‹ De la vaccination;Chapitre 7 sur 48 · DE L' INOCULATION DE LA VARIOLE · texte numérisé non relu

DE L' INOCULATION DE LA VARIOLE

rioleux avait passé par un plus grand nombre d'inoculations successives. Hufeland, Frank et d'autres recommandaient de prendre la variole sur des individus sains, exempts de toute maladie, et de ne point se servir des postules d'une nature maligne ; mais Storck employa indistinctement toutes sortes de pus sans apercevoir ensuite aucune différence dans les boutons. Il vit au contraire le même pus produire une variole discrète dans quelques uns, et dans d'autres une variole confluente ; et il vit de même que la variole discrète produisait la confluente, qui à son tour donnait origine à la première. GuUen en déduisit que les variétés varioleuses ne dépendent pas de la différence de la contagion, mais uniquement de l'état individuel des inoculés, ou bien de certaines circonstances qui concourent à diminuer ou à augmenter la virulence du pus.

L'observation prouva bientôt que cette déduction était conforme à la vérité. Sacco a dit à ce sujet: La petite vérole inoculée ne fait pas passer dans le corps humain les qualités bénignes ou malignes du sujet dont on extrait la matière^ m>ais porte seulement avec elle la nature contagieuse sui oeneris, et son développement bénin ou malin dépend de la disposition particulière de l'individu.

Pour ce qui a trait à la méthode préventive nous ajouterons encore que plusieurs recommandaient de prendre quelques jours avant l'inoculation un ou deux bains tièdes pour ramollir la peau, surtout lorsqu'il était question de personnes adultes. Gela devait aussi,

selon nous, contribuer à radoucir les phénomènes de réaction et limiter en quelque sorte les éruptions. Une autre précaution tendant aussi à ce but et recommandée par les frères Sutton consistait à faire dormir les individus qu'on devait inoculer dans une chambre aérée et à les tenir pendant le jour à Tair frais.

On ne pratiquait ordinairement qu'une ou tout au plus deux piqûres ou incisions, une par bras ou par main, dans la persuasion qu'elles suffisaient à communiquer la contagion et dans la crainte qu'une plus grande quantité de variole ne causât une maladie plus grave, ce qui, d'après quelques uns, avait été maintes fois démontré (1). Mais Gullen et Frank rejetèrent cette opinion comme dénuée de fondement, et assurèrent que l'on ne put jamais constater une différence notable dans le caractère ou la marche de la maladie sur le plus ou moins de matière contagieuse.

Entrons maintenant dans les phases de l'inoculation. Vingt-quatre heures après Topératton une légère démangeaison à l'endroit de la piqûre indique la probabilité d'un bon résultat. C'est la première période. Au premier et au deuxième jour on n'aperçoit encore rien sur le bras, la piqûre parait même s'être fermée ; mais on peut dès le troisième ou le quatrième jour s'assurer au moyen du toucher qu'il s'est formé une petite éruption. Dans cette seconde période qui est celle de l'irritation locale et qui dure presque

(1 ) Voir BoENtfti.

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trois jours, il se manifeste encore une tache d'un rose pftle qui se change au quatrième jour en une vessie déprimée au centre. Souvent on voit tout au tour d'antres petites vessies, et au cinquième jour un tas de pustules entourées *d*un cercle rouge assez large. On ressent alors dans cette localité comme T effet d'ane morsure, et une sensation pénible sous les aisselles. Au sixième jour les pustules augmentent, résistent au toucher et s'enflamment ; la douleur aux aisselles et aux aines devient plus cuisante. Vers le septième jour la pustule forme une espèce de flegmon et la douleur se propage le long de la partie intérieure du bras jusqu'à Taisselle et au cou. Selon les climats et la saison du cinquième au septième jour commencent la céphalalgie^ le vertige, le malaise, la tristesse et enfin la douleur aux lombes, symptômes précurseurs de la fièvre soit de la troisième période. Ces symptômes qui varient d'intensité et de durée selon les individus, manquent au contraire chez d'autres. La fièvre se fait sentir ensuite avec plus ou moins de violence et avec une chaleur intense ; la soif, la nausée, la céphalalgie l'accompagnent; la bouche pue, la langue est sale, et la faiblesse générale. Lies pustules croissent et commencent à gonfler, et le cercle rouge s'étend davantage. Au deuxième et au troisième jour de la fièvre les malades éprouvent alternativement des horripilations et des sensations de chaleur, ils tombent dans l'assoupissement, ils ont des douleurs à l'épigastre, des nausées et quelquefois

S — Parola, vol. ly De la vaccinaUon,

des vomissements. En attendant les pustules subissent une forte inflammation et vont en suppuration. Au neuvième et au dixième jour et même plus tard il sort des pustules sur d'autres parties du corps ; c'est la quatrième période dite de l'éruption générale. Dès leur apparition la fièvre commence à diminuer, et au bout de deux jours les malades se trouvent mieux et le pouls est presque naturel et tranquille. Dans cette phase le pus est mûr, et l'inflammation au bras diminue à mesure que les boutons généraux sortent. L'éruption s'accomplit en trois ou quatre jours, et au quinzième la première pustule a déjà formé la croûte, tandis que les autres marchent aussi vers leur maturité. Il n'y a plus de fièvre secondaire, hormis dans des cas rares où il y a un trop grand nombre de pustules. Alors une légère réaction s'éveille vers le soir, le sommeil de la nuit est un peu agité ; mais bientôt les forces et Tappétit reviennent, et le sommeil est de nouveau tranquille. On voit se détacher peu à peu la croûte des pustules, qui tombe finalement en laissant une cicatrice ronde ou plutôt une tache rouge. Au vingtret-unième jour, dans la plupart des cas, la maladie est arrivée à son terme.

On remarquait une grande difiérence dans l'intensité de la fièvre, qui était tantôt presque insensible, tantôt plus forte, mais généralement bénigne. On observait aussi de la différence dans le nombre des pustules de l'éruption générale : elles se manifestaient rarement en grand nombre ; il n'y en avait parfois

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que deux on trois accompagnées de très-légers symptômes d'inflammation et de suppuration. Gatti et Tissot Tirent souvent que les pustules varioleuses ne succédaient pas à la fièvre; malgré ce^ ils pensèrent avec raison qu'elles suffisaient à prémunir la personne inoculée. GuUen, Mead et Grégory nous disent au contraire qu'il y avait des cas où une variole maligne et confluente succédait à l'inoculation, et qu'elle devenait même mortelle malgré les soins et les précautions que l'on prenait pour la combattre. On vit aussi la variole unie à d'autres maladies exanthématiques au grand danger des personnes qui en étaient affectées ; beaucoup d'individus conservèrent ensuite longuement des ulcères, des érysipèles et plusieurs abcès. Cependant CoUen constate que moyennant les précautions nécessaires, 99 sur 100 contractaient par l'inoculation une variole discrète et bénigne.

On suggérait plusieurs traitements pour diminuer la réaction et empêcher que l'éruption générale ne fût trop abondante. Une excellente précaution conseillée par Pierre Frank consistait en ce que l'on devait sous l'opération de l'inoculation éviter^ l'occasion de l'infection naturelle ; car, ditril, tant que la variole inoculée n'a pas encore produit sur l'organisme l'impres- ^on nécessaire, on est toujours sujet à la contracter.

Edouard Iwes, chirurgien anglais, dit qu'au Bengale le sujet inoculé prenait trois fois par jour un bain froid et suivait un régime rafraîchissant consistant en concombres, melons et ris. Il ne buvait

que de Teau fraîche. Lorsque la fièvre s^était manifestée, on. suspendait les bains et la nourriture se réduisait au lait sucré. Au deuxième jour de Téruption on lavait le corps avec de Teau froide, ce que Ton continuait à faire pendant trois jours en tenant le malade à la diète du lait jusqu' au dessèchement des pustules. Alors on lavait le corps avec d'eau de rose fraîche, et Ton remettait encore pour trois jours l'inoculé à la méthode diététique de la première période.

Dimssdale, Moseley, Squirrel et les frères Sutton , prescrivaient en outre dans la première période l'usage des purgatifs ; mais Borsieri et d'autres les condamnèrent comme inutiles et même dangereux, puisque l'on avait observé que sans eux la variole avait ordinairement un caractère plus doux. Borsieri ordonnait néanmoins de légers purgatifs quand il y avait des signes d'impureté dans les voies principales.

La fièvre s'étant manifestée, on recommandait au malade de rester au grand air et de faire de courtes promenades. Défense était faite de dormir pendant le jour, excepté lorsque Tâge le requérait. L'influence qu'on attribuait à l'air de modérer l'ardeur de la fièvre et l'inflammation de la peau, aussi bien que de rendre les forces, était telle qu'on recommandait même à ceux qui ne pouvaient se tenir debout, de se faire transporter dehors et d'y rester jusqu'à ce qu'ils fussent en état de se promener. En attendant, selon les dispositions individuelles, on ne prenait qu'une nourriture sobre et des boissons rafraîchissantes. Quand la fièvre

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