‹ De la vaccination;Chapitre 5 sur 48 · DK L* INOCULATION DE LA VARIOLE · texte numérisé non relu

DK L* INOCULATION DE LA VARIOLE

inoculent les hommes sur la partie externe de Tavantbras ou sur le coude, et les femmes sur les bras. Ils commencent par une friction de huit ou dix minutes avec une pièce d'étoffe , puis ils pratiquent des incisions très-superficielles, et appliquent sur les plaies un peu de coton imbibé de pus variolique et arrosé avec deux ou trois gouttes d'eau du Gange. Pendant tout ce temps Topérateur ne cesse de répéter certain passage d'un livre sacré auquel les Brahmes donnent 3367 ans d'antiquité.

Rien n'est plus conforme à la raison, rien n'est plus inné dans l'homme que le principe de sa conservation. Il n'est rien de plus naturel qu'il ait cherché dès le commencement un préservatif ou un remède contre les ravages de la variole. L' histoire des monuments de l'Inde nous démontre que ces peuples jouissaient jadis d'une civilisation relativement avancée, et que l'ayant perdue dans la suite, comme il arrive ordinairement aux nations qui semblent destinées à parcourir sans^cesse une parabole dans leur existence, ils retombèrent dans l'ignorance et la barbarie. Il n'y a donc rien qui répugne à la raison, si l'on conjecture que, l'observation leur ayant démontré que la petite vérole, même quand elle est bénigne, n'en est pas moins douée de la faculté de préserver d'une attaque ultérieure, il se présenta à l'esprit de certains hommes privilégiés l'idée d'imiter en cela la nature et la forcer à fournir elle-même les remèdes aux maux qui affligent l'humanité. Il était na-

turel, dit le célèbre Claude Bernard en parlant de Tantiquité de Tinoculation (1), de songer à substituer la manifestation bénigne à la maligne. Le but de rinoculation est précisément de donner artificiellement une maladie dans les conditions les plus favorables, afin de se soustraire au danger d'en être frappés spontanément et d'une manière plus grave. Claude Bernard opine qu'au point de vice de la physiologie et delà médecine expérimentale l'inoculation n'est que la première phase de la vaccination. Il ajoute que les découvertes dans les sciences se font dans un ordre logique et nécessaire , parce qu^ elles sont les fruits sticcessifs d'une évolution scientifique, dont les lois sont aitssi fixes qtce celles-mê}nes de l'esprit hur main.

Il parait que le premier moyen de communiquer la petite vérole a été celui de faire cohabiter un individu sain avec un malade de variole bénigne; car on avait observé que le premier contractait la maladie de l'autre et parcourait les mêmes phases. Moseley nous dit dans sa Discicssion historique et critique sur la vaccine^ que durant son séjour aux Indes occidentales il avait entendu dire par des Africains qu'une de leurs méthodes consistait à préparer par la diète et un certain régime l'individu qui devait avoir le petite vérole. Cela fait, on le conduisait chez celui de qui

(1) RéeenUs expériences iur la vaccine — Recueil de médecÎMê vétérinaire, octobre 1868.

DB l'inoculation DE LA VARIOLE Ai

il devait la recevoir, et on le faisait manger et demeurer quelque temps avec lui. On choisissait toujours une espèce douce et bénigne. L'individu retournait ensuite chez lui pour y attendre tranquillement la maladie. Le succès était tel que dans quelque partie de l'Afrique on avait généralement adopté ce procédé. — Une pratique semblable s' était répandue depuis longtemps dans la Danemarck et dans quelques provinces de la France, surtout dans TAuvergne et le Périgord. Elle consistait à faire communiquer des enfants sains avec d'autres qui avaient une variole bénigne (1). Quelque inoculation casuelle leur avait probablement suggéré l'idée de profiter de l'enseignement du hasard et de s'en prévaloir pour se prémunir contre cette contagion.

Telle serait d'ailleurs l'histoire de beaucoup de découvertes qui doivent leur origine au hasard. Mais laissant de côté les conjectures et passant à des données plus positives, il nous parait bien établi que les Chinois ' ont connu et pratiqué l' inoculation dès les temps les plus anciens. Nous devons aux missionnaires des notions sur les mœurs et sur l'ancienneté des sciences de ces peuples. Dans leurs lettres il nous donnent d'exacts renseignements sur l'objet qui nous occupe. Le père Cibot fait remonter la découverte de l'inoculation au dixième siècle. La tentative hardie aurait été pratiquée la première fois sur le fils d'un

(I) V. Ganootii, 1. c.

A^i DE LA VACCINATION - CHAPITRE III

prince de la famille impériale sous le règne de Thimtson qui monta sur le trône en 998. Le succès de Topération étonna les savants chinois, excita Tenthousiasme général et porta la diffusion de cette découverte dans toutes les villes et même dans les villages de l'empire. Le nom que les Chinois donnèrent à cette opération n'est pas moins signifiant; ils l'appelèrent Ciun-Teuj c. à. d. semence de la variole (1). Frappés par un des symptômes le plus constant de la variole, la démangeaison que les enfants éproiivent au nez, ils crurent que la contagion s'introduisait par cette voie, et suivant les traces de la nature ils choisirent la même pour l'inoculation artificielle de la maladie.

Les Chinois ont trois recettes différentes pour insérer ou semer la petite vérole. Elles ne différent entr'elles que dans quelques détails particuliers. Voici en quoi consiste une de ces recettes. Quand on trouve un enfant d'un à sept ans inclusivement, dont la petite vérole est sortie heureusement sans aucun signe de malignité, on en recueille les croûtes qu'on met dans un vase de porcelaine bien fermé à l'orifice avec de la cire. Lorsqu'on veut procurer la maladie à un enfant, si les écailles mises en réserve sont petites, on en prend deux. On met un grain de. musc entre les deux écailles, et le tout dans du coton en forme de tente qu'on introduit dans une

(1) Dbktaecollis, Litt. Eâif. 120, pag. 304. Peking, 11 mai 1726.

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des narines de Tenfant. On requiert quMl soit parfaitement sain (1). Les écailles récentes ont besoin d'être adoucies avec de la scorsonère et un peu de poudre de réglisse, puis on les retire et on les fait sécher. On préfère les croûtes qu'on peut pulvériser. Après les avoir délayées avec de Teau tiède on les enveloppe dans du coton bleu. Il y a selon les Chinois des circonstances qui ne permettent pas de semer la petite vérole, par exemple V âge , la santé , les grandes chaleurs (2).

Mais l'enthousiasme qu'avaient produit les succès de cette méthode cessa bientôt, et les médecins frappés par les inconvénients qu'elle produisait, ne s'y montrèrent plus favorables. DentrecoUes avoue que bien des médecins chinois n'approuvaient pas que l'on procurât aux enfants la petite vérole (3).

Gandoyer nous rapporte que les ravages de la variole dans la Tartarie déterminèrent l'empereur à y envoyer des médecins pour y pratiquer l'inoculation. Il est à présumer que les Géorgiens, voisins des Tartares, ont eu recours au même expédient pour se garantir contre l'épidémie. De là l'inoculation se répandit rapidement en Gircassie, d'où elle a pris le nom de Modus Circcissius. Selon Voltaire, les GircassienuQS avaient l'habitude de transmettre la petite vérole à leurs enfants âgés de six mois en leur faisant une

(1) /osmo/ des iatants, Jaio 1732» pag. 234 et sniv.

(S) DtNTlBCOLLIS T- LeUfê 9usdiu.

(S) V. Journal du samntif 1. c

incision dans le bras, par laquelle elles introduisaient rhumeur extraite de la pustule d'un autre enfant. Puis les pustules de Tenfant à qui on avait procuré la variole artificielle, servaient à communiquer la même maladie à d'autres enfants, et Ton formait ainsi une circulation presque continuelle, qu'on abandonnait lorsque l'épidémie avait cessé.

De ces régions l'inoculation passa sur les bords de la mer Caspienne, puis en Grèce vers l'an 1537. La Métrop non dit que deux Grecques (1) introduisirent cette pratique à Constantinople en 1672. La petite vérole avait en quelque sorte fixé sa demeure dans cette ville, où la religion musulmane, basée sur le fatalisme, avait empêché de prendre des mesures de précaution. Ce fut principalement dans la mémorable épidémie qui sévit dans cette ville, que ces deux femmes cherchèrent à répandre l'usage de l'inoculation, d!abDrd parmi les chrétiens. Arris nous décrit ainsi le mode de la femme thessalienne. On passait plusieurs aiguilles garnies de fil à travers les pustules de petite vérole parvenues à maturité. Ensuite après avoir en huit endroits (2) et avec la pointe d'une aiguille graté la peau jusqu'au sang, on frottait sur les plaies ouvertes les fils imbibés de matière purulente (3). Cette pratique eut de si heureux résultats , qu' elle

(1) Une était thessalienne et l'antre de Pbilippopoli.

(2) An front, ani denx joues, au menton, à la paume des mains, et à la plante des pieds.

(3) V. Jaumai du savtmti, Juin, 1781

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