HISTORIQUE
La castration pratiquée dans le but de parer aux accidents causés par les fibromes utérins n’a pas encore une longue histoire. La première fois qu’il en est question c’est, en effet, en 1876, dans le Canada's Lancet July où Trenholme, de Montréal, décrit la première opération de ce genre pratiquée par lui en juin de la même année.
Peu après, au commencement de 1877, dans le Centrenblatt für Gynæhologie, Hégar rapporte deux cas de castration pour fibromes pratiquée, par lui les 2 et 3 août 1876.
C’est donc bien au chirurgien américain que revient la priorité pour cette opération. D'autre part, il est parfaitement établi que Hégar n'avait pas eu connaissance de la publication de Trenholme ; et, de
plus, il serait injuste de lui contester que ce sont surtout ses travaux qui ont vulgarisé en Europe la castration pour fibromes. Un troisième chirurgien a cependant prétendu les avoir devancés tous deux. Nous avons nommé Lawson Tait qui, pour la première fois en 1881, au Congrès médical de Londres, a affirmé avoir fait en août 1872, en décembre 1873 et en mars 1874, des castrations doubles pour fibromes utérins. Des revendications aussi tardives doivent-elles être admises ? C’est ce que ne pensent pas la plupart des auteurs. D’ailleurs, l'opérateur de Birmingham ne semble pas avoir eu, dans ce cas, comme idée directrice très nette, la création d’une ménopause artificielle, idée qui avait au contraire été le point de départ des opérations de Trenholme et d’'Hégar. Eneffet, dans le courant de l’année 1873, après sa première castration double, L. Tait dit avoir pratiqué quatre castrations unilatérales pour fibromes, comme s'il n’avait pas saisi l'esprit de la méthode.
Du reste, pour être juste dans cette question de priorité, 1l ne faut pas oublier les opérateurs qui, guidés par les mêmes idées théoriques de ménopause artificielle, mais dans des buts thérapeutiques différents, ont, en faisant les premières ablations d’annexes, ainsi ouvert la voie aux chirurgiens qui, par cette opération, ont spécialement .visé les accidents dus aux fibromes. Nous ne voulons point parler ici des chirurgiens Frankenau (1), Hanstoun,
(1) Frankenau. — Satiræ medicæ, p. 41.
Sets
L’Aumônier, Pott (1) et plus près de nous Kæberlé et Esmark (2) qui, tous, s'ils pratiquèrent l’ablation des ovaires, la firent, comme ils auraient enlevé une dent cariée, un séquestre, une épine irritante quelconque, sans se proposer comme but la suppression de Ja fonction ovarienne.
Il n’en est pas de même de Battey et d'Hégar. Ce dernier, en effet, avant de pratiquer ses castrations pour fibromes, avait, dès le 27 juillet 1872, dans le but bien arrêté de créer une ménopause artificielle chez une femme de 27 ans dysménorrhéique, enlevé les deux ovaires par la voie abdominale. Vingt jours plus tard, le 17 août 1872, à Rome, en Géorgie, le docteur Battey pratiquait la même opération dans les mêmes conditions sur une femme de 30 ans.
Mais tandis que Hégar, ayant perdu sa malade de péritonite septique, gardait le silence sur cette opération jusqu'en 1876, Battey, qui avait eu un cas heureux, le publiait dès septembre 1872 dans le Atlanta medical and surgical Journal.
Il n’est donc pas injuste de donner à la castration le nom d'opération de Battey ; quoique peut-être, ainsi que le propose Pozzi (3), il serait plus équitable de réserver le nom du chirurgien de Rome à la seule castration analgésique et de donner à la castration hémostatique le nom d'opération de Trenholme- Hégar. Quant à nous, nous emploierons le terme
(1) Pott. — Œuvres chirurgicales, à. 1, p. 498.
(2) Eswark. — Arch. für Gynœækh., 1874, t. XII, p. 132.
(3) Pozzi. — Soc. de chir., 23 mai 1888, et Traité de gynécologie, 2e ed., p. 343.