CHAPITRE Vm
Dans les pays humides des plaines les chevaux de race commune sont sujets au tibia, près du talon, à une espèce d'affection qui se manifeste avec un caractère érysipélateux et de\dent en suite furonculaire, prenant la forme de petites vessies qui en crevant répandent une lymphe noire et puante. Cette maladie est accompagnée d'une enflure à la partie postérieure de la couronne du talon et de la jointure du pied.
Il arrive quelquefois que faute de soins ces petites vessies se changent en ulcères d'oU transsude une matière corrompue d'une puanteur spécifique.
Les premiers symptômes et les indices de l'affection sont le hérissement des poils, et l'altération inflammatoire des bulbes avec augmentation et altération des sécrétions.
Les docteurs Sacco et Viborg parlent aussi de petites excroissances ou crêtes rouges qui se manifestent à r articulation métatarso-pliaîangique et laissent couler une lymphe claire aqueuse, le plus souvent siero-purulente , d*une odeur spécifique gra-
LK JARDON OU H0R8R-P0X 239
véolente. La nature de cette affection est, selon Sacco, contagieuse et épidémique et communique aux vaches des pustules semblables par la voie des personnes qui traitent les chevaux infectés et les troupeaux.
Loy, Sacco et d'autres admettent aussi deux espèces de jardon ; Tun local et accidentel, l'autre constitutionnel, épizootique et, selon Sacco, contagieux. Nous lisons en eflfet dans cet auteur: < Le javard productif du vaccin est celui qui dérive d'une contagion spéciale ; il n'est pas si difficile de le connaître, lorsqu'on cherche avec soin si les causes productives du même, auxquelles le cheval a été. auparavant exposé, sont internes ou externes. On pourrait s'en assurer encore davantage en examinant si la constitution dominante présente beaucoup de chevaux atteints de la même maladie >. L^ oow-pox dériverait alors de l'inoculation seule de la matière transvasée des jardons de cette seconde espèce à l'époque du développement vésiculaire, et la lymphe de la première espèce aurait une qualité presque inerte.
Puisque nous avons déjà parlé de l'opinion de Jen-
ner sur l'identité des diverses maladies varioleuses, auxquelles sont sujets les mammifères, et spécialement sur celle du javard et du cow-pox, il convient maintenant d'exposer les faits et les raisons qui lui donnèrent cette idée. Geely, dans son bel ouvrage sur le vaccin, raconte que depuis longtemps dans quelques ^^oratés d'Angleterre les vachers avaient la certitude
240 DR LA VACaNATlON — CHAPITRE VIII
que le cow-pox provenait du javard, après avoir observé que les hommes chargés de panser les chevaux atteints de la vessie, c'est-à-dire du javard, ne contractaient plus la petite vérole et que cette maladie se communiquait aux vaches par celui qui était chargé de les traire. L'assertion de Ceely est fondée sur un fait qui n'admet aucun doute.
Les fermiers des pays susdits connaissent si bien les rapports qui passent entre l'infection du cheval et de la vache, que souvent ils prennent des mesures pour en empêcher le contact et l'inoculation. Il est par conséquent à croire que le cowpox est devenu plus rare à la suite de tant de précautions.
Jenner avait déjà de son temps étudié ce phénomène, ayant eu l'occasion d'en observer plusieurs cas propres à démontrer la communication entre le cheval et la vache et entre le cheval çt l'homme, le cas entr'autres d'un individu qui contracta sous ses yeux l'inoculation vaccinique du talon d'un cheval, et qui depuis lors résista parfaitement à la contagion varioleuse. C'est pour cela que Jenner nous dit < Qu'il y € a une maladie à laquelle le cheval dans son état de € domesticité succombe fréquemment; les vétérinaires € l'appellent javard. Elle consiste dans une phlogose € ou enflure du talon qui exhale une odeur d'une
< propriété spécifique et qui semble propre à générer € dans le corps humain (après qu'il a subi la modi- € flcation dont je vais parler) une maladie si sem- € blable à la petite vérole, que je suis porté à la croire
< Torigine première de ce mal >.
LB lARDON OU H0R8E«P0X 241
II est vrai que Jenner, malgré bien des essais, ne réussit jamais à transmettre avec un plein succès la matière des jardons aux mamelles des vaches. Mais à on tel succès a manqué, il parait qu'on doit en atiribuer la cause à ce qu'il ne put jamais avoir la lymphe des jardons claire et limpide , n'ayant eu au contraire que la matière corrompue de vieilles ulcérations des jambes des chevaux. Gomme pourtant à la même époque il vit qu'une jument attaquée du jardon communiqua quelques pustules à trois serviteurs de la campagne, et qu'il reconnut en eux une vertu efficace de préservation de la petite vérole, il dut se confînner de plus en plus dans son opinion, malgré certaines expériences qui n'avaient pas abouti.
Jenner ifit encore d'autres observations importantes sur des faits que nous allons citer et qui sont contenus dans la i4™«et 15™« catégorie des cas pratiques. Il remarqua qu'un individu qui avait contracté des postules en dressant des chevaux, souffrit une lente éniption modifiée, si l'on veut, mais réellement varioleuse, parce que le pus du même servit par l' inoculation à reproduire la petite vérole.
n remarqua aussi qu'un autre gardien de chevaux, <léjà atteint de vieille date des pustules du cheval, contracta de nouveau la contagion varioleuse avec des douleurs sous les aisselles, un malaise et une légère éruption sur le front de courte durée.
D déduisit de ces faits que le virus morbide est bien plus actif lorsqu'on le fait passer par l'organisme
i6 ~ Parola, vol. i, De la vaccination.
242 DE LA VACaNATlON CHAPITRE Vlll
de 1^ vache. Ce qui donna aussi de la valeur à cette opinion ce fut la vaccination pratiquée sur un enfant avec du pus de cheval, et que la matière prise à cet enfant pour en inoculer un autre ne produisit que quelques pustules d'un caractère anormal et d'un cours rapide. Plus tard Jenner crut devoir modifier ses idées à ce sujet; nous en avons la preuve dans la lettre qu'il écrivit le 4 février 1802 au docteur Decarro et dont nous extrayons le passage suivant :
€ On ne peut contester que le cow-pox a une origine « jardeuse. Des exemples concluants furent fournis € aux diverses sociétés de médecine de Glocesterskire, € de manière que même les plus sceptiques durent en € être convaincus. Nous avons vu l'été dernier sur la
< main d'un serviteur une pustule occasionnée par le € traitement d'un cheval. Elle ressemblait tellement € à une pustule vacciniquQ, qu'il aurait été impossible € d'y apercevoir la plus petite diflTérence. Nous avons
< tenté souvent, mais en vain, de vacciner des indivi-
< dus -atteints de ces pustules , sans autre résultat «qu'une légère rougeur qui se dissipait bientôt >.
Malgré les convictions de Jenner et les faits pratiques qu'il cite à l'appui de ses théories, beaucoup de médecins crurent que l'expérience manquée de l'inoculation du javart-au pis de la vache laissait un tel vide qu'on ne pouvait absolument et définitivement établir que le javart fût l'origine et la première source du vaccin, d'autant plus que d'autres médecins renommés et contemporains de Jenner firent après lui.
LE JARDON OU H0R8E-P0X 243
mais infructueusement les mêmes essais d' inoculation.
Golemann, Loy et Sacco furent plus heureux ou plas habiles dans leurs tentatives. Golemann, professeur de médicine vétérinaire, réussit après une série d'épreuves inutiles à inoculer avec succès les jardons dans les mamelles d'une vache, se servant ensuite de la matière morbide de cette dernière pour vacciner trois personnes qui contractèrent toutes une maladie régulière (1). Loy et Sacco obtinrent un résultat égal dans leurs expériences. On peut donc en tirer la conséquence qu'une seule espèce ou forme ou période du jardon est propre à Tinoculatiôn et engendre le vaccin. Toutefois on ne voulait pas généralement admettre dans ce temps-là avec le docteur Baron, que le cowpox, bien loin de prendre son origine dans la substance jardeuse, trouve plutôt sa source dans une affectioQ spéciale exanthématique qui se prend à plusieurs membres du cheval, et n'est que la variole spontanée de cet animal, de même que le cow-pox est la variole des vaches. Ce qui fit naître l'opinion du docleur Baron, c* est qu' il vit un homme atteint aux bras et au cou de la maladie varioleuse du cheval. Il soupçonna donc que Jenner avait été induit en erreur par les vétérinaires et les fermiers qui ne distinguent pas la maladie varioleuse du jardon.
Certaines observations de Loy et de Sacco s'accor-
(l) Btà/iolitéçtte Britannique, N. 128, et Bousquet, 1. c, pag. 425.
244 DE LA VACaNATION — CHAPITRE YIU
deraient avec Topinion de Baron; ils ne perdirent pas de vue cette espèce d'éruption presque générale , quoique inconstante, qui se développe quelquefois dans le cheval et offre des caractères différents de ceux du javart.
€ Parmi les nombreuses expériences que j'ai faites, € dit Loy, il m'arriva une seule fois d'observer sur € le corps du cheval une expulsion très-copieuse, qui < rendait la peau entièrement inégale ; mais comme € elle n'était pas constante, je crois qu'on peut la con- € sidérer comme accidentelle,. et je ne trouve aucune € raison pour la mettre au nombre des symptômes du «javart >. Il ajoute qiî*il a observé dans le javart complet une éruption générale, mais il aurait été à désirer pour la science qu' il eût au moins expliqué les caractères de l'une et de l'autre maladie.
Le même auteur remarqua en 1801 dans le comté de York une éruption pustuleuse sur les mains d'un maréchal-ferrant et d'un boucher, accompagnée d*une affection générale, ce qu'on voit d'ordinaire dans les pustules vaccinales. Ces deux individus avaient pansé des chevaux atteints du javart. Il inocula à son propre frère et à un autre enfant la lymphe de ces pustules, qui produisit l'effet régulier èl immédiat de la véritable inoculation du vaccin. Il porta encore la même lymphe sur une vache, et il en sortit une très-belle pustule de cow-pox avec toutes ses propriétés. S'étant ensuite servi du même cow-pox sur un enfant il en dériva une parfaite vaccine préserva-
LE JARDON OU HORSR-POX 245
tive de la petite vérole, qui servit à l'inoculer le sixième jour après Téruption.
Ce ne fut qu'après de longues études que Loy put % vanter d'avoir inoculé sur les mamelles de la vache la substance du jardon et de la variole générale du cheval. Aucun ne pourra se faire une idée de la ténacité avec laquelle il multiplia les expériences non seulement du cheval sur la vache, mais encore du cheval sur l'homme. Ayant enfin trouvé un cheval malade depuis quinze jours et dont les petites vessies du talon transsudaient depuis sept jours une lymphe pure et limpide (comme peut-être il n'en avait jamais vu), il inocula ce pus à cinq vaches qui contractèrent toutes le covcr-pox, et des vaches il le transporta ensuite sur des enfants avec un succès vaccinique complet.
Le docteur Loy conclut alors qu'il y a dans le cheval deux espèces de jardons, un local et l'autre constitutionnel ; que ce dernier a une propriété efficace et transmissive, si le développement de la maladie est récent, et qu' il fournit une lymphe subtile, aqueuse, non altérée par les matières hétérogènes qui s'engendrent avec le temps et à la suite des complications jardeuses. L'autre espèce paraît présenter des caractères presque inertes.
Genzana écrivit en 1812: « On remarque qu'il se «développe sur le cheval diverses affections qui «ne sont pas le véritable javart, mais que difficile-, « ment les symptômes universels y sont unis, ni ils
€ sont communs en même temps à beaucoup de che- € vaux, ainsi qu'il arrive toujours dans le javart cons- € titutionnel contagieux (1) >•
Sacco éprouva aussi dans ses expériences une alternative d'insuccès suivis d'une complète réussite. On lit à pag. 3i et suivantes de son livre qu'il inocula en vain au commencement de ce siècle du pus de cheval à vingt-sept vaches et dix-huit enfants. Aussi avait-il presque perdu tout espoir. Mais Decarro lui ayant fait connaître la méthode du doct. Loy, il reprit courage et refit une nouvelle opération en 1802 à Monterocca, en inoculant sur trois enfants et deux vaches la matière du javart prise à un cheval atteint depuis trois jours de cette maladie.
Cette inoculation fut infructueuse, mais Sacco ne douta pas pour autant et se limita à dire que la matière des javarts avait perdu de son activité. Il répéta à Vincodrome la même expérience sur huit enfants à la fois avec Je même insuccès. Il ne fallait pas moins que son talent entreprenant et sa rare persévérance pour demeurer inébranlable dans ses principes. Se fondant sur les expériences du doct. Loy, il pensa qu'il devait y avoir un moment plus particulièrement favorable à la contagion jardeuse. — Il résolut à cet efiet d'expérimenter par degrés la matière de la maladie, depuis sa manifestation jusqu'à guérison cpmplète, pour trouver le moment ou le point
(1) Doctrine vaceinique.
LB lARDON OU HORSE-POX 247
de développement propre à produire le vaccin. Le ha- \arcl voulut que son cheval tombât malade avec les <}Tnptômes évidents du jardon. Le doct. Sacco ino-
jlâ d'abord, mais sans succès, ses deux enfants et me vache avec la lymphe de cet animal claire, visqueuse, et d'une odeur spécifique et puante.
La maladie du cheval faisant ensuite des progrès, i! se forma deux petites pustules d'oh suinta d'abord ane lymphe glutineuse et se détacha plus tard un follicule. Cet animal était déjà en voie de guérison et le •iocte médecin avait perdu tout espoir, lorsque le gardon d'écurie. préposé à la garde du cheval malade, îJODtra sur lui-même cinq pustules, trois au métat-arpe droit, deux à Tavant-bras gauche, qu'on dut recoimaître comme produites par la contagion du javart. Malheureusement, la période de maturité était léjà trop avancée et ne permettait plus de promptes expériences. Il paraît que dans cette circonstance il 7 avait dans l'athmosphère une disposition favorable aux maladies jardeuses. — ' Un cocher qui était seul chargé du traitement de trois chevaux malades eut ies mains couvertes d'une éruption vésiculaire, accompagnée d'une fièvre sensible et de diarrhée. Reçu à l'hôpital et confié aux soins du docteur Birago, celui-ci étudia les symptômes de la maladie et constata qu'il était atteint de pustules très-semblables à celles du vaccin, et produites par la contagion des jardoQs. En vue de la nature de la maladie cet homme fut transporté à l'hôpital des enfants-trouvés, oU avec
la matière des ses pustules on inocula plusieurs enfants, dont quelques uns avec succès.
Le même cocher conduit ensuite à Lambrate pour servir à d'autres expériences, put encore oflfrir à Sacco le moyen d' inoculer neuf enfants et une vache. Il dit à ce' sujet: < Deux enfants contractèrent € une pustule bien caractérisée qui servit à inoculer € d'autres enfants ; les sept autres et la vache n'eurent € aucun symptôme d'infection >. Ce fait bien qu'incomplet atteste néanmoins l'efficacité de la contagion jardeuse. — Pour n'avoir plus aucun doute, le docteur Sacco voulut pratiquer une nouvelle inoculation de variole sur le cocher et sur les enfants qui n'avaient pas encore souffert la-petite vérole ; mais aucun d'eux n'éprouva la moindre altération tant locale qu'accidentelle. C'est pourquoi Sacco confirma à son tour que < vraiment la matière des jardons suffit pour produire une maladie préservative semblable à celle du vaccin, et que pour obtenir une telle efficacité de préservation il n'est pas nécessaire qu'elle passe par l'intermédiaire de la vache >.
Nos lecteurs consentiront sans doute que nous continuions rénumération des données positives d'où émane la vérité tant dans la médecine que dans l'histoire naturelle.
Le vétérinaire Danois Viborg, après avoir expérimenté sans succès la lymphe du cheval parvenue à la période de suppuration, inocula en 1805 la vérole jardeuse à une vache qui trois jours après l'incision,
LB JARDON OU HORSR-POX 249
eat les mamelles couvertes de pustules celluleuses et transparentes, déprimées au centre, d'un contour bien marqué, et accompagnées de âèvre et diminution de lait Le même vétérinaire inocula en 1809 et avec un snocès égal deux vaches et une chèvre avec la matière de deux jardons chroniques.
Le troisième et le quatrième jour ces animaux souffrirent d'une inflammation aux parties inoculées; da neuvième au onzième les pustules arrivèrent au pins haut degré de maturité ; vers le quinzième elles se desséchèrent en laissant une croûte jaune qui disparut après le vingt-et-unième jour.
Godine (1) fit aussi avec la lymphe des javarts des expériences sur une vache et sur douze autres ani* maux entre chèvres et brebis. Le résultat fut si complet qu'il se servit de leurs pustules pour la vaccination de 36 moutons.
Nous avons encore les témoignages authentiques de Berndt et de Hertwig. Le premier observa qu'un valet d'écurie qui n'avait jamais été vacciné ni atteint de la petite vérole arabe eut à soufifrir de pustules d'une nature vaccinale contractées en soignant on cheval jardeux. Berndt en inocula des individus déjà vaccinés et d'autres qui n'avaient point encore éprouvé les atteintes de cette maladie. Les premiers ne ressentirent aucun effet de l'inoculation. Dans les «econds au contraire les boutons vacciniques furent parfaits et la maladie suivit son cours naturel.
(l) V. Wcl. 4e$ iciine. méd.
Les révélations de Hertwig sont bien plus importantes. Il nous parle d'une épizootie jardeuse qui éclata à Berlin au mois de février 1830, dans laquelle lui et dix de ses élèves occupés à soigner des chevaux malades contractèrent l'infection accompagnée de symptômes de fièvre, de dégoût et de malaise général.
Deux de ses élèves avaient déjà souffert la petite vérole et Ton remarqua sur eux des pustules d'un caractère vaccinique. Les neuf autres dont les boutons étaient noirâtres, eurent des douleurs aiguës accompagnées de tuméfaction aux glandules das aisselles. Ce qui est plus étrange, c'est qu'au troisième jour de leur développement ces pustules dégénérèrent en ulcères, qui commencèrent à guérir vers le onzième jour,
Ritter vaccina heureusement deux enfants avec la sécrétion morbide d'un individu qui soignait un cheval infecté.
On sait que Steinbeck et Kahlert obtinrent sur la vache l'éruption vaccinale moyennant l'inoculation des javarts. De même on ne pourra pas oublier la relation du docteur Rosenthal de Nortorf, dans laquelle il raconte les circonstances d'une épidémie jardeuse qui éclata dans cette ville en 1830; il paraît que presque tous les individus occupés à traiter les chevaux comniençaient par se plaindre de douleurs gastriques, et que le lendemain il se développait sur eux une éruption semblable à celle du vaccin. Cette expérience était bien suffisante pour que l'on pût porter un jugement sur la vertu du javart.
LE URDON OU RORSB*POX 251
Mais pour mieux éclaircir ce sujet nous croyons qu'il convient de parler d'un cocher de Paris, qui en traitant des chevaux infectés de jardon , contracta, kien qu'il n'eut jamais été vacciné ni souffert la petite vérole, des pustules aux articulations des mains, d'une couleur et d'une conformation égales aux pustules vacciniques. Les chirurgiens qui le soignèrent étonnés de la parfaite ressemblance de cette maladie avec rinoculation ordinaire, s'empressèrent d'en transporter la lymphe sur deux enfants. Cette opération réussit parfaitement. Il importe de savoir que la substance janleuse reprise sur ces enfants, et inoculée à d'autres eut toujours le même résultat pendant le cours de plusieurs générations. L'efficacité de ce pus fut telle que de la croûte du premier individu qui était déjà sur le point de guérir, on tira une excellente substance pour un autre enfant et ainsi de suite pour plusieurs séries de vaccinations.
Sans doute nous voulons bien convenir que cette maladie avait une force spéciale ; mais sa nature devait être nécessairement la même que celle des autres jardons. Le cas du cocher de Paris fut accueilli par les savants comme un événement et un auxiliaire à la solution du problème.
M. Lafont observa à Salonique le grease qu' il appelle javart, et que les maréchaux-ferrants de cette ville divisent en javart phlegmoneux, scrofuleux et variolique. Le javart variolique est accompagné d'une option semblable à la petite vérole. Lafont s'en ser-
vit et obtint sur deux enfants des pustules vaccinales en leur inoculant les ulcères des jambes du devant. Ils eurent une âèvre assez forte;* mais elle diminua dans les générations sluccessives (1).
Les vagues descriptions que les auteurs précités ont faites de cette maladie (ils ne pouvaient dans leur temps décrire aussi exactement que de nos jours les maladies de la peau), les noms différents qu'elle avait de grease, eaux aux jambes, javart etc., la grande difficulté qu'on eut à la semer dans la vache et dans l'homme furent réellement les difficultés qui arrêtèrent pour plusieurs années le développement de cette branche de la doctrine vaccinique.
Decârro se plaignait déjà que < le peu de soins que les Anglais < ont mis à décrire le grease était € probablement la cause du peu de progrès que cette
< partie intéressante de l'art vétérinaire avait faits
< parmi nous ; car comment entreprendre des expë-
< riences tant qu'on ne s'entend ni sur la dëhomi-
< nation ni sur la nature de la maladie qui en est
< l'objet ? >
Baron, Loy, Birago, Sacco etc. avaient déjà parlé de l'existence -d'un javart constitutionnel inoculable qu'on doit distinguer du javart local qui n'est pas susceptible de transmission. Mais ils n' en donnèrent pas une idée précise et assez détaillée, qui servît à les distinguer. En France la plupart des médecins eurent
(1) Bibliothèque Britannique, T. XXI1I,.1803 et Gaz. Méd., Paris, 1864. pag. 143. Séanu de, l* Académie, 1*^ mars 1864.
LB JARDON OU HORSB-POX S53
dès doatds sur la nature de cette contagion à cause du résultat peu favorable des expériences du javart tant sur l'homme que sur la vache. Nous examineions surtout ce que M. Bousquet écrivit à ce sujet. II inocula en 1840 le javart à un veau de deux mois et à une génisse, mais sans aucun résultat Au mois d'avril 1841 il inocula encore à sept personnes, parmi lesquelles deux enfants et deux militaires de 21 ans, la même matière prise dans un état de maladie plus aiguë; il n' en fut pas plus heureux. Ayant répété le même mois Fessai sur deux enfants, il échoua également. C'est pourquoi, comme nous l'avons déjà vu, Bousquet éprouva de la répugnance à admettre les succès des autres opérateurs. L'opinion de Jenner, dit41, que la vache reçoit la variole du cheval, n'est établie par aucune preuve expérimentale; cette transmission ne donna aucun résultat à Jenner même. Les . expériences de Loy, plus heureuses en apparence, laissent dans le fond beaucoup à désirer, et celles dfl vétérinaire Viborg sont obscures et ambiguës.
Hervig observa sur deux de ses élèves que le contact du grease fut suivi de pustules 'analogues aux vaccinales, sans penser toutefois à en faire des expériences d'inoculation. Ritter et Rosenthal ârent des essais; mais ils ne s'assurèrent pas si les pustules inoculées provenaient vraiment des chevaux. Ritter déclara explicitement qu'il avait inoculé la lymphe jardense à une vache et à des enfants, sans examiner «Dsoite si les pustules reproduites avaient une pro-
priété vaccinale absolue. Il y a aussi une lacune dans ce qui concerne le cocher de Paris. Admettons que la lymphe des pustules du même inoculée à d'autres sujets ne manqua pas de bon succès; mais on se tromperait en croyant avec cela à la parfaite démonstration d'un fait. Il était nécessaire d'inoculer la matière même des jardons et non pas celle des ulcères du cocher. Car autrement, comment pouvait-on être bien certain de la véritable origine des pustules du cocher ( Malgré cela Bousquet ne dit pas que la contagion vaccinique ne provient pas des jardons, étant à cet égard dans l'incertitude.
Le pur hasard devait venir au secours de la science. M. Bousquet rapporta à l'académie de médecine de Paris (1) un fait analogue à celui du cocher et qni le porta à modifier en vrai sage ses premières idées et à admettre que < s'il n'y a pas de certitude absolue, « il y a la plus forte présomption que si la vache en- € gendre par elle-même la petite • vérole, elle peut € aussi en recevoir le germe du cheval ».
Il s'agit d'un certain Brissot maréchal-ferrant (âgé de 28 ans et non encore vacciné) qui ayant ferré un cheval affecté des eaux aux jambes, en eut ensuite des pustules que M. Pichot, médecin à la Loupe, n^connut être de caractère vaccinal. Il en recueillit la matière sur deux verres qu'il transmit, un au docteur Manoury et l'autre à l'académie. La matière
(1) Séance da 27 mai 18S6.
contenue dans le premier verre développa de fort belles pustules vaccinales, et l'autre n'eut aucun résnltat Bousquet qui en avait vainement fait Tessai, obtint au contraire des pustules vaccinales ordinaires fune autre lymphe puisée par M, Manoury sur un enfant qui avait été inoculé avec le* virus du même Brissot.
C'est alors que Bousquet pour s'assurer du caractère vaccinal de cette nouvelle éruption, en fit une vaine contre^preuve au moyen de l'insertion de la variole et du vaccin en circulation; ce qui lui fit dire que le fait en question était concluant, même avec Ifô lacunes qu'il présentait, comme celle de n'avoir pas répété directement l'expérience du cheval sur la vache et sur l'homme.
Nous ne croyons pas que l'inoculation artificielle fût absolument nécessaire pour en affirmer la vérité ; car pour être infructueuse, elle ne détruisait pas le fait de la comunication de la maladie à Brissot. Les ' faits positifs ont toujours plus d'efficacité que les faits négatifs. Mais un cas plus important et qui devait appeler toute l'attention des vétérinaires à rechercher la véritable nature de la maladie vaccinigène du cheval, fut signalé à l'Académie française le 26 juin 1860 par Renault à la suite d' une lettre du vétérinaire Lafosse. Il s'agissait d' expériences faites à Toulouse par Lafosse, et dont il résultait que l'inoculation à une génisse des eaux aux jambes d'une jument donna lieu au développement du cow-pox légitime, et qiie
256 DE LA VACaNATlON — CHAPITRE VIII
ce cow-pox inoculé à des enfants détermina une éruption vaccinale des mieux caractérisées. Renault ajouta que d'après la description de M. Lafosse, il semblait que la maladie de la jument n'était pas identique avec les eaux aux jambes. M. Leblanc qui s'était porté sur les lieux confirma cette observation en ajoutant que la reproduction du cow-pox après l'inoculation était incontestable et que Lafosse avait répété^ l'expérience avec le même résultat sur une seconde génisse. M. Bousquet nous raconte de la manière suivante le fait en question sur le rapport des MM. Lafosse et Gayrel: < Au printemps de 1860,
< éclata tout à coup à Rennes, non loin de Toulouse, € une épizootie parmi les chevaux ; en moins de trois € semaines on comptait plus de cent malades. Rien € dans le temps n'eût pu la faire prévoir, tout allait € comme de coutume; on remarqua seulement (et la
< remarque est bonne à faire) que la petite vérole rè-
< gnait en même temps dans les environs, ce qui sem-
< blait indiquer que le vent était aux fièvres érup- € tives. Lawans, vétérinaire de Rennes, a vu cette € épizootie et l'a décrite. Elle débutait par un état gé- € néral marqué par une fièvre peu forte, mais qui se
< soutenait jusqu'à l'apparition des symptômes qui € consistaient en un engorgement des jarrets, chaud, € rouge,|douloureux ; l'animal boitait. Cet engorge- € ment semblait se composer d'une foule de petites € pustules pressées les nines contre les autres. C'était € la première période ; elle durait de trois à cinq
LS JARDON 00 H0R8S-P0X 257
«jours. La seconde s'annonçait par un écoulement
< purulent au pli du paturon et durait de huit à dix «jours. À mesure que le pus coulait, T engorgement
< se dissipait et la boiterie diminuait. Enfin les pus-
< tôles séchaient, et dès le quinzième jour les croûtes (Commençaient à tomber avec une certaine quani tité de poils hérissés, laissant après elles des cicai trices plus ou» moins marquées, suivant V affluence
< de l'éruption. 11 est digne de remarque que toutes
< les pustules ne se formaient pas seulement aux pâ-
< tarons ; il en venait par-ci par-là sur les différentes
< parties du corps, aux fesses, aux narines, à la vulve, i aux lèvres, etc. >
Une inspection de Sarrans dans quelques fermes où Ton avait dit se trouver le cow-pox, démontra qu'il o'j avait rien de semblable. Un des animaux atteints de la maladie avec les susdits symptômes fut conduit a l'école de vétérinaire de Toulouse. Le 25 avipil, huit jours après Tinvasion de l'éruption, M. Lafosse conçut l'heureuse idée de prendre avec la lancette la matière Tune pustule et de l'inoculer publiquement à une jeune vache par une piqûre à chaque trayon; Bousquet nous dit que les quatre premiers jours passèrent sans que rien ne parût ni aux piqûres ni dans létat général de l'animal. Le 30 les piqûres commencèrent à rougir; le 3 mai, huit jours après l'opération, le» trayons se couvrirent de pustules ; il y en eut cinq plates, larges, dures, rondes, creusées d'un ombilic, 06 qui en faisait paraître les bords plus saillants.
17 — Parola, vol. I, De la vaccination.
258 DE LA VACCINATION — CHAPITRE Vin
M. r Lafosse et le directeur Prime reconnurent le cow-pox , et ils inoculèrent le 4 mai, en présence d'une commission officielle , une autre vache qui eut des pustules en tout semblables à celles qui tiraient leur origine du cheval, mais plus belles. Gayrel sema alors ce virus dans un enfant, et Lafosse voulut le faire passer de nouveau dans le cheval. Quelques pustules se montrèrent au museau où il fut inséré, et produisirent dans un autre enfant des pustules magnifiques. Gayrel fit en outre des expériences comparatives avec la vaccine en cours et reconnut que celle qui provient du cheval donne lieu à des pustules plus belles, plus larges et d'une évolution plus lente. Tel est le fait décrit avec soin par Bousquet, et qu'il dit être avec raison un événement dans la science, et comme l'aurore d'une nouvelle ère dans l'histoire de la vaccine.
La plupart des vétérinaires et des savants avaient conçu l'idée que la maladie qui communique la vaccine à la vache et à l'homme était locale. Ils nommèrent d'abord le gréase de Jenner javart, puis eaux aux jambes, et dans leurs recherches et leurs expériences ils ne tinrent aucun compte de ce que Loy, Birago, Sacco, etc., avaient écrit sur les phénomènes généraux et sur l'éruption générale qu'ils avaient quelquefois constatée. Il est vrai que les descriptions qu'on en avait faites étaient vagues et peu précises, comme il est bien vrai aussi que dans les cas oïl l'on avait rencontré par hasard la communication de la vaccine du cheval à l'homme et à la
vache, il ne s'agissait que d'une maladie locale. C'était peat^tre la première fois que Ton pouvait observer ane épizootie si étendue et avec des caractères si marqués et uniformes, et en suivre dès le commencement toutes les phases d'invasion et de progrès. Il n'était plus question que d'une affection dont les phé- DOfflènes généraux avaient précédé les locaux, et diminuaient à l'apparition de ces derniers. L'éruption avait ensuite suivi un cours régulier et rapide, la guélisoD avait été facile, de sorte que Lafosse et Leblanc frappés par l'ensemble de ces caractères n'hésitèrent pas à déclarer que l'épizoôtie de Rennes n'avait rien de commun avec les eaux aux jambes ni avec aucune autre maladie, et que c' était une chose à part. Lafosse la caractérisa comme une fièvre éruptive pustuleuse, et fit remarquer que les caractères étaient semblables à ceux de la variole: < fièvre aiguë, bou-
< tons ronds, plats et déprimés au centre, fatalement
< destinés à venir en suppuration, et d'une durée de «quinze jours à trois semaines. Si on piquait un
< de ces boutoûs, il ne se vidait pas tout d'un jet, mais
< le liquide en sortait peu à peu comme il arrive aux «pustules varioleuses et vaccinales, divisées à Tin-
< teneur en une foule de petites loges ou cellules > . La lumière était donc faite, et la véritable maladie vaccinale du cheval était enfin connue et bien spédfiée.
Une circonstance remarquable fut la présence contemporaine d'une épidémie de variole dans les en-
260 DE LA VACaNATlON — CHAPITRE YllI
virons de Rennes. Fut-oe une simple coïncidence? Les mêmes influences qui produisirent la variole, onf^elles aussi produit Téruption sur le cheval? Ou bien les deux éruptions sont-elles nées Tune de l'autre par contagion ? Bousquet pose ces questions. Il doute de la dernière supposition en indiquant l'éruption simplement locale à la suite de l'inoculation de la maladie du cheval à l'homme, tandis que l'inoculation de la variole produit deux éruptions, une locale, et l'autre plus ou moins générale. Il ajoute la difficulté de transmettre la variole au cheval, transmission qui réussit à d'autres, mais que, comme Lafosse, il tenta en vain d'obtenir.
L ' observation a démontré que sous l'influence de certaines conditions épidémiques, il se manifeste non seulement la variole, mais bien d'autres maladies éruptives, telle que la rougeole, la peste, etc. Ne serait-il pas probable que la variole humaine, l'horse-pox et le cow-pox puissent dans les mêmes conditions se développer en même temps? Ces maladies, on le sait, ont entre elles tant d'analogie.
Le remarquable rapport de Bousquet et l'importance de l'argument qu'il soumit à l'appréciation de l'Académie française ne pouvaient qu'attirer Tattention des savants et devenir Tobjet de graves discussions. Elles furent animées et intéressantes, et nous sommes heureux de pouvoir constater que des vétérinaires distingués y prirent part. Doués de connaissances spéciales à cet égard et placés dans les meil-
LB lARDON 00 HORSS-POX 261
feores conditions pour bien observer et étudier cette question, nous n'hésitons pas à dire que leur concours fut très-utile. Toutes les sciences sont sœurs et doirent se compléter et s'aider réciproquement; c'est par leur concours simultané que la lumière de la vérité pourra dissiper les ténèbres et éclaircir bien des doutes qui enveloppent encore la doctrine vaccinique.
Retournant donc à notre siyet nous dirons que dans la séance du 27 mai Bouley parla de certaines maladies du cheval (des aflTections éruptives de Touloase, des eena aux jambes, du gréase et aussi du ja- Fart, etc.) dont chacune peut dans certains moments transmettre la vaccine. Depaul, Renault et Bousquet pensèrent au contraire qu'une seule est la maladie ^^cemogène du cheval De plus Depaul n'hésita pas à déclarer que la maladie de Toulouse est la variole du cheval, comme le cow-pox est la variole de la vache.
HQxard soutint aussi que la vaccine ne provient pas des eaux aux jambes. Jules Guérin dans sa Revtie Bebdomadairej n^ 23, analyse les différentes opinions ànises et conclut ainsi : € Qu'estrce donc que cette affection érythémateuse pustuleuse? qu'est-ce que la maladie des eaux aux jambes ? qu'estrce que le feu de Saint- Antoine? qu'eslKîe que le javart? quels rapports, quelle filiation ont entr'elles toutes ces formes morbides ? Si l'observation qui a constaté lé développement du cowpox soQs l'influence de chacune d'elles est exacte, la
DB LA TACaKATION — CHAPITRE VIII
lophie médicale veut que toutes ces matient qu'une seule et même chose, c'est-à- )le elle-même >.
t avancer la science d'un pas (séance du !), et donna le moyen de concilier bien des Ses sur l'origine de la vaccine. Il dit d'àfëreutes maladies présentent dans les clie- -, fraude variété de symptômes dans leur nous fait une exacte description des- eaux que nous croyons bien de reproduire tex-
\itf les eaux aux jambes s'annoncent par gement de la partie inférieure des mem- ; imment du pli des pâturons. Cet engoi^e- , md rapidement jusqu'au milieu du métadu métatarse; il atteint même parfois le le jarret. Il est précédé et accompagné de les fébriles ; la région engorgée est chaude reuse ; elle est pendant quelque temps le ae exsudation séreuse qui rend les poils > L'humeur sécrétée est quelquefois telle- )ndante qu'elle s'écoule par gouttelettes lot du cheval. La peau est couverte de vëus-épidermiques de volume variable; elles at un liquide clair, jaunâtre, qui les gonfle tend, et exhale une odeur forte et pénéces vésicules succèdent des surfaces dé-
m.. Paria, 1862, pag. S64.
LE JARDON OU HORSS-POX 263
nadées,plus on moins profondes, sièges d'une sécrétion abondante; mais plus épaisse que celle des vésicules. Ça et là dans le pli du paturon, sur les talons, on remarque des pustules plus ou moins grosses, formées par un tissu mou, s'écrasant facilement sous les doigts; elles sécrètent successivement un liquide d'abord séreux, puis jaunâtre, enfin grisâtre et plus consistant. Les intervalles qui séparent ces pustules sont remplis de cette matière coagulée semblable à de la gélatine ; les poils sont redressés et réunis par places en petits faisceaux. Dans le cours de cette période, il n'est pas rare de voir se produire des gerçures, des crevasses, des exfoliations de la peau, qui est en certains endroits frappée de gangrène. Mais un phénomène important à noter et qui prouve que les altérations pathologiques dont il vient d'être question sont bien dans l'espèce l'expulsion locale d'un état morbide général, c'est que le mouvement fibrile diminue et disparait aussitôt qu'elle se localise dans la partie inférieure des membres >.
Il ajoute que de semblables descriptions furent ionnées par des vétérinaires allemands qui, pour rappeler la forme que la maladie affecte, la déguisent sous le nom d'eaux aux jambes avec crevasses d'eaux aux jambes avec gangrène, quand elle s'accompagne de javart ou de mortification de la peau ; d'eaux aux jambes de neige, pour signaler les conditions au milieu desquelles elle apparaît. De la description de cette
264 DE LA YACCnfATIOff — CHAPITRE YIII
maladie faite par Falke, Hertwig, Spinola, on relève que tous les auteurs sont d'accord dans les symptômes principaux, soit le mouvement fébrile léger au commencement, r engorgement local, la chaleur à la partie, ensuite la formation de vésicules et de pustules qui sécrètent une lymphe aqueuse d'une odeur spécifique. Après quinze jours environ, ou la maladie ; cesse et alors commence la guérison, ou elle devient chronique, et alors naissent des ulcères, etc. Spinola, eu égard à Tintensité des symptômes, divise cette maladie en bénigne et maligne ; et il parle des causes qui la rendent aujourd'hui moins fréquente et moins grave, comme l'extension et l'entretien en bon état des voies de communication, les croisements mieux entendus, une nourriture meilleure que par le passé, l'amélioration des races communes, le transport direct des chevaux par les voies ferrées. Reynal insiste avec raison sur la précédence de la fièvre et sur les symptômes locaux mitigés, ajoutant que dorénavant il conviendra rechercher si la maladie prend la forme pustuleuse. Il ne parle pas néanmoins do l'éruption générale qui forme maintenant un des caractères distinctifs de la maladie vaccinogène du cheval. Il décrit les périodes successives des eaux aux jambes et dit:
€ À mesure que la maladie s'éloigne de la période € du début, la peau des extrémités subit de profondes € modifications ; elle s'épaissit, se fendille, se crevasse, « s'ulcère et se recouvre d'une multitude d'excrois- < sances verruqueuses, rougeâtres, mamellonées ».
l*ir! « î^eZi? jTéîc-ciîz:^ legiûrae n'en lésclie-î-îl K r: « î=^>:ÙLnl ce:;e iérniei^ fccaûe on De re^asira »s à trwLscienre li Ticciiie ! Nous oc»r:Trir>:is irec Izi Icrsq^H écriii < T'ai mc; i-urs ê;e jtersiiiië et «je le sus aujourùnTâ plos j:» jiziais apr^ atoît i relu le texte origiail ^ Jenn^, qvie îe ç'^'-^se^ le «sccfrheek de cet aî;:e::Lr, c»:-rr^oi:i à la jreziière « période; à U périoie ér^iÛTe. Té&:uleuse et î^>:z> «leuse des eaux aux jambes que j*ai oecriie >. H attrilme sartoat au jaTart cr.e îoniie j^arùe de Tc-bsc:!nié qui régna sur Tori^^ike de la Tajciiie, ei le tralocteor même de Jeniier Ncc^nniît son errcTïr en disant: < qull a cru peu;-èire en peu îe^èrenient çue < le jaYart des français é;a:; la niâlaiîe de Jenner >• H cite les expériences de G:>Ieaian et de Viborg« et les essais de Kahlert, professeur à Prague, qui inocula les véritables eaux aux jaiobes de deux che- Taox bohémiens à deux jeunes Taches. Le huitième jooT il obtint des pustules présentant les caractèies de la vacdne. La matière servit à inoculer trois enfants. Le résultat fut des plus heui>eux. Spino^Ia sezia aussi la lymphe de la palezmatose préservative dans des chevaux et des vaches , ^ il en observa un développement de pustules vaccinales. Il &t à re^ marqœr que les vétérinaires allemands frarpès «Se la faculté que cette maladie a de produire le va^.:^ la nommerait eaux aux jambes présertatrictn, pl^> ^ffuUose préservatrice, et que Spinola en tl ui^e ladie varioleuse et la nomma variole an c\er>z7^
2d6 de la vaccination — CHAPmtR TIII
Le Frof. Bnignole observa cette afifection à Padoue (1844). Il en transmit la lymphe au D. Pacen, qui l'inocula deux jours après avec des résultats conformes à ceux qu'on avait obtenus à Venise. Il écrit à propos dès expériences négatives: < On dit qu'on a inoculé
< vingt, trente, quarante, cinquante fois les eaux , « aux jambes sans succès; mais cela ne prouve pas I « qu'elles ne soient pas inoculables. Viborg et Coleman
< qui avaient pendant vingt ans pratiqué sans succès
< des inoculations, sont parvenus un jour à commu-
< niquer la vaccine en opérant sur l'homme et sur les «vaches le transport de la matière des eaux aux « jambes Je suis peut-être, ajoute-t-il, parmi les
< médecins et les vétérinaires celui qui a fait sans
< réussir le plus grand nombre d'inoculation des eaux
< aux jambes à la vache et cependant je ne conclus pas
< de mes expériences qu'elles ne communiquent pas
< la vaccine >. Cette sage conclusion est bien plus conforme aux vraies données de la science, que celte de ceux qui d'après le petit nombre d'expériences qui ne leur ont pas réussi, voudraient priver de leur valeur les nombreuse» expériences des autres, comme si l'observation d'un seul ou de peu de faits suffisait à contrebalancer les observations du plus grand nombre. Le célèbre Bernard a dit avec raison que :> Toutes « les fois que l'on obtient des résultats différents dans « les expériences, on peut affirmer qu'on ne connaît
< pas encore la toi des phénomènes, et qu'on n'a pas
< saisi les conditions exactes de leurs manifestations ».
LE JARDOlf OU H0R8E-P0X 267
Reynal remarque que le cow-pox se rencontre presque exclusivement sur les vaches laitières, et que les praticiens firent généralement leurs essais sur les génisses ou les mâles de l'espèce bovine ou les Vaches pleines ou épuisées par la gestation, V âge et la fatigue de la bastation, conditions qui ne sont certes pas favorables au développement de la vaccine par rinoculation des eaux aux jambes.
C'est donc à tort que Leblanc contesta aux eaux aux jambes la faculté de transmettre la vaccine, en prétendant que celle-ci n'est spontanée que dans la vache.
Malgré la diflférence d'idées et les doutes qui existaient encore dans la science, l'impulsion était donnée et la route tracée. Lès comités scientifiques cherchèrent avec soin l'occasion de pouvoir répéter les expériences et déchirer le voile qui couvrait encore la maladie du cheval. Le cas observé à Toulouse d'une éruption pustuleuse non limitée aux extrémités inférieures, mais s'étendant à d'autres régions, rendit plus facile la découverte de cette affection et multiplia les occasions de la rechercher.
Le vétérinaire Bouley observa à l'école d'Alfort une éruption vésiculeuse dans la bouche d'un cheval sous la forme d'apthtes. Pour s'assurer de la contagion il en inocula le liquide sur le pis d'une vache, sur laquelle se développa une éruption en tout semblable au cow-pox et dont il se servit pour vacciner un enfant et revacciner trois élèves. Les boutons de l'en-
fant étaient très-bien développés; quelques-uns de ceux des jeunes gens étaient aussi bien caractérisés. Il s'empressa de communiquer ce cas à l'Académie de médecine (séances du 23 et 30 juin 1863) :
< À la face interne des deux lèvres, dit-il, à la face inférieure de la langue et sur le bord de la partie libre, à la face interne des joues, sur la muqueuse gencivale, dans le fond du canal où la langue est logée, notamment le long des canaux de Warthon et au niveau de leurs orifices existaient une multitude infinie de petites ampoules, de la grosseur moyenne d'un pois, les unes circulaires, les autres allongées, dont la teinte opaline rosée tranchait sur la couleur d'un rouge aissez vif de la muqueuse qui leur servait de support. Ces ampoules ou vésicules étaient lisses à leur surface sans aucune dépression. Elles avaient une apparence perlée. Sous la pulpe des doigts, elles donnaient une sensation de tension rénitente; l'animal paraissait souffrir quand on les comprimait. Elles étaient confluentes dans certains endroits, et isolées sur d'autres >.
Nulle part d'ailleurs que dans la cavité buccale, on ne voyait des traces d'éruption; quant à l'état général il était bon, excepté le manque d'appétit. Bouley appela cette affection stomatite apthetcse.
Les docteurs Marchant et Gubler reconnurent les caractères du cow-pox chez la vache inoculée ; l'Académie de son côté admit le caractère vaccinal des pustules d'un enfant inoculé avec la matière de la vache.
LB JARDON OU HORSB-POX 269
Dans une antre visite du cheval dont on parle, on re* connut que peut^tre (quelques vésicules s'étaient formées sur la peau des lèvres et au bout du nez, parce ([ue Ton y constata la présence de petits points lenti* colâires dépilés. Une autre circonstance digne de remarque est que trois autres chevaux qui étaient à côté du précédent dans la même étable^ contractèrent la même maladie. Sur l' un d' eux il s' était formé deux vésicules d'une apparence ombiliquée (1).
Bouley partant de l'idée que diverses maladies du cheval sont capables de produire la vaccine, dut bientôt changer d'avis ; et l'occasion qu'il attendait pour d'ultérieures expériences se montra plus promptement favorable qu'il ne l'avait espéré. Il observa le 16 juillet de la même année un cheval affecté d'une stomatite, et d'une éruption sur la face, sur la pituitaire, sur les conjonctives et au membre postérieur gauche.
D'autres faits analogues se présentèrent, et on fit de iK)fflbreuses expériences sur les chevaux, les vaches et les enfants. En outre un élève, M. Amyot, soignait an cheval affecté d'un javart opéré, sur la jambe du ^el se déclara une éruption confluente de pustules vaccinogènes. Cette éruption ressemblait à s'y méprendre aux eaux aux jambes. M. Amyot se blessa one main contre le tranchant du sabot, et s'inocula de la sorte la maladie. À la suite de cette insertion, ses mains se eou vrirent de pustules précédées de symp-
li <M2. MU., Paris, 1M3, pag. 443 et 8uiv.
270 DE U VAGCINAnON — CHAPITRE VIll
Mines généraux assez graves et suivies de lymphi gite douloureuse des bras. Auzias-Turennô , M chaud, Depaul et Rayer reconnurent que ces pusti étaient d'un caractère vaccinal. Inoculées à un i reau elles donnèrent lieu à un superbe cow-pox, semé ensuite dans un enfant fut suivi d'une vacc modèle.
Frappé des formes tres-varîées , sous lesque s'était présentée cette maladie, il put, grâce à la i tiplicité des faits, en faire une étude complète. A ne tarda-t-il pas à confesser son erreur et à pro mer lui aussi qu' une seule était la maladie capi d'engendrer la vaccine par inoculation; et propos la nommer horse-pox. Cette dénomination fut ado; ensuite par presque tous les auteurs, pour évite confusion des noms qui engendre à son tour la co sion dans les choses. Rufz signala un autre fait découvrit le 20 octobre de très-nombreuses et 1 belles pustules dans la bouche et sur diverses paj du corps d'un cheval de race anglaise. Avec d salive provenant des apthes de ce cheval, on fi la bouche et le nez d'un autre cheval appartena M. Mathieu qui eut des pustules, dont MM. Au Turenne et Mathieu se servirent pour inocule jardin d'acclimatation une vache et un taureau, résulta un magnifique cow-pox, qui semé dans autre vache et dans des chevaux développa ençoi belles pustules caractéristiques (i).
[I) Gaz. Mii., Paris, ISfil, VH- M!>-