DE L*1N0€ULATI0N DE LA VARIOLE
cessait , on laissait de côté la diète sévère et les remèdes, et ron revenait peu à peu à la méthode habituelle de vie. On croyait généralement que dans la période de la suppuration il était bien de ne pas s'exposer à Tair trop froid, et de demeurer davantage chez soi, mais non pas dans des chambres tout-à-fait fermées. Lorsque les pustules étaient tombées, on ordonnait un petit purgatif et un bain tiède avec du lait. Si la maladie prenait un caractère plus grave, on la soignait comme la variole commune. Pour éviter que la contagion ne se communiquât à d'autres et ne donnât lieu à une épidémie générale, ce qui était arrivé plus d'une fois et surtout à Londres, on prenait les plus minutieuses précautions d'isolement. Borsieri ne permettait au convalescent de fréquenter ceux qui n'avaient pas encore souffert la variole, que quarante jours après l'inoculation, et après qu'ils s'étaient procuré des habillements neufs. Sarcone, B.Faust etChesten voulaient que l'inoculation n'eût lieu que dans des maisons isolées ou de quarantaine. On ouvrit à Bruxelles des établissements spéciaux appelés Maisons ^inoculation. Mais si ces mesures prévoyantes purent s'effectuer dans les îles de Rhodes et de Sainte- Hélène, elles rencontrèrent bien des difficultés et donnèrent lieu à beaucoup d'embarras dans le continent. C'est pourquoi l'opinion du Sicilien Scudéri parut plus raisonnable. Il crut qu'il suffisait de limiter l'isolement aux maisons particulières. Tout de même cette mesure était encore d'une application difficile et in-
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sufiSsante, d'après nous, à écarter toute possibilité de transmission de la maladie.
Mais quelle peut être la caiuse de la bénignité de la petite vérole inoculée vis-à-vis de la variole naturelle ? Quelle est la raison de la différente manière d'agir de Tart et de la nature ? Nous ne prétendons pas assurément à résoudre ce problème difficile ; mais nous en rechercherons une explication probable dans l'ensemble des circonstances qui accompagnent Tinoculation. Il en est qui ont cru pouvoir expliquer ce phénomène par la minime quantité du viruâ introduit dans l'organisme. Mais d'autres, et surtout Frank, nous assurent qu'on vit se produire les mêmes effets tant d'une seule goutte de pus, que d'une plus grande quantité. Si nous observons toutes les précautions dont on entourait l' inoculation, il nous parait que le choix et l'âge tendre des individus, la diète préventive et la saison devaient déjà contribuer à rendre la variole plus douce. Mais une autre précaution qui devait exercer une grande influence sur le succès de l'inoculation, consistait à préserver l'individu de toute infection générale en lui faisant l'opération dans une chambre séparée et sans lui laisser voir le varioleux dont on extrayait le pus. Il est un fait commun à toutes les contagions, qu'elles causent une maladie plus grave sous de certaines conditions cosm'otelluriques, si elles surprennent le peuple dans un état de terreur panique ou de désordres diététiques. Mais comme l'inoculation évitait ces conditions défavora-
DE l'inoculation DE LA VARIOLE 7i
bles, elle mettait Tinoculô en état de contracter la maladie d'une façon plus bénigne.
Si toutes ces circonstances, y compris le choix de la matière, peuvent déjà nous expliquer la bénignité dé la variole inoculée, elles ne nous semblent pourtant pas encore suffisantes, puisque Tabsence des mêmes n*a pas quelquefois modifié le succès de l'inoculation. L#e mode de transmission du virus nous paraît bien plus important. Si Ton admet de la diflFérence entre l'introduction d'un peu de variole par une ou deux incisions, et une abondante absorption de ce virus par les voies pulmonaires et gastriques, on doit nécessairement admettre que la manière d'agir doit être bien différente. En effet, dans la variole inoculée un travail local précède ordinairement les symptômes généraux, tandis que dans la variole naturelle les phénomènes généraux précèdent l'éruption. La variole semée dans la peau y détermine d'abord une absorption locale, puis une éruption; au contraire l'introduction de la même dans la masse du sang au moyen des vaisseaux lymphatiques se fait, plus lentement, et les modifications qui en dérivent sont aussi plus lentes, à raison de la quantité de matière introduite. Le développement de l'éruption locale exerce ensuite sur toute l'économie une action préservative, de sorte qu'une éruption générale ne peut désormais avoir lieu, si ce n'est d'une façon très-limitée tant dans la quantité qae dans l'intensité. Un fait attesté par Facen vient à r^ppui de notre thèse : et c'est que la maladie était
d'autant plus bénigne, que l'inflammation se manifestait plus promptement et avec plus de force dans la partie inoculée. Mais l'énergie de cette contagion est telle dans certains individus qui ont par hasard une plus grande disposition à la recevoir, que même une petite quantité de variole introduite dans les vaisseaux lymphatiques de la peau suffit à vicier toute l'économie , de manière à rendre en quelque sorte nulle l'action préserva tive qui avait déjà été initiée par l'éruption locale. On expliquerait ainsi les cas assez rares d'une petite vérole confluente et même mortelle. Pierre Frank a exprimé une idée semblable en disant que l'avantage de la bénignité dépend de la petitesse de la blessure par où l'on introduit le virus, et de la manière avec laquelle il se développe. Quant à»nous, nous sommes bien loin de donner à cette opinion le poids d'une vérité ; nous ne la proposons que comme un doute scientifique qui pourra être résolu par des études plus approfondies et de nouvelles expériences. Malgré ce nous ne laisserons pas cet argument sans citer Bousquet qui attribue la cause des avantages de la variole inoculée à la manière inattendtce et brusqua avec laquelle elle surprend 1^ organisme qui ne se prête qu*avec peine à la modifica-tio7i qu'on veut lui imprimer; tandis que lorsque la variole naturelle frappe V homme tout d'un coup, on doit l'y croire plus ou moins disposé^ et c'est cette disposition qui en fait craindre quelque fois les conséquences.