CHAPITRE XXVI
Il nous reste à parler de là meilleure méthode d'inoculation du vaccin. Voyons d'abord quelles sont les saisons et quel est l'âge plus apte à cette opération. On pourrait dire en termes absolus que, puisque la variole domine dans toutes saisons, la vaccination pourrait être pratiquée dans toutes les saisons. Mais comme les vaccinateurs ont le choix du temps de cette opération, ils devront préférer l'époque que l'expérience aura démontrée plus opportune.
Si l'on a vu que la vaccination peut réussir parfaitement tant en été qu'en hiver, on a observé aussi que un froid trop intense retarde l' éruption des pustules, et qu'à la suite de l'action qu'il exerce sur la peau, il peut, si elle n'est pas bien réparée, rendre plus difficile l'absorption du virus par les pores cutanés resserrés et par les petits vases contractés. D'autre part la chaleur excessive accélère le cours des pustules,
et souvent à cause de l'irritation qu'elle produit dans le tissu cutané, la vaccination ne réussit pas.
En été dominent encore d'autres éruptions, et les enfants principalement sont alors sujets à la diarrhée et à la dyssenterie, qui peuvent se compliquer et aggraver la conditipn du vacciné. Ajoutons qu' à cause du mouvement fluxionnaire qui se fait alors sur la peau, les symptômes inflammatoires locaux peu vent être plus graves, et les érysipèles plus répandues parmi les enfants. Ainsi, sauf dans les épidémies varioleuses, oh Ton ne doit avoir aucun égard ni à la chaleur ni au froid, on devra éviter l'une et l' autre dans les vaccinations générales. On pourra cependant pratiquer dans la froide saison les vaccinations et les revaccinations, pourvu que l'on puisse obtenir que les enfants et les adultes se tiennent les bras bien couverts, et qu'ils restent dans une chambre tiède durant la courte période de la maladie vaccinale.
Le printemps et l'automne sont également propices. C'est pourquoi, tenu compte des habitudes locales et de la température plus ou moins constante de ces deux saisons, on pourra choisir celle que l'on voudra, si même on ne les adoptera toutes les deux, au cas qu'on puisse vaincre les préjugés populaires à cet égard. On devra éviter, et nous en avons exposé ailleurs les motifs, certaines conditions atmosphériques spéciales, qui sont contraires à la vaccination.
La variole n'épargnant aucun âge, et le vaccin prenant sur tous, on pourrait affirmer en termes absolus
que tout âge peut y être soumis. Il en est en effet ainsi, lorsqu'il y a menace d'épidémie varioleuse.Mais, hormis cette circonstance, il convient de connaître et de suivre certaines règles que l'expérience a suggérées.
Nous ne contesterons pas que même peu de jours après la naissance, le vaccin ne puisse prendre et parcourir ses phases avec régularité et sans graves inconvénients surtout sur les enfants robustes; nous dirons de plus que nous avons eu nous-mêmes occasion de nous convaincre de cette vérité dans l'exercice de nos fonctions. Mais nous avons aussi vu parfois que chez les nouveaux-nés la peau est dans des conditions qui paraissent être contraires à l'absorption du virus et au succès de la vaccination. Elle est encore recouverte de poils follets; elle est flasque et flétrie, parfois dure et épaisse, tellement que ou le vaccin ne prend pas toujours, ou il produit des pustules imparfaites, de peu d'apparence, avec une légère zone à l'entour et peu de réaction générale. Ce fait a été constaté par Hundel, Luders, Gianelli et surtout par les médecins Wurtembergeois. Il résulte des rapports de ces derniers que la réceptivité n'existe pas toujours dans les nouveaux-nés, qu'elle se manifeste ensuite peu à peu dans certains cas, et qu'elle ne devient parfaite que plus tard.
Heim, Bousquet, Steinbrenner et Orégory nous . attestent aussi que la réceptivité n'est pas encore bien déterminée dans les premières périodes de la vie, et
qu'il est rare que la variole se manifeste sur des enfants âgés de moins de trois mois. On l'a constaté dans les épidémies de Marseille, de Genève et de Vérone (1774-1809), ou sur 4303 morts on compta à peine 210 enfants sous les 6 mois, et moins de 100 sous les 3 mois. Un fait semblable a été observé dans les épidémies du Wurtemberg et des autres pays de l'Allemagne, ou les enfants en-dessous de 3 mois furent presque tous épargnés.
Nous ne devons pas omettre que dans les dernières contagions on a eu un nombre remarquable d'enfants âgés de moins d'une année frappés par la variole. À Paris, par exemple, sur 13,095 décès les enfants en-dessous de l'année y furent pour 1153, dont 471 n'avaient pas encore 3 mois.
Le doct. Heim constata, après de longues observations, que la réceptivité varioleuse n'étant pas encore bien développée dans la première période de la vie, un enfant vacciné doit être considéré comme non vacciné.
Steinbrenner assure qu'il y a des cas oîi la réceptivité n'est pas innée, et que, si elle existe, elle est si faible et si rudimentale, qu'elle ne peut fournir à la contagion les éléments nécessaires pour le développement de la maladie. Le doct. Facen est du même avis, il se fonde sur l'expérience de 50 années.
Nous devons faire une autre considération importante, et c'est que l'organisme encore tendre, non encore suffisamment doué de résistance vitale, est sou-
vent trop impressionné par la maladie qui, bien gue légère, est pour lui trop forte, étant très-sensible à Faction des corps qui l'environnent. Il en dérive qu'il . peut se développer sur cette peau si tendre des phénomènes inflammatoires très-prononcés, tels que l'érysipèle, les tumeurs etc. Mais il y a un autre danger plus grave, qui peut naître à la suite d' une vaccination trop précoce, en tant que les enfants peuvent porter avec eux des germes latents de maladies, germes que la vaccination réveillerait et développerait, ainsi que nous l'avons déjà dit au chapitre de la possibilité de communiquer certaines maladies parla vaccination. Nous nous bornerons ici à signaler ce danger, et à constater que l'expérience démontre que c'est précisément entre la naissance et le 3me mois que ces affections se manifestent, si elles existent.
Nou3 sommes en attendant d'avis avec les plus éminents vaccinateurs, que les enfants ne doivent être inoculés en temps ordinaire que vers le 3mc mois; mais comme on a vu de fréquents cas de variole avant cette époque, on doit les vacciner avant le &** mois, lorsque les épidémies varioleuses dominent. Si le service vaccinique exige qu'on se serve des enfants des hospices pour la conservation du vaccin de bras à bras, qu'on laisse au moins passer sept ou huit jours après la naissance, et qu'on choisisse seulement les sujets les plus robustes et les plus sains en ajournant la vaccination des autres après le 3me mois. Au-delà de l'époque que nous avons fixée, tout âge,
même le plus avancé, est convenable ; puisque, s'il est vrai qu'après la 40me année la variole n'attaque que bien rarement, les exceptions sont néanmoins assez nombreuses, pour que les personnes parvenues à un âge avancé sans vaccination, s'y soumettent, et y soient même contraintes en cas d'épidémie.
Nous n'avons que peu de choses à dire sur le régime préventif des sujets à vacciner. Nous n'avons qu'à répéter que la première condition consiste dans la santé de l'individu. La vaccination et la maladie qui en dérive, sont si simples qu'elles n'ont besoin préalablement ni de bains ni de purgatifs. À notre avis, remploi de certains remèdes avant la vaccination est même nuisible ; ils ne peuvent que causer de l'affaiblissement à celui qui les prend, et compromettre de la sorte le succès de la vaccination.
Quelques-uns ont exagéré le danger qu'il y a à vacciner des scrophuleux, et voudraient qu'on retardât pour eux la vaccination jusqu'après la troisième année. Le prof. Niemeyer est d'avis que le vaccin exerce une influence débilitante sur la constitution des enfants du premier âge, et peut être la cause indirecte qu'ils contractent avec le temps des maladies, et spécialement la phthisie pulmonaire. Mais il y a contre cette assertion l'expérience générale des vaccinateurs, qui ont vu souvent des enfants rachitiques et maladifs éprouver un grand soulagement après l'orgasme causé par la vaccine. Sous l'action de la fièvre vaccinale la circulation du sang devient plus
énergique, tout l'organisme est appelé à une majeure réaction, les procédés de nutrition et d'absorption sont facilités, tellement que les croûtes laiteuses, les lents engorgements glandulaires et plusieurs autres maladies atoniques en éprouvent de l'amélioration. Nous avons observé nous-mêmes plusieurs fois des cas semblables, supérieurs à nôtre attente- Nous ne voulons pas avec cela considérer la vaccine comme une panacée; nous le disons seulement pour conforter ceux qui se montreraient timides et irrésolus. En tout cas la vaccination est un mal inférieur à la variole, qui pourrait atteindre les petits enfants avant la deuxième ou la troisième année, époque à laquelle on voudrait renvoyer la vaccination. On ne doit pas non plus considérer la dentition comme un obstacle. Si cependant elle était accompagnée de graves perturbations générales et de désordres gastro-entériques, il serait prudent de différer la vaccination, afin qu'on ne puisse pas lui imputer d'autres maladies, que l'enfant pourrait contracter par une fa. taie coïncidence. Une circonstance qui doit aussi faire suspendre temporairement la vaccination est l' influence épidémique de certaines maladies , Y expérience ayant prouvé que dans ces contingences toutes les maladies tendent à assumer les formes de la maladie dominante, et qu'il peut ainsi survenir quelque grave complication qui altère le cours régulier de la vaccine.
L'inoculation de la variole a transmis sa méthode
à Ja vaccination, et ce. ne fut certainement pas un léger avantage que celui qu'eut cette dernière à sa naissance de trouver tout fait un mode d'application. On se sert aujourd'hui de deux méthodes; la piqûre et l'incision. Il faut d'abord choisir la partie du corps sur laquelle on veut opérer et la lymphe dont on'veut se servir. On peut pratiquer avec succès l'inoculation sur une partie quelconque du corps ; mais on choisit préférablement la partie supérieure et externe du bras, afin que les enfants, les nourrissons surtout, y puissent porter moins facilement les doigts pour égratigner les pustules et les croûtes, lorsque la démangeaison est irritante et importune. Mais il y a une autre raison, et c'est qu'il est plus facile d'y pratiquer l'inoculation. Et finalement, la femme qui veut étaler la séduisante beauté de ses bras ne les découvrira jamais au point de montrer les cicatrices de la vaccination.
Jenner et d'autres observèrent que la vaccination pratiquée sur les mains , produit des pustules plus belles, plus bleuâtres et plus ombiliquées.
Nous avons quelquefois inoculé le vaccin sur de petites tumeurs érectiles, répandues sur diverses parties du corps, dans le double but curatif et préservatif. Nous les avons obtenus tous les deux.
Le sujet à vacciner étant préparé, il faut charger l'instrument inoculatoire. On y procède de diverses façons, selon qu'il s'agit d'employer du pus frais, du pus recueilli dans des tubes, ou du pus desséché.
La méthode qui donne les meilleurs résultats, est celle debras à bras, laquelle consistée prendre le vaccin qui sort de la pustule d'un enfant et à le transporter immédiatement sur les bras d'un autre. À cet effet on pique tout autour les pustules qu'on a choisies, et Ton en laisse sortir l'humeur. 11 ne faut pas pratiquer l'incision au centre de la pustule, ou elle est onibiliquée ; on n'y recueillerait qu'une humeur purulente. On ne doit pas non plus l'inciser à sa base pour éviter l'effusion du sang, qui se mêlant avec le vaccin pourrait causer de graves inconvénients. Il y a'cependant des individus, dont la peau se trouve dans de telles conditions qu'il est difficile d'éviter cette effusion, surtout si la pustule n'est arrivée qu'au sixième jour, ou si elle a dépassé le huitième. Mais on observe aussi dans ce cas que le peu de sang sorti se coagule aussitôt, et que la lymphe coule ensuite claire et limpide, et ne se mêle plus avec lui ; de sorte qu'avec un peu de patience et d'attention on pourra inoculer du vaccin pur.
Wirer et d'autres ont discuté s'il est mieux de choisir les vaccinifères entre des individus sains et robustes à chevelure blonde ou noire, de bas âge ou adultes. Nous avons déjà vu que ces conditions n'influent que peu ou rien sur le résultat des inoculations, la prudence et un certain égard envers les parents conseillant seulement de donner la préférence à des enfants de belle apparence et qui ont une légitime éruption vaccinale. Nous en disons de même du temps ou
il convient de se servir des pustules. La lymphe est presque toujours également active, tant lorsqu'il commence à y en avoir un peu dans la vésicule, que lorsque la pustule est arrivée au huitième jour. Nous Dotons seulement que Jenner a déclaré que plus l'humeur est rapprochée de sa source et plus elle est active. Les observations postérieures ont prouvé que ce n'était pas sans fondement qu'il soutenait cette idée. Wirer remarqua aussi que l'inoculation a plus d'efficacité, si le pus est pris sur les boutons à l'époque de leur formation, et qu'elle en a moins, si Ton attend l'époque où les boutons commencent à se dessécher et à former la croûte.
D'autres vaccinateurs ont émis une opinion non moins raisonnable, et c'est que lorsque la pustule contient moins de lymphe, celle-ci a plus d'activité intrinsèque, se recueillant nécessairement en elle toute la force qui serait en d'autres cas plus répandue. L'expérience que nous avons acquise dans cette matière, nous a démontré qu'alors le succès est plus certain, mais que la préservation n'en est pas moins complète, puisque ces considérations ne se rapportent qu'à la majeure ou mineure altérabilité de la lymphe, et non à sa nature intrinsèque. Il sera néanmoins convenable de ne pas se servir des pustules qui ont dépassé le huitième jour; car la lymphe perd après cette époque de sa viscosité, et les inoculations peuvent manquer ou ne donner que des résultats illégitimes. Dans une conférence tenue à l'hôpital division-
naire de Florence, le 16 juin i868, M. Tite Révère, médecin militaire, émit les mêmes conclusions. « L'issue favorable des vaccinations, dit-il, est en raison inverse du développement des pustules dont on extrait la lymphe >.
On douta des effets de la lymphe recueillie sur des individus adultes et sur des revaccinés. Mais ce doute n'est pas raisonnable. MM. Sacco, Rayer, Steinbrenner attestent le contraire. Les bons résultats des revaccinations dans les armées de l'Europe démentent absolument ce fait. MM. Solbrig, Heim, Ritter etc. ont constaté par leurs expériences comparatives, qu'il n'y a aucune différence relativement à l'âge dans les vaccinations d'enfants à adultes, d'adultes à adultes et d'adultes à enfants. Quant à nous, nous avons suivi attentivement la marche du vaccin sur 500 individus et plus, d'âge différent, et nous pouvons dire, sans crainte de nous tromper, que de 20 à 40 ans la lymphe passée dans le sang des adultes n'offrait aucune altération dans sa reproduction sur les bras des enfants; que l'action en était bénigne ou violente selon l'âge, mais que cette violence n'était jamais transmise d'un âge à l'autre.
Il faut accorder la préférence aux pustules de la première vaccination ou de la revaccination, si elles ont réussi dans les inoculations successives; mais comme les résultats incomplets sont fort nombreux, nous croyons avec le doct. Facen qu'on doit, en cas qu'il faille choisir, se servir préférablement du vaccin d'enfant.
On avait d'abord cru que la glycérine mêlée au vaccin lui conservait une majeure activité; mais on revint bientôt de cette idée; car, si les expériences du doct. Weiss furent favorables à cette nouvelle méthode, celles des médecins prussiens dans les revaccinations de 1865-66 démontrèrent qu'il faut préférer la méthode de bras à bras, qui donne des résultats plus certains. Le seul avantage de la glycérine consiste à fournir une matière suffisante pour un grand nombre de vaccinations ; mais il faut observer que ce mélange ne produit sur un nombre donné de piqûres qu'une moitié de pustules ; d'où il suit qu'il faut redoubler les piqûres pour obtenir autant de pustules qu'en donne le vaccin non mélangé.
Pour se servir des tubes capillaires on ouvre d'àbord les deux extrémités du tube; on adopte à un bout une paille ou un très petit tube de verre finissant en entonnoir ; l'autre bout s'applique sur un petit verre plat; l'on souffle doucement dans cette paille de façon à y faire rester une petite quantité de matière. Il faut avoir la précaution de ne point la faire sortir toute, parce qu' en la laissant exposée à l'air , elle s'altérerait et perdrait de son efficacité. Dès que la lymphe est sortie sur le verre plat, on la reprend avec la lancette, comme s'il s'agissait de la cueillir sur la pustule.
Manquant la paille ou le petit tube de verre et le verre plat, on pourra souffler directement sur une extrémité du tube ouvert aux deux bouts, en appliquant
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sur l'autre l'ongle du pouce. Le résultat de la vaccination n'en sera pas moins heureux.
D'autres recommandent de rompre le tube de verre en deux, et d'y tremper la pointe de l'aiguille ou de la lancette. C'est encore une bonne méthode.
S'il s'agit d'employer du vaccin sec, on ouvre les plaques de verre avec la pointe d'un couteau au moment même qu'on a besoin de s'en servir, et on délaie la matière dans une très-petite quantité d'eau fraîche ou dans une solution de glycérine et d'eau distillée. On peut aussi diluer avec la salive, pourvu qu'elle ne provienne pas d'une personne atteinte de quelque affection locale. On mélange avec la pointe de l' instrument inoculateur jusqu'à ce que le tout ait acquis une consistance huileuse. On y trempe alors l'aiguille ou la lancette. Si l'on emploie des lancettes d'ivoire ou de tortue etc. au lieu de les introduire directement sous l'épiderme, il sera plus convenable de faire précédemment une ou plusieurs petites incisions à la peau, tel que le conseille M. W arlomont pour le vaccin animal.
Quant aux croûtes vaccinales, M. Sacco dit qu'avant de s'en servir, il faut en enlever une fort petite couche, résultat du dessèchement d'une goutte de pus au centre de la pustule. On dissout ensuite la croûte dans un peu d'eau froide et mieux encore dans une solution de glycérine, et l'on en fait une espèce de pâte que l'on inocule comme d'habitude.
Quelle que soit la méthode qu'on voudra adopter,
il faudra avoir la précaution de ne pas se borner à vacciner seulement un enfant, mais deux ou trois, en employant possiblement plusieurs tubes ou plaques sur les deux bras des enfants. On aura de la sorte plus de probabilité de réussir.
L'instrument inoculateur étant chargé de lymphe, on procède à l'opération. Pour pratiquer les incisions le vaccinateur serre avec la main gauche le bras de l'enfant, de manière à en tendre la peau en sens inverse avec le pouce et l'index. De la droite il tient la lancette par le manche, le tranchant perpendiculairement dirigé vers la peau, qu'il incise très-superficiellement sur l'étendue de deux lignes en ne touchant que le corps muqueux.
Une autre bonne méthode pour recueillir le vaccin consiste à tremper la pointe de la lancette dans la pustule, de la laisser sécher et de s'en servir pour inoculer sous l'épiderme. L'humidité des tissus détrempera le virus desséché. On recourt à cette méthode quand il faut attendre 10, 12, 24 ou 48 heures avant de pouvoir employer le vaccin.
On recouvrait jadis l'incision avec une petite compresse, ou avec du taffetas gommé en maintenant le bout en place avec dos emplâtres ou des tours de bande. Ces moyens sont actuellement abandonnés comme inutiles ; il suffit de laisser un moment le bras découvert pour que l'humeur se dessèche et ne soit plus emportée par le frottement d'un corps étranger.
Il en est qui par excès de prudence trempent nou-
vellement la lancette et la portent à plat sur l'incision.
Pour la piqûre on peut se servir de divers instruments, de la lancette commune, de la lancette à dard, de la lancette à grain d'avoine, de la lancette cannelée, de l'aiguille plate, de l'aiguille cannelée, de l'aiguille à coudre, d'une épingle etc. Nous nous sommes servis indifféremment de tous ces instruments en obtenant toujours de bons résultats. La lancette rayée et l'aiguille lancéolée rayée nous semblent préférables, parce que Ton est plus sûr de faire pénétrer le vaccin sous l'épiderme, et que l'on obtient ainsi plus facilement autant de pustules que de piqûres. On tend d'abord la peau, comme pour les incisions. Puis de l'autre main on porte l'instrument en direction horizontale ou mieux légèrement oblique, de haut en bas, et on le fait pénétrer sous l'épiderme à la profondeur d'une ligne ou d'une demi-ligne. Après l'y avoir laissé un instant, on le retire doucement, et l'opération est faite.
Quelques vaccinateurs appliquent nouvellement l'instrument à plat; d'autres le tournent en tous sens dans la piqûre, ou y appliquent le pouce, comme pour l'essuyer, lorsque ils l'en retirent; mais ces précautions sont en quelque sorte inutiles.
Tendre bien la peau, afin qu'elle ferme parfaitement la petite blessure en se resserrant, y appliquer l'instrument en direction oblique pour que les pus descende plus facilement dans la piqûre, sont des précautions essentielles à observer. Quant au reste, nous répéterons
avec M. Bousquet: « Prenez du bon vaccin, c'est « le point important; piquez ensuite comme vous < voudrez, et ne vous inquiétez pas du résultat >.
La blessure superficielle cause moins de douleur et donne lieu moins facilement à l'effusion du sang. Les mères ont alors plus de confiance dans l'opérateur, et moins de répugnance à soumettre leurs enfants à l'inoculation. Quand on veut faire généralement adopter une pratique, il faut en rendre l'application le moins désagréable possible, et le sang, outre qu'il cause une pénible impression sur les assistants, peut compromettre l'effet de la vaccination, bien qu'il soit vrai de dire qu'il est presque impossible d'éviter l'effusion du sang sur les enfants indociles, et sur ceux dont la peau est riche en vases sanguins.
La méthode des incisions et celle des piqûres réussissent également. Nous croyons cependant que la dernière, plus expéditive, moins douloureuse et au moyen de laquelle le sang jaillit moins facilement, doit être adoptée de préférence, lorsqu'il s'agit d'inoculer de suite un grand nombre d'enfants. La lymphe conservée et surtout le vaccin desséché devraient être inoculés par les incisions qui offrent une plus grande superficie d'absorption.
>kvec les lancettes crénelées on a l'avantage de pouvoir faire diverses piqûres en ne trempant l'aigaîlle qu'une seule fois; mais, comme nous l'avons dit ailleurs, il faudra la nettoyer souvent, et, possiblement à chaque opération. On sait que, lorsqu'on fait fi — Parola, vol. II, De la vaccination.
un grand nombre de vaccinations avec une seule pustule, les premiers inoculés ont un plus grand nombre de pustules que les autres. Il semble dès ce qu'à mesure qu'on vide la pustule, la dernière couche devient plus séreuse et moins active. Ce fait prescrit pour ainsi dire d'économiser la lymphe, c'est-à-dire de n'en point porter trop sur les premières personnes, puisqu'une petite quantité suffit pour produire l'effet désiré.
Pour empêcher que les aréoles ne se touchent, et que l'inflammation ne devienne ainsi trop vive, on devra ménager la distance de 2 à 3 centimètres entre chaque piqûre.
Jenner no faisait qu'une piqûre à chaque bras et quelquefois une seule en tout. Sacco en faisait 2 à chaque bras. Ces vaccinations furent toujours efficaces. MM. Thompson, Grégory, Marson, Ballard et Eichorn sont d'un autre avis. Il faut, d'après eux, faire plusieurs piqûres. Eichorn surtout est si exagéré, que sa méthode est plutôt une singularité. De 4 à 6 boutons ne lui suffisent pas ; selon lui, plus les boutons sont nombreux, plus la vaccination est parfaite. Il croit utile d'en procurer de 16 à 60, et même davantage, répartis sur les différentes extrémités du corps, formant ainsi de petits centres d'action et autant de points de consomption de la réceptivité matérielle. Croyant que le germe de la prédisposition varioleuse est caché dans le réseau de Malpighi, il le combat partout en multipliant les piqûres. Mais nous nous sommes déjà occupés de cette doctrine exagérée.
M. Heim dit qu'une seule pustule ne préserve pas, ou ne préserve que pour peu de temps, rarement pour une période plus longue que celle que Ton obtient par beaucoup de pustules. L'Anglais Marson veut aussi prouver sur les expériences qu'il fit à l'hôpital des varioleux, que la petite vérole est d'autant plus fréquente, qu'on fait moins de piqûres. Mais ces données ne constituent que de rares exceptions.
Le doct. Schweighamser de Strasbourg laissa impunément dans un milieu imprégné de miasmes varioleux son fils unique, qui n'avait eu qu'un bouton vaccinal, et lui fit toucher un enfant qui en ce jour même mourut de variole. M. Schaeffer observa en 1836 à Hirschberg qu'une seule cicatrice suffisait pour préserver de la variole, et que d'autres vaccinés, qui en avaient jusqu'à 6, étaient atteints de la variole contiuente (1).
Quand le corps, dit Steinbrenner, est bien disposé à recevoir le vaccin, quand toutes les conditions capables de favoriser le développement de la maladie existent au dedans et au dehors de l'individu, certes alors le moindre atome de contagion suffit pour développer une maladie vaccinale des mieux caractérisées et des plus complètes, et dans ce cas le nombre des boutons ne fait rien à la chose. Ces boutons sont un mal local entièrement indépendant de la maladie vaccinale préservatrice, qui peut être très-forte quand même il n'y aurait qu'un seul bouton d'insertion.
(1) Gêt. MU., Paris, 1837.
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Cependant M. Steinbrenner s'est convaincu, plus tard, que Ton a raison d'espérer d'un plus grand nombre de pustules un succès plus certain, succès que des circonstances de lieu ou de temps pourraient contester à une seule pustule. < Nous croyons, dit-il, qu'il faut moins de virus pour réveiller beaucoup de prédisposition, et qu'il en faut peut-être beaucoup pour stimuler une prédisposition plus arriérée >. Cette distinction est plus subtile que vraie. Si l' on admet que tant une petite qu'une grande quantité de virus a la même force d'action, elle devra l'avoir nécessairement dans Pindividu le mieux prédisposé comme dans celui qui le serait moins. Si la réceptivité est un effet des conditions de l'économie, et tous sont d'accord sur ce point, ce n'est donc plus en la stimulant qu'on peut la vaincre, mais plutôt en neutralisant les conditions mêmes dont sa nature dépend. Mais où est le virus qui puisse neutraliser les conditions de l'économie de l'individu qu'on veut inoculer?
Bousquet ef Lossetti soutiennent qu'une seule piqûre suffit pour rendre efficace le vaccin. Le premier, tout en admettant que l'on constate des cas de variole, de varioloïde ou de second vaccin sur ceux qui n'ont eu qu'une seule pustule, observe néanmoins que l'exception n'est pas la règle, et qu'on doit recourir en cette matière à la statistique des épidémies, qui seule peut expliquer cette question. « Commençons, dit Bousquet, par interroger les épidémies de variole, dans lesquelles la nature se montre dans toute sa puissance et sous
PRATIQUE DE LÀ VÀCGM/TION J2i
toutes ses faces. A-t-on jamais remarqué dans ces circonstances extraordinaires que la variole ait fait quelque distinction entre les vaccinés? Attaqua*t-elle plus particulièrement ceux qui n'avaient eu qu'un ou deux boutons? L'inoculation trouva-t-elle en eux moins de résistance? Non, mille fois non. Gomment donc oset-on dire que les apparences extérieures de la vaccine donnent la mesure exacte de ses propriétés cachées ? Pour moi, je ne vois dans cette opinion qu'un préjugé vulgaire. * Accoutumé à considérer la petite vérole comme une sorte d'épuration par laquelle la nature purge le corps des humeurs qui le souillent, le peuple s'imagine que la crise est d'autant plus complète que l'éruption est plus abondante > .
Le doct. Ghrestien de Montpellier ayant vu la variole frapper deux fois la même personne avec la même intensité et la même virulence, en conclut qu'il y a des organismes tellement prédisposés à ce virus, qu'une seule irruption ne suffit pas pour les modifier. Mais Bousquet remarque qu'il ny a pas, ou plutôt qu'il ne peut pas y être de médecins qui soutiennent que la variole discrète n'offre pas les mêmes garanties que la variole confluente, et il ajoute que la vaccination qui produit une ou deux pustules, possède absolument les mêmes avantages que si elle en produisait un plus grand nombre.
Le doct. Hennequin est de l'avis de M. Bousquet c L'effet préservatif, dit-il, est certain dès que le bouton parait, même avant qu'il paraisse, et encore sans qu'il paraisse >.
M. le doct. Lossetti croit que la variole est plus grave et plus confluents en ceux qui ont un grand nombre de cicatrices, quelque normales qu'elles soient. C'est pourquoi il déclare illusoire la prétention de détruire la réceptivité individuelle, surtout si on emploie une grande quantité de lymphe. Il ajoute que les contagions engendrent un degré de maladie proportionnel à celui de la disposition individuelle, et non à la quantité du virus inoculé et que « cette contingence, pour nous servir de ses expressions, a été démontrée, pour ce qui regarde la variole, par de nombreux cas constatés par des vaccinateurs consciencieux et dignes de foi >.
Ce que nous venons de dire suffit pour démontrer l'erreur de ceux qui prétendent introduire dans l'organisme au moyen de nombreuses piqûres ce que Ton nomme la saturation vaccinale, et de ceux qui soutiennent avec Hensinger que « plus la forme de la maladie est développée, et plus elle garantit l'homme et l'animal d'une seconde infection >.
Pour nous, nous croyons qu' il faut concilier les opinions contraires que nous avons rapportées. Il nous est arrivé de constater qu'une seule piqûre n'a pu prendre sur des individus, qui étaient pourtant doués de réceptivité. Ces insuccès dépendaient certainement de l'influence contraire de l'épidémie ou des saisons. C'est pourquoi nous sommes d'avis qu'il convient alors de pratiquer plusieurs piqûres, non parce qu'elles auraient plus d'efficacité ; mais à cause de la majeure
probabilité que Tune ou l'autre ou plusieurs ensemble puissent prendre. On a observé dans ces circonstances qu'il ne sort guères plus de deux ou de trois pustules, même d'un grand nombre de piqûres. Ce cas peut, indépendamment de toute disposition individuelle, se produire plus fréquemment à l'époque des nombreuses vaccinations, où il peut fort bien arriver que certaines opérations soient faites d'une manière imparfaite.
Nous ne voyons aucun mal dans la production d'un grand nombre de pustules, pourvu qu'elle ne soit pas telle qu'elle cause trop d'inflammation locale, et donne occasion à la naissance d'érysipèles, d'adénites, etc. A notre avis, trois ou quatre piqûres par bras satisferont aux exigences de la prudence et du scrupule que chaque médecin, même convaincu du contraire, doit avoir dans l'exercice de ses fonctions.
Il arrive, et les vaccinateurs ne doivent pas l'oublier, qu'il ne sort quelquefois aucune pustule, bien qu'on ait fait plusieurs piqûres. Gela dépend de circonstances externes, ou, par exception, du manque de réceptivité à l'acte de l'inoculation.
Il convient alors de refaire l'opération une deuxième et même une troisième fois, jusqu'à ce qu'il apparaisse quelque pustule, ou qu'il se manifeste au moins des symptômes de ressentiment général. Il n'y a que bien peu de personnes qui aient reçu de la nature une constitution réfractaire au vaccin. Mais ces organisations exceptionnelles sont heureusement exemptes de la
variole. Il y a enfin des enfants qui sont rebelles au vaccin, parce qu'ils ont déjà souffert la variole, quand ils étaient à nourrice.
Nous devons encore mentionner deux autres méthodes de vaccination. La première est celle du doct. Severini (1), que nous avons déjà citée, et qui tend à obvier à la transmission de la syphilis. On prend le pus de la pustule d'une vache, et on le délaie au trentième ; puis on en fait de très-petites pillules, qu'on administre à raison de neuf par jour en trois doses pour six ou huit jours de suite. M. Severini nous assure que cette méthode lui a réussi quatre fois. Mais si Ton réfléchit à la grande difficulté de l'appliquer sur une vaste échelle aux enfants en bas âge, on verra qu'elle ne pourra jamais être généralement adoptée.
Que dire ensuite de ceux qui voudraient faire adopter comme prophylactique de la variole le pus des pustules procurées avec le tartre émétique? Et pourtant Lickenstein prétend que de 31 individus inoculés en 1836 avec des pustules émétiques, aucun n'eut la variole. Bukenstein inocula encore ce pus en 1844. Aujourd' hui le pharmacien Hofman en propose nouvellement l'usage à cause de la grande facilité qu'il a d'être conservé et d'être semé dans la vache (2) !
La maladie vaccinale, si elle mérite ce nom, est dans la plupart des cas si peu de chose, qu'on n'a aucun
(1) Le docl. Goddé de Genève a proposé le premier ce système de vaccination.
(2) Journal des connaissances médicales* Mai, 1870*
besoin de recourir à l'art. Comme nous avons dit que aucune préparation n'est nécessaire, de même, après l'opération, rien ne doit être changé dans la méthode de vie des vaccinés. Il est tout au plus opportun de les tenir tant soit peu réparés des influences atmosphériques dans les premiers jours de la vaccination, spécialement en hiver, et même en printemps, lorsque la température est sujette à des changements subits et imprévus, et enfin dans la saison des pluies. Il ne faut pas à cet effet trop couvrir les enfants, ni les tenir renfermés dans des chambres très-chaudes ; car on les ferait souffrir sans raison. Rien ne doit être innové dans le régime diététique, ni dans les jeux des enfants. Point de remède durant le cours des pustules. L'éruption vaccinale parcourt si régulièrement ses phases, qu'elle n'a besoin ni de stimulants ni de contre-stimulants.
La fièvre qui survient au huitième ou au neuvième jour, est si bénigne qu'elle se dissipe d'elle-même, de même que se dissipe le léger gonflement inflammatoire qui entoure la pustule. Celle-ci, à son tour, n'a besoin dans la période de suppuration ni de cataplasmes ni d'onguents, qui ne serviraient qu'à en prolonger la durée. Il faut seulement ne pas laisser égratigner ou irriter d'une façon quelconque la localité ni laisser la toile s'attacher aux pustules.
Il arrive surtout chez les scrophuleux, que les pustules continuent à suppurer plus que de coutume. Les lotions émollientes ou l'eau végéto-minérale suf-
fisent alors pour calmer l'inflammation locale. Mais si elle insistait, ou si elle était accompagnée de fièvre, on pourrait recourir à l'application des sangsues autour des pustules, à des boissons rafraîchissantes, et au besoin à une diète légère. Si les pustules tendaient à se transformer en ulcères, il conviendrait de les médicamenter avec de la pommade citrine, ou môme de les cautériser avec de l'acide sulfurique, et les laver ensuite plusieurs fois avec de Peau fraîche. Nous ne nous sommes jamais trouvés dans le besoin de recourir à ce moyen, les soins les plus simples nous ayant toujours suffi.
Il arrive aussi que, lorsqu'on a pratiqué trop de piqûres sans laisser entr'elles un espace suffisant, les aréoles se confondent, et l'inflammation s'étend aux parties environnantes; il peut alors se manifester une érysipèle tendant à envahir le bras, l'avant-bras et la poitrine. Mais ces cas sont fort rares, et les fomentations émollientes suffisent à les guérir.
Les traitements que nous venons d'indiquer, pour* ront encore être appliqués avec succès dans la vaccination animale, dans laquelle les phénomènes in* flammatoires sont ordinairement plus intenses.
L'on voit aussi apparaître vers le dixième jour au* tour de la pustule et sur diverses parties du corps, des taches rouges, sortes de rubéoles, qui n'ont aucune conséquence. Mais la vaccine peut se compliquer avec les maladies dominantes, ou être l'occasion de certaines affections» Le vaccinateur devra alors recourir au traitement réclamé par la circonstance.
Dès le commencement on a reconnu le besoin de conserver la lymphe vaccinale pour pouvoir la transmettre, le cas échéant, à de grandes distances.
Jenner avait coutume d'imbiber des fils dans le vaccin, et de les conserver en les renfermant entre deux verres. De-Carro le recueillait à sec sur des lancettes d'ivoire: c'est ainsi qu'il le transmit aux Grandes- Indes. Husson le mettait entre deux plaques de cristal. Sacco en remplissait de petits tubes de verre au moyen de l'aiguille sillonnée, et put te conserver de la sorte pendant deux années. D'autres vaccinateurs firent usage des croûtes vaccinales , des plumes d' oie , du coton imbibé, etc.
Quelle que soit la méthode que l'on veuille suivre il faut avoir soin de recueillir le vaccin au moment où il manifeste sa majeure efficacité. C'est une condition indispensable; car il doit non seulement résister à l'action du temps, mais encore aux autres agents qui en favorisent la décomposition et l'altération. Puis on doit le mettre dans des récipients bien sondés, et le soustraire à l'action de l'air, de la lumière et de la chaleur.
Nous ne dirons rien du système jadis adopté par certains vaccinateurs, et qui consistait à recueillir le vaccin sur des fils de coton. II n'est plus en usage.
Nous avons dit précédemment que, ai on ne veut le conserver que pour un ou deux jours, on peut le laisser sécher sur la pointe de la lancette.
Pour empêcher que la lancette ne s'oxyde, on a
proposé d'en dorer la pointe, ou de la faire en argent; mais pour éviter ces moyens si coûteux, on n'a qu'à recueillir le vaccin sur des pointes d'ivoire ou d'écaillé, ou sur des plumes d'oie taillées en forme de curedents, en trempant la pointe de ces instruments dans la pustule. On les laisse sécher; puis on les renferme dans des étuis pour les réparer de l'air et de la lumière. On pourra encore suivre la méthode proposée par le doct. M. Warlomont pour la vaccination animale. Mais l'expérience a démontré que ces différentes méthodes ne valent guères pour conserver longuement la vaccine; si ce n'est qu'on pourra adopter celle dite à sec dans la chaude saison, durant laquelle il arrive souvent que le vaccin conservé dans les tubes ne réussit pas. Recourons donc aux plaques et aux tubes si nous voulons le conserver longuement et le transmettre sans aucune al tération à de grandes distances.
Husson avait coutume de conserver la lymphe vaccinale en la déposant avec un cure-oreille dans un petit trou pratiqué dans une lamine de cristal bien propre. Puis il passait légèrement sur la vésicule ouverte un autre morceau de cristal poli, égal au premier mais sans cavité, et l'appliquait promptement sur le premier. Enfin il soudait les deux verres avec de la cire , les liait fortement et leur donnait le vernis.
Sacco qui recourut aussi à cette méthode, nota que le peu de matière placée dans cette cavité se desséchait facilement, et proposa d'adopter les tubes, qu'il
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reconnut être bien plus commodes pour la conservation du vaccin. D'autres vaccinateurs adoptèrent des lamines de verre, carrées, de six, huit ou dix lignes, mais sans cavité \ our diminuer l'influence de l'air, qui était trop notable dans les cristaux concaves. Pour y recueillir le vaccin, ont nte qu'à mettre deux ou trois fois ces lamines sur la pustule ouverte, jusqu'à ce qu'elles aient une quantité suffisante de vaccin. Les points des deux plaques doivent se correspondre exactement. Cela fait, on laisse que le vaccin se con* dense un peu pendant quelques minutes, afin qu'il ne se répande pas trop* puis on applique une lamine sur l'autre le plus parfaitement possible, et on les soude avec de la cire d'Espagne.
On a coutume en Angleterre de les envelopper simplement dans des feuilles de plomb. Lorsqu'on veut expédier ces lamines en des pays éloignés on les introduit dans une petite fiole à large ouverture, renfermée à son tour dans une autre plus grande, en remplissant les vides d'un mélange frigorifique de nitre et de muriate de soude.
Mais on a constaté que ces plaques ne réussissent pas toujours à cause de la quantité d'air qui se trouve à l'entour de la fiole et qui fait dessécher trop vite le vaccin. Dès lors on a généralement adopté les tubes capillaires proposés par Bre tonneau.
Les tubes de B retonneau sont longs de six à huit ligues, légèrement renflés au milieu et terminés par (tes extrémités capillaires. Pour les remplir on fait
plusieurs piqûres sur la pustule vaccinale, et dès qu'une goutte de lymphe s'est formée, on en approche verticalement le tube par l'extrémité plus petite, en ayant soin que les deux bouts soient ouverts, et qu'il n'y ait dans l'intérieur aucun corps étranger. Le vaccin ne tarde pas à monter et à remplir le tube en vertu de la loi physique de la capillarité. Si cette goutte ne suffit pas, on portera le tube sur une autre pustule, ou bien on le laissera en contact avec la première, jusqu'à ce qu'il soit rempli. Si la viscosité du liquide s'oppose à une majeure ascension du liquide, il convient de rompre l'extrémité du tube, d'en enlever avec les doigts la partie du virus épaissi, et de recommencer l'opération.
Le tube étant rempli, on romp une partie des deux bouts, s'il est trop long, et l'on bouche exactement avec de la cire à cacheter. On peut aussi souder les extrémités en portant d'abord à la flamme d'une chandelle la partie qui a un peu de vide, pour que l'action de la chaleur n'altère pas le vaccin. On a la certitude que la pointe du tube est hermétiquement bouchée, lorsque l'air dilaté l'étend; mais il faut se hâter de le retirer de la flamme aussitôt qu'on voit qu'il s'enfle, autrement la bulle deviendrait si mince et si fragile qu'elle sauterait par la seule pression de l'air.
Il n'est pas indifférent, selon nous, de boucher les extrémités des tubes avec de la cire d'Espagne ou de les souder à la flamme. Notre expérience et celle des vaccinateurs auxquels nous avons transmis des tubes
que nous avions remplis, nous a démontré que le premier moyen est plus efficace et qu'il conserve plus longuement le vaccin. La chaleur de la flamme exerce évidemment une action altérante sur la lymphe qui se trouve à l'extrémité des tubes. Mais il ne faut pas exagérer cette influence; car nous nous sommes servis avec succès de tubes cachetés de cette manière ; nous disons seulement que la première méthode est préférable. On ne doit pas oublier de renfermer ces tubes dans des étuis, et de les tenir dans un endroit frais; car, comme nous l'avons déjà répété tant de fois, la chaleur et la lumière les altéreraient.
Le vaccin recueilli suivant cette méthode se conserve longtemps à l'état liquide, une année et plus. Nous pouvons attester que nous le conservons ainsi avec toute son efficacité de l'automne au printemps et du printemps à l'automne.
Il y a diverses formes de tubes: les uns fusiformes, d'autres à forme de pipettes, d'autres cylindriques. Ces derniers sont plus commodes pour les expéditions à cause du peu de place qu'ils occupent. Ils doivent être très-petits pour laisser le moins d'espace possible à l'air atmosphérique.
Le doct. Pourcelot voyant qu'il était difficile de remplir les tubes capillaires, proposa de diminuer la viscosité du vaccin en y ajoutant un peu d'eau. Cette addition ne porte aucun atteinte aux propriétés du vaccin, à condition qu'on ne conserve pas les tubes trop longtemps.
Pour les expédier ailleurs il suffit de les mettre dans un tuyau de plume, ou dans un tube de sureau ou de chanvre, dont on bouche les extrémités avec de la cire d'Espagne. On pourra en outre envelopper ces tubes dans du papier roulé et cacheté aux bouts.
M. Fiard a fait un petit tube de 2 pouces de long, du diamètre d'un quart de ligne, ouvert à une de ses extrémités et terminé à l'autre par une petite ampoule. On le remplit en faisant d'abord échauffer la fiole pour raréfier l'air, et en appliquant ensuite la partie ouverte à la pustule; on le vide en suivant la même méthode. Cette forme de tube est certainement plus commode; mais il ne conserve guères le vaccin à cause de l'air qui reste dans l'ampoule.
Si Ton considère le peu de temps que l'on emploie à remplir plusieurs tubes et la facilité qu'on a de les transmettre et de s'en servir, ils doivent avoir sans contredit la préférence. Il est évident que la lymphe vaccinale se conservera bien mieux dans les tubes, où elle est renfermée hermétiquement, que sur des plaques oii elle reste d'abord exposée à l'air et à la chaleur.
Le vaccin est sans doute plus actif et d' un effet plus certain, si conservé dons son état naturel , il n'est plus besoin d'aucune préparation pour l'employer. Il résulte des expériences du vétérinaire Renault que le virus de la clavelée ne prend pas, s'il est sec, et qu'il ne réussit presque jamais, s'il est conservé entre deux plaques de verre, à moins qu'il ne soit encore un peu humide. Qu'on note que le virus claveleux est
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bien plus contagieux que le virus vaccin, et qu'il conserve plus longtemps cette propriété. Les matières virnlentes, dit M. Renault, se conservent, au contraire, des années entières avec toute leur efficacité, quand elles sont renfermées dans des tubes capillaires.
Les plaques ne sont presque plus en usage. Il résulte des comptes rendus de tous les médecins français, que le vaccin expédié en plaques par l'académie, n'avait aucun effet dans la moitié des cas (1). Cette déclaration a été confirmée par Trousseau, qui, de même que Depaul, donne la préférence aux tubes. Meynier assure dans un rapport au préfet de Tours qu' il a inoculé plusieurs fois aveô succès le vaccin conservé dix-huit mois en des tubes à ventre, en forme de pipettes. Si notre expérience peut avoir quelque autorité, nous disons que Ton doit préférer les tubes.
Mais le vaccin en tubes s'altère aussi avec le temps. Le premier changement qui se manifeste est un certain degré d'évaporation. Nous avons observé dans la paroi intérieure des tubes qu'une légère rosée en humectait la surface. Le vaccin commençait ensuite à se dessécher. L'influence de la température, de l'air et de la lumière y était manifeste. C'est pourquoi si on veut conserver plus longuement les tubes, il faut les tenir au frais, bien renfermés et enveloppés dans des matières, qui les protègent contre les influences exté-
(1) Dkpaul — Rapport sur les vaccinations de 1857. 28 — Parole, vol. II, De la vaccination.
heures, par exemple dans le charbon, la sciure de bois, le coton, etc.
Il faut avoir la précaution de ne pas recueillir le vaccin de ces pustules, qui le fournissent trop liquide et trop abondant, mais plutôt de celles qui ne sont arrivées qu'au 6me ou au 7me jour de leur évolution.
On a proposé de renfermer les tubes, destinés à la transmission, dans une boîte de fer blanc remplie de charbon en poudre, ou de les plonger dans un flacon d'huile. Mais la meilleure méthode consiste à mettre les tubes dans un autre tube de verre à parois épaisses, bien cacheté aux deux extrémités, et enveloppé ensuite dans. une épaisse couche de coton cardé, ou à les introduire dans un étui métallique bien fermé.
Nous n'avons que peu à dire de la méthode proposée par Bryce en 1802, comme la plus convenable pour les pays chauds. Presque tous les vaccinateurs de l'Europe ont constaté qu'elle manque souvent d'effet, et qu'on ne doit l'adopter qu'à défaut de mieux. On ne prend que les croûtes, qui se forment sur des boutons, dont on a respecté l'intégrité jusqu'à la fin ; on les détache quelques jours avant leur chute habituelle, on les enveloppe dans du papier obscur, et on les conserve dans un étui, une boîte ou une bouteille bien fermée.
Finalement, le doct. Weir d'Edimbourg proposa de faire absorber là lymphe par un morceau de sucre pur et sec, de laisse^ dessécher, de pulvériser ensuite
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dans un mortier de verre bien poli et de recueillir cette poussière dans un petit vase de cristal bouché à Témeri. Pour inoculer on fait . dçs piqûres, sur lesquelles on passe un pinceau qu'on a d'abord introduit dans cette poussière- Le doct. Weir suivit cette méthode pendant deux années, sans que jamais elle ait manqué d'effet. Mais, outre que l'on n*est pas toujours certain que la poussière, que Ton porte sur la blessure, contienne des molécules vaccinales, nous devons encore observer que Bousquet, qui recourut à cette méthode, n'en put jamais obtenir aucun résultat