition d'eau les fait reparaître. Le prof. Ferdinand Colin décrivit les organismes contenus dans la lymphe vaccinale et dans la variole, tels que les bactéries sphériques (microcéphales). Les cellules en sont décolorées, très-petites, la plupart immobiles; elles appartiennent à la classe des formes simples qui se multiplient par scission et peut-être encore par formation durable. Il ne croit pas que ces organismes qui correspondent à ceux qu'a trouvés Weigert dans les pustules varioleuses, produisent le virus vaccinal ou varioleux ; mais il les considère comme un ferment produit par la décomposition de la lymphe, lequel porté sur l'organisme animal et pénétrant dans la circulation du sang devient contraire à la vie animale et engendre un procédé pathologique (1). Ainsi les organismes microscopiques ne seraient pas, selon lui, la cause essentielle et première de la maladie; mais ils n'en constitueraient qu'utfe complication ou une conséquence.
Le prof. Klebs, au contraire, affirma dans une communication qu'il fit à la société des sciences médicales de Wurzbourg (séance du 25 janvier 1873), qu'on ne trouve pas d' organismes microscopiques chez les
(1) Indépendant. Turin, N. 27, 1873.
individus vierges de maladies zymotiques, et suivant an système qui lui est particulier pour isoler et cultiver les micrococcus, il ajouta qu'il avait obtenu dans diverses procédés morbides des micrococcus tout à fait différents dans les formes de développement qui sont caractéristiques pour chacun d'eux. Il trouva ainsi, ou du moins il le prétend, le micrococcus syphilitique, le micrococcus diphtérique, celui du morbillus et celui du vaccin (1).
Nous dirons enfin que le prof. Bassi, membre de la commission turinaise dont nous avons si souvent parlé, fît en 1872 l'examen microscopique de la vieille lymphe humanisée, du détritus du vaccin animal, du détritus du cow-pox spontané, et de la lymphe vaccinale recueillie sur un enfant inoculé avec du cow-pox spontané. Il retrouva partout des granulations (micrococcus?) plus ou moins nombreuses et mobiles, de grandeur différente, les unes groupées et les autres séparées. Quoique ces différentes matières ne présentassent en elles aucune différence morphologique essentielle, il résulte cependant des dessins unis au rapport, que la lymphe vaccinale humanisée recueillie au 6mC jour, et les différents détritus du cow-pox spontané et la lymphe qui dérive de la première inoculation du même, devaient présenter, ces derniers surtout , un plus grand nombre de petites granulations, disposées ordinairement en forme de petites
IH Gaz. Clin. Turm, N* 9, 1873.
378 DE LA TACCINATÎON — CHAPITRE UV
chaînés et douées d'un majeur mouvement ; tandis que les détritus de vaccin animal devaient avoir moins de granulations.
Le prof. Vella trouva dans les observations microscopiques comparatives, qu' il fit à Bologne sur la lymphe vaccinale humaine , sur les détritus du vaccin animal, tant de vieille date que renouvelés, que ces deux espèces de détritus contenaient une considérable quantité de micrococcus réunis à deux et plus, et doués d'un vif mouvement ; et que dans ces deux espèces de lymphe humaine les micrococcus étaient en nombre infiniment plus petit, ceux delà lymphe renouvelée ayant un mouvement presque imperceptible , et les autres en étant absolument privés (1).
En vue de la contradiction des susdites observations microscopiques , différentes circonstances pouvant d'ailleurs varier le résultat de cette espèce de recherches, il est évident que tout jugement à cet égard serait pjrématuré. C'est pourquoi nous attendrons que de nouvelles expériences nous permettent de résoudre cette question.
Que si de la constatation matérielle de la présence de ces corps organiques, micrococcus, bactéries, etc., nous voulons remonter à leur origine et expliquer l'action de ces êtres microscopiques, nous nous trouvons en face des questions les plus épineuses et
(1) Bulletin éês sdenus méd. Bologne, juillet, 1871
les plus contestées de là moderne pathogénie. La présence de ces corpuscules n' est-elle pas plutôt une complication ou une coïncidence, qu'une condition essentielle de la propriété contagieuse des virus? Doiton les considérer comme une cause ou comme un effet des maladies?
Cet argument nous conduirait trop loin, si nous voulions le traiter à fond. Cependant nous croyons utile de passer rapidement en revue les principales théories émises à cet égard, afin de nous former une idée de leur valeur.
Nous dirons avant tout que l'intention de vouloir attribuer les causes morbides à des êtres particuliers, n'est nullement des temps modernes, car elle remonte à plusieurs siècles avant nous. Nous lisons dans un travail estimé du doct. Ranse, Du rôle des microzoaires et des microphytes etc. qu' Auguste Hauptmamn et le Jésuite Kircher émirent vers le milieu du 17me siècle l'opinion que la plupart des maladies sont dues à la présence de vers invisibles qui exercent une action pernicieuse sur l'organisme. Paullini et Bianchi embrassèrent plus tard la même opinion.
Nysander élève de Linnée soutint une thèse intitulée Exanthemata viva dans laquelle il proclamait que les infiniment petits sont les causes immédiates des infirmités de l'espèce humaine. Le prussien Pfeiffer confirma en .1719 l'idée de Hauptmamn, de Pierre Borel et de Chrétien Lang, et trouva que les pustules de la petite vérole ne sont autre chose que des pépi-
nières de petit vers, semblables à des cirons garnis de plusieurs pieds et armés de petits becs très-aigus (1). D'où il appert que non seulement les anciens avaient déjà l'idée de ces êtres microscopiques, mais que quelques-uns les avaient déjà découverts et décrits. Ils leur attribuaient non seulement les maladies épidémiques, mais encore d'autres maladies spéciales. C'est ainsi que Desault de Bordeaux attribua la rage canine à des animalcules qui se trouvent dans la salive. Le même Desault, Hertzoeker et Deidier en dirent de même de la syphilis, des tubercules et des cancers.
Cette doctrine, qui donnait une explication facile de la généralité des maladies, souleva de l'engouement, et finit par tomber sous les coups que lancèrent contre elle Musgrave, De-Haen et "Wichmann.
Finalement les travaux de classification nosologique de Sauvage, de Pinel, et la révolution produite par les chefs de l'école physiologique la firent définitivement tomber 'dans l'oubli. Plusieurs années s'écoulèrent ensuite sans que cette doctrine fut remise en honneur. Raspail tenta envain de la relever en 1846 du discrédit dans lequel elle se trouvait. Les livres faits pour être répandus parmi le peuple n'étaient pas lus par les savants. En attendant les études microscopiques, toujours cultivées avec plus d'ardeur, conduisirent à la découverte de nouveaux parasites végétaux et animaux. Les travaux de Leuwenhoech, Spallanzani,
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Bonnet et ceux plus récents de Chabert, Rudolphi, foraine, Lebert, Robin, Craby, Bazin etc. accrurent le nombre des micro-organismes connus.
Les merveilleuses expériences de M. Pasteur jetèrent bien de la lumière sur la question des micro-organismes. Il constata en 1859 la présence dans l'air de différents corpuscules organisés, qui produisent la fermentation du beurre, du lait et de la bière. Les études de MM. Lemaire. Salisbury, Cantoni. Griesinger et Rivolta confirmèrent Faction de ces êtres microscopiques dans les maladies infectantes, et leur nombre prodigieux dans les émanations délétères des théâtres. des hôpitaux et des maremmes. Mais avant d'aller plus loin, il convient que nous nous arrêtions un peu «ur les caractères de ces êtres. Une noutte d'une infusion putride, végétale ou animale, mise- sous un excellent microscope, laisse voir une quantité innombrable d'éléments infiniment petits en forme de fines granulations ou de bâtonnet? de volume variable. doués ou non de mobilité. Dujardin et Ehremberg classifièrent ces êtres microscopiques entre les infusoires. Davaine a démontré le premier que ce sont des végétaux microscopiques très -voisins des conferves filamenteuses, surtout des sulfuraires ou de* oscUlariées. La plupart des micrographes s^iven; WjOfmThui l'opinion de Davaine. Nepveu (!) divise
\\) JkréUéa myuuma t%fmntrt Ums la kt*tmi rkmeyavït* — gn MU, ^h§ tint, nn. 47 et sur*.
ces organismes en trois groupes : coccos, bactéries et cocco-bactéries.
Les coccos sont des corpuscules ronds, ovales qui dans un liquide très-étendu présentent une espèce de mouvement oscillatoire. La réfringence de leur protoplasma est considérable et rappelle le protoplasma des jeunes cellules animales. Selon qu'ils sont isolés, accouplés, réunis en chaînettes ou en masse, on les nomme monococcos, diplococcos, streptococcos, pétalococcos et gliacoccos. Relativement à leur volume, on les divise en micro-coccos, méso-coccos et mégacoccos. Les micrococcos apparaissent sous les plus puissants microscopes comme une poussière fine ; ils sont arrondis et ovales, punctiformes. Les mésococcos et les mégacoccos de dimensions un peu supérieures, se distinguent des cellules animales par leur petit volume. Il y a entre ces divers éléments et les globules blancs et rouges du sang la même différence qu'entre une grosse bille et la tête d'une épingle. Ils diffèrent aussi des granulations moléculaires en ce que celles-ci sont plus grandes, anguleuses, colorées parfois ; leur contour n'est pas rond ni ovale.
Les mouvements des micrococcos sont sans grande étendue, le plus souvent ce sont des mouvements sur place; cependant ils peuvent aussi se déplacer dans différents sens. Les coccos se multiplient de trois façons : par scission transversale, par scission longitudinale, ou à l'aide de ces deux procédés réunis. Les streptococcos ou coccos en chaînette sont aussi de dif-
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férente grosseur, et le nombre des éléments sont réunis entr'eux par une matière muqueuse. Leurs mouvements sont lents et ondulatoires, et rares dans ceux qui ont plus de volume. L'origine de tous ces coccos est multiple; tantôt ils naissent aux dépens des spores permanents ou germes aériens ; tantôt par scission des congénères préexistants; tantôt aux dépens des éléments divers du groupe ; tantôt enfin aux dépens des bactéries dans l'intérieur desquelles ils prennent naissance et qui crèvent pour les laisser sortir. Bactéries. Le terme de bactérie doit être réservé aux éléments en forme de bâtonnets; ils se divisent aussi en micro,-méso,-méga-bactéries et en bactéries géantes. Comme les coccos, les bactéries peuvent être isolées ou réunies en chaînettes ; ces dernières sont désignées soùs le nom de strepto-bactéries. Les bactéries naissent des coccos; on les voit nettement se développer dans des liquides sans bactéries qui ne contiennent que les plus fins coccos; elles se multiplient par scission transversale. Leurs mouvements sont d'une flexibilité presque imperceptible, on observe parfois aussi un mouvement de balancement en spirale. L'absence de l'air n'arrête pas le développement des bactéries, pas plus qu'il n'arrête celui des coccos. Les bactéries forment toutes des micrococcos dans leur intérieur. Le boursouflement vésiculeux observé dans une de leurs extrémités ou au milieu de la chaînette, le développement des cocco» dans les bactéries et bien d'autres raisons prouvent, comme dit Nepvetu
que les coccos et les bactéries font partie du même groupe, les oscillariées, et appartiennent à la même espèce végétale.
Cocco-bactérie. Billroth trouva un végétal sur lequel se trouvent réunies toutes les susdites diverses formes, et auquel il donna le nom de cocco-bactérie septique ; c'est une véritable combinaison des formes précédentes , coccos et bactéries. M. Billroth en résume ainsi les caractères: 1° La coccobactérie est une végétation composée d'éléments ronds, coccos, et d'éléments en forme de bâtonnets, bactéries; 2° Ces éléments se transforment occasionellement l'un dans l'autre; 3° Cependant ils offrent une certaine constance ; les coccos produisent des coccos par scission; les bactéries, des bactéries; 4° Ces deux formes sécrètent une enveloppe muqueuse, la glia; 5° Leur évolution et leur développement sont très-analogues.
Finalement nous avons les germes ou spores permanents, que M. Pasteur put le premier isoler de l'air, et qui sont de formes diverses, doués d'une singulière résistance contre les agents externes, le froid le plus intense et la température la plus élevée. Placés dans des circonstances favorables, ils peuvent se développer même après avoir été inertes plusieurs années.
Tous ces micro-organismes sont répandus dans l'atmosphère, dans l'air confiné. On les trouve à l'état de germes dans l'eau, dans les voies respiratoires et gastriques des hommes et des animaux, dans les excréments, dans le pus des plaies, dans le sang et dans
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tout liquide sujet à putréfaction ; de sorte que s' ils étaient réellement les producteurs des fléaux qui désolent le genre humain, on ne saurait expliquer comment il peut résister à cette puissance destructive si multiple et si variée.
Les caractères communs de ces êtres microscopiques, leur faculté de se transformer et de se reproduire réciproquement, la propriété qu'ils ont de s'approprier, à défaut de l'oxygène de l'air atmosphérique, celui des corps avec lesquels ils sont en contact, tout démontre l'infimité de leur organisme. La propriété qu'ils ont de devenir anaérobies met un abîme entr'eux et le reste des êtres vivants. Il est donc permis de douter que ces êtres qui n'ont entr'eux aucune différence stable, puissent être la cause de maladies si différentes entr'elles, comme le sont précisément les maladies spécifiques. « Je ne saurais, dit M. Arnould, me prêter à croire que le principe forcément conçu variable par l'esprit, de ces fléaux divers, soit l'être banal dont l'office se révèle partout identique à lui-même avec un caractère d'agent chimique, et dont l'oeuvre, d'ailleurs appréciable, est visiblement un résultat chimique constant >.
Nous avons une preuve des nombreuses transformations auxquelles sont sujets les microphytes dans les recherches mêmes des plus ardents partisans de la doctrine des ferments. À l'aide d'un microscope du grossissement de mille diamètres, Hallier de Iéna (1)
11) Gamba, Considérations sur Us maladies sepliques, Turin, 187G. -5 — Parola, vol. 11, De la vaccination.
observa les microzymas et les germes ferments. Il les cultiva, et put en avoir d'abord des individus complets, puis leur germination ; mais, ce qui est plus important, il constata que certains êtres qu'on avait jusqu'alors considérés comme d' une autre espèce, n'étaient en réalité que des phases de l'existence du même sujet qui revêtait ces formes variées par des générations alternatives. Il arriva même à établir que plusieurs microzoaires des anciennes classifications n'appartenaient pas au règne animal, mais au végétal. Pour donner une idée concrète des susdites métamorphoses surprenantes, M. Demarchi décrivit le penicilhim crustaceum, champignon très-commun, qui selon le terrain oii on le porte et le degré de l'humidité àe Tair, prend les formes les plus variées, se métamorphosant en micrococcus, bactéries, vibrion, leptotrix buccalis, cryptococcus de la bière, type du ferment du vin, achorion ou oïdium de Hallier, cryptococcus de l'huile, artrhococcus du vinaigre et du lait etc.
Bien plus, M. Pasteur avait établi que toutes les fermentations devaient être attribuées à la présence de ces êtres microscopiques qui s'y développent et s'y multiplient. Berthelot et Dumas assurent que certaines influences physico-chimiques étaient susceptibles de provoquer des fermentations alcooliques aussi évidentes que celles qui résultent de l'action des parasites. On doit en dire de même des putréfactions dans lesquelles, au dire de certains auteurs, ces êtres ne sont
pas indispensables. Dans le sang des cadavres examiné de 15 à 35 heures après la mort, on ne trouve pas toujours des bactéries. Billroth dit que leur présence n'est pas constante dans le sang des individus qui ont succombé à des maladies septiques (erysipèle, septicémie, pyohémie) et qu'ainsi il n'y a pas de rapport direct entre le développement des bactéries dans le sang des cadavres et les causes de la mort. Le pus des plaies contient ordinairement des micrococcos, mais leur quantité n'est pas en rapport avec l'odeur plus ou moins fétide, ni avec le développement de la pyohémie (1 ). Il n'est pas non plus bien certain si la tumeur du charbon, qui a été si bien illustrée par les expériences de M. Davaine, doit son origine aux bactéries et aux bactéridies, et si elle se transmet par le véhicule du sang qui les contient. Leprat et Gaillard communiquèrent au moyen du sang d'animaux charbonneux, contenant des bactéries et des bactéridies, la maladie charbonneuse à des animaux, qui servirent à en inoculer d'autres qui la contractèrent aussi; mais on ne trouva point de bactéridies dans le sang de ces animaux. Dans son. rapport à l'académie des sciences de Paris sur les résultats des expériences faites par une commission de l'Auvergne, M. Sanson conclut au sujet de la présence des bactéries dans les animaux charbonneux, que tantôt on en trouve tantôt Mm existe pas, et que dans ce dernier cas la viru-
3) Nepveu, I. c.
lence du sang essayé par V inoculation ne se montre pas moins active.
On peut lire dans la savante monographie du doct. Gamba, qu'il n'est pas encore démontré que les nombreux microphytes découverts dans le morbillus, la syphilis, la scarlatine et le choléra-morbus, constituent l'origine et le mode de transmission de ces maladies. En outre MM. Goze et Feltz de Strasbourg auraient constaté par leurs expériences que les voies pulmonaires et gastriques sont peu aptes à l'introduction dans l'économie des agents infectants. Le doct. Ranse ajoute fort à propos que les voies pulmonaires sont précisément celles qui jouent le rôle principal dans l'absorption des miasmes. Ajoutons qu'il est aussi admis que le sang de l'homme vivant est un grand obstacle à l'action de ces êtres microscopiques ; car admettant même qu'ils parviennent jusque là, ils y trouveraient un terrain peu propice à leur évolution. D'ailleurs les caractères des différents microphytes du typhus, du charbon et de la septicémie sont si semblables qu'il est presque impossible, dit M. Bemarchi, de les distinguer les uns des autres, sauf seulement la propriété de l'immobilité qui est aussi bien loin d'être spécifique. En dernier lieu M. de Ranse a justement observé qu'il manque encore un élément très-essentiel pour résoudre cette question, à savoir si ces infiniment petits isolés par la culture transmettent les maladies dont ils sont les représentants. Ni Hallier ni d'autres n'ont donné jusqu'ici cette preuve expérimentale, qui serait déci-
sive. C'est pourquoi nous ne savons pas encore si la présence des micro-organismes dans les maladies contagieuses doit être considérée comme cause ou comme effet ou comme une simple coïncidence. Peut-être y trouvent-ils un terrain propice à leur développement, et peut-être encore peuvent-ils, au dire de Billroth et de Nepveu, se charger des poisons septiques, les fixer ainsi et en devenir les simples propagateurs aussi bien à l'état sec qu'à l'état humide ; mais ils n'en joueraient pas moins dans ce cas, pour le malheur de l'humanité, par leur diffusion dans l'atmosphère, un rôle des plus importants. À l'appui de notre doute sur l'action spécifique des germes ou ferments, nous pourrions citer plusieurs auteurs récents; mais nous croyons que l'autorité de M. Schutzenberger(l) suffira. Quelque disposé qu'il soit à admettre la théorie des germes morbides et à accepter comme définitives les expériences de Da vaine, il conclut en ces termes: « De très-habiles expérimentateurs, suivant le même ordre d'idées (et je dois citer entr'autres M. Pasteur lui-même), ont étudié ce sujet avec beaucoup de soin; mais, il faut le dire, rien n'est sorti de leurs travaux ; la question de l'étiologie des maladies infectantes n'a pas fait un pas sérieux en avant, et l'observation de M. Davaine est restée isolée >.
Nous devons maintenant parler d'une autre manière d'expliquer l'action de ces êtres microscopiques,
(1) Les ferments par P. Scbctzbwbeegbr, Milan, 1876. — Bibliothèque mruft/tytM internationale.
c'est-à-dire de celle qui les considère comme faisant partie intégrante de l'organisme. Il résulterait des travaux de Donné, de Béchamps, etc. que tous les êtres vivants présentent normalement des germes d'organismes ferments, et que ces germes sont représentés par les corpuscules, granulations moléculaires ou microzymas. MM. Estor et Béchamp attribuent àces êtres microscopiques tout le mode de fonctionner de l'organisme. Ils présentèrent à l'académie des sciences de Paris (février 1870) les conclusions suivantes: 1° Les globules du sang sont des agrégats de microzymas ; 2° Les microzymas peuvent évoluer en chapelet, en bactéries ou bactéridies, etc.; 3° Ils se comportent comme des ferments; 4° Les microzymas des globules sanguins donnent naissance à des cellules semblables à des leucocytes et à d'autres cellules plus petites, se rapprochant davantage des globules. Ces microzymas sont donc capables, dans des milieux variés, d'engendrer des cellules; tout nous porte à croire que le globule du sang est, dans l'organisme, le résultat du travail de ces mêmes microzymas.
Voici comment M. Béchamp, de plus en plus tenace dans ses idées, formule sa théorie dans la communication qu'il fit à la même académie le 3 mai 1870. « L'animale est réductible au microzymas. Or le microzymas, quelle que soit son origine, est un ferment; il est vivant, capable de se multiplier et de devenir malade, de communiquer la maladie. Ces êtres en
état de santé agiraient harmonieusement; en état de maladie ils agiraient en désaccord ; dans ce cas la fermentation est régulièrement troublée et les microzyraas ont changé de fonctions, et sont placés dans une condition anormale à la suite d'une modification quelconque du milieu. Les microzymas ne sont pas seulement des ferments; mais ils sont encore aptes à produire les bactéries, et les bactéries qui en dérivent sont des ferments du même ordre. L' être vivant rempli de microzymas, porte en soi les éléments essentiels de la vie, de la maladie, de la mort et de sa totale destruction >. Dernièrement, au congrès de Nantes tenu en 1875, M. Béchamp soutint sa théorie en ajoutant qu'il y a des microzymas sains et des microzymas malades ou mieux provenant des maladies. Il y a des microzymas et des bactéries de nature animale et d'autres de nature végétale.
Voilà où conduisent les théories préconçues et trop de confiance en ce que nous croyons avoir pu constater avec nos sens extérieurs aidés par l'art. Mais si nos sens ne sont pas guidés par une intelligence sans prévention, ils nous font tomber dans les plus étranges illusions. Vulpian a objecté sagement à Béchamp que ce qui manque encore une fois, c'est la démonstration de Vearistence des microzymas à titre <F organismes indépendants et doués d9 activité. Le mouvement de ces corpuscules mentionné par Béchamp, ne serait-il peut-être pas celui qu'on appelle Brownien et qu'on a considéré comme un phénomène d'or-
dre purement physique? Quelle complication et quelle obscurité pour expliquer la genèse des maladies par ces microzymas hypothétiques, sains ou malades selon l'état de santé ou de maladie du milieu dans lequel ils se trouvent, capables d'engendrer des bactéries, des coccos de nature animale ou végétale ! ! Mais il reste toujours une inconnue, c'estrà-dire comment se fait l'altération du milieu, qui est la cause de la maladie des microzymas. Mais laissons de côté une théorie sur laquelle nous croyons convenable de faire nos réserves.
M. De Ranse après avoir passé en revue dans une série d'articles, publiés dans la Gaz. Méd. de Paris en 1870, les diverses opinions émises pour expliquer la genèse des maladies zymotiques, en fait la synthèse en cherchant en quelque sorte de les concilier toutes entre elles. Il part de l'idée qu'un rôle important dans la transmission des maladies miasmatiques ou virulentes appartient aux corpuscules ou granulations moléculaires et aux bactéries qui semblent en dériver. Il parle de la difficulté de fixer la limite qui sépare un infusoire ou un microphyte d' un élément anatomique appartenant à un organisme supérieur, et des caractères microscopiques analogues qu'ils présentent entre eux. Selon lui, les éléments anatomiques sont des êtres autonomes ; chacun de ces petits organismes a sa vie propre, son individualité et sa fonction par laquelle il concourt à l'entretien de la vie de l'organisme plus complexe dont ils font partie. Les éléments
anatomiques peuvent, sans cesser de vivre, êtres transportés d'un individu à l'autre; pourvu que les conditions du milieu soient en rapport avec leur mode d'activité. Continuant à développer sa thèse M. Ranse dit que les corpuscules, microzynïas ou granulations moléculaires et les bactéries qui constituent les miasmes et les virus sont des organismes, attendu ' qu'ils sont composés de matières organisées et doués d'activité; mais que ces organismes ne sont pour, la plupart du moins, dans les maladies transmissibles, ni des microzoaires, ni des microphytes ; ce sont de simples éléments anatomiques. La granulation représente la forme la plus élémentaire de la matière organisée et figurée, c'est-à-dire l'élément anatomique le plus simple, et elle est douée d'une vitalité supérieure à celle de tout autre élément. Cette vitalité des granulations moléculaires leur permet sans doute, non seulement de résister plus longtemps aux causes de mort ou de destruction, mais encore de vivre dans des milieux plus ou moins différents de leur milieu naturel et même de s'y développer, avec des modifications dans leur développement en rapport avec ces mêmes milieux. C'est ainsi qu' à la suite d'un développement anormal et en quelque sorte tératologique, on peut expliquer la transformation des granulations en bactéries, sans qu'on soit obligé de considérer les bactéries comme des éléments anatomiques normaux. **s granulations en voie de développement anormal *t reportées dans leur milieu naturel, continuent à
vivre, mais de leur vie anormale. Elles deviennent partie intégrante de l'individu qui les a reçues; mais dans réchange réciproque qui se fait entre celui-ci et elles, elles remplissent mal les fonctions qui leur sont dévolues; de là une rupture d'équilibre dans les fonctions, l'altération consécutive d'autres éléments anatomiques, et finalement l'état de maladie de l'organisme tout entier. Ces granulations, de même que les protozoaires et les protophytes, produisent des ferments organisés, des miasmes et des virus, agissant sur l'organisme comme des organismes ferments. En outre ces organismes ferments sont capables de sécréter une substance albuminoïde, que M. Béchamp appelle zymase, laquelle est analogue à la diastase, à la pepsine etc., et jouit comme ces dernières de la propriété de transformer isomériquement ou chimiquement les matières propres à la nutrition de ces . organismes. Les matières ainsi préparées sont absorbées, assimilées parles organismes-ferments qui, à l'exemple des organismes supérieurs, excrètent ensuite des produits de disassimilation. Ainsi la fermentation ne consiste pas, selon lui, dans des phénomènes de décomposition directe du milieu, où se trouvent les microzoaires et les microphytes, mais dans des phénomènes de nutrition. C'est pourquoi il dit « que les maladies dont nous étudions la pathogénie peuvent être produites ou par un ferment soluble, ou par les éléments anatomiques altérés, ou par des organismes parasites. Il faut ajouter un quatrième mode étio-
logique, l'intoxication: les matières solubles (zymases) au lieu d'agir comme ferments, agiraient comme poisons».
Ces diverses origines des maladies infectantes étant admises, M. Ranse insiste à en attribuer le rôle principal aux éléments anatomiques, n'accordant aux microphytes qu'un rôle secondaire. Il répète dans ses conclusiens que « la constitution des effluves, des
< miasmes et des virus est complexe. On y trouve des
< matières solubles et des corps figurés, corpuscules,
< granules, granulations moléculaires, microzymas* « bactéries etc. Ces corps figurés peuvent être des « œufs de microzoaires, des spores, des microphytes « ou des éléments anatomiques. Ces derniers éléments
< prédominent dans les miasmes contagifères émanés « d'individus malades et dans les virus. Cette com-
< plexité dans la constitution des effluves, des miasmes « et des virus a pour conséquence une complexité
< corrélative dans leur mode d'action et leurs effets. « Les matières solubles qu'ils renferment peuvent « être inactives ou bien agir tantôt comme des poi-
< sons, tantôt comme des zymases (ferments solubles). « Les microzoaires et les microphytes peuvent se
< comporter comme les -véritables parasites, c'est-à- « dire causer tous les accidents par leur seule pré-
< sence , leur développement , leur pullulation, ou
< bien agir par les matières qu'ils sécrètent, auquel
< cas ces matières peuvent être elles-mêmes ou des
< poisons ou des zymases. Enfin les éléments anato-
< miques, en se greffant sur un organisme dont ils « feront désormais partie intégrante, peuvent trans- « mettre à cet organisme, par contagion ou infection
< d'élément à élément, la maladie de l'organisme d'où
< ils proviennent ».
Nous venons de donner une idée du système de M. De Ranse; mais il nous parait qu'il est fort compliqué et que les propositions en sont souvent ea contradiction entre elles. Il repousse la théorie de Hallier, en même temps qu'il admet l'action de ses microphytes ; seulement il l'atténue et l'explique d'une manière quelque peu différente. Il admet l'évolution des granulations élémentaires, des microzymas en bactéries; mais il ne nous dit rien ni du mode de cette métamorphose, ni des influences externes et des altérations du milieu qui les produisent. Un examen sérieux des diverses opinions développées par M. De Ranse nous entraînerait trop loin; nous dirons seulement que pour avoir voulu concilier tant de manières de composition et d'action des miasmes et des virus, lesquelles nous paraissent contradictoires, au lieu de simplifier la question, il l'a compliquée et rendue plus obscure. Quoi qu'il en soit, nous répétons qu'il y a toujours une inconnue à trouver, c. à d. l'origine primitive des contagions, et comment elles agissent sur les éléments anatomiques et sur les milieux dans lesquels ils se trouvent. Cependant il nous parait que cet auteur s'est approché de la vérité dans les considérations qu'il a faites sur la grande influence que doivent avoir les granulations
moléculaires ou les éléments anatomiques dans la genèse et le développement des maladies zymotiques. Il nous reste à parler rapidement de la théorie du doct- Lionel S, Beale (1) sur la véritable nature des germes morbides. Il ne croit pas que les phénomènes de la vitalité puissent s'expliquer par la physique et la chimie. Ces phénomènes, au contraire, pour être tels, doivent nécessairement être hors du nombre de ceux qui constituent le domaine des recherches purement physiques. Il repousse la théorie qui fait dépendre d'un organisme spécifique végétal les maladies infectantes, en assurant que dans le sang et les autres liquides de tous les animaux il y a un nombre infini de très-petites particules de matière vivante. Cette matière vivante microscopique qui se meut dans le sang est sujette à bien des modifications importantes, et est peut-être celui des constituants du sang qui subit l'influence de certains virus ou germes morbides qui pénètrent dans le sang. L'immunité qu'on acquiert moyennant une bonne vaccination, ou celle que l'on obtient contre un nouvel assaut de la variole, est probablement due, de même qu'il arrive dans plusieurs maladies contagieuses, aux modifications de la substance dont nous parlons, c. à d. aux bioplasmas. Les arguments ne manquent pas en faveur de l'opinion que la virulence est entièrement causée par ces corpuscules et non par le liquide dans lequel ils sont suspendus.
(1) Gaz. Clin. Turin, nura. 11 et suiv., 1871 — Gamba, I. c.
M. S. Beale applique ensuite son système à d'autres maladies. Nous nous bornerons à ce qu'il dit de la lymphe vaccinale. Il observa avec un microscope du grossissement de 1,000 à 2,000 diamètres la lymphe qu'il avait recueillie tout fraîchement dans une vésicule en voie de développement, et il y vit distinctement un grand nombre de très-petites particules de bioplasma. Il observa ensuite dans la lymphe conservée dans des tubes une multitude de particules douées d'un mouvement moléculaire très-actif. C'est à elles que la lymphe vaccinale doit son efficacité. On ne peut les distinguer des particules du pus vivant ni des autres germes de la matière germinale vivante. M. Beale tient en quelque sorte pour certain que la matière composante de ces particules peut former une autre matière identique avec le matériel nutritif qui l'entoure, encore qu' il soit différent tant par sa composition que par ses propriétés. Ces germes peuvent passer de l'organisme où il sont nés dans un autre, y croître et se multiplier pourvu qu'ils y trouvent un aliment convenable. Ils peuvent encore être desséchés sans perdre leur vie ni leur propriété contagieuse.
Le doct. Gamba fit ressortir ce qu'il y a d'hypothétique et de contradictoire dans les idées de S. Beale. Les expressions mêmes de cet auteur démontrent l'incertitude de son système des particules de la matière vivante qu'il dénomme bioplasma, et qui sont, d'aprèslui, si difficiles à voir qu'on ne peut les distinguer ni
des particules du pus vivant, ni des autres germes de la matière germinale vivante. M. S. Beale veut tantôt que l'activité virulente réside dans ces bioplasmas, tantôt qu'ils ne subissent que l'influence des virus ou germes morbides. C'est pourquoi M. Gamba observe qu'en admettant même la théorie de S. Beale, il reste toujours à savoir: 1° S'il y a plusieurs espèces de bioplasmas doués de propriétés vitales et contagieuses pour chaque espèce de maladies infectantes ; ce qui est non pas démontré, mais contesté par S. Beale ; 2° Si ces bioplasmas que celui-ci assure être les premiers éléments qui ressentent l'action des virus, sont modifiés par l'évolution de ces derniers dans toute leur nature et changés ainsi en virus, ou s'ils portent simplement avec eux l'élément virulent. Relativement au sujet que nous traitons, les observations de S. Beale ont de remarquable en ce qu'il attribue l'activité de la lymphe vaccinale aux granulations moléculaires microscopiques, qui dépendent probablement de l'altération des éléments constitutifs de l'organisme.
Il résulte de ce que nous venons de dire qu'un voile épais recouvre encore l'origine des miasmes et des contagions. Rien même n'a été jusqu'ici démontré relativement à leur mode d'action sur l'organisme, c'est-à-dire s' ils agissent comme ferments figurés ou non, solubles ou insolubles, ou bien en vertu «r une force de cataly tic isomérique , ou s' ils produisent une altération particulière dans certains élé-
ments anatomiques de l'organisme. Les fonctions d'assimilation et de disassimilation de notre organisme sont si complexes, les formes que les maladies revêtent dans les différents individus si variées, l'influence de la crase du sang et du système nerveux si grande, que nous sommes en vérité fort peu inclinés à comparer le développement et la propagation des maladies contagieuses d'un individu à l'autre avec la régularité $t la fatalité des phénomènes d'une fermentation ou d'une réaction chimique. Bien grande, à notre avis, doit être l'influence des organismes élémentaires dans la pathogénie des maladies septiques; mais nous devons avouer que même sous ce rapport la science ne nous donne aucune réponse satisfaisante. Il est temps que nous revenions à la lymphe vaccinale qui a pour nous un intérêt plus direct. Les recherches microscopiques ont démontré que sa virulence réside dans la partie solide. Mais c'est ici que les auteurs ne sont pas d'accord. Hallier, Schurtz, Klebs et Salisbury voudraient que cette activité résidât dans les micro-organismes qu'ils ont décrits. Sanderson est moins absolu dans ses affirmations, et Gohn considère ces micro-organismes comme un produit de la décomposition de la lymphe. Nous avons déjà donné les motifs qui nous font douter de l'action spécifique des microzoaires ou microphytes dans les maladies virulentes. Nous ajouterons maintenant que l'altérabilité de la lymphe vaccinale par les agents externes, et la difficulté de sa conservation sont des caractères
tout à fait opposés à ceux qu'on attribue aux microorganismes. De plus la légère réaction causée par le vaccin, et mieux encore les divers degrés de réceptivité varioleuse ou vaccinale, qui sont neutralisés dans différents individus par le même virus, sont des effets qu'on ne peut guères expliquer par l'action fixe et constante que devraient exercer ces êtres étrangers à notre organisme, comme cela a lieu dans les maladies parasitaires de la peau. Nous tendons plutôt à attribuer la faculté virulente de la lymphe vaccinale aux granulations moléculaires entrevues par Sacco, décrites plus tard par Ghauveau et Beale, et à les considérer avec ces deux derniers auteurs comme des éléments anatomiques qui font partie de l'organisme, doués d'une certaine vitalité et probablement aptes à transmettre leur altération spécifique aux éléments similaires de l'organisme. Ils commenceraient au moment de l'opération à exercer leur influence sur les éléments du tissu muqueux, sur lequel ils sont inoculés, et tout en produisant la pustule, ils reproduiraient aussi la maladie. Parvenus ensuite dans la circulation du sang, ils étendraient peu à peu leur action sur le reste de l'organisme causant ainsi l'infection générale et la fièvre. Voilà tout ce que nous pouvons supposer ; mais il ne nous est pas permis d'aller plus loin, ne connaissant pas encore les caractères différentiels de ces granulations moléculaires virulentes, ni le procédé pathologique des maladies zymotiques.
26 — Parola, vol >H, Ds la vaccination.