‹ De la vaccination; (volume 2)Chapitre 57 sur 73 · DU SYSTÈME ÉTRANGE DE M. VERDE-DEUSLE · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME ÉTRANGE DE M. VERDE-DEUSLE

elle ne l'était pas ; car si Hippocrate, Arétée, Gélius,

Aurélien, Aétius, Galien ne nous ont laissé dans la description des maladies qu'ils ont observées, aucun indice de la variole dont les caractères sont si manifestes; si d'autres auteurs, étrangers à la médecine, nous ont décrit d'autres pestes, avec quel fondement supposerions-nous qu'ils n'aient pas parlé de la petite vérole, dont la nature est si manifeste et la description si facile ? Les plus illustres médecins, entr' autres Sydenham, Gruner, Friend, Mead, Wan-Swieten, Burserio, Frank et Grégory, ont été tous d'avis :

1° Que la variole n'était pas connue des Grecs et des Romains, et que l' Amérique en a également été exempte jusqu'au temps de Gristophe Colomb.

2° Que ce n'est que vers le onzième siècle que les Sarrasins en ont infecté l'Europe.

Certains auteurs ont cru entrevoir dans Procope (1) les caractères distinctifs de la variole, c.-à-d. l'obscurité de son origine, l'universalité de ses dévastations et l'immunité complète d'une seconde attaque. D'après eux, elle aurait éclaté l'an 544 de l'ère vulgaire à Pelouse, d'où elle passa à Constantinople.

Nous admettons qu'avant la susdite époque la peste varioleuse a fait des ravages dans la Chine ou dans d'autres parties du globe ; mais on ne peut dire qu'elle ait existé de tout temps en Europe. < Personne, dit

(1) De Mlo Gallico, liv. 11. .

P. Frank, ne peut mettre en doute l'antiquité de la variole limitée à certaines régions qui n'avaient aucun commerce avec la Grèce et les autres contrées de l'Europe ; mais c'est bien gratuitement que quelquesuns ont soutenu qu' elle existait presque continuellement avant ce temps-là dans ces parties du globe, et que les auteurs grecs et latins qui la connaissaient oublièrent d'en faire mention dans les fastes de la médecine, tandis qu'ils y ont placé d'autres affections de peu d'importance ».

Ce qui précède démontre que M. Verdé est évidemment dans l'erreur quand il assuré que la variole provient d'un germe inné; qu'elle est réellement une crise naturelle inévitable , et qu' elle doit être considérée comme une fermentation indispensable à la dépuration du sang, etc. Il voudrait aussi faire croire que les vaccinateurs ont inventé moyennant une mythologie spéciale une récente origine de la variole, ou, pour parler son langage sur la couleur du mensonge, ils ont fait une histoire spéciale de la petite vérole à l'usage de la vaccine.

Mais suivons M. Verdé dans d'autres parties de ses ouvrages. La variole, dit-il souvent, est un germe inné, une crise inévitable, sublime, un travail semiphysiologique ! Qui, médecin ou profane à la médecine, n'a jamais vu l'horrible figure d'un varioleux i Qui ne connait les grands ravages de cette maladie cutanée ? Qui ne sait qu'elle était plus funeste et plus mortelle que toutes les autres prise? ensemble, telle*

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ment que jusqu'à la découverte de la vaccine, en dépit même de la pratique de l'inoculation, la dixième partie des décès provenait de la petite vérole ? A-t-on peutêtre besoin de répéter que dans les siècles passés l'humanité avait à déplorer chaque année, d'après les calculs de Thorton, 8 millions de victimes? Les scènes de désolation auxquelles donna lieu l'introduction de la variole dans l'Amérique, nous font encore frissonner aujourd' hui. Dans le Mexique seulement, la variole moissonna (1517) en très-peu de temps trois millions et demi de personnes ; et depuis 1767, époque de la découverte de l'île Otaïti, les deux tiers de la population qui était d'environ 200,000 habitants en furent épouvantablement décimés en peu d'années. Dans la Chine, si fidèle aux anciennes coutumes, la petite vérole ravagea horriblement la capitale en f£ 16. L'empereur informé que tous les vaccinés en étaient indemnes, fit vacciner deux de ses enfants. Cet exemple ayant été suivi par les habitants de cett0 immense capitale, on vit bientôt décroître la petit e vérole, et l'empereur prescrivit que l'inoculation de la vaccine fût adoptée dans toutes les provinces de l'Empire Céleste. Ce sont là des faits qu'on ne peut contester, et qui n'ont pas besoin de commentaire.

Pour prou ver combien est subtile l'infection de cette peste, flous ajouterons qu'elle pénètre même dans le sein de ia mère et frappe le fœtus dans son œuf mal abrité où cinte diem humanas calamitates ferre

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cogit (1). Il est arrivé que l'enfant est venu au jour couvert de pustules varioleuses. Les annales de la médecine contiennent un grand nombre de ces' cas, dont un des plus remarquables est certainement celui d'une petite fllle, née à Montpellier avec la petite vérole en parfaite suppuration, sans que la mère en eût été atteinte dans tout le temps de la grossesse. On cite le cas de la femme d'un auteur célèbre, laquelle, après avoir soigné, sans qu'elle en éprouvât aucune incommodité, deux petits enfants varioleux, mit au jour un enfant dont le corps était picoté de petite vérole (2). Outeschi rapporte que son épouse, après avoir dormi dans la dernière période de sa grossesse avec un enfant infecté de variole, mit au jour un enfant qui avait plusieurs boutons remplis d'un véritable pus varioleux (3). Rosenstein mentionne un autre enfant né avec des cicatrices et des croûtes varioleuses, et dont la mère avait prêté, sur la fin de sa grossesse, son assistance à un autre enfant gn« vement infecté (4). Murray cite un sujet né vario leux, et dont la mère avait soigné dans les derniers temps de la grossesse un autre fils atteint de pe, tite vérole (5). Mauriceau raconte que ses parent lui avaient dit plusieurs fois qu'il était né avec cin? ou six pustules varioleuses, et que la veille de sa

(1) ViN-SwiïTÏH.

(S) Commentaire de ta Société Scientifique dt Barltm.

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