CHAPITRE XV
Lorsque la variole éclate ou menace de paraître, nnoculation du vaccin considérée comme un préservatif très-urgent, est désormais devenue d'un usage général. Les effets* que la vaccine produit dans ces circonstances sont salutaires et indicibles. Nous allons enti'etenir nos lecteurs à ce sujet.
Qu'ils ne nous en aient pas mauvais gré si nous commençons par un fait personneL II nous semble pouvoir juger plus sûrement des choses qui sont ar* rivées sous nos yeux et que nous avons dirigées nousmêmes.
Le 18 octobre 1841, lorsque la petite vérole dominait à Goni, nous fûmes appelés à pratiquer la vaccination sur deux enfants. 11 y avait dans la même maison un autre enfant atteint de la variole, et déjà au troisième jour de l'éruption. Il avait le visage fort enflé par de très-nombreuses pustules qui manifestaient une nature confluente. Ses yeux étaient tristes et fermés ; il se lamentait longuement d'une voix faible.
Dans cet état de choses nous priâmes sa mère de nous
permettre de la vacciner. Nous fîmes quelques piqûres et nous vîmes apparaître au 5™« jour sur le bras
droit du varioleux trois boutons durs et profonds qui après 48 heures eurent le volume d'un grain de lentille. En même temps les symptômes du premier mal diminuèrent, et, tout danger de complication s'étant évanoui, ils disparurent bientôt complètement. Cependant les pustules vaccinales conservèrent le même volume et la même forme et commencèrent à disparaître au 13»»« jour'en laissant de légères cicatrices. Au huitième jour de l'inoculation nous fîmes pénétrer avec précaution Taiguille dans ces excroissances et en fîmes sortir de la matière pour vacciner deux enfants de l'hospice. Chose singulière et pourtant vraie ! Nous obtînmes de cette vaccine spéciale la lymphe la plus régulière et la plus normale que nous employâmes dans beaucoup d'autres inoculations. Nous apprîmes plus tard que de semblables expériences avaient été faites avec un succès égal par le doct. Guyons en France et par le doct. Tonelli de Palliano. Quant à nous, nous ne nous contentâmes pas de cette seule expérience, et ce n'est qu'en 1841 que nous pûmes reconnaître dans quatorze cas la puissance de l'action vaccinale contre la force de la variole.
Le doct. Griva nous fournit un exemple d'inoculations salutaires dans l'époque oîi la variole éclate. Il nous dit en citant ses opérations durant l'épidémie do 1829: « Quand on assujettit à la vaccination des
personnes qui ont déjà en elles le germe de la variole delitescente, on â constamment les deux éruptions, conservant chacune la contagion qui lui est propre, mais se modifiant Tune l'autre dans les périodes qui sont toujours plus précoces, plus courtes et plus bénignes. Les deux éruptions présentent souvent quelque différence dans la forme des pustules, d'où il suit que si Ton ne connaissait pas l'endroit où a été pratiquée l'inoculation vaccinale, et si l'on n'avait la certitude de l'existence de la variole, il serait bien difficile de caractériser la vraie nature de ces pustules, laquelle, si on veut l'appeler varioloïde, ne change en rien l'essence du virus qui les a produites >. Mais cette question a été le sujet de graves discussions pour déterminer si le vaccin exerce réellement une influence sur le caractère, le développement et la durée des pustules varioleuses, et viceversa si la concomitance de la variole peut modifier le vaccin. Nous ferons en sorte de la traiter le plus clairement qu'il nous sera possible. Odier opine que la première éruption qui sur^ vient, a un cours d'autant plus régulier que l'influence de l'exanthème sur l'économie est plus grande; tandis que l'éruption qui suit manifeste des caractères d'autant plus irréguliers que le développement en a été plus long et plus tardif. Le comité vaccinique de Paris avait observé quelques cas de développement de la variole chez des individus vaccinés récemment. D'autres cas avaient été communiqués par les médecins des départements; et c'est entre le 1«' et le 10»« ou
le ll"»«jour que tous les exemples se sont vérifiés. On observa dès lors un adoucissement dans le cours de
la variole. Le rapport de M. Husson est tout à fait précieux. < Dans le polit nombre de cas, dit-il, oU elle € s'est présentée, nous n'avons vu la petite vérole au-
< cunement fâcheuse; mais plusieurs médecins qui
< nous ont communiqué leurs travaux, ont cru recon-
< naître que cet eflTet de la vaccine avait lieu, et qu'il
< était d'autant plus marqué que la petite vérole se
< déclarant à une époque plus avancée que la vaccine, € cette dernière pouvait avoir une ,plus grande influence > (1). Sacco cite plusieurs faits de variole contractée par des vaccinés à 5"* Catherine délia Ruota à Milan, à Giossano, à Sesto et dans d'autres localités ob dominait la variole. Il observa partout qu'elle était plus bénigne ; ce qui lui fit penser que le vaccin en adoucissait le cours (2). Herpin, fort de six expériences, assure que chaque fois que le vaccin est inoculé avant l'apparition des prodromes de la maladie, il fait son cours ordinaire et ne subit aucune modification. Mais il y a contre Herpin et sa doctrine l'exemple de l'enfant que nous avons cité, et qui met au moins des restrictions et des limites à l'opinion énoncée. Si les prodromes de la variole paraissent le deuxième ou le troisième jour de la vaccination (pendant l'inoculation) la variole ne sera point modifiée et aura la
(i) V. Rapport du comilé central, Paris, 1803, pag. 266.
[T, Svcco, Obieroations pratiques, pag. 132, et Traité de vaceinaliim.
marche et les caractères qui lui sont ordinaires. Si la variole débute du cinquième au sixième, peut^tre au huitième exclusivement (temps d' accroissement de la pustule vaccinale) la marche de la variole paraît plus rapide sans que les caractères des pustules diffèrent de beaucoup de la variole ordinaire. Enfin, la petite vérole qui survient après le huitième jour de la vaccination, c'est-à-dire après le plein développement de la vaccine, offre les caractères et la marche de la variole que nous avons appelée consécutive ou secondaircy et présente une modification très-marquante.
Il faut rappeler à ce propos la dissertation du docteur Clérault de Paris, qui a recueilli les faits les plus importants sur la nature des deux genres d'éruptions et sur la simultanéité de leur existence, jusqu'au point d'en citer cent onze. L'auteur avait pour but dans cet important ouvrage: !<> de sonder les modifications du vaccin durant le développement de la variole ; 2<> d'examiner l'action réciproque du vaccin et de la variole lorsqu'ils se sont développés simultanément; 3° de noter, e n cas de priorité d'éruption, lequel des deux subit surtout des modifications ; 4° de faire attention aux éruptions seoondaires survenues après le vaccin et considérées comme des accidents du même; kP de . relever les inconvénients que l'on peut craindre sérieusement soit en vaccinant des enfants trop tendres ou maladifs, soit en vaccinant en cas d'infection varioleuse ou d'épidémie. Quant à la première question, il s'appuie sur ses propres expériences et conclut que
30 — Parola, vol. I, De la vaccination.
la coïncidence du vaccin avec la variole entraîne presque toujours avec elle des irrégularités dans le développement de cette dernière affeôtion, en tant que, ou c'est la période d'incubation qui se prolonge, ou c'est l'éruption qui se manifeste sous des formes diverses et discordantes sur chaque partie du corps, ou c'est encore l'éruption qui parcourt ses phases plus rapidement avec des symptômes généraux plus légers et presque toujours sans la fièvre ordinaire. Les cas sur lesquels il se fonde, sont 7 varioloïdes, six varicelles, quinze varioles tant soit peu modifiées sans la fièvre de suppuration et sans la tumescence'du visage et des extrémités, huit varioles à période régulière, enfin douze varioles très-graves qui emportèrent les malades, tous d'un âge fort tendre.
Relativement à la deuxième question, Glérault établit une comparaison entre les caractères communs de la vaccine normale et ceux de la vaccine en coïncidence avec la variole. Il se base encore sur ses propres observations, et assure qu'il en résulte que le vaccin n'eut un cours régulier que cinq fois à peine.
Il observe sur le troisième point que si l'on admet l'influence du vaccin sur la variolç concomitante, il en dérive nécessairement que l'influence du même sera d'autant plus grande que le développement en sera plus complet et avancé ; tandis que l'on n'ignore pas que si la vaccination a heu à une époque oU l'économie a déjà été infectée par la variole, cette influence devient presque nulle et n'empêche plus le pro-
grès de Téruption. Et si la variole, à son tour, a la force de modifier la vaccine qui l'accompagne, il faut aussi admettre que cette modification est relative au degré de développement de Taffection varioleuse au moment de la vaccination. Ces principes posés, Tauteur note que quelquefois la variole se modifie et que la vaccine suit les règles ordinaires, bien que Téruption varioleuse ait précédé celle de la vaccine. Il arrive aussi par contre que la vaccine est irrégulière, quQique Téruption ne soit survenue qu'au 11™« jour, c'est-à-dire dans un temps qui dépasse la durée ordinaire des prodromes de la variole. Voilà pourquoi, selon lui, la règle générale donne lieu à d'importantes et nombreusesexceptions. .Le doct. Legendre ayant observé cinq cas de développement simultané de la variole et de la vaccine, en déduisit les ré3ultats suivants ; 1» que la vaccine exerce une action préservatrice dès le 5™«jour de l'inoculation, excepté les cas où les malades ont été antérieurement soumis à l'incubation de la variole; 2^ que lorsque l'enfant a été effectivement sujet à cettQ incubation, bien loin d'exercer une action préservatrice, la vaccine semble favoriser le développement de la variole ; 3^ que, malgré le fait admis plus haut comme une vérité incontestable, il arrive souvent que lorsque les enfants vaccinés durant la période d'incubation de la variole ont dépassé l'âge de quatre ans, ils ne sont frappés ou molestés dans la suite que par la variole modifiée; 4^ que la variole influe sur le développement de la vaccine
dont les boutons ont un cours plus lent, et ne sont pas accompagnés d'une aréole aussi étendue et d'un engorgement sous-cutané aussi intense que de coutume; 5° qu'il ne faut pas vacciner les petits enfants d'un tempérament trop faible, ou déjà abattus par des maladies, ou lorsqu'ils se sont trouvés au milieu du miasme varioleux. C'est qu'alors la vaccination bien loin de le tempérer, précipite le développement de la variole, qui bien que modifiée, ne dissipe point les craintes, n'était-ce que pour les conséquences delà faiblesse qui peuvent devenir extrêmes.
Après avoir exposé la doctrine de Legendre, nous devons parler d'un cas raconté par le doct, Tardieu. Il est question d'un jeune homme qui, vacciné au premier jour de l'éruption varioleuse, a parcouru trèsrapidement toutes les phases de la véritable variole sans ressentir ni fièvre secondaire, ni enflure du visage et des extrémités, ni aucun de ces graves symptômes qui bien souvent donnent de l'inquiétude et aggravent la situation du varioleux. Au 7°^« et au 8»* jour depuis leur apparition, les pustules en étaient déjà à la période de dessèchement. La vaccine eut aussi une phase rapide ; elle fut douce et sans danger, et suivit en tout le cours de la maladie principale. Le médecin conclut (et ce cas lui en donnait en vérité l'occasion) que l'inoculation vaccinale peut être utile non seulement durant la fièvre primaire, mais encore au moment où l'éruption est sur le point de sortir ou se manifeste déjà sous la peau.
Dans le premier cas rinoculation contribue activement à mitiger le grave développement du mal ; dans ie second elle le modère quand il a déjà commencé son cours, et exerce beaucoup de force contre la puissance de la maladie qu'il combat par loi d'assimilation.
Mais Bousquet et d'autres auteurs français veulent contester tant les faits que nous avons racontés, que les témoignages de Glerault, Tardieu et Legendre. Ils en attribuent la cause plutôt à une éventualité exceptionnelle qu'à la loi générale de l'eflScacité vaccinale. D'après eux, la variole aurait été dans ces circonstances et dans ces individus d'un caractère léger, même dans le cas où elle n'eût pas été modifiée par l'inoculation vaccinale, ou plutôt (conformément à leur pensée) en coïncidence avec elle. Ils veulent en. dernière analyse nous faire croire que la variole est cette maladie d'origine bénigne dont Borserio a parlé en ces termes : < Dans les cas d'une très-légère variole,
< toutes les phases en sont ordinairement d'une plus € courte durée, et aucune d'elles ne dépasse jamais <le 3^«jour, de sorte qu'au neuvième les pustules
< commencent à se dessécher et à s'abaisser graduel- «lement >. Cependant ces oppositeurs ne contestent pas absolument la possibilité de la modification simultanée des deux principes. L'on dirait même qu'ils reconnaissent implicitement ce fait, lorsqu'ils émettent le doute; car le doute est dans la* science un indice que Ton n'exclut pas les principes en question. Mais
ils se hâtent de dire: < La vaccine et la variole se dé- « veloppant Tune indépendamment de Tautre, ne peu- « vent-elles pas offrir de semblables irrégularités ?
< Voilà ce qu'il fallait examiner précédemment; car € s'il se présente des cas fréquents de variole modi- € fiée par la vaccine, ils diffèrent peu de ceux où la € vaccine et la variole se développent séparément; « il y a d'ailleurs un certain nombre d' exemples de
< cas graves et funestes de la concomitance des deux
< maladies ».
Bousquet observe en outre que par le fait seul que la vaccine est un préservatif de la variole, l'on a cru qu'elle devait la modifier et l'adoucir, lors même que les deux éruptions fussent simultanées: < La petite
< vérole marche à côté de la vaccine, et je la suppose
< aussi bénigne que vous le souhaitez. Est-ce la vac-
< cine qui lui vaut cette bénignité? En aucune ma-
< nière. C'est vous, c'est votre esprit, qui, contre tous € ses engagements, invente une cause, invente un
< effet, et tire ensuite la conclusion >. Bousquet passe après à l'analyse des faits rapportés par Clérault, au nombre de 111, et accepte sans hésitation tous ceux qui sont plus ou moins directement favorables à sa théorie. Quant aux autres qui viendraient à l'appui d'une doctrine contraire, il les repousse ou il les interprète et façonne à son gré, se fondant, dit-il. sur ce qu'il peut opposer contre les cas cités par Clérault un nombre égal de cas graves et mortels qu'il a constatés à Paris à l'hôpital des enfants, où plusieurs
malades succombèrent malgré le double concours de la variole et de la vaccine. Il s'appuie aussi sur le rapport de M. Richard relatif aux vaccinations opérées en 1846 dans le département de TEure, Ce rapport constate trois cas de variole mortelle chez trois personnes dont une fille de 14 ans qui vaccinée depuis huit jours succomba précisément lors que Tinoculation déployait sa plus grande force. Il rappelle que dans l'épidémie de Marseille de 1828 seize personnes succombèrent à la variole, encore qu'elles eussent été vaccinées à l'époque de l'éruption varioleuse ou de la fièvre.
Les statistiques mêmes du doct. Clérault servent à BoiÈquet pour le combattre, puisque L. Clérault énumère 12 décès sur 111 cas. Enfin il s'écrie: < Eh quoi, i vous convenez que la variole en coïncidence avec
< la vaccine, a tué 12 personnes sur 111, et vous citez
< ce résultat pour vous? > Il n'est pas moins tenace à repousser le témoignage et les idées du doct. Legendre. < Il a rassemblé, dit-il, 56 cas de variole et de
< vaccine concomitante, dont 47 eurent une variole
< bénigne. Et lé reste ? Les 9 autres périrent. Ce qui
< fait presque un sixième. Qu'aurait donc fait de pis
< la petite vérole privée de l'assistance de la vaccine? > MM. Rilliet et Barthez ont soutenu d'accord avec
Legendre que la vaccine appliquée comme un remède à la variole peut chez les enfants maladifs et affaiblis en précipiter le cours et en augmenter la gravité, bien loin d'exercer sur la même une puissance
4lî DE LA VACCINATION — CHAPITRE XV
efficace de modification ; ils disent que sur 39 malades dans ces conditions ils ont pu constater 36 décès. Mais Bousquet qui est aussi contraire à attribuer au virus vaccinal un effet funeste, qu'à lui donner une efficacité dans son immixtion avec la variole, réfute cette assertion, comme il avait déjà combattu la première, en se donnant un certain air d'impartialité. Qui plus est, il ne laisse pas d'examiner la partie la plus vitale de la question, c'est-à-dire si la vaccine ne peut diminuer l'abondance de l'éruption, t C'était, € ajoute-t-il, le principal avantage de l'inoculation , € avantage d'où découlaient peut-être tous les autres. € Mais quelle différence entre les deux méthodes ! > Il continue à observer que lorsqu'on semait le virus varioleux, le patient était pur de toute contagion, et l'art tout entier à lui-même n'avait pas besoin de se prémunir contre les conséquences d'une infection naturelle. Mais si cette infection avait eu lieu préventivement, alors la variole se manifestait telle qu'elle est dans les desseins de la nature, tantôt discrète et tantôt confluente. Dans le premier cas, on ne se souciait point d'en attribuer le mérite à l'inoculation; mais si elle était confluente, on faisait tous les efforts pour l'en absoudre. Dans l'un et dans l'autre cas tout semblait marcher selon les meilleures règles. Vouloir maintenant attribuer au vaccin ce que l'on contestait à la variole, et ne tenir compte pour suivre ce système que des cas les plus heureux, est, au dire de Bousquet, moina une erreur qu'une injustice. Il est
DR LA VARIOLB MODIFIEE PAR LA VACaNE 4?3
en outre étrange d'appeler chaque fois la vaccine modificatrice de rintensité de la variole, comme s'il n'y avait que des varioles confluentes, et qu'elles ne s'adoucissent qu'avec le mélange de la vaccine. < Il y a certainement beaucoup plus de varioles discrètes que de varioles confluentes, et il s'en faut bien que la variole qui marche à côté de la vaccine soit toujours discrète et bénigne. On estime que pour une variole confluente il vient au moins dix varioles discrètes. La vaccine a donc beau jeu huit ou neuf fois sur dix. Il faut donc faire la part de cette bénignité naturelle ; mais on compte les faits et on ne les pèse pas; on observe et on ne pense pas. On a vu quelques exemples heureux de coïncidence, et sans plus de réflexion, on attribué à la vaccine la douceur de la petite vérole > .
C'est ainsi que Bousquet est ferme et inébranlable dans sa manière de raisonner. Il est fixe dans l'idée que la vaccine ne peut modifier la variole, et viceversa que la variole n' influe pas sur la vaccine. Et comme l' on ne peut contester qu' il n'y ait parfois dans les deux éruptions des modifications réciproques, que plusieurs attribuent à une influence naturelle, Bousquet, fort de son principe, pense que les irrégularités d'une éruption doivent être considérées comme appartenantes aussi à l'autre, et rapporte à ces irrégularités toute prétendue force de modiflcation mutuelle. € Le vaccin ne change pas, ajoute-t-il; mais les «organisations varient et l'obligent à se modifier
< dans ses apparences extérieures. Et , par exem- «ple, l'aréole esta peine sensible chez les enfants € faibles et délicats; je Tai vue souvent trèsJégère € chez les nouvelles recrues qui me sont envoyées
< pour être vaccinées. Les boutons eux-mêmes vien- € nent souvent sans vigueur et se traînent ainsi jus-
< qu'à la fin. On dirait des vésicules plutôt que des
< pustules. Pourquoi donc cherôher une cause parli-
< culière à un phénomène commun et naturel ? Encore
< une fois, cette réaction n'est qu'une chimère ; et plus
< les deux éruptions se rapprochent, plus elles sont li- € bres, indépendantes. Expliquons-nous davantage.
< On met de côté V incubation qui n'est pas la même € des deux parts, et on suppose que la variole et la
< vaccine se font jour à la même heure; alors, je le
< soutiens, les deux éruptions se mettent en marche
< parallèlement avec la même aisance et la même li- € berté que si chacune était seule et séparée de l'autre.
< Si la variole doit être discrète, elle le sera ; si elle
< doit être confluente, elle le sera; mortelle, elle le
< sera. Et réciproquement, la vaccine sera forte ou € faible, avec ou sans aréole, comme elle l'aurait été € dans le plus parfait isolement. Mais bien que la va-
< riole et la vaccine marchent ensemble, elles peuvent € n'avoir pas la même date. Supposé qu'elles apparaisr € sent r une après l'autre , qu'arrivera-t-il ? tout dé-
< pend de la distance qui les sépare. Si cette différence
< n'est que de quelques heures, et même de deux ou
< trois jours, tout se passera peut-être, comme dans
la première hypothèse. Le cas est différent quand Tune des deux éruptions a une grande avance sur l'autre. Tant qu'elles ne sont pas à la distance oh elles s'excluent, elles marchent ensemble, mais elles ne marchent pas parallèlement. La plus avancée conserve tous ses avantages et finit à son heure ordinaire sans éprouver le moindre dérangement ni dans la forme ni dans la durée. Et l'autre ? l'autre la suit de son mieux, et pousse plus ou moins loin. Mais arrive le moment oh la capacité varioleuse est comblée par son aînée, et dès lors elle se flétrit et s'éteint comme une plante sur le sol qui ne peut la nourrir... Gontentons^nous de remarquer ici que, dans ces sortes d'influence de la vaccine sur la variole, et de la variole sur la vaccine, il n'y a rien de direct, rien d'actif, rien de spécial, c'est la suite, c'est la conséquence de la propriété qu'elles ont de se suppléer, de se substituer l'une à l'autre. C'est un droit de préséance; et cela est si vrai, que plus elles s' éloignent, plus promptement elles se donnent l'exclusion; plus elles se rapprochent, plus elles ont de liberté et d'indépendance.
« Ainsi , conclut-il , loin d'expliquer les propriétés de la vaccine par l'opposition qu'on lui suppose avec la petite vérole, elles s'expliquent, au contraire, par l'analogie qui les unit, et par la solidarité qui fait que tout est réciproque entre elles >.
Le même auteur parla de la marche des deux éruptions dans son rapport annuel à l' académie de méde-
476 DK LA VACCINATION — GHAPITRB XV
cine, date du mois d'avril 1854, et s'exprima ainsi: . < Si elles naissent ensemble , elles marchent ensem-
< ble, comme si elles étaient séparées. < C'est entre
< elles une affaire de naissance: la première prend
< possession de la place et pourvu qu'elle ait 5 ou 6
< jours d'avance sur sa rivale, elle règne en souveraine » et sans contestation ».
C'est à dessein que nous avons rapporté l'autorité d'un savant distingué, tel que Bousquet. Comme nous nous sommes étendus dans l'exposition des doctrines contraires, nous avons cru donner une preuve de notre impartialité en exposant toutes les opi^ions et en n'omettant aucun des motifs qui sont avancés de part et d'autre.
Ajoutons maintenant que, quel que soit le respect que nous inspire un auteur si renommé, d'autres auteurs également compétents sur cette matière n'ont pas tenu pour bonnes les argumentations de Bousquet. Ils lui opposent les faits et la raison suprême de l'expérience. Ce ne sont plus aujourd'hui les seules observations et les assertions de Sacco, de Roger, de William, de Legendre, de Clérault et de Tardieu que l'on peut consulter sur la réciproque influence de la
variole et de la vaccine simultanées, influence basée
sur la réciprocité même de l'analogie. La science s'est enrichie de nouveaux cas et dans les temps postérieurs e tsurtout aujourd'hui. Que M. Bousquet les veuille ou non admettre, ces faits ont introduit généralement la croyance que réellement le vaccin modifie la variole,
qu'il radoucit et en atténue la force et l'énergie, surtout lorsqu'il se passe trois ou quatre jours entre l'inoculation et la première manifestation des symptômes précurseurs de la variole. 11 est prouvé que la variole est non' seulement plus bénigne dans son essence (ce que Bousquet voudrait attribuer à l'ordre naturel de la maladie), mais qu'elle parcourt une période plus courte, qu'elle vient vite et facilement en suppuration et qu'elle donne difficilement lieu à la mortalité, pas même en des proportions minimes.
Il n'y a certainement aucun, ni nous ni d'autres, qui puisse et veuille soutenir que cette règle d'influence modificatrice ne souflTre point d'exception. Il en est ici comme de tous les principes des- choses humaines, où l'absolu n'existe jamais d'une façon pour ainsi dire inexpugnable. Cette influence est donc sujette à des exceptions dont nous pourrions nous-mêmes faire foi. Malgré ce, les faits isolés et partiels, rares et spéciaux, ne pourraient jamais nous faire dévier d'une théorie qui embrasse des vérités constantes, et ne laisse tout au plus que 3 cas sur 100 d'une éventualité inexplicable. Serait-il juste après que l'on a vu et que l'on voit chaque jour que la variole a une marche plus douce et plus tranquille quand elle est en coïncidence avec le vaccin, serait-il juste, disons-nous, de nier, à l'instar de Bousquet, la vertu intrinsèque de cet accompagnement, parce qu'il arrive parfois que les résultats sont contraires aux prévisions, ou que quelque individu succombe ? Combien de causes étran-
gères aux deux maladies, ou supérieures à Tinfluence de la coïncidence, et dont le médecin ne sait se rendre raison parce qu'il n'a pas toujours l'œil fixe sur le malade, ne peuvenL-elles pas produire ces funestes conséquences? Admettons, si 1 on veut, que ces tristes cas ont leur raison d'être dans l'ordre même et le développement direct de la maladie ; nous n'en serions pas plus autorisés pour cela à contester un principe qui se vérifie quatre-vingt-dix fois sur cent. Mais nous ne nous contentons pas si facilement de preuves idéales, et nous ne voulons nous appuyer que sur les données effectives des cas pratiques.
En voici d'autres. Le prof. Cerruti, directeur du Policlynicum de Leipsick, parle dans sa description de l'épidémie qui a sévi dans cette ville en 1827 et 1828, d'un certain nombre de cas de vaccination subsidiaire. Il en cite onze, où, bien que l'inoculation eût été pratiquée lorsque l'infection s'était déjà manifestée, la variole fut néanmoins extraordinairement ipodifiée. Elle se transforma même en varioloïde, et le cours de la vaccine continua, sans qu'il se présentât aucun symptôme de danger.
Nous avons parlé plus haut d'inoculations opérées en pareilles circonstances par le doct. Tonelli, et des résultats qu'il obtint en inoculant la variole et la vaccine par la même incision-. Nous avons dit sur la foi de ce médecin que le pus varioleux fut paralysé, et que la vaccine seule eut de la prépondérance et un cours régulier. Il convient maintenant de parler de ce
qui lui arriva en 1815, lorsque la variole s'était manifestée à Palliano (Italie). Il voulut faire des essais sur la force simultanée de la double inoculation. La variole commune attaqua vingt individus. Il avait si bien prévu le symptôme lointain d'éruption dans tous les vingt, qu'il prédisposa contemporainement en eux le cours de la lymphe vaccinale. Or il assure que non seulement la forme de la variole fut bénigne dans tous (et nous voudrions même admettre avec Bousquet qu'on puisse l'attribuer au caractère naturel de la maladie), mais qu'elle n'avait même plus la force qu'elle a coutume de conserver dans les cas les plus légers. Pour éloigner tout doute et mettre au grand jour ses observations, il les distingua en deux classes.
11 plaça dans la première les individus qui contractèrent la variole, lorsque l'inoculation vaccinique était déjà arrivée à sa maturité ; et dans la seconde ceux qui en furent atteints avant l'inoculation du vaccin. Il ne mentionne dans la première que trois individus, sur deux desquels la variole apparut au 9°^« jour, et au 10°^« sur l'autre. Dans les deux premiers la fièvre accompagna l'éruption postérieure, tandis que l'autre en fut entièrement exempt. Ils accomplirent tous les trois en deux semaines le cours de la maladie, à laquelle, à raison de ses effets, on ne saurait donner le nom de vérole arabique, bien qu'elle en démontrât tous les caractères dès son apparition et dans sa nature intrinsèque. Les lecteurs peuvent ainsi voir que 1 exiguïté du nombre n'enlève rien à la valeur sub-
stantielle de rexpérience. Le doct, Tonelli plaça dans la seconde catégorie 17 individus dont 14 eurent la variole arabique plus ou moins discrète, et les autres cohérente. Dans tou:^ la période d'éruption fut annoncée par une lente fièvre de trois jours. Le cours dés autres phases conséquentes à l'éruption fut trèsrapide, et surtout celui de la suppuration. Durant le développement et l'issue de la variole la vaccine suivit les règles ordinaires avec une certaine lenteur. Dans un seul cas Tonelli observa que < tandis que les pustules varioleuses suppurèrent à la hâte et se desséchèrent rapidement, les pustules vaccinales restaient stationnaires et sans se remplir entièrement de lymphe; mais au bout de quatre jours elles se gonflèrent et reprirent le cours constitutif qui avait été en quelque sorte suspendu ».
Le docteur Tonelli ajouta à son mémoire un prospectus qui présente à vue d'œil tous les détails des faits qu'il a décrits. Nous nous dispensons de le reproduire , attendu qu'il nous semble, d'après ce que nous avons dit, que chacun peut avoir la môme conviction que le doc t. Tonelli, c'est-à-dire que dans les 20 cas en question, la vaccine a, pu réellement modifier la variole, de même que la variole a pu exercer une influence suspensive sur la vaccine. Mais le docteur Tonelli n'aurait pas encore été satisfait, s'il n'avait donné une plus large base à ses expériences dans le but de connaître jusqu'oh pouvait s'étendre la vérité de la théorie qu'il professa. 11 vaccina à cet effet
huit individus qui avaient déjà eu non seulement la fièvre, mais même Téruption varioleuse. L'issue ne fut pas égale dans tous, car la peste arabique s'était déjà en quelque sorte emparée de ces malades, et le vaccin devait opposer à la même moins une force de répulsion que de réaction, L'efifet en fut tout de même prodigieux, car le vaccin l'emporta dans quatre sur huit. 11 cite entre autres un enfant de 15 mois sur lequel la maladie s'était manifestée avec tous les caractères de la variole confluente soit cohérente. Malgré cela, à mesure que le vaccin agissait, les pustules de la première maladie prenaient une forme et une intensité plus discrète. Elles se desséchèrent promptement, le malade fut sauvé et n'eut point les douleurs aiguës dont il avait été menacé de prime abord. Un autre enfant guérit presque aussitôt à la suite de l'inoculation, puisque 5 jours après < la suppuration com- € mencée s'arrêta tout à coup et les pustules vario- < leuses se desséchèrent et disparurent sans laisser «aucune trace sur le malade >. Les deux autres cas ' ressemblèrent presque aux premiers sous le rapport de la perfection et de la rapidité du succès. ,
Les revues médicales françaises nous ont appris que le doct. Verger obtint un grand résultat à Louisfert durant l'épidémie varioleuse de 1847. Il la combattit avec les expédients de la vaccination précédente, concomitante ou subséquente aux premiers symptômes. Il fit ses expériences sur 170 individus. Nous mentionnerons quelques cas. Une femme, mère
3t — Parola, vol. I, De la vaccination,
482 DE LA VACaNATION — CHAPITRE XY
de quatre enfants , en présenta trois au médecin le jour de Tinoculation. EUeavait dû laisser à la maison le quatrième sur lequel s'étaient déjà manifestés les indices précurseurs de la variole. L'aîné eut le lendemain de rinoculation les symptômes varioleux et fit une maladie d'environ quatre mois. Si le vaccin appliqué 24 heures auparavant ne put avoir une pleine influence, il était cependant arrivé à temps pour combattre la variole et ne pas lui laisser prendre un développement mortel. Mais les deux autres enfants qui avaient été vaccinés régulièrement, et chez lesquels les symptômes de la petite vérole ne se démontrèrent que lorsque les vessies étaient prêtes à crever, ne subirent qu'une légère varioloïde et de si courte durée que leur frère non vacciné souffrait encore de la maladie qu'ils en étaient déjà parfaitement guéris. Dans une autre famille composée de dix personnes, cohabitant toutes (ainsi qu'il arrive bien souvent dans les petites localités) dans la même chambre, sept bien que vaccinées précédemment, furent atteintes de la varioloïde. Les trois dernières présentèrent des symptômes précurseurs, avant que le virus vaccinal fraîchement appliqué à cause du danger de la contagion, eût formé ses boutons. La petite vérole avait un caractère cqnfluent. Quelle ne fut pas la surprise du public (et le docteur n'aurait pu en tirer une meilleure leçon), lorsqu'on vit que précisément les 3 individus récemment vaccinés et atteints de la variole conliuente guérirent rapidement; tandis que ceux qui
l'avaient étë depuis longtemps , subissant dans cette circonstance une très-faible Variole, eurent la période du mal assez longue, les suppurations immensément plas difficiles, et, généralement parlant, les conséquences plus graves. Nous ne croyons pas opportun de renouveler des considérations qui naissent de la nature même des faits. Les recueillir et les raconter équivaudra pour le lecteur intelligent à de plus longs développements d'une question dont les preuves s'appuient sur Texpérfence.
Le doct. Scudellari nous donne des renseignements précieux sur Tépidémie qui éclata à Bologne en 1848. 11 observa une légère modification sur le virus du vaccin, puis une éruption varioliforme sur deux enfants qui habitaient assez loin des centres d'infection, et qu'il avait vaccinés avant que la petite vérole devînt épidémique, avec du pus extrait sous une prédisposition latente de la petite vérole. Le doct. Venturini cite dans son rapport beaucoup de cas (1) oîi la vaccine précéda la variole de peu de jours, de 8 et plus à dater la vaccination, ce qui suffit pour détruire radicalement les mauvais effets que la variole paraissait vouloir produire.
Les observations faites par le doct. Verardini à Bologne durant l'épidémie de petite vérole qui sévit en 1855, méritent d'être mentionnées. Il constata dans ^ la section de vaccination de la société médico-chirur-
(1) De pareils cas se vérifièrent aussi à Bologne eo IMS.
gicale cinq cas de modification de l'exanthôme varieleux par la vaccine* Trois enfants qui cohabitaient avec leurs soeurs atteintes de la variole, confiuente depuis trois jours, furent présentés à cette société pour êtfe vaccinés. Deux eurent avec des points rouges et des boutons vacciniques beaucoup d'autres points sur le visage et sur d'autres parties du corps, tous également rouges et saillants, c'est>-à-dire varioleux, et qui commencèrent à sécher au sixième jour. Sur l'autre enfant, vacciné on même temps, l'éruption varioleuse apparut au &»« jour et contemporainement au développement de la vaccine qui retarda de deux jours sa période habituelle, tandis que l'éruption varioleuse se dissipa dès sa naissance. Dans le 4^^ cas le virus varioleux fut modifié par la vaccine et supéré entre le &»« et le 6™® jour après l'inoculation. Dans le 5°*« enfin on vit, deux jours après l'inoculation et avant l'exanthème vaccinal, des pustules varioleuses couvrir la peau et disparaître au sixième jour cédant à la force de la vaccine. < Ces faits, conclut M.' Verardini,
< nous enseignent que Ton peut, malgré la présence
< ou la menace de l'éruption varioleuse , pratiquer € l'inoculation vaccinique non seulement avec la sù- € reté de ne point nuire au malade, mais encore avec
< la persuasion de lui être utile. De sorte que je suis
< d'avis avec mes collègues de pratiquer constam-
< ment l' inoculation de Jenner chaque fois que la € variole menace d' apparaître ou commence à se
< montrer », Dans l'épidémie de variole et de va-
rioloïdequi éclata en 1848 et 1849 à Dunkerque M. le doctZaudick constata: l^ Que lorsque la petite vérole et la vaccine se montrent en même temps sur un enfant sain, la première des deux éruptions mitigé ordinairement la seconde ; 2^ Qu'il faut toujours possiblement vacciner, durant la période d'incubation, parce que très-souvent dans ce cas le petite vérole se modifie ou revêt un caractère de varioloïde ou a un cours rapide et sans danger ;3o Qu'il est toujours convenable de vacciner même lorsque la petite vérole s'est déjà développée, parce que le vaccin n'offre aucun danger et que dans beaucoup de circonstances les effets en ont été très-salutaires. Pour établir davantage l'importance pratique de ces propositions, nous citerons encore d'autres faits, Le doct. Schina, médecin à l'hôpital S.* Jean de Turin, cite un cas de variole qui se manifesta sur une jeune fille au 7°^« jour de Tinoculation vaccinale, lorsque les pustules vaccinales étaient déjà formées, et dit qu'au 7™« jour l'éruption varioleuse était déjà arrivée à la période de dessiccation sans avoir produit la fièvre. Il dit en outre que le doct. Fissore observa dans le même hôpital trois cas dans lesquels la vaccination fut pratiquée lorsque l'éruption varioleuse était déjà en cours.
Premier cas.OTLYSLCcina. au second jour de l'éruption varioleuse qui menaçait de devenir cojifluente, et l'on put observer presque aussitôt la diminution des symptômes généraux et de la réaction fiévreuse. L'effet fut très^ensible sur les papilles varioleuses qui
furent comme arrêtées dans leur développement et passèrent avec rapidité à la dessiccation en laissant de légères traces de cicatrices. — Deuxième cas. Le vaccin ne produisit aucun effet salutaire sur un sujet de 32 ans de chétive constitution et scrofuleux. Déjà avant Téruption les symptômes précurseurs étaient accompagnés d'une abondante épistaxis avec du sang liquifié. L'éruption varioleuse se fit attendre, et les papilles présentaient déjà un aspect sinistre , vu qu'elles étaient peu élevées, très-nombreuses et blanchâtres. On vaccina dès que l'éruption se manifesta. La fièvre diminua peu après, mais la tendance à l'hémorragie continuait avec moins de force aux narines, mais avec plus d'abondance aux intestins, et donnait lieu à une véritable entérorrhagie. Deux jours après la vaccination on vit paraître autant d'ecchymoses circulaires qu'on avait pratiqué de piqûres. Une hémorragie sous-cutanée se répandit sur tout le corps, et le malade dut succomber le septième jour par suite de l'hémorragie interne et externe. Si cependant l'on tient compte de la mauvaise constitution du malade, des hémorragies qui précédèrent l'éruption et du triste aspect de cette dernière, l'on ne doit point s'étonner si la vaccination opérée tardivement et dans de si malhereuses circonstances, n'a pu exercer sa bienfaisante influence — Troisième cas. La vaccination ayant été opérée dès la manifestation de l'éruption varioleuse sur un sujet plus robuste, celte dernière fut tronquée au milieu de son cours, le dé-
DE LA VARIOLE MODIFlés PAR LA VACCINE 487
veloppement des pustules fut restreint, et rapide le passage à la période de dessiccation. M. Schina nous ' cite un quatrième cas qu'il observa dans le même hôpital S.^ Jean sur un enfant de dix ans qui n'avait pas été vacciné auparavant, et qui avait une variole confluente très-intense sourtout au visage et à la tête, lien était au second jour de l'éruption quand on le recouvra; le lendemain, vu la gravité du cas, on le vaccina. La variole continua son cours et n'atteignit la période de desquamation qu' à l'époque ordinaire. Les symptômes généraux tels que la fièvre, et la congestion cérébrale diminuèrent d'une manière sensible, de sorte qu'à la période de suppuration le malade était presque sans fièvre. Les pustules du vaccin n'apparurent cependant pas. Mais M. Schina reconnut avec toute évidence que le vaccin avait modifié la variole, et il jugea que malgré le manque d'éruption cutanée, on devait admettre que le vaccin avait exercé son influence par la modification générale imprimée à toute réconomie. M. Schina exhorte enfin à vacciner les varioleux, vu que l'inoculation du vaccin est tout à fait inoffensive, et que le pronostic de la bénignité ou malignité de la variole n'est pas toujours positif (l). Le doct. Goccolo suivit à Turin les conseils de M.' Schina. Se trouvant en présence d'un cas de petite vérole confluente dans une famille oîi deux enfants entre autres n' avaient pas encore été vaccinés , il
11) Gaielte de VÀaoeiation médicale de Turin, 1858, N^ 39. et 1860, N* 20.
pria les parents de les faire vacciner. Sur V un d'eux qui avait 45 jours Topération fut sans effet, mais il ne fut point atteint de la petite vérole. Le deuxième, âgé de quatre ans, fut assailli peu d'heures après par une fièvre aqpompagnée de frissons et de céphalalgie; il eut des vomissements et les prodromes d'une éruption varioleuse. Cet état de choses avait presque cessé le jour suivant. Cependant au bout de 4 jours des boutons sortirent sur tout le corps et ne tardèrent pas à se changer en véritables pustules varioleuses , abondantes, non confluentes, et qui parvenues à la période de suppuration changèrent tout à fait de forme et au lieu de suppurer se desséchèrent en suivant le cours d'une simple varioloïde. Durant l'éruption le malade eut une légère fièvre et ne se plaignit ordinairement de rien. L'insertion du vaccin pratiquée sur cet enfant par trois piqûres à chaque bras, produisit six vessies qui se développèrent en même temps que l'éruption de la petite vérole, et continuèrent leur cours régulier si bien que la variole avait déjà ao i compli rapidement son cours (8 jours), que les pustules , vaccinales continuaient d'une manière vigoureuse (i). Ce fait est bien important selon nous et prouve que la vaccination pratiquée lors de la préexistence de la petite vérole, si elle n'en empêche point l'éruption, elle la modifie, en abrège le cours et la réduit aux proportions d'une douce varioloïde.
(1) V. Gaz. Ame. méd. Turin, 14 janvier 1860.
M. Thore parle dans ses études snr l'étiologie de la variole de rinfluence immédiate du vaccin sur la petite vérole, et rapporte les faits suivants. !<> Dans Tépidémie d'Arcueîl en 1846 sept enfants de la famille royale contractèrent la petite vérole. De deux non vaccinés l'un eut la variole conflîiente et succomba atteint aux poumons, et l'autre l'eut presque confluente. Le troisième déjà vacciné eut une variole douce. Les quatre autres furent vaccinés trois jours après les prodromes de l'éruption varioleuse. La variole se montra sur trois le jour même de la vaccination et sur l'autre le lendemain. Mais elle fut sur tous d'un caractère bénin sans trace extérieure de développement du vaccin. Aura-t-il cependant exercé quelque influence? D'autres faits analogues nous le feraient croire, et dans tous les cas, dit M. Thore, < on peut
< toujours admettre que la vaccination n'a point nui, € et il est permis de supposer que si les deux autres € enfants avaient subi l'épreuve du vaccin, ils n'au-
< raient poîïit présenté une variole confluente chez
< l'un, mortelle chez l'autre ».
2^ La sœur d'un varioleux mort le i^ janvier 1851 est vaccinée le 5 du même mois. Elle a huit ans et jouit d'une bonne santé. Le 6 elle a la fièvre et des vomissements, etc. qui continuent jusqu'au déclin du 8«»« jour, oh^l'éruption varioleuse se montre avec des papUles disséminées sur la face. Trois boutons vacciniques sortent aussi. Le neuvième jour l'éruption se développe, point de fièvre ni de vomissement; les deux
éruptions marohent parallèlement et avec régularité. Le &ûe jour les boutons varioleux se dessèchent ; la vaccine continue au contraire son cours jusqu'à la fin.
3^ Duval âgé de 16 ans, vacciné le 26 décembre 1852, est atteint le 30 de vomissements et de fièvre. Le 2 janvier la variole et la vaccine paraissent simultanément. Les pustules sont en pleine suppuration le 8, et le 13 les croûtes sont déjà tombées. La vaccine continue son cours régulier.
4® Le frère du précédent âgé de trois ans et demi, vacciné le même jour, est atteint le 30 de fièvre, de vomissement et d'un peu de délire. Le l®' janvier paraissent simultanément et variole et vaccine, et leur marche est comme celle du cas précédent. M. Thore ajoute : < Notons ici que la variole a parcouru ses pé- € riodes avec une très-grande rapidité. Au bout de € douze ou quatorzejours, les croûtes étaient tombées, € tandis que celles du vaccin ont été plus tardives et < ont suivi leur marche normale. Ici donc Tinâuence € s'est fait sentir d'une manière incontestable ». — Des faits irréfragables ont ainsi prouvé que ce n'est pas par simple hasard, ainsi que le voudrait M/ Bousquet, mais par une loi presque constante et générale^ que le vaccin uni à la variole neutralise ce qu'il y a de funeste dans elle. Le précepte d'ailleurs de recourir à l'inoculation, même lorsque la petite vérole a déjà donné des signes précurseurs, n'est point nouveau; tous les médecins l'admettent, et le cas rapporté par le doct. Schina nous en prouve la justesse
DE LA VARIOLE MODIFliB PAR LA YACClIfE 49i
etrimportance. Seuls MM. Legendre^Rillietet Barthez voudraient faire quelques exceptions à la règle, spécialement en cas de faible constitution dôs enfants atteints de la petite vëcole, ou lorsqu'ils sont déjà sous Tinâuence de conditions maladives, ou en quelque sorte infirmes.
Mais comme cette question est d'une haute importance, nous croyons devoir examiner les raisons que nous donnent ces adversaires con^pétents. Legendre, le premier, affirme contre l'opinion de Bousquet que le vaccin peut modifier la petite vérole et influer sur elle lors même que le patient se trouve déjà dans l'état d'incubation, surtout s'il a dépassé la quatrième année. Cette opinion est fondée, dit^il, sur des cas qu'il a sui<» vis avec attention. Mais après avoir fait d'une manière si explicite l'apologie de la vaccination dans cette sorte de cas, il fait une exception à la règle. Pourquoi donc? parce qu'il craint que chez les enfants faibles ou afikiblis par des maladies, la vaccination ne puisse dangereusement précipiter le cours de la petite vérole , et qu'elle n'aille aggraver les conditions déjà graves par elles-mêmes de la faiblesse préexistante. Il ajoute qu'il dut se convaincre dans cinq cas de l'utilité de cette précaution. Il nous semble facile de répondre aux arguments de cet auteur. En premier lieu, s'il admet, comme il arrive en effet, que la va^ noie se modifie positivement par le vaccin, même dans d'autres maladies les dangers seront de beaucoup diminués et en nombre et en intensité en comparaison
de ceux qu'engendre la nature maligne de la petite vérole sévissant librement. Mais il y a de plus. Cinq cas seulement sur des centaines remarqués par l'auteur, peuvent-ils autoriser une restriction à la théorie dont l'utilité est intrinsèquement et pratiquement démontrée?* Si l'infection s'est déjà prononcée et menace la vie du malade d'une manière directe, pourquoi renoncerait-on au moyen non seulement probable, mais généralement certain de la mitiger et de la rendre bénigne dans son éruption et dans ses suites^ Peut-on jamais comparer le mal éloigné des stades précipités d'une maladie au mal prochain d'un danger qui dépend de la qualité de la petite vérole ? Après tout nous préférons à toute considération secondaire l'espérance fondée de mitiger les symptômes. Ne point accourir au sauvetage d*un tel qui se noie ou va facilement se noyer, dans le doute qu'en le prenant par les cheveux ou par toute autre partie du corps, il puisse être exposé à de nouveaux malheurs , n'est ni humain, ni logique, ni opportun. Les paroles, non les raisons, de MM. Rilliet et Barthez ne nous paraissent guères de meilleur aloi. En parlant de six cas (nous disons six, bien qu'ils en veuillent sept, parce que dans le dernier le malade était atteint de tant d'infirmités de nature différente qu'il pouvait succomber à tout autre mal plutôt qu'au vaccin) ils entendent dé* montrer qu'en vaccinant des enfants déjà malades ou faibles il en peut naître un dérangement dans leor physique, sans que l'influence du vaccin puisse se
développer ; et ce parce que les six eiifants dont il est question succombèrent tous de petite vérole malgré le vaccin. Mais il faut que l'on sache de quelles maladies étaient infectés ces malheureux. Deux étaient atteints de rachitisme , le troisième en convalescence d'une fraîche maladie, un autre était atteint de paraplégie, le cinquième encore infirme à la suite de complication de maladies, et le dernier avait la teigne. Il est cependant permis de croire que par le contraste de tant d'infirmités les malades ont eu moins de force pour lutter contre la variole et la vaincre, et rien n'empêche de croire que si le vaccin n'a pas exer^cé une influence bienfaisante, il n'a pas nui pour autant. Rien dans cette dernière hypothèse n'autorise à croire que son influence a été funeste. MM. Rilliet et Barthez n'avouentils pas que ces six enfants étaient en bas âge, et qu'il devaient ainsi facilement succomber à des maux prée* listants? La statistique qu'ils «publient des enfants de deux à quatre ans qui succombèrent par défaut de vacjcination concomitante, est un témoignage contre leur système. Sur cinquante-cinq 32 moururent, 23 seulement guérirent; ceci quant à la variole naturelle ou ordinaire. Dans les cas de variole anomale 36 sur 39 succombèrent. Il ne nous semble pas possible de * trouver un meilleur argument en faveur de la vaccination que celui qui découle des données précédentes. Le fait seul que sur 66 cas 20 enfants seulement eurent la petite vérole naturelle, que 19 ne l'eurent point régulièrement et que 23 subirent la petite vérole, parle
déjà suffisamment par lui-même pour qu'il soit nécessaire d'ajouter un mot de plus. Mais MM. Rilliet et Barthez se retranchent encore derrière un sophisme et demandent presque sous l'impression du doute, si vraiment les cas de varioloïde de beaucoup plus nombreux que ceux de la petite vérole ordinaire, doivent être attribués au -vaccin ou plutôt à une disposition naturelle. Pour répondre tel qu'il convient à cette interrogation, il faudrait connaître si la varioloïde existait ou était observée par les médecins avant la découverte du vaccin^ et dans quelles proportions elle agissait dans les épidémies, quelle intensité elle déployait et quelles conséquences elle laissait dans le corps humain. La varioloïde peut sans doute avoir existé et nous ne sentons pas le besoin d'exclure cette hypothèse. Notre opinion est qu'il y a probablement eu avant Jenner des varioles naturelles d'une nature bénigne et tempérée. 6e qui est certain, et les descriptions que nous ont transmises à ce sujet MM. Sydenham, Gullen et Stork, nous l'attestent, c'est qu'à ces époques les varioles graves, régulières ou non, se manifestaient plus fréquemment, et que les varioloïdes étaient en nombre inférieur, ou avaient une intensité ' bien diflférente de celle qu'elles ont aujourd' hui. MM. Rilliet et Barthez ne nient pas que le nombre des varioles graves épidémiques ne soit considérablement diminué depuis 70 ans, et que ce fait ne doive être attribué au vaccin dont l' existence depuis 70 ans constitue un véritable service ; mais ils hésitent pom^
tant à 6n admettre la pleine influence et émettent des exceptions. C'est une flagrante contradiction.
Citons encore d'autres faits. L'anglais Woodwille sema dans 28 individus du vaccin mêlé à du pus varioleux. Quelques-uns ne souffrirent que les effets du seul vaccin. D'autres eurent une espèce de petite vérole bénigne avec un ressentiment local. Jenner, nous le faisons remarquer tout d'abord, constata aussi ce mélange de lymphes dans les 160 vaccinations dont il fit connaître les heureux résultats. Il déclara cependant n'en avoir obtenu que des effets ordinaires sans aucune éruption pustuleuse. Ce phénomène parut convaincre Fauteur de la découverte du vaccin moins de l'analogie que de la réciproque influence des deux virus. Sur les traces de Woodwille, William inocula la matière varioleuse à des individus soumis à la vaccinatien le même jour, ainsi qu' à d'autres personnes vaccinées depuis deux, trois et même depuis huit jours. Les éruptions se modifièrent dans tous ces cas. Des pustules dures, luisantes et entourées d'un petit cercle enflammé, se montraient à la surface et accomplissaient très-rapidement leur période. Si elles contenaient du pus, c' était en très-petite quantité, et il prenait bientôt la forme cornée et verruqueuse. Là où l'éruption était naturellement plus rare, les pustules se dis^ sipaient aussitôt par disquammation. L'inoculation de la lymphe de ces pustules reproduisait toutes les variétés de la vraie petite vérole, tandis que l'insertion des pustules vaccinales conservait et transmettait son
496 DE LA VAGGINATieN — CHAPITRE XV
entière propriété primitive. Les pustules du vaccin ne se montraient pas avec leur caractère normal ; elles étaient plus petites , se développaient plus lentement et n'offraient qu'un cercle pâle, plus précoce et étendu. William remarqua qu' à Texception de quelques éruptions où les deux virus firent leurs cours sur la même personne et en même temps, dans tous les cas où la variole avait été précédemment inoculée, le cours du vaccin ou n'avançait point ou se faisait attendre ou était imparfait. Il observa en outre que, même dans les cas où l'éruption subissait une modification dans son caractère, le trouble général que produit l'influence des deux virus n'en était pas moins considérable.
L'Académie et le comité central de vaccination de Paris admirent, après maintes expériences, l'action réciproque. Nous lisons eneffet dans un rapport élaboré par ce comité qu'un enfant qui avait reçu l'inoculation réunie de ces deux virus, montra au 4™« jour quatre boutons .qui n'9ffrirent pendant 48 heures que les apparences de la petite vérole. Ils étaient durs, cornés, secs et privés de tout fluide. On y lit encore < qu'un < enfant soumis à la vaccination le 9 brumaire fut € inoculé le 13 avec du pus varioleux. Le jour suivant € les piqûres offraient une petite enflure, mais le 9"' € jour il n'y paraissait plus rîen >.
Récemment encore on a tenté de semblables expériences avec un résultât égal. Buisson inocula la variole et la vaccine à un soldat. Cette dernière
DE LA VARIOLB MODIFlie PAR LA VACCINE 497
reprise .pour d'autres vaccinations fut constamment Vaccine. Dans son rapport sur les épidémies qui écla. tèrent en France en 1866, Briquet nous dit tout en blâmant un tel genre d'expériences, que le docteur Monteil renouvelant la pratique de M. Predvache inocula en même temps à 15 individus le virus vaccin et le virus varioleux mêlés ensemble, et que comme M. Predvache, il a vu au bout de 8 jours qu'il se développait de belles pustules vaccinales et que 8 jours après apparaissaient les pustules de la variole discrète (1). On ne saurait donc sous ce rapport contester au vaccin la puissance d'adoucir l'éruption varioleuse. L'expérience a déjà fait connaître que le
vaccin peut exercer cette influence, mais cette vérité se fait aussi jour par la considération que la période d'incubation du vaccin étant plus courte et le développement des pustules plus rapide que dans l'inoculation de la variole, il peut conséquemment exercer sur celle-ci une action t^dant à en modifier le coiirâ. Ce que nous venons de dire peut se répéter à l'égard (les autres essais faits par le même comité, à intervalles de 6 ou 7 jours après les vaccinations. D'où l'on déduit la preuve et la conséquence que si l'inoculation du vaccin précède de 4 jours l'infection ou l'inoculation varioleuse, celle-ci n'a plus d'action sur l'économie animale. Il nous reste cependant à examiner quel est le rapport entre le vaccin et la variole naturelle que l'on
(1) Jlém. de fAead. de Méd. Paris, Tom. XXVIU, pag. 971. 32 — Parola, vol. If De la vaccination.
voit quelquefois paraître le 6»*^*, le 7«* et môme le 8»« jour à dater de la réussite du vaccin. On a des exemples fort rares de majeure tardiveté. M. Odier seul cite un cas de développement au 17 jour, et peut^tre dans ce cas l'inoculation du vaccin eut une période plus longue que d'habitude. Cette différence entre deux maladies si identiques, la variole naturelle et la variole inoculée, peut facilement s'expliquer, parce que le temps plus long que la variole inoculée met à se montrer, est précisément en corrélation avec la tardiveté avec laquelle elle suit ses phases naturelles, et il serait tout au plus démontré que l'inoculation ne lui fait point changer de nature bien que la variole diminue d'intensité. Nous croyons que l'influence réciproque ne peut être mieux démontrée que par le fait que le vaccin mêlé à la variole ne peut être inoculé une seconde fois. L'on fit à ce propos, dit M. Bousquet, bien des expériences à l'hospice du comité.
On croit avec certitude que 1q moment où l'aréole commence à se former est celui oti une 2^ vaccination demeure sans eflfet. On a pu jusqu'au 6^ jour du vaccin en reproduire un second, mais il n'est jamais arrivé de le reproduire sur le .même individu en se servant du pus provenant de ses propres boutons.
Arrivés à ce point nous croyons utile de faire connaître à nos lecteurs les observations particulières que nous avons faites dans l'exercice de notre profession. 11 est facile de comprendre que chacun est porté à parler avec plus de foi et de persuasion des faits a^
rivés Boas ses yeux et dont il peut expliquer tous les détails, que des faits rapportés par autrui, bien que fondés sur des documents certains. Le motif en est que chacun examine d'un coup d'œil particulier une question scientifique, et cherche à produire, pour autant qu'il sait et qu'il peut, avec une règle ou méthode particulière quelque nouvel avantagé à la science. Si tel n'est pas l'avis d'autrui, nous avouons que c'est bien le nôtre et que nous croyons n'avoir point pei!du notre temps ni nos soins en offrant ces pages au public.
1^^ Observation.
Le 12 octobre 1841 on présenta à la vaccination une petite fille de 3 ans qui depuis plus d'une semaine était en contact avec un enfant varioleux. Elle n'offrait ce jour-là aucun symptôme ou prodrome de variole. Quatre jours après l'inoculation trois pustules se développèrent sur huit piqûres. Mais le 6^ jour elle fut atteinte d'une fièvre que Ton soupçonna de caractère varioleux par sa précocité. Nous examinâmes la peaii du cou et des bras, et y découvrîmes de nombreuses papilles d'une espèce varioleuse. La l»* éruption eut un cours régulier et la 2« atteignit rapidement son apogée d'une manière douce. Le vaccin avait prévenu la variole. La petite vérole se montra en effet avec ses caractères ordinaires; elle fut réprimée dans son début et tenue en frein par
une puissance d'une action contemporaine et supérieure, qui était heureusement déjà maîtresse du terrain, en un mot par la vaccine.
2« Observation,
On recouvra le 3 novembre à l'hôpital où nous exerçons notre profession une jeune fille de dix ans, non encore vaccinée, sur laquelle se manifestaient les préludes de la variole. Elle avait les yeux injectés, une fièvre mêlée de céphalalgie, la bouche brûlante, la langue rougeâtre et une couleur plutôt vive sur le visage et les autres parties du corps. Les jours suivants eut lieu une complète éruption de petite vérole. Mais ayant été vaccinée dès les premiers symptômes, le mal prédominant, soit la petite vérole, commença tout de suite à diminuer, et l'éruption en fut douce. Les pustules n'atteignaient peut-être pas dans leur développement la moitié du volume ordinaire. La phase de suppuration fit presque défaut. L'ensemble de la maladie fut de bien courte durée. Les pustules en se desséchant auraient fait croire qu'elles étaient superficiellement adhérentes à la peau ; elles étaient obscures et dures, en tout semblables dans leur forme à celles du vaccin ; et ce qui est plus remarquable, c'est qu'elles ne laissèrent aucune trace de cicatrice. Trois boutons sortirent à l'endroit où l'on avait pratiqué les piqûres, deux au bras gauche et un an bras droit Arrivés à un certain degré de maturité ils ne parurent durant 8 jours ni avancer ni reculer. Leur gros-
seur était celle d'une lentille. Ils déclinèrent dès le 8»* jour pour disparaître tout à fait entre le 12«»« et le 1&«». Leur forme conique et ombilicale, et leur dureté et profondeur naturelle les faisait reconnaître pour des boutons de vaccine ordinaire. Lors de leur chute qui fut à peu près simultanée, les croûtes varioleuses commencèrent aussi à se détacher en laissant pour tout indice du mal un léger manque d'épiderme.
5«« Observation. '
Nous eûmes durant l'automne de l'an 1841 une épidémie de petite vérole. L'hospice où étaient recouvrées plus de cinquante jeunes filles, en comptait au moins 38 qui n'avaient pas été vaccinées et chez lesquelles la variole ne s'était pas montrée. Cinq de ces dernières furent facilement atteintes du mal. Ayant eu connaissance du fait nous nous rendîmes tout de suite sur le lieu dans l'intention de vacciner les jeunes filles qui ne l'étaient point encore. Une fillette de 1 1 ans était la plus malade des enfants de l'hospice ; elle souffrait surtout de la fièvre, et des taches varioleuses couvraient tous ses membres. Le 13 décembre de la même année, elle fut vaccinée par dix piqûres , et la variole qui était confluente et d'un caractère plutôt sérieux, devint plus bénigne. La marche de la maladie fut trèsrapide. Les pustules ne s'élevèrent pas beaucoup, la fièvre se calma lentement et ne tourmenta point la malade jusqu'à la période habituelle de suppuration
502 DE LA Vaccination — chapitre xv
(si toutefois la suppuration eut lieu, car la marche très-rapide de la maladie ne laissa pas le temps de l'apercevoir). En même temps il sortit sur les dix piqûres vaccinales trois boutons plus petits et de moins de durée.
4«« Observation.
Lq 22 décembre de la même année, la vaccination laissa croire qu'elle avait mitigé le principe varioleux jusque sur une jeune fille de 14 ans, atteinte par surcroît de symptômes d'exanthème Imminent de petite vérole avec complication d'une forte fièvre.
Il est vrai que l'effet se fit attendre environ 5 jours, temps nécessaire peut-être pour que le vaccin pût exercer son influence. Durant ces cinq jours la maladie fut terrible. Le 6^^ elle modifia tout à fait son caractère et se changea en une légère varioloïde dont le cours cessa vers le i5p*« jour. Des piqûres vaccinales nous n'obtînmes que quatre pustules sur dix piqûres.
5^ Observation.
Une jeune fille de 14 ans présentait depuis 3 jours des symptômes varioleux. Nous la vaccinâmes le i« janvier 1842. Nous devons dire que l'état de surexcitation fiévreuse qu'elle éprouvait et une céphalalgie intense nous faisaient douter du résultat de l'opération. Mais cela ne suffit pas. Lorsque nous ouvrîmes les plaies avec la lancette, la superficie du corps de la pauvrette était marquée de papilles naissantes, par ci
et par là confluentes. L'opération devait donc sembler difficile, et le résultat de la propriété préservative avec laquelle nous devions contrebarrer un mal déjà maître du corps était bien problématique. Le doute ne nous arrêta pas ici, non plus, et nous prîmes pour point de départ le moment de la vaccination. Cette courte période se passa avec une intensité toujours vive, si non croissante, et nous vîmes la fièvre décliner peu à peu, la variole précipiter son cours, suppurer et disparaître dans un espace de temps égal à celui des vaccinés dès les premiers symptômes, c'est-à-dire en peu plus de 15 jours. Il est cependant singulier que la petite vérole n'ait laissé aucune tmce sur les membres si tendres qu'elle avait labourés avec une fureur extraordinaire. La jeune fille récupéra bientôt une parfaite santé.
6^ Observation.
Nous indiquerons particulièrement toutes les circonstances qui ont accompagné ce nouveau fait, qui mérite l'attention du lecteur.
Le 16 juin 1842, nous vaccinâmes une jeune fille recouvrée à r hospice de charité oU s' était introduite l'épidémie varioleuse. On craignait que cette terrible maladie ne se communiquât bientôt à l'hospice tout entier. Ce à quoi il fallait s'opposer. La jeune fille vaccinée démontra être atteinte d'une fièvre varioleuse. Cet état dura jusqu'au 6°»® jour oti l'éruption se manifesta. Par un hasard singulier elle fut accompagnée
504 DE LA VAGCINATfON — GBAPITRE XV
d'un grave typhus. Nous dirions peu si nous affi^ mions simplement que la gravite et l'énergie de la variole fut vaincue. Pour nous approcher le plus possible de la vérité nous disons que la maladie qui affligea légèrement la patiente dès le 6™* jour se résolut avec une facilité égale à la célérité et ne laissa pour traces que peu de croûtes généralement assez dures et plus écailleuses que celles de la variole. La couleur des cicatrices à peine visible du reste dans la forme pouvait se dire plus luisante et ressemblait à la couleur rouge de la grenade.
La vaccine ne se montra que vers le7™« jour;sa période s'accomplit lentement, mûrissant en même temps que la variole, et se desséchant de la même manière. Nous en conclûmes que s'il y avait un cas évident de modification reconnue dans la maladie de la variole^ ce cas se déqiontrait bien alors. Que l'on n'oublie pas surtout la circonstance très-grave que non seulement les symptômes allaient en augmentant chaque jour, mais qu'un autre mal se joignait à la petite vérole au moment dangereux de l'éruption.
7«e Observation.
Le 13 décembre i842 on vaccina dans le même hospice une jeune fille de 15 ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution médiocrement robuste, aux yeux et cheveux châtains, sujette habituellement à des irritations au tube gastro-entérique. On craignait que le vaccin n'eut pas d'effet, car depuis sept jours il
ne donnait aucun signo externe d'efflcacitë. Maîîs des circonstances postérieures laissèrent soupçonner avec fondement qu'il avait à lutter contre une force répulsive. En effet de petits boutons de la grosseur appro^^ ximative d'une épingle se montrèrent au neuvième jour en même temps qu'une très-forte fièvre suivie des symptômes habituels de la petite vérole. Les boutons du vaccin n'avaient que fort peu progressé dans leur conrs, quand l'éruption générale eut lieu sur tout le corps et sur le visage et assuma en 24 heures le caractère confluent. La malheureuse fille dut éprouvei^ dès le commencement de la maladie les tristes symptômes de la petite vérole grave, et surtout lés atteintes d'une fièvre mêlée de délire et de céphalalgie. Ce fut la seule qui succomba malgré tous les soins, et ce cas nous démontra que lorsque la variole se montre après une longue et pénible incubation, le * vaccin est impuissant à la dompter. Au reste cq cas qne nous rapportons à dessein et par esprit d'impartialité et ceux qu'a déjà cités M. le doct« Schina n'ôtent rien à la valeur des doctrines que nous avons constamment reconnues comme vraies et salutaires. Nous sommes induits sur l'autorité de Heim et de Steinbrenner à opiner que la contagion de la variole précède quelquefois dans l'économie celle du vaccin, qu'elle acquiert alors un tel degré de consistance qu'elle ne peut plus être mitigée par aucune opération vaccinique. Il est toujours vrai que l'on peut raison* nablement la tenter, des faits autorisant à croire que
506 DK LA VACCINATION — CBAPITRE Xt
la maladie peut être combattue après son développement ; mais il est aussi vrai de dire que Ton placerait mal sa *conAance, si l'on espérait un bon résultat du vaccin dès que le germe d'une autre maladie a déjà envahi tout l'organisme du malade. Heim cite dans ses ouvrages quelques cas où la variole fut constamment modifiée par l'heureuse influence du vaccin; mais il en cite d'autres moins nombreux où r art aidé par la vaccination ne put diminuer la gravité du mal II déduit de tous ces faits la preuve évidente que si le vaccin a la propriété d' adoucir le mal en le combattant, les résultats n' en peuvent toutefois être certains au point de ne laisser subsister aucun doute, aucune exception: en d'autres termes il ne peut produire des miracles. Qu'on lise les statistiques de M. Heim et on verra que notre théorie cor- * respond parfaitement à ses donoées.
Dans l'épidémie du Wurtemberg, par exemple, on constata 28 cas de complication de la petite vérole avec la vaccine, dont 17 eurent un cours ordinaire mais bénin, et les autres se montrèrent avec leur vrai caractère et se changèrent en variole. Dans les revaccinés l'issue fut plus singulière. Sur 26 cas de petite vérole signalés par cet éminent docteur, trois seulement des infectés souffrirent la vraie petite vérole; pour 23 elle ne fut que superficielle et très-légère. Chose digne d'être remarquée, c'est que dans quelques-uns de ces derniers elle parut à deux ou trois jours de distance de la vaccination; dans d'au-
npfortâ far ta •iixt. Pnxni.rc:. Ax âsoLiiâaeaiiBa du Baii if aciï: L^âè. 1. Tn-j. miî .«doziii 1^ ie I^ ub enfilai^ T*Tfa» iitsi is iraoïta^ «f^^H- ecctzacta une imnoUiii^ pi b^çuis -3 ,<:<ca jarsLorxz r^nliê-
ins fnt jvise ^rin. ùr.uL Lifh.ziuA Tz^iî dt^^rï trâtaid-
être atteÎBîe -iif la nzxu^ :ul !a renwiûa u. maabi ymt de rûmi>ja itï la lu^st^. Xi f^jcar la itîT^e
de rexanUkéciie m prvwi-j.^- -a «c ^ âc ^ se 3ii> iDËDt la lariûùoiiiÊ pac*3>arw 7?^i»p^~".JTn jtt * sb pô^ «s, les symjri.;::*» z^ctârxii iijpanr°iL:. « iicz: iLi tttrim tait «jcaiidÉ lia pean. Ltis pisclias msânaJa hreat ptas peûâi (ï± l'u-xiair^ sl cûca^arÛDa des pnffntm larJc-ûcuaes: til«:s «'-iiïttûcci et «e itsséchaieot proc:;cêCL=c^ L^ «j<:rs -ie la v^ni-ûiiiiis duis la aaemr remeaztià -en 4 ;>:-urs ie mccx^ <*£ ia eoDnleaceih!e r'ïi: ôeaccijcs pu^ »^bi£ i 1 >. Ceia ja:f^ c^rtzineimait pi:>cr '9Jîif^:<cr ics :^T-^ra fegrâ it^ }uf»> stDce ei 't'^'tfî''*^:^* '^ ^ TjoHzaifoii. et m 3i»^»i.* tanpi rârrar -iï eeox ^ râX£l3êiii cocuiti rn->
H Col AflH. Jhi. T v». WL ^M. aa
Le doct. Hercate Pavesi déclare daûs son aperçu sur la variole qui sévit à Gandia (Lomelline) en 1849 (1), qa'après avoir vacciné durant l'épidémie quatre individus, il observa < que le vaccin avait à peine aoheyë « son cours, lent et faible outre mesure, que ces indi- € vidus furent atteints de la variole arabe, dont la c marche f\it assez légère et très-courte ; et, ajottte-t41, < je crois que ce phénomène tout4i-fait curieux dé- € pend de ce que la variole humaine était déjà à l'état € de délitescence dans la constitution de ces individus t avant l'inoculation du vaccin, qui s'il n'a pu totale- € ment empêcher le développement de la variole, en « a du moins diminué de beaucoup la vigueur >.
Le doct. Tônelli ayant essayé d'inoculer avec la môme incision le pus de la variole arabe et la lymphe vaccinale vit naître l'éruption seule de la seconde, restant complètement neutralisée la force de la première.
De tout ce que nous avons dit jusqu'ici, de ce tas de citations, de statistiques et de faits divers il en résulte évidemment:
l^ La preuve de l'action mutuelle du vaccin sur la variole et de la variole sur le vaccin lorsque leur force s'exerce simultanément;
2» Que l'action des deux virus est en raison directe de la priorité d'invasion; bien qu'il y ait beaucoup de cas ou le développement de la vaccine ayant
(1) V. Journal de$ $eieneei médicales de Tarin» 1^ avril 1851, pag. 399.
DE LA YARIOLfi MODIFIKE PAR LA VACCINE 509
en lieu plus tard, a paru ne pouvoir déployer son inflaence, et malgré ce, la maladie dominante a perdu une grande partie de sa force et de sa ténacité ;
3^ Qu'en vertu des facultés susdites il est fort utile de tenter la vaccination même durant la période d'incubation de la petite vérole, pourvu que cette période ne soit pas tout à fait accomplie ; car une circonstance favorable à une modification si non entière et générale, du moins partielle, pourrait encore se présenter;
4^^ Que la vaccination ne peut être déclarée inopportune et dangereuse, lorsque l'éruption varioleuse paraît déjà commencée. Au bout du compte les inconvénients que l'on veut attribuer au vaccin, en tant qu'il précipiterait le cours et le développemenj; de la variole sont ou imputables à d'autres maladies préexistantes dans les vaccinés, ou à la variole elle-même par la nature de sa composition, et par les complications particulières à son degré de développement. Et si dans les personnes saines et dans les cas de variole ordinaire l'effet que l'on espérait en mêlant le pus vaccinal à la variole n'a pas toigours eu lieu à la suite d'une des causes que nous avons mentionnées, cet effet, disons-nous, ne causa jamais un mal véritable.