CHAPITRE XXXI
D'après Carnot et Verdé-Delisle la vaccine aurait doublé de 1800 à 1845 la mortalité de la population qui était entre la 20me et la 30me année. Ils basent leur assertion sur des données statistiques (et la statistique est l'arme principale de nos adversaires), rejetées par rinstitut et l'Académie de médecine de Paris. Néanmoins, la question n'étant pas, à vrai dire, suffisamment débattue, nos adversaires sont revenus à la charge, et n'auraient pas cessé de sitôt leurs attaques sans les recherches et les calculs de M. Heuschling et du doct. Bertillon (1). La France était un pays où l'on pouvait, plus que dans tout autre, se tromper sur la mortalité des diverses âges de la vie, parce qu'il n'y avait pas une exacte statistique mortuaire en corrélation avec le tableau de la population. Évidemment les anti-
(1) L'union médicale, N. 102, 108; 18S5.
35 — - Parola, vol. H, De la vaccination.
vaccinateurs, au lieu d& recourir à des quantités cou* sidérables et complexives de chiffres représentant fidèlement le total de la population ou la majeure partie de la même, n'ont produit que des calculs partiels, simplement fondés sur des conditions de choses tout à fait locales et exceptionnelles. Que sont les tables de Déparcieux sur lesquelles se fondent principalement nos contradicteurs? Elles sont relatives à 814 jeunes gens (des rentiers et des propriétaires) morts en 1746. La classe des propriétaires est, comme on le sait, une partie de cette classe privilégiée, dans laquelle les décès sont moins fréquents que dans les autres. Eh bien, qui le croirait? ces demi-résultats furent considérés comme un équivalent de la mortalité générale de la population française au XVIIIme siècle. Mais cela ne suffisait pas: on compara ces demi-résultats*avec ceux de la mortalité de l'armée française, tels que le Moniteur les avait publiés dans son numéro du 21 décembre 1848, et on osa dire que la mortalité générale de la jeunesse française de 20 à 30 ans avait doublé depuis un siècle environ. Bertillon dit avec raison que cette sorte d'induction est inexacte et illogique.
€ On voit, dit-il, que le système des anti-vaccina- < teurs dérive d'une lourde méprise. Apparier les pri- « vilégiés aux deshérités, les citoyens aux paysans, le « méphitisme physique et moral des casernes aux € libre travail des campagnes, voilà leur savoir et leur € logique. Il n'y a rien au monde de plus étrange que t la manière de raisonner de l'un de ces champions
€ de la variole , si ce n' est toutefois sa manière de
< calculer. Il présente par trois fois à l'Académie des
< sciences, comme appendice à son Essai de mortalité, t un tableau général de la mortalité et de la popula-
< tion en France. Or voici comment il compose sa co- « lonne des vivants par âges pour 1806; il prend les
< 20 premières années dans la table de Duvillard, et
< le reste dans la table de Déparcieux. D'un coup de c sabre il fend en deux ces pauvres tables , puis il
< recoud un morceau de l'une à un morceau de
< l'autre. C'est incroyable, et c'est pourtant vrai, car
< il le raconte lui-même, habemuè confitentem, et les « chiffres le diraient assez sans lui. Si donc on a pu
< dire qu' apparemment les additions de ce calcula-
< teur étaient bien faites, il faut entendre bien faites « à la façon d'un marchand qui ajouterait des mètres
< à des aunes, ou des centimes à des sous >.
Après avoir démontré les autres inconvénients de ces incomplètes et inexactes statistiques, M. Bertillon eut soin de former sur de plus larges bases une autre statistique, extraite en partie des tables de Montyon (1774), de Messance (1788), de Duvillard (1806), et en partie d'un travail d'Henschling (de 1840 à 1849), et du recensement de l'an 1851. Par ce moyen il put reconnaître: 1° Que le XVIII siècle avait de 10 à 20 ans la probabilité d'un décès sur 106 vivants, tandis que de 1840à 1850 il n'y en avait qu'un sur 124, et un sur 132, d'après le recensement de 1851; 2° Que de 20 à 30 ans, 4?^ funeste, objet des regrets de nos adversaires, les
décès étaient au siècle passé à raison de un sur 73 vivants; de un sur 71 de 1840 à 1850, et de un sur 80 d'après le recensement de 1851; 3° Que de 30 à 40 ans le XVIII siècle donnait un décès sur 58; tandis que de 1840 à 1850 on en compta un sur 79, et un sur 89 en 1851. Il est donc incontestable qu'en France le nombre des décès au-dessus de 20 ans, bien loin d'avoir doublé, a au contraire diminué depuis la seconde moitié du XVIII siècle.
Pour nier l'influence du vaccin sur la longévité de l'adolescence, les anti-vaccinateurs recoururent, suivant encore leur système, à la statistique de deux départements de la France. Mais M. Bertillon leur prouva, la vraie statistique à la main, combien vaines et fantastiques étaient les données dont ils se servaient pour épouvanter les populations, et leur démontra : 1° Que si l'accroissement de la population est aussi dû à d'autres causes, comme , par exemple , à l'augmentation de la production, on ne saurait nier que la diminution de la mortalité et l'accroissement de la moyenne de la vie ne soient en grande partie les résultats de la vaccine. Seulement, dit-il, cet accroissement ne peut augmenter le nombre des vivants, si les moyens de subsistance sont stationnaires, parce qu'alors les naissances diminuent nécessairement, tel étant l'admirable mécanisme qui règle et harmonise tous les mouvements de la population ;
2° Que la multiplicité des naissances et leur excédant sur les décès est en rapport avec une vie
courte et misérable (les riches se marient plus tard, engendrent peu et vivent longuement) ; d'où ,1e mot proletarius avec lequel les Romains désignaient le bas peuple, comme le plus prolifique ;
3° Que le calcul de la probabilité aurait dû leur faire connaître que, s'il y a une forte possibilité de la coïncidence faite à dessein d'une ou de deux contingences favorables à cette opinion préconçue, cette coïncidence ne suffit point pour en conclure de la cause à F effet; de sorte que, même dans le cas qu'il y ait dans un département moins de vaccinés et de décès que dans un autre, il pourrait fort bien n'exister aucun rapport intime entre ces deux faits ;
4° Que, lors même qu'on admettrait que les décès de 20 à 30 ans sont plus nombreux dans les localités oh l'on pratique la vaccination, il n'y aurait là aucune contradiction ; bien au contraire, cette contingence prouverait seulement que l'on ne doit pas prétendre que le vaccin dont le privilège est de prémunir l'enfance et l'adolescence contre la variole, prémunisse encore ces âges et les suivants contre d'autres infirmités auxquelles Us pourraient être sujets;
5° Que, quoique le vaccin conserve l' existence et aux faibles et aux robustes, le nombre des tributaires en augmente cependant toujours ; car il est de fait que le virus arabe, lorsqu'il n'est pas combattu, détruit dès l'enfance les compterions les plus faibles, et ces victimes prématurées épargnent aux populations les mortalités successives.
M. Bertillon démontre ensuite que dans les deux départements de l'Aveyron et de la Gôte-d'Or choisis ' par les anti-vaccinateurs pour leurs calculs, les chiffres officiels du mouvement de la population et de la mortalité démentent formellement leurs assertions. Voici un résumé des tables produites par M. Bertillon. Le département de la Gôte-d'Or où les vaccinations sont activées, marquait au commencement du siècle la moyenne de la vie au-dessous de 32 ans. Elle s'accrut dès lors en proportion de l'instruction et de la prospérité matérielle, si bien qu' en moins d'un demi-siècle elle gagna 9 ans.
Les naissances diminuèrent cependant, en vertu du principe que la société qui tutèle le mieux la vie des enfants, est aussi celle qui en produit le moins ; car elle a un plus grand nombre d'adultes et moins de décès. C'est pourquoi de 10,614 ils descendirent à 8,637, et d'un décès sur 32 vivants à un sur 46.
♦Dans l'Aveyron que les adversaires du vaccin citent comme modèle de résistance à la vaccination, la chose change d'aspect. La durée de la vie paraît plutôt s'y raccourcir; de 38 ans elle descend déjà à 34. Les décès s'élèvent de 1 sur 46 vivants à i sur 44. Comme corollaire nécessaire, les décès augmentent avec les naissances qui de 8457 arrivent à 11,518, soit de 1 sur 38 vivants à 1 sur 33. De la naissance à 20 ans la Côte-d'Or compte moins de vivants que l'Aveyron, la proportion étant de 352 à 383 sur 1000, tandis que dans les âges successifs la Côte-d'Or gagne sur le
nombre d'adultes de 20 à 30 ans (elle a 158, 2 vivants sur 1000, et l'Àveyron en a 152,6); et ainsi de suite pour les autres âges. D'où il résulte que le rapport de la mortalité de l'Aveyron qui au siècle dernier était le meilleur, est actuellement moins favorable que celui de la Côte-d'Or.
En 1856 MM. Garnot et Bayard publièrent dans V Union médicale et dans le Journal hebdomadaire de Paris de nouvelles répliques fondées encore sur des calculs partiels, soit sur le mouvement de la population de Paris. Mais il n'est guère difficile de les combattre sur ce nouveau terrain. M. Garnot qui avait d'abord soutenu que depuis la vaccination la mortalité avait redoublé en France dans l'âge de la fécondité, fut obligé de réduire cette proportion à un seizième d'excédant, contestant ainsi lui-même l'exactitude de ses calculs. Puis, quanta la mortalité de Paris, on sait que le docteur Vacher en a calculé la population sous Louis XIV à 560,000, et la moyenne de la mortalité annuelle à 19,500, soit 1 sur 30. Aujourd'hui, au contraire, si Ton se base sur les chiffres relatifs aux huit dernières années, la mortalité ne serait que de 1 sur 39, 6. Il attribue ce résultat favorable à un ensemble de meilleures conditions hygiéniques, et place en premier lieu le vaccin qui a diminué considérablement les chances de mort aux différents âges. Déduisant du nombre total des décès annuels sous Louis XIV les 2,000 décès qui représentent la dîme mortuaire de la variole, il en conclut que le bienfait
552 DE Là VACCINATION — CHAPITRE XXXI
de la vaccine se manifeste de nos jours par ce résultat, à savoir que la mortalité est descendue de i sur 30 à 1 sur 33.
Ces calculs sont confirmés par la statistique des doct. Chevallier et Lagneau sur le mouvement de la population de Paris à un et deux siècles d'intervalle (i). Nous y voyons qu'au XVIIme siècle, durant la période de 1670 à 1675, pour 21,630 mariages on compte 108,096 naissances, c'est-à-dire pour 1 mariage presque exac- • tement 5 naissances ; qu'au XVIIIme siècle, durant la période de 17<34.ài775, pour 57,201 mariages on compte 231,447 naissances, soit pour un mariage un peu plus de 4 naissances ; qu'enfin au XIXme siècle, durant la période de 1864 à 1869, pour 105,769 mariages on compte 328,199 naissances. Ainsi la comparaison des mariages aux naissances à ces trois périodes séculaires successives montre que leur rapport a décru considérablement, de près de deux cinquièmes en deux siècles.
Pareillement, si l'on recherche le rapport des naissances aux décès, on voit qu'au XVIIme siècle durant la courte période de 1670 à 1675 inclusivement, pour 108,096 naissances on compte 107,364 décès, les naissances n'excédant annuellement les décès que de ~j«- Au XVIIIme siècle, durant la période de 1764 à 1775, pour 231,447 naissances on compte 228,046 décès; les naissances excèdent annuellement les décès de iW' proportion qui est plus que le double de celle de
(1) A«mJm f %i*m etc., Paris, juillet 1873.
la période séculaire précédente. Au XIXme siècle de 1864 à 1869 pour 328,199 naissances on compte 281,362 décès; les naissances excèdent les décès de -jfifi, proportion près de dix fois plus élevée que dans la période du XVIII™ siècle et plus de 21 fois plus forte qu'à la période du XVII™ siècle. Sur 10,000 naissances il n'y a que 8,573 décès.
À ce résultat concourent, il est vrai, les mouvements migratoires de la population de Paris, bien plus considérables de nos jours que par le passé. Mais la part de l'émigration est si petite que MM. Chevallier et Lagneau concluent que l'accroissement remarquable de l'excédant des naissances sur les décès ne peut être attribué qu'à une moindre mortalité, car on a vu que la fécondité de la population parisienne, loin de s'accroître, semble diminuer considérablement, comme pour confirmer la maxime suivante : à mesure que les connaissances utiles aux hommes (et le vaccin en est une à notre avis) se sont répandues et ont influé sur les actes de l'administration publique, les grandes mortalités de.la capitale sont devenues beaucoup plus rares, et il s'est établi dans la série des décès annuels un ordre plus uniforme.
Si nous laissons de côté Paris et en venons à la population d'une petite commune quelconque de la France, nous y trouverons des résultats identiques et mêmes supérieurs. Le doct Aubrion (1) fit une soi-
(1) Amala £h%pèwt% mai 1876.
DB LA TlCCniATKW — OUPflBE XH1
gneuse étude démographique de Gault, riche commune agricole, habitée depuis de longues années par les mêmes familles, n'ayant pas de population nomade et ayant toujours conservé à peu près le même nombre d'habitants (678). Cette commune se prête ainsi mieux que toute autre à ce genre de recherches. Ici, comme à Paris, les naissances décrurent notablement De 1690 à 1700 on comptait 27, 72 naissances annuelles et de 1860 à 1874 14,66. De même, la fécondité de la population qui donnait de 1775 à 1779 5.70 enfants par mariage, se réduisit de 1861 à 1868 à 2£1. Par contre la mortalité alla toujours en diminuant, et si présentement il nait moins d'enfants on les conserve davantage, tel qu'il résulte du tableau suivant:
De 1690 à 1700 m a 304 décès s«t 97,63 par as m 39/1000
Bien que nous ne voulions pas attribuer au vaccin aucune influence exclusive, nous ne pouvons cependant nous empêcher de remarquer que c'est précisément depuis l'introduction de la vaccination en France que la mortalité a diminué dans la commune de Gault L'influence de la vaccination y est encore plus évidente, si nous considérons la mortalité chez les enfants de 0 à 1 an comparée à 200 ans de
De 1690 à 1700 il est mort 99 enfants aa-dessous d'an an.
» 1830 » 1840 » 61 » * (choléra)
Embrassant maintenant d'un seul regard toute la France, nous voyons se répéter sur une plus vaste étendue ce que nous avons déjà observé çà et là dans quelques localités. La statistique de 1872 (1) a établi que, tandis que de 1800 à 1810 les naissances annuelles étaient dans la proportion de 3,19 pour 100 habitants, de 1861 à 1868 elles n'étaient déjà plus que de 2,66 et en 1871 à la suite des guerres de 2,26, pour augmenter légèrement en 1872 (2,675 pour 100 habitants).
M. Lagneau observe justement à propos de cette diminution des naissances que la natalité légitime est limitée par le désir des parents, riches ou pauvres, d'assurer à leurs enfants une position sociale au moins aussi heureuse que celle dont ils jouissent eux-mêmes, désir qui est la conséquence d'une affectueuse prévoyance.
Les décès allèrent aussi en diminuant, de sorte que la mortalité qui de 1800 à 1810 était de 2,77 sur 100 habitants, descendit presque régulièrement à 2,19 en 1872, ce qui semble témoigner d'une longévité croissante, comme nous le prouve d'ailleurs Y Annuaire du Bureau des Longitudes (1869) dans lequel nous lisons qu'on constate en France un progrès sensible dans la
(1) Annalet d'Hygiène eU. Paris, juillet 1876.
556 DE LA VACCDUTIOS — ŒàFOÊM XXXI
durée moyenne de la vie, qui de 32 ans en 1824, et de 35 en 1840, touche aujourd'hui à la 40"* année. Il résulte en outre des calculs de la probabilité de la vie que pour les personnes de 20 ans, si malheureuses d'après M. Verdé, le nombre des années probables qui leur reste à vivre est de 44; qu a 30 ans on en a encore 37 à vivre, à 40 ans 29; et à 50 ans 21.
Si nous examinons les récentes statistiques de plusieurs autres pays, nous verrons que partout a lieu l'accroissement moyen de la population.
Nous relevons de V Annuaire statistique de la population en Italie (année 1876) que la fécondité des mariages qui de 1863 à 1871 était de 4,71 enfants légitimes par mariage, fut de 4,69 en 1873, de 4^6 en 1873. de 4£4 en 1874 et de 4,18 en 1875. Le nombre des naissances sur 100 habitants paraissait aussi en légère décroissance, comme il ressort du tableau suivant :
Années Naissances sur 100 habitants
Mais si les naissances décrûrent, les décès diminuèrent aussi. Car, tandis que la proportion moyenne annuelle fut de 1863 à 1871 de 3,15 sur 100 habitants, elle n'a été de 1872 à 1875 que de 3,04; de sorte qu'il y a eu toujours excédant des naissances sur les décès, et conséquemment accroissement de la population.
Pour dissiper tout doute à cet égard nous prenons à Y Annuaire susdit le tableau suivant qui présente l'accroissement de la population dans les principaux états de l'Europe.
Accroissement pour 100 (moyenne annuelle géométrique) de la population dans les principaux états européens.
Italie
Angleterre et Gilles
Ecosse
Irlande
Royaume Uni de la Grau de-Bretagne
et d'Irlande
Danemark • •
Snède
Norvège
Russie d'Europe (sans la Pologne et
la Finlande)
Finlande
Pologne Russe
Empire Rosse (sans la Sibérie et les
provinces de I Asie centrale) .
Autriche en deçà de la Leilba Provinces de la Couronne Hongroise
Suisse
Prusse (sans les pays annexés en 1865)
1d. (avec les pays annexés en 1866)
Ravière
Saxe
Wurtemberg
Bade
Hanovre
Hollande
Belgique
France
Portugal
Espagne
1861-1875 0,67 1860-1875 l.îi 1860-1875 1,13 1860-1875 0,63
1860-1870,0,84 1860-1875 0,83 1 860-1 869* 0,90 1860-1870] 0,63 1861-1875. 0,98 1861-1875 0,91 1861-1875' 0,19 1861-18751 1,55 1861-1875 0,64 1861-1875 0,68 1864-1870 0.27 1860-187* 0,87 1860-1875 0,89 tv n
Mais, comme les anti-vaccinateurs fondent encore leurs calculs sur les données fournies par la conscription militaire, nous les suivrons aussi sur ce terrain en ajoutant de très-récentes statistiques à celles que nous avons déjà produites.
Dans la commune de Gault, s'est demandé le doct. Aubrion, combien des enfants qui ont dépassé la première année, arrivent à 20 ans ? Pour s'en assurer il a recherché le nombre des conscrits de chaque classe, qui résulte de la manière suivante :
Des enfants nés de 1796 à 1804 48 6[0 ont atteint 20 ans » 1817 » 1826 44 0(0 »
La statistique italienne établit, comme suit, l'aptitude physique au service militaire de toute la population du royaume :
Années
Aptrs
Non aptes
Rapport
Les rapports extrêmes de cette échelle annuelle démontrent que de 1863 à 1866 il y a eu une notable amélioration dans les conditions physiques des Italiens. En 1803 les aptes étaient 649 sur 1000, et en 1866 660. Combien nous sommes éloignés de la dégradation de
l'espèce ! Mais pour avoir un calcul plus exact, il faut tenir compte du nombre des rénitents qui fut en 1862 de 25,769; en 1863 de 13,470; en 1864 de 10,708; en 1865 de 12,173 et en 1866 de 11,380.
Avec les nouveaux calculs les différences résulteraient comme suit sur 1000 visités.
COUPaiS LES RÉNITENTS
SANS LES KBNITENTS
ANNÉES
aptes
non aptes
aptes
non aptes
L'évidence de tels chiffres, dit le compilateur de la statistique, rend superflue toute observation. Mais, répliquent nos adversaires, le défaut de taille n'est-il pas un signe de la dégénérescence actuelle? Ici en* core nous leur répondons que si en 1863 les réformés pour ce motif furent de 143 sur 1000, ils ne furent en 1866 que de 122 avec une diminution de 21 p. 1000.
De toutes ces statistiques (et on ne saurait en désirer de plus rassurantes) nous devrions finalement conclure que l'humanité marche toujours en vertu de la loi inévitable du progrès, et qu'elle tend à son perfectionne-
ment physique et moral, quoi qu'en disent certains esprits malades qui voudraient la faire reculer.
Il nous semble en vérité de rêver, lorsque nous voyons qu'on procède dans ces questions humanitaires avec tant d' étourderie et de négligence , et qu' on insinue qu'il y a augmentation, à cause du vaccin, des scrophules, des tubercules, du nombre des aliénés etc., et cela sans autre fondement que de très-imparfaites statistiques de peu d'années sur les morts de phthisie et de cancer, sur le nombre des aliénés, etc.
Comment M. Verdé cherche-t-il à prouver la majeure mortalité causée de nos jours par la phthisie pulmonaire ? Il vaudrait l'établir par des chiffres extraits de l'ouvrage de M. Trébouchet, desquels il résulterait que si de 1839 à 1848 cette maladie a fait plus de ravages en France en vertu de certaines causes inconnues, cette proportion ascendante semble néanmoins diminuer dans les années successives soit en 1849 et en 1850. De quelle valeur peuvent donc être ces chiffres contradictoires en comparaison de la statistique plus étendue et plus authentique de Marshall, publiée par le doct. Phillips? (1)
Dans le chapitre VIII de son bel ouvrage sur les scrophules et les tubercules M. Phillips cherche à résoudre la question — pourquoi en Angleterre les scrophules et les tubercules dominent tant à cause du froid et du climat humide — et à examiner quel fonde- Il) Scrophula and ils tre&tment, pag. 93. London. 36 Parola, vol. H, De la vaccination.
DK LA YACOHATIOlf — CHAPITRE XXXI
ment peut avoir 1' opinion généralement reçue , que les scrophules et les maladies tuberculeuses travaillent les populations plus que par le passé. Il recourt à cet effet à un tableau statistique de la ville de Londres, duquel il ressort que tant la mortalité générale que celle par consomption et scrophules a prodigieusement diminué, grâce aux progrès de la civilisation et à l'adoption d'excellentes mesures hygiéniques. Voici ce tableau :
miner
Mortalité générie
CoDsoipiioi
Scrophules !
20,900 1 sur 31
3,589 1 sur 182 73 1 sor 9,180
L'argument soulevé contre la vaccination, dit la Revue Britannique deVan 1868, et dérivé d'une prétendue augmentation de la mortalité causée par certaines maladies à la suite de V introduction du vaccin , ne mérite presque pas qu' on y réponde. Et d' abord, il n'est absolument pas conforme à la vérité que les scrophules, la phthisie et la fièvre typhoïde aient augmenté après l'introduction du vaccin, et quand même cela fût vrai, ce ne serait certainement pas
un argument valide contre la vaccination. Il faut certainement mourir de quelque chose, et admettant qu'il meure à la suite de ces maladies (ce qui est d'ailleurs contesté par la statistique) un plus grand nombre de personnes, on ne peut certainement pas révoquer en doute que la durée moyenne de la vie humaine ne soit accrue, grâce à la vaccination , et qu' une horrible et rebutante maladie ne soit presque éteinte. Il est d'ailleurs un fait certain, démontré par le doct. Greenhow, et c'est que la phthisie et les scrophules ont sensiblement diminué après la découverte du vaccin.
Que dirons-nous maintenant de la prétendue mortalité ascendante causée par le cancer, et du nombre croissant des aliénés? Pourra-t-on sur la statistique partielle des morts de chancre en 4 années à Berlin (de 1823 à 1826) fonder un critérium de probabilité et l'étendre à toutes les populations? La statistique des aliénés est également inconcluante. Celle de la France n'embrasse qu'un petit nombre d'années (de 1835 à 1841); et celle de l'Europe est trop invraisemblable et n'offre aucune échelle proportionnelle successive.
Pour ce qui regarde la fièvre typhoïde et sa majeure difïUsion après la découverte du vaccin, le doct. Thouvenin répondra pour nous. Il observe dans son rapport sur la vaccine pour l'an 1851, qu'il a constaté sur les registres de Lille que le total de la mortalité causée par la fièvre typhoïde et par la variole réu-
564 DE LA TAGCfXATlOM — GBAFRBK XXXI
nies, n'égale pas, depuis l'introduction du vaccin, le dixième des victimes faites par la variole seule au siècle dernier.
Dans un travail intitulé De la transformation de la variole en fièvre typhoïde depuis r inoculation de la vaccine (IX le doct Thore fils cite après avoir constaté l'antiquité de cette fièvre, de nombreux cas authentiques de variole subséquente à la fièvre typhoïde, ou de fièvre typhoïde subséquente à la variole. En font foi avec lui Bequerel, Bouvier, Forget, Audral, noms illustres dans la médecine. À ce propos, M. Forget, auteur d'un traité estimé sur Y Entérite folliculeuse, a formulé les conclusions suivantes :
1° La comparaison entre ces deux maladies n'est pas soutenable ;
2° L'entérite folliculeuse ne préserve point de la variole ;
3° L'une pouvant succéder immédiatement à l'autre, et vice versa, c'est le comble de l'inconséquence que d'établir entre ces deux affections une solidarité que rien ne justifie.
Ici, nous croyons convenable de citer un passage du rapport rédigé par M. Gaultier de Qaubry sur les épidémies qui ont régné en France en 1852: < La nature,
< en 1852, s'est empressée de fournir des preuves inat-
< taquables de la fausseté de cette hypothèse, en mon- « trant de nombreux sujets jadis atteints par la va-
J) Go*. JHL, Paris, 1854, pag. 5M et soir.
« riole confluente, et que la fièvre typhoïde n'a pas « plus épargnés que les sujets vaccinés >.
Nous désirons encore présenter au lecteur le parallèle (1) des décès causés par la fièvre typhoïde à Londres où la vaccination est obligatoire, et à Paris où elle n'est que facultative et sans doute moins propagée qu'à Londres. Il résulte du Bulletin hebdomadaire des décès de Paris et de Londres (du 20 juin 1869 au 10 septembre 1870, — à partir du 10 novembre, épidémie de variole à Paris) que Paris a donné 1775 décès de fièvre typhoïde, tandis que Londres n'en a eu que 1326; ce qui, calculant que la population de Paris est à celle de Londres comme 6 est à 10, donne la proportion suivante :
Paris : Londres : : 15 : 10
Si nous considérons ensuite, à la manière des Anglais, la fièvre typhoïde et le typhus comme deux formes différentes et plus ou moins graves d'une seule et même maladie sous la dénomination commune d'affections typhiques, nous avons pour Paris 1188 décès, pour Londres 1823, d'où, tenu compte de la population respective, nous avons cette proportion :
Paris : Londres :: 10 : 10
Le Bulletin hebdomadaire publié de nouveau avec régularité à partir du mois de juin 1871 (époque d'épidémie varioleuse pour Londres) donne du 3 juin au
(1) MoirriiLS, Histoire de la vaccination.
31 décembre 1871 : 1° 786 décès causés à Paris par la fièvre typhoïde et 606 à Londres; 2° décès causés par les affections typhiques: à Paris 787, à Londres 722. Ainsi, tenu compte de la différence dans la population , nous avons les proportions suivantes :
Par la fièvre typhoïde — Paris : Londres :: 22 : 10;
Parles affections typhiques — Paris : id. :: 18 : 10.
Du 30 décembre 1871 au 29 décembre 1872 (époque d'épidémie varioleuse à Londres jusqu'au 24 août 1872) nous avons à Paris 949 décès causés par la fièvre typhoïde, à Londres 856.
Résumant tous ces chiffres, on a du 20 juin 1869 au 31 décembre 1872, non compris une lacune de neuf mois occasionnée parla guerre de 1870-71:
Pour Paris 3073 décès typhiques ;
Pour Londres 3391 décès typhiques.
D' où la proportion suivante , tenu compte de la différence dans la population de ces deux grandes villes:
Par les affections typhiques — Paris : Londres :: 16 : 10.
C'est pourquoi M. Monteils conclut avec raison qu'en temps d'épidémie, comme en dehors de toute influence épidémique, la variole pas plus que la vaccine, la vaccine pas plus que la variole, n'ont aucune espèce d'influence sur la production et le développement de la fièvre typhoïde ; qu'en tout cas l'influence de la* vaccine à cet égard serait plutôt favorable que défavorable à l'humanité.
Venons enfin aux savantes réponses données sur
cette question par les collèges médicaux de Prague et de Vienne. Celui de Prague a conclu que < le typhus affecte les personnes non vaccinées aussi bien que les autres, et quant aux scrophules et aux tubercules, c'est dans les relations sociales plutôt que dans l'usage de la vaccine qu'il faut chercher la cause de leur extension >. Le collège médical de Vienne a déclaré à son tour que la connaissance du procédé typhoïde est le résultat des recherches anatomiques et pathologiques, à la suite desquelles les nombreuses maladies connues d'abord sous les noms de fièvres gastriques, pituitaires, bilieuses, nerveuses, putrides, sont maintenant considérées comme des maladies à procédé typhoïde ; qu'en outre les enfants devenant par la vaccination moins susceptibles à contracter la variole, sont aussi moins susceptibles à prendre le typhus, l'expérience ayant prouvé qu'il est nloins fréquent dans l'enfance que dans l'âge adulte qui a acquis nouvellement un certain degré de réceptivité varioleuse. La pratique nous enseigne que les autres maladies contagieuses n'ont certainement pas augmenté. Le collège médical de Vienne s'appuyant sur les observations faites par Liharzik sur environ 50,000 individus, remarque que si les scrophules et la phthisie coïncident fréquemment avec la vaccination, on ne doit pas l'attribuer au vaccin.
Le doct. Facen après avoir appelé avec raison le livre du doct. Verdé-Delisle un roman pathologique^ et en avoir démontré les théories étranges, dit que la
fièvre typhoïde n'est point une filiation du typhus primitif antérieur au vaccin. Il ajoute que le choléramorbus n'a pas non plus été occasionné par la suppression de la variole ni par la vaccine.
Quant à la scarlatine, à la rougeole, aux scrophules et à la phthisie, M. Facen dit que rien n'autorise à soupçonner que ces affections puissent dépendre de la vaccination ou de ta suppression de la variole (1).
Les considérations que nous venons de faire nous dispensent de réfuter MM. Villette de Terzi, Huguet et Garon, qui reproduisirent en 1857 et en 1870 les théories de M. Verdé-Delisle.
Nous dirons finalement qu'en 1868 le doct. Pearce de Londres demanda une enquête et la suspension pour 10 ans de toute loi sur la vaccination. L'expérience qu'il désirait a été faite dans tous les pays civilisés de l'Europe, et le résultat qui en est dérivé, ressort du simple fait noté par le doct. Ballard que dans chaque cas où une pratique a obtenu la confiance de la nation, cette confiance n'a jamais été retirée.
(1) Ann. Uni», de Mid., Milan, 1857, lom. 25.
Arrivés au terme de ce travail dans lequel nous avons tâché de développer, dans la mesure de nos forces, les points les plus importants de la doctrine vaccinique, nous éprouvons le besoin d'en recueillir les fils épars; ce que nous allons faire d'autant plus volontiers que nous avons fait usage de la faculté accordée par le programme de traiter les matières dans l'ordre qui nous aurait paru le plus convenable.