DE L* IHOCULATION DE LA VARIOLE
réussit plus tard à vaincre les préjugés des Musulmans.
L'italien Timoni fut le premier qui introduisit r inoculation dans l'Europe occidentale. Après avoir achevé ses études dans les célèbres universités d/Oxford et de Padoue, il alla exercer sa profession àConstantinople. On a de lui un mémoire qu'il adressa en 1713 à la Société royale de Londres. Peu d'années après un autre italien, le doct. Pilarini, consul vénitien à Smyrne , sema la petite vérole dans quatre enfants grecs, et publia à Venise en 1715 un opuscule en langue latine intitulé : Nova et tuta methodus ecocitandiper transplantationem variolas. Dans ce petit livre, qui fut trè&-favorablement accueilli et traduit en Europe, il nous décrit dans tous ses détails la méthode, empirique de la femme susdite et les résultats obtenus. Il adressa aussi à la Société royale de Londres une lettre qui fut publiée en 1716 dans les Transactions philosophiques. Ces renseignements favorables furent pleinement confirmés par l'anglais Kennedy dans son Essai sur les remèdes extérieurs j publié à Londres en 1615. Mais cette méthode était en quelque sorte considérée en Europe comme un objet de curiosité, et aurait été probablement bientôt oubliée, si les ambassades française et anglaise ne r avaient encouragée et favorisée. Le marquis Château-Neuf, secrétaire de l' ambassade de France à Constantinople, et Tambassadrice anglaise
Wortley-Montaigu (1) firent inoculer leurs enfants en I7I7 par la susdite Thessalienne.
Le premier exemple d'inoculation en Angleterre fut donné par la même Wortley-Montaigu, qui de retour à Londres fit inoculer au mois d' avril 1721 sa fille âgée de moins de trois mois. Le docteur Keith qui avait assisté à Texpérience, la pratiqua heureusement à son tour sur son propre fils. Malgré ces succès , les membres de la faculté de médecine de Londres se montraient encore incrédules : quelques uns, parce que cette pratique avait été initiée par des femmes ignorantes ; d'autres, parce qu'ils étaient incapables d'en comprendre la raison (2). Pour écarter tout doute à cet égard, on imagina de demander au roi Georges 1«' la grâce de six condamnés, à condition qu'ils se soumettraient à l'inoculation. Ils y consentirent de bon gré , et le 9 août 1721 ces six criminels, trois hommes et trois femmes, subirent l'opération. Le 6 septembre suivant ils sortirent de prison en parfaite santé. Cette expérience n'ayant pas paru suffisante à beaucoup de personnes, on en fit de nouvelles sur des enfants de la paroisse de Saint- James. Gela engagea les princeâses Amélie et Caroline à se faire inoculer le 19 avril 1722. Dans le courant de la même année 182 personnes en firent autant; trois
(1) On a de cette célèbre femme des lettres où elle démontre qu'après rintrodaction de Flnoculation à Constantinople la variole n'y était presque plus dangereuse.
(2) Encyclopédie de la Méd, pratique.
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seulement succombèrent. Les médecins anglais les plus •distingués, entr'autres Sloane , Arbutot et Mead , se déclarèrent alors partisans de Vinoculation, et les prêtres et les évêques cessèrent leurs violentes diatribes. Sur ces entrefaites le docteur Boylston introduisit cette pratique salutaire en Amérique. Entre le mois de juin 172i et le mois de janvier de l'année suivante il inocula 224 individus à Boston et aux environs. Mais ces opérations ayant été faites sans les précautions nécessaires, six enfants appartenant à des familles distinguées succombèrent, et le Magistrat de Santé interdit alors Tirioculation publique. Le docteur Boylston eut le premier le mérite de faire re-
marquer que la période d'incubation de la variole inoculée est plus courte que celle de la variole naturelle.
Les résultats peu ^tisfaisants de Boston furent à peine connus en Angleterre, qu'ils y eurent leur contre-coup, d'autant plus que là aussi on avait dû déplorer la mort de trois enfants, dont un était fils du comte Sunderland. Le peuple s'alarmant de nouveau, les médecins et les prêtres recommencèrent leurs oppositions, et l'inoculation fut suspendue pour quelque temps. Un nouveau coup lui était encore réservé. On avait observé que la variole inoculée ne causait dans les temps ordinaires qu^un cas de décèi^ sur 100, et qu'au contraire durant les épidémies le chiflre des victimes était bien plus élevé. Selon les calculs rédigés à Londres 9 individus sur 445 inoculés avaient
succombé en 1723, 1 sur 4 en 1524, et 3 sur 143 en 1625. Mais comme on avait remarqué que durant la grave épidémie de 17251a variole maligne n'épargnait pas les inoculés, le docteur Wagstaffe déclara que cette opération était d'un succès douteux, et le révérend M. Massey rappela impie. On assura même qu'elle était la source de l'épidémie dominante. Le Parlement soumit alors l'inoculation à de certaines conditions et n'en permit l'exercice qu'à des personnes autorisées.
Il appartenait à 1' Amérique de la remettre en honneur. La petite vérole éclata en 1738 dans la Caroline méridionale. Les malades succombaient à raison de 20 sur 100. On recourut alors à l'inoculation, et dès lors les décès ne furent plus que dans la proportion de 9 sur 800. ^
On obtint le même succès dans la Pensylvanie. Un propriétaire de ce pays ne perdit pas un^seul des trois cents nègres qu'il avait fait inoculer. Sur 2109 inoculés en 1722 dans la Nouvelle Angleterre, 31 seulement moururent. Ainsi sur 3209 inoculés en Amérique 40 seulement succombèrent, c. à. d. un sur 80(1).
Dès que ces brillants résultats furent connus en Angleterre, l'inoculation y retourna en honneur. On fonda en 1746 à Londres l'hôpital des varioleux et de l'inoculation, dans ]p but d'étendre aux
1) SoDiiRKL, Obsirvatiom iur rinoeuiation.
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pauvres un bienfkit jusqu' alors réservé aux riches, et bientôt F inoculation ne rencontra plus d'obsta* clés remarquables et se répandit dans toute TAngleterre. On choisit des lieux convenables hors des villes, afin d'éviter le danger des épidémies ; car Texpérience avait malheureusement démontré que la variole était en quelque sorte devenue permanente depuis Tinoculation. Le docteur Mead publia en 1757 son traité De varioUs et morbillisj qui contient un beau chapitre sur les avantages de Y inoculation. Le Collège de médecine de Londres approuva Tinoculation en 1754. Mais la popularité qu'elle acquit est surtout due aux améliorations que les frères Sutton apportèrent dans la manière d'opérer. Daniel Sutton n'inocula pas moins de 17,000 personnes à Essex, dont 6 ou 7 seulement succombèrent. Il réduisit le procédé préparatoire d'un mois à une semaine, et fit usage durant l'entière période d'un fort purgatif en poudre contenant du calomel et du tartre émétique. Il inoculait au moyen d'une simple piqûre, et prescrivait que les malades demeurassent à l'air frais avant et pendant l'émption, et s'en tinssent à des boissons rafraîchissantes- et à une diète modérée. Sutton prit aux différents systèmes ce qu'ils avaient de mieux, et eut ainsi le mérite d'introduire une méthode rationnelle, ({ui, perfectionnée par le baron Dimssdale (1), fut dès lors suivie sans modifications remarquables pendant
(1) SoD traité sur rinocaUlion obtint l'approbalion générale aa temps où il panil.
4 — Parola, vol. If De la vaccination.
presque vingt ans. Grâce à cette méthode la mortalité fut réduite à de petites proportions et F inoculation devint chaque année plus populaire.
Quant à la France, il résulte des mémoires de La Gondamine et de Gandoyer que ce fut en I7I7 qu'on y parla pour le première fois d'inoculation. M. Sutton y fit connaître Tannée suivante les ouvrages de Timoni. Cinq ans après M. De la Coste, à son retour de Londres, donna des renseignements plus étendus sur cette pratique. Déjà, dit M. Gandoyer, les plus ce- Uhres médecins français, MM. Dodart, Chir(zc, Heir vétius, Falconet, Astruc , approuvaient V inoculation. Neuf docteurs de la Sorbonne qu'on avait consultés sur cette question^ avaient répondu favorablement. Le dtcc d* Orléans j régent du royaume, se disposait à faire répéter les expériences faites à Londres; enfin tout annonçait en France une fortune décidée à Vinsertion variolique, lorsque la mort de ce prince détruisit dépareilles espérances. Il avait à peine expiré qu^on sonna le premier tocsin. Une thèse fut soutenue contre la pratiqua anglaise; les écoles de médecine la traitèrent de criminelle et de meurtrière; les inoculateurs furent considérés comme des imposteurs *et des bourreaux f et les inoculés, des dupes et des imbécilles. En 1723 la Sorbonne posa habilement la question si la religion permettait l'inoculation.La haine était si générale que l'Université m^me de Paris répondit affirmativement à la question qu'avaient proposée les théologiens, an variolas inoculare nef as. Il ne fut dès lors
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presque plus question d'inoculation jusqu'en 1732, où M. De La Gondamine rendit compte à TAcadémie des sciences des observations qu'il avait faites dans un voyage en Orient, et parla en passant de la méthode circassienne. Voltaire qui revenait alors de Londres écrivit aussi en faveur de la même, et M. De La Gondamine entreprit d'en remettre en honneur la pratique. Il lut à cet effet en 1754 (24 avril) son premier mémoire^ où il dit que l'inoculation n'est point dangereuse, puisque sur 300 individus et même 1000, il n'en succombe pas même un (1). Ce mémoire eut, selon les historiens d'alors, un succès éclatant, et l'inoculation devint la nouvelle du jour. L'année suivante M. Hosti se rendit à Londres, et publia à son retour des observations favorables. Les journaux de médecine et les revues littéraires célébrèrent les triomphes de l'inoculation. Il y eut cependant des écrivains anonymes qui ne manquèrent pas d'alarmer les populations et exciter les scrupules des consciences délicates. Mais des épidémies sévissaient alors en plusieurs endroits, et la désolation qu'elles répandaient fit accueillir favorablement l'inoculation comme un mal plus petit, à défaut d'autre moyen qui pût les arrêter. C'est pourquoi cette pratique fut bientôt adoptée dans toute la France. Le duc d'Orléans encouragea tout le monde à la suivre et en donna l'exemple le 12 mars 1756 en faisant inoculer ses
(1) Jmtnmi ie$ 9tMml$, octobre 1754.
propres enfants par le docteur Tronohin de Genève. Le mot inoculation passa des écoles et des Académies aux brillantes réunions et devint en quelque sorte la mode du jour ; Ton fit même des rubans qui en portaient le nom. Des illustres personnages, entr'autres le duc deLomval et le ministre Turgot, s'en déclarèrent les apôtres et les propagateurs. Le 17 novembre 1756 M. De La Gondamine lut à l'Académie un second mémoire, où il parla des nouveaux succès de rinoculation. Le prof. Gatti de Pise , après avoir voyagé en Grèce et en Turquie, et pratiqué rinoculation en Italie, parut à Paris où , en dépit des calomnies qu'on avait soulevées contre lui, il fut bientôt un des principaux opérateurs. Plus tard, comme on avait commis l'imprudence de laisser communiquer les inoculés et les inoculateurs avec d'autres individus, on eut à déplorer de graves inconvénients ; et le procureur du roi ayant alors demandé au Parlement de pourvoir à la sûreté publique, défense expresse fut faite provisoirement de pratiquer cette opération jusqu'après l'avis des facultés de médecine et de théologie. Cette mesure, selon Bousquet, était plus sage que les critiques; le ridicule consistait uniquement en ce que l'on avait consulté les théologiens. Enfin le docteur Petit présenta en 1764 à la Faculté de médecine un nouveau rapport en faveur de l' inoculation.
Les succès obtenus surtout en Angleterre, et les épidémies de petite vérole qui éclataient de part et
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d'aatre firent adopter Tinoculation dans le restant de TEurope. Squirrel nous dit qu'elle fut introduite en 1748 à Amsterdam, où M. Tronchin inocula son fils aîné et neuf autres personnes. La petite vérole ayant reparu dans la même ville en 1752, les familles les plus distinguées donnèrent l'exemple de l'inoculation, suivi bientôt dans toute la Hollande. -
C'est encore le docteur Tronchin qui l'introduisit en Suisse en 1749, et en donna le premier l'exemple dans sa propre famille. Un seul succomba sur 200 inoculés. Tissot publia à Lausanne un traité qu'il intitula Uinoculation jtcstifiée. Haller fit des expériences à Berne, et Bernouilli à Basilée.
Si nous venons à l' Italie, nous voyons que, bien que l'inoculation y ait été introduite dès les premiers temps, elle n'y acquit pourtant jamais beaucoup de faveur, peut-être parce que les épidémies étaient ici moins fréquentes et moins mortelles, et encore parce que les divers gouvernements n' y avaient été guères favorables. Mais après la terrible épidémie qui ravagea l'Italie en 1752, le Doct. Pévérinî et la marquise Bufalini introduisirent l'inoculation dans quelques pays de la Toscane. On sait que cette dernière, digne émule de Lady Montaigne, inoculait elle-même avec une épingle les enfants de ses fermiers. En 1754 on traduisit à Livourne les deux mémoires de La Gondamine, et l'année suivante un ordre du gouvernement prescrivit Tinoculation dans toute la Toscane. Manetti, Targioni-Tozzetti et Gatti la propagèrent
avec leurs ouvrages. L' Académie des physiocrates de Siène dirigeait elle-même les expériences d'inoculation et en constatait les résultats.
La république de Venise ne resta pas en arrière. Elle fit publier les œuvres de Gatti aux frais de TÉtat et s'attacha à combattre énergiquement les préjugés populaires.
Le doct. Porta, le jeune, fit paraître à Milan en 1744 un discours en faveur de l'inoculation. Citons encore le poète Parini, Borsieri et Pierre Frank, et enfin l'archiduc Ferdinand qui encouragèrent cette pratique. Ce fut en quelque sorte un fait providentiel, car on avait vu de 1752 à 1778 dans la seule ville de Milan mourir plus de 4600 enfants de variole naturelle (1).
Le prof. J. B. Palletta s'exprime ainsi dans ses notes, au traité des maladies des en&nts de Nicolas Rosen de Rosenstein : Il est superflu, dit-il, d^ entrer dans la question déjà tant agitée, c. à d. si Von doit ou non encourager Vinoculation; les avantages en ont déjà été démontrés^ et les oppositions sont disparues* Pourtant si la véritable méthode de raisonner consiste à suivre V eoopérience , nous croyons ne pas nous tromper en disant que haïr cette pratiqtce, c^est comme haïr le désabusement de nos préjugées ..... Mais Ferrario observe justement que malgré l'introduction de l'inoculation, les épidémies de petite vérole conti-
(1) FiiiAMO, vu et kuwii de L Sacco, |>ag. 10.
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nuaient à se manifester. Ainsi on eut à déplorer en 1779 à Milan 246 décès de variole naturelle, 204 en 1782, 350 en 1783, 107 en 1785, 300 en 1786, et 530 en 1789. Pour terminer notre petite revue historique de rinoculation en Italie nous dirons qu'en Piémont la Famille royale se soumit avant toute autre à cette expérience, et que son exemple fut bientôt généralement suivi.
En Allemagne les médecins les plus célèbres se déclarèrent tout d'abord partisans de Tinoculation. Wertiioff dans le Hanovre, Roederer à Gbttingue, Sulzer à Ootha et Midleton à Hambourg en furent les plus ardents propagateurs. À Berlin le prof. Mekel inocula ses propres enfants. Mais le ministre Vanderhost en ayant fait de même sur les siens^ deux en furent malheureusement victimes^ et l'inoculation tomba en discrédit. — Girtamner nous dit qu'elle ne devint populaire à Vienne que vers. 1792, à cause des violentes et graves oppositions que firent contre elle De Haen, Wansvieten et Boherave. Wansvieten com^ para dans ses commentaires la variole naturelle avec Tartificielle et en déduisit que la dernière n'est pas moins intense.
L'introduction de l'inoculation en Russie est due à la courageuse initiative de l'impératrice Catherine II. Nous aimons à rapporter ce qu'elle manda à Voltaire, son illustre ami, le 19 décembre 1768. Je fis écrire en Angleterre^ dit-elle, j^owr avoir un inoculateur^ et Von m'envoya en effet le célèbre Dimssdale qui^ le 12
56 DE LA VAGGiNATION — CHAPITRE III
octobre, m'inocula la variole. Je n'ai pas gardé le lit un seul instant, et chaque jour f ai eu ma réception. Maintenant je veicœ faire inoculer mon fils unique. Le comte Orloff, granchnattre de V artillerie, ce héros qui par son courage et sa mxignanimité est égal aux anciens Romains des plus belles années de la Republique, était incertain s'il avait eu ou non la variole. H se mit dans les mains de cet anglais, et le jour successif à Vinoculation il alla à la chasse m/dgré la neige abondante qui couvrait le terrain. Beaticoup de courtisans ont déjà imité son exemple, et beaucoup d'autres se proposent de le faire. En outre à Saint-Pétersbourg on pratiqua ^inoculation dans deux maisons d'éducation et dans un hôpital à ce destiné sous la direction de M. Dimssdale. Chacun veut être inoculé, et déjà on a fait plus d'opérations ici dans un mois* qu'à Vienne dans huit. Avant de laisser la Russie, nous devons ajouter en Thonneur de cette illustre impératrice qu'elle introduisit dans la Sibérie les bienfaits de cette pratique, Goetz nous raconte dans son traité sur la variole qu'en 1778 on inocula à l'hôpital qu'elle fonda à cet effet à Irkoutsk 5749 personnes dont 5 seulement succombèrent ; ce qui est d'autant plus étonnant que dans ce climat presque toiyours glacé la petite vérole naturelle y est si dangereuse qu' elle emporte ordinairement le tiers des malades.
L'inoculation fut introduite en 1754 dans le Dannemarck et la Suède par Berger et Heuster. La Gonda*
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mine nous dit que les familles les plus distinguées en donnèrent les premières l'exemple. En Suède surtout rinocttlation fut si bienfaisante qu'on frappa^ une médaille dont le type est un autel d'Esculape entouré d'un serpent avec cette légende : Sublatojure nocendi^ et le revers une couronne civique avec ces paroles : Oft infantes civium felici ausu servatos.
Si de l'Europe nous nous transportons dans des régions plus éloignées^ nous voyons que ce préservatif contre la petite vérole, unique dans ces temps-là, se répandait généralement partout. Nous avons vu qu'on en faisait usage à Boston, et que les frères Sutton non contents de le répandre en Europe, envoyèrent leurs disciples dans les Indes Occidentales. Selon Odier, le zèle des missionnaires ne fut pas inférieur à celui des Sutton et de Moseley. Ils arrachèrent dans le Brésil et le Paraguay un nombre immense de victimes à la variole que les Européens leur avaient apportée. Les indigènes de l'Arabie se soumirent aussi à l'inoculation, dès que l'expérience leur eut prouvé que la variole inoculée est moins grave que la naturelle. Agnely, directeur des vaccinations à Alger, nous dit dans un rapport (1849) qu'ayant fait des recherches sur les procédés de l'inoculation, il trouva que les Maures en portent les marques derrière le lobule de l'oreille^ et les Arabes et les Kabyles dans l'espace interdigital. Il s'est rendu auprès des Arabes détenus à Casbah, où cent d'entr'eux, originaires des divers points de l'Algérie, ont fourni la preuve matérielle de la diffusion de l'ino-
58 DE LA VACCINATION — CHAPITRE il!
culation dans leurs pays. Cinquante-quatre portaient les stigmates de l'inoculation yariolique, quarante-et-un étaient marqués de vérole spontanée, et cinq seulement ne présentaient aucune trace de variole spontanée ou inoculée (1).
Outre la méthode des Chinois et celle de la femme grecque, desquelles nous avons déjà parlé, nous savons qu'à Constantinople des femmes se servaient, au lieu 40 fils, d'une grande aiguille, avec laquelle elles ouvraient une ou plusieurs veines du bras ou de la jambe et y introduisaient autant de matière qu'il en pouvait rester sur la pointe d'une aiguille. Puis elles liaient un morceau de coquille au dessus de la blessure. Cette simple méthode fut tout d'abord suivie en Angleterre. Plus tard on fit des incisions de la longueur de trois quarts de pouce, sur lesquelles on laissait durant 24 heures du coton trempé dans le pus varioleux (2). D'autres enlevaient avec des vésicatoires la pellicule et appliquaient ensuite sur la plaie la matière varioleuse. Mais ces méthodes douloureuses produisaient une forte irritation locale et rendaient dangereuse l'inoculation. C'est pourquoi on ne se servit plus que de la lancette ou de l'aiguille trempées dans du pus. L'endroit choisi de préférence était la partie intérieure du bras.Borsieri et d'autres recom-
(1) Gaz. Méi. de Parti, 1851, pag. 240.
(2) BneyelapéHi de la méd. j^aiifue.
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mandaient encore d'opérer sur la partie extérieure de la main entre le pouce et l'index, parce que la peau y étant molle et flasque, la piqûre ou l'incision doit causer moins de douleur en s'enflammant.
Tout d'abord on avait cru à propos de faire subir à œox qui devaient être inoculés une certaine préparation qui, d'empirique qu'elle était, fut ensuite soumise à des règles bien déterminées. L'histoire nous apprend que les Indiens avaient l'habitude de défendre de faire usage, pendant le mois qui précédait l'opération, de toute nourriture animale et de mets échauffants; et que chez les Chinois on devait prendre pendant quelques jours une potion propre à vaincre la malignité du sang, et s'abstenir de tout mets et de toute boisson d'un goût trop piquant (1). Les femmes grecques prescrivaient des purgatifs, et l'abstinence de la viande, des œufs et du vin pendant un certain temps, et recommandaient en outre de ne point s'exposer au grand air, et de se prémunir contre le froid. Quelques uns arrivaient même jusqu'aux saignées et aux purgatifs tels que le calomélas et l' antimoine. Mais tous oes moyens furent condamnés avec raison par les meilleurs praticiens. Gullen observa qu'ils étaient quelquefois dangereux et presque toujours inutiles et recommanda seulement l'abstinence de la viande. Borsieri et Frank Pierre furent du même avis et crurent que les personnes saines n'avaient aucun besoin de
(1) y. Ahouuocl
préparation, et qu'on devait pour les malades attendre leur guérison. Les frères Sutton ne prescrivaient le plus ^souvent aucune préparation. Dimssdale ordonnait le régime pendant une dixaine de jours, et faisait prendre deux ou trois purgatifs. Il nous dit toutefois qu'il était souvent obligé d'inoculer sans la moindre préparation, et qu'il ne réussissait pas moins pour autant. Morton abandonna tout régime préventif, ayant observé que les inoculés guérissaient également et que les symptômes de la variole étaient les mêmes tant dans ceux qui avaient été préalablement au régime que dans les autres. M. Rusth qui opéra beaucoup d'inoculations à Philadelphie, prescrivait les légumes. Il ne recourait aux antimoniaux ou au mercure que dans le cas d'une maladie préexistante.
La grande quantité des moyens proposés nous en démontre, remarque Bousquet, la vanité et l'inutilité. D'ailleurs la nécessité où se trouvèrent les médecins d'inoculer en temps d'épidémie sans aucun traitement préventif, avait prouvé qu' ils étaient superflus et quelquefois dangereux , et que la meilleure préparation consistait, comme l'observe Borsieri, dans la santé de l'individu. Il recommande toutefois de faire un usage modéré dix ou douze jours avant Topération d'une nourriture simple, douce, surtout végétale, et il n'exclut pas tout-à-fait les purgatifs, parce que s'il y a des impuretés ou des vers dans les voies de la digestion, il est bon de les en chasser.
DE l'inoculation DE LA VARIOLE 61
Mais si les meilleurs praticiens avaient en quelque sorte banni tout traitement préventif, ils inculquaient néanmoins les plus minutieuses précautions sur le choix des individus, sur leur âge, sut la saison plus propice à Tinoculation et sur le temps où l'on devait recueillir le pus. Dans les temps ordinaires on recommandait de ne pas inoculer les individus d'une santé faible, ni les scrofuleux et en général ceux qui étaient affectés de maladies cutanées. Frank, Borsieri et d'autres n'excluaient aucun âge, mais ils admets taient deux époques plus particulièrement favorables : l^ De deux mois à six ; 2^ Depuis la cessation de la première dentition jusqu'à la douzième année. Hufeland et Percival au contraire conseillaient de pratiquer l'inoculation depuis le quatrième mois jusqu'à l'âge moyen. Dimssdalene voulait point qu'on inoculât les enfants au dessous de deux ans, tandis que les frères Sutton en inoculèrent de ceux qui n'avaient qu'un mois. Borsieri enfin préférait la période qui va de la cinquième à la douzième année. Quoiqu'il en soit de ces opinions si disparates, ils recommandaient tous en général d'éviter l'époque de la menstruation^ de la grossesse et de l'accouchement et de n'inoculer ni les adultes ni les personnes âgées. Quant aux saisons on préférait le printemps et l'automne, ob les excès de froid et de chaleur ne se font pas sentir. On prescrivait aussi d'éviter les constitutions ëpidémiques et sourtout les constitutions malsaines de Tair, c. à d. celles où l'on voit régner des maladies
malignes exanthématiques ou putrides; car on craignait avec raison que la variole ne suivît aussi la mauvaise nature des influences épidëmiques et des saisons, et qu' elle ne se compliquât avec elles. Mais lorsque une épidémie de variole venait de se manifester, on n'avait plus d'égard à l'âge, ni au sexe, ni à la saison , ni aux constitutions, et l'on procédait indistinctement à une inoculation générale. Ce fut précisément dans ces circonstances qu'on remarqua que, bien que les précautions susdites fussent dictées par la raison et la prudence, l'inoculation était souvent bénigne dans les enfants d'un âge bien tendre, dans les vieillards, dans les valétudinaires et même dans les enfants malades et cachectiques. Eu égard à la matière on choisissait généralement la plus fraîche, ou celle qui était conservée depuis peu de jours sur la pointe de la lancette, ou dans du coton, ou dans un vase, ou entre deux verres. Si on ne pouvait avoir du pus récent, on prenait des croûtes varioliques réduites en poudre et conservées dans des vases. On préférait habituellement la lymphe limpide du quatrième et du cinquième jour à dater de l'éruption, à la lymphe purulente et mûre du huitième ou du neuvième jour, qui souvent était sans effet et produisait parfois une variole plus intense. Borsieri nous dit que quelques uns prétendaient que la variole inoculée était d'une nature plus bénigne, et croyaient que si elle était produite par les bulles de l'inoculation, cette bénignité était d'autant plus grande que le virus va-