DES INCONVÉNIENTS DE L'INOGULATION , ETC
Bnniva dit qu'il pourrait en citer bien d'autres et surtout en Piémont (1). Un autre fait remarquable a été attesté par le professeur Germain Azzoguidi. Le pus yarioleux ayant manqué au docteur Rosa de Modène, il en envoya prendre à Bologne et inocula un enfant Mais conmie les précautions nécessaires avaient été négligées, la maladie commença petit à petit à se propager ; puis, favorisée par certaines conditions atmosphériques, elle éclata avec tous les caractères d'une grave épidémie. Barrey assure (2) que dans la Franche- Comtée où l'inoculation produisit les meilleurs effets, on n'eut que 25,000^inoculés dans dix-sept ans. Ce fut assez pour entretenir la contagion et augmenter le nombre des malades et des victimes. Il résulte d'un tableau dressé par le même Barrey que de 1772 a 1801 la variole domina presque continuellement dans la Franche^mtée. D'après Retzon il consterait des registres mortuaires de Londres que les décès causés par la variole s'étaient considérablement accrus après l'introduction de l'inoculation, puisque dans la période de 42 années antérieures à la même, la moyenne de cette mortalité était de 72 sur 100; et qu'au contraires dans les premières 42 années qui suivirent l'inoculation, de 1731 à 1773, elle a été de 89 sur 1000. La seule ville de Londres perdit dans ces 42 années 24,549 personnes de plus qu'à l'ordinaire. Depuis 1768 jusqu'à 1773 la mortalité de la variole fut à Londres dans la
(1) Difcovff historique, pag. 30.
9? Bitloirê tmjMrlta/e de la toceine, Besançon, 1831.
proportion de 98 sur iOOO, et de 1763 à 1768 de 109. Retzon et Pringle sont d'avis qu'on doit attribuer ces malheurs à ce qu'on laissait les ino<nilës s'en aller libres au milieu de la population, et que les inoculateurs étaient en rapport avec tout le monde. Mais le docteur Adams fait remarquer qu' à cette époque il y eut aussi une augmentation dans les autres maladies qui ne se communiquent pas par inoculation, et présente une statistique d'où il résulterait plutôt une diminution qu'une augmentation. Car il serait évident d'après les registres mortuaires que de 1741 à 1770 63,308 individus moururent de petite vérole, tandis que dans les 30 années suivantes, de 1771 è 1800, il ne succomba que 57,268 personnes.
Ces chiffres nous démontrent évidemment que l'inoculation n'avait produit que peu d'avantages, puisque la différence de la mortalité dans cette période de temps est si légère. C'est donc à juste titre que le Doct. Ouérin, répondant en 1864 à ceux qui avaient manifesté l'idée de remettre en honneur l'inoculation, prononça les paroles suivantes : // est encore une conséqtùence plt4S grave de ce travail de fermentation morbide de la variole inoculée^ conséquence à laquelle on n*a guère pensé, et c'est la multiplication des cas, qui à ^époque de la vogue de cette pratiqua en Angleterre rendirent dans ce pays la variole endémique, sans compter le surcroît d'épidémies et de mortalité qui en résulta. Suivant un nécrologe anglais d'alors on constata de 1683 à 1720 une mortalité de variole
DIS INGONVéN IBNTS OC l'INOGULATION , ETC. 8 1
de 90 snr 1000 nouveaux-nés, et de 1721 à 1758 la même mortalité s'éleva à 127 sur 1000.
Par suite des graves inconvénients qui raccompagnèrent partout, l'inoculation déjà peu répandue en France, en Allemagne et en Italie dans la dernière moitié du XVIII siècle perdit même en Angleterre, son berceau en Europe, beaucoup de sa rénommée. D'après ce que dit le Doct. Baron, elle était désormais plutôt un nom connu dans la médecine qu'une réalité effective dans la société, deux mêmes qui la recommandaiMt faute de mieux, se déclarèrent de suite en faveur de la vaccine. I] nous suffira de nommer Wodville en Angleterre, Hufeland en Allemagne, Valentin en France et Lunaday en Italie.
Il nous parait que d'après l'examen impartial que nous venons de faire des avantages et des dangers de ilnoculatian, on peut conclure que si elle pouvait rendre de grands services à l'occasion des épidémies qni menaçaient d'éclater, elle était plus dangereuse qu'utile dans les temps ordinaires ; car les difficultés qui s'opposaient à l'isolement complet des inoculés étaiœt presque insurmontables.
Les avantages di| vaccin sur l'inoculation sont si grands qu'il ne serait même plus le cas d'en parler, si cette question n'était encore pleine d'actualité. Quelques uns ont proposé de substituer l'inoculation au raccin ; d'autres de la faire suivre au même à la distance de quelques années, c'est-à-dire de la substituer à la revaccination. Le Docteur Frua après avoir con-
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sidéré (1) les difficultés de bien mesurer les différents effets du phénomène artificiel de la vaccination en regard du procédé de la variole humaine, et après avoir comparé les effets et les circonstances du développement naturel de la variole arabe avec ceux du vaccin, conclut que les effets de ce dernier sont incertains et limités, tandis que ceux de la variole sont positifs et constants, et se déclare tQut-à-fait favorable à l'inoculation du pus varioleux. Gela ne suffît pas. Il prétend remonter à l'origine de la différence qui existe dans le degré de préservation des deux virus, et la retrouve : •^ lo En ce que le pus vaccinique est plus hétérogène à l'organisme de l'homme que le pus varioleux ; 2^ En ce qu'il y a une différence d'aptitude à contracter la maladie, selon qu'on la contracte naturellement ou par l'inoculation. Pour prouver ces deux assertions il remarque qu'on a constaté à Paris et à Londres des cas de varioloïde dès les premiers temps de la vac^ cination, preuve évidente que l'efficacité du vaccin primitif et du vaccin hominal n'est que relative ou conditionnelle. On objecte, il est vrai, que la variole semée pourrait rencontrer les mômes difficultés qu'on déplore dans le vaccin, c'est-à-dire que la variole aussi ne trouverait pas toujours une prédisposition opportune et que par conséquent elle ne serait pas toujours d'une efficacité sûre et durable. Mais le Docteur Frua
(1) ik la vaccine tur rkonme eamparativemeiU à la vorioh^ Milan, 1816 — ù pus d$ la variole hufnaine epontanée reproduite parmi lee hommit — Annal. Oniv. de Mid., 1850, vol. GXXXV, pag. 86.