DE LA POSSIBILITÉ DE COMMLNIQUER DES MALADIES
Par LE VACCIN
Le doute émis dès les premiers temps de la découverte de Jenner, que le vaccin peut transmettre (l*autres affections / s'est considérablement accru à la suite des cas de syphilis constatés dans les vaccinés. Cette question est donc aujourd'hui ajuste titre l'objet de sérieuses recherches de la part des savants. L^on a surtout attribué ce fait au vaccin hominal transmis de bras à bras. C'est pourquoi quelques-uns, sans plus penser aux services immenses qu'il a rendus à l'humanité, ont voulu en quelque sorte proscrire ce mode d'inoculation en. y substituant la vaccination animale. Si cette croyance descendait des hautes régions de la science au milieu des populations qui ne voient que le prétendu fantôme de la syphilis vaccinale, démesurément agrandi par l'imagination, elle les éloignerait de toute espèce d'inoculation et les exposerait nouvellement aux ravages de la variole? Il est donc nécessaire d'étudier cette question sous ses divers aspects.
Procédons avec ordre dans nos recherches. On objecta dès les plus anciens temps de l' inoculation varioieuse, qu'en vaccinant les enfants avec du pus varioleux pris sur des personnes affectées contemporainement d'une maladie vénérienne ou d'une autre contagion quelconque, on pouvait transmettre en même temps que le premier le germe d'une autre maladie. Mais, précisément dès lors, l'expérience nous a déchargés de prouver que c'était le contraire qui en réalité avait lieu. Pour être plus explicites nous dirons que les annales de la médecine ne mentionnent aucun cas d'une semblable communication. On essaya d'inoculer le pus des varioleux affectés de syphilis, mais on n'eut que des pustules varioleuses sans autre infection. L'usage d'inoculer la variole humaine date de cent ans et plus avant la vaccination ; et s'il y a possibilité de transmission dans les complications des maladies, c'est bien la variole humaine qui paraît y être plus apte. Et bien, il n'est nullement constaté, qu'il se communiquât d'un individu à l'autre par le fait de l'inoculation d'autre affection que la variole. Nous savons que Kirk-patrik inocula souvent de propos délibéré du pus varioleux pris à des scrofuleux et à des empestés, sans qu'il pût jamais obtenir autre chose qu'une légère éruption de variole. C'est pourquoi Sacco a opiné avant nous que: < l'inoculation de la € variole ne fait point passer dans le corps bu- € main les principes bons ou mauvais de l'individu qui € a fourni la matière, mais qu'elle ne porte avec elle
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< que sa nature contagieuse et son développement >. La vaccination était à peine introduite dans Tusage public et dans les lois sanitaires, que des oppositeurs répétèrent avec plus d'insistance les mêmes objections; mais les faits avancés étaient alors trop rares et vagues pour qu'on ne pût aussitôt les réfuter victorieusement.
Des savants distingués présentèrent dans la suite de nouvelles preuves et de nouveaux cas qui exigent an sérieux examen. Nous nous occuperons d'abord des maladies en général que l'on croit pouvoir être communiquées par le vaccin, et nous traiterons en suite avec plus d'étendue l'autre question bien plus importante de la transmission de la syphilis par le même moyen. L'illustre Wirer de Rettembach est certainement un de ceux qui ont soutenu avec le plus de persistance que < toute maladie d'un caractère contagieux peut se transmettre par l'inoculation du vaccin (1) >. Il pousse si loin sa théorie qu'il assure avoir observé que < certaines affections aiguës sont
< susceptibles de communication au moyen du vac-
< cin >. Il se fonde sur ses propres expériences et sur celles du doct. Dôpp. Les prof. Vacca, Halle et Betti ont aussi soutenu que le virus vaccinal communique à Torganisme en même temps que le germe du vaccin, celui d'une autre maladie préexistante dans l'individu qui a fourni le vaccin. Plus récemment le
(1) iM. Vniv, de Milan, septembre 183â.
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doct. R&si nous a signalé dans ses mémoires sur les vaccinations un cas de transmission de la croûte lactée (1).
€ Une famille, dit-il, avait fait vacciner un enfant
< de 4 mois, affaibli dès sa naissance par de continuel-
< les croûtes de lait à la tête et au cou. Non seulement € le vaccin opéra avec succès, mais dès la période de «'dessèchement il y eut de l'amélioration dans Taf- € fection cutanée, et plus tard guérison complète et € entière. Dans la crainte de la variole qui dominait € alors à Saint-Lazare près de Bologne, un père de € famille demanda que ses deux enfants fussent ino- € culés avec la lymphe de l'enfant qui avait eu les € croûtes de. lait. Quatre jours après l'opération je vis
< sortir 5 pustules vaccinales sur Clémentine et 7 sur
< Pie (tels sont les noms des deux enfants). Ces pus-
< tules étaient très-belles et eurent un cours régulier € et légitime jusqu'à la fin. Mais je ne pourrai jamais € exprimer quel fut mon étonnement et celui du doc- € teur Rocca et de bien d'autres encore, lorsque nous
< observâmes au 8™« jour de l' inoculation que des
< croûtes de lait se manifestaient sur la tête et sur le € froïit des deux enfants, et menaçaient d'envahir tout € le visage. Ce mal avait commencé par une très-
< vive démangeaison à la partie, puis par rap|)aritioD € d'un certain nombre de petites graines d'un rouge
< vif, sécrétant une humeur visqueuse, et finalement
(l) BuUain dit icienoes méd, de Bologne, avril 1853.
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€ il s'était transformé en croûtes laiteuses. Les glan- € des du cou se gonflèrent ensuite sur les deux en-
< fants, ce qui les tourmenta longtemps. La guérison
< fut lente et difficile et provint plus de la nature t que de Tart >. Le docteur Rasi est d'avis que dans cette circonstance les pustules vaccinales avaient attiré les principes laiteux préexistants dans les individus qui en furent affectés, en tant qu'ils étaient peutêtre déjà passés en germe dans le pus pris au premier des enfants.
Le prof. Hamerik de Prague opine qu'en inoculant le pus vaccinal fourni par un individu affecté de syphilis ou scrofuleux, on peut aussi transmettre ces deux maladies. On doit accueillir cette assertion avec réserve; car cet auteur s'est montré dans son ouvrage contraire à la vaccination, ainsi qu'il résulte évidemment lors . qu'il conclut qu'elle est tout au plus inoffensive, mais qu'elle n'offre aucun avantage (1).
Au congrès italien tenu à Lucques le 16 septembre 1843, le chev. Regnoli manifesta certains doutes au sujet de l'innocuité du vaccin provenant d'individus affectés de scrofules.
Le doct. Malagô soupçonne aussi que l'on peut au moyen de la vaccination transmettre les scrofules, le rachitis, le scorbut, l' érysipèle syphilitique. Pelizzoni nous assure qu'il a maintes fois observé que de lentes affections cutanées succédaient immédiatement à la vaccination.
(1) Ânn, Univ. de Milan, 1857, pag. 674.
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L'inoculation de principes délétères moyennant le vaccin a été pareillement soutenue parle doct Pearce qui aurait encore noté à la suite de la vaccination de bras à bras une augmentation dans la mortaUté des enfants, spécialement dans les maladies cérébrales, la petite vérole volante et la rougeole (1). D'autres ont même prétendu que Ton transmet la phthisie pulmonaire. Malagô est de ce nombre. Des expériences faites par Villemin et Lebert tendraient à prouver qu' on peut V inoculer aux lapins. Verga et Biffi ont fait de semblables expériences sur d'autres animaux, les chats par exemple; mais elles n'ont pas réussi. C'est pourquoi nous dirons avec Sangalli et d'autres que la possibilité de la transmission de la phthisie par l'inoculation est pour le moins fort problématique.
Depaul et les partisans de la vaccination animale ont attribué à la vaccination la transmission en général des maladies discrasiques sans cependant citer aucun fait positif à l'appui de leur thèse. Nous verrons qu'ils ont porté leur attention spécialement sur la syphilis vaccinale.
Nous pouvons opposer à tous ces auteurs et au petit nombre de faits qu'ils ont cités, les attestations des vaceinateurs les plus dignes de foi et l'avis d'illustres sociétés savantes. Qu'on nous permette avant tout d'observer que l'idée de la transmission de certaines
(1) iiin. {Tiuv.. Milan, février 1869.