CHAPITRE V
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UTILITÉ PEOVIIlENTl ELLE DE LA SCIENCE PAÏENNE.
Parce qu’on est catholique, on croit devoir mépriser la science des païens, on la condamne systématiquement ; nous voulons montrer ce que cette science était dans les desseins de Dieu. Nous dirons son utilité pour les païens avant le christianisme ; son utilité pour la conversion des païens au christianisme, et les avantages que peuvent en retirer les chrétiens eux-mêmes.
Il est suffisamment prouvé, croyons-nous, que la philosophie païenne, comme toute philosophie naturelle, fut incapable de produire le christianisme. Elle lui est inférieure autant que la terre l’est au ciel.
11 est prouvé encore que la raison humaine, qui a su élever à leur plus haute perfection les arts et plusieurs sciences utiles, s’est montrée incapable de se suffire à elle-même en morale et en religion, même naturelle. Est-ce à dire que la philosophie n’ait été d’aucune utilité morale pour les païens, ou qu’elle fut pour eux un présent de l’enfer? Des chrétiens exaltés, des hommes exagérés osèrent le dire aux premiers siècles. Fiers de posséder, dans les enseignements chrétiens, une doctrine pure et sublime, ils méprisèrent et condamnèrent
la philosophie grecque, comme l’œuvre de l’esprit de ténèbres. Les saints Pères, et surtout Clément d’Alexandrie ', réprimèrent ces exagérations de néophytes. Ils montrèrent que la philosophie grecque avait été une chose bonne, utile, précieuse; que les hommes en avaient étrangement abusé, mais qu’elle n’en était pas moins un don de Dieu, comme tous les biens, et plus que tous les biens de ce monde ; que la raison leur avait été donnée pour connaître Dieu, l’âme et le devoir, et que s’ils avaient été fidèles à cette lumière qui brillait en eux, Dieu aurait fait le reste ; elle pouvait être pour eux le premier moyen de salut. Ils ne craignent pas de comparer sous ce rapport la philosophie des Grecs au Testament donné aux Juifs. Et, en effet, la philosophie ne pouvait, sans doute, opérer par elle seule le salut éternel, pas plus que la loi mosaïque; mais elle était le premier enseignement à suivre, l’acheminement à la grâce et la condition naturelle du secours surnaturel. Saint Paul lui-même, ne compare-t-il pas les lumières de la raison aux enseignements divins que reçurent les Juifs, en disant que les païens lisaient dans leur conscience ce que les Juifs lisaient dans la loi écrite *?
Avec la raison, les païens, et surtout les philosophes, pouvaient connaître Dieu et leurs devoirs envers lui. La fidélité à ses lumières était leur vertu, comme l’oubli de ses leçons fut leur crime. Voilà le devoir que leur rappelle l’apôtre qui leur fut envoyé de Dieu, et le crime qu’il leur reproche avec tant de véhémence. Comprend-on ce que l'on fait, quand on refuse à la raison et à la philosophie païenne tout pouvoir de connaître
1 Strnm., 1. 1.
* Rom. n.
Dieu, la loi naturelle et ses principales prescriptions? On tend à excuser radicalement les païens dans leurs erreurs et leurs désordres, ou à rendre leur damnation nécessaire. Sans doute on peut soutenir, arec raison, que quelques-uns d’entre eux eurent connaissance de la religion des Juifs et des traditions primitivement révélées; mais, outre qu’ils purent n’ètrepas certains que cette religion fût révélée, un grand nombre d’autres n’en eurent jamais connaissance et ne purent même en rien soupçonner. Il en était plusieurs, parmi ces populations insouciantes, qui ne recevaient ni de l'étranger ni des personnes qui les environnaient, les connaissances indispensables sur le Dieu unique et suprême, sur sa justice et sa bonté, sur leurs obligations envers lui, ainsi que sur les devoirs de conscience qu’ils avaient à remplir dans les différentes conditions et les différentes circonstances où ils se trouvaient placés, etc. Nous parlons de notions élémentaires, que tout homme doit avoir; de devoirs essentiels, que tout homme doit remplir. Or, que dira de ces païens la nouvelle école, elle dont le dogme fondamental est qu’ils furent incapables par eux-mêmes d’acquérir ces notions et de connaître ces devoirs? Les déclarera-t-elle excusables d’avoir ignoré ces devoirs et ces vérités , tandis que l’apùtre saint Paul les déclare inexcusables de les avoir méconnues ? Les dira-t-elle inexcusables , et les damnera-t-elle impitoyablement, pour avoir ignoré ce qu’ils ne purent connaître?
Nous prions que l’on nous indique un moyen de justifier la bonté et la justice divine, un moyen de sauver la dignité humaine, autrement qu’en disant, ce qui est incontestable, que ceux des païens qui ne recevaient aucune instruction sur ces matières importantes, pou-
valent, à l'aide de la lumière qui était en eux, en connaître au moins ce qui était indispensable pour leur conduite. Oui, il faut le professer hautement, les païens, et plus que les autres les philosophes, pouvaient par l’attention et la réflexion connaître plusieurs vérités morales et religieuses. Us en connurent plusieurs de la sorte; mais ils auraient dû en connaître davantage. Voilà ce qu’il faut dire.
Ce qu’ils en connurent ne fut pas sans utilité pour la conversion du monde païen et pour la diffusion du christianisme. Nous le répétons, prétendre que ce fut la philosophie qui amena et produisit le christianisme, qui dissipa les erreurs et réforma les mœurs, est une gageure des rationalistes, qui ne peut être sérieuse. La philosophie, au contraire, par ses propres erreurs et par son aveugle opposition, fut un des grands obstacles au développement de la nouvelle doctrine. Mais, d’un autre côté, prétendre qu’il n’y eut en elle rien, absolument rien d’utile au christianisme, est une autre exagération, qui n’est pas moins contraire à la vérité qu’à la justice.
Ce mouvement de la pensée, si remarquable dans l’ancien monde, cette haute culture intellectuelle si considérablement répandue, cette aptitude à réfléchir et à comprendre, cette curiosité même qui ne cherche que parce qu’elle n’est pas fixée par son objet ; tout cela fut-il, donc inutile pour faire écouter, pour faire comprendre et accepter l’enseignement nouveau? Qu’auraient fait les premiers apôtres du christianisme, si les hommes auxquels ils s’adressaient n’avaient eu dans leur esprit aucune notion intellectuelle ou morale? Certains écrivains de nos jours s’imaginent que pour convertir les gens et les amener à la vérité, il ne faut que
prononcer devant eux les articles de notre symbole, et bien se garder de raisonner avec eux ou d’accepter en aucune façon les principes de leur raison païenne. Nous sommes convaincu qu’ils parleraient autrement s’ils avaient essayé quelque temps les fonctions de missionnaires. Quoi donc? la raison n’a-t-elle pas été donnée à l’homme pour le conduire à la foi ; et les missionnaires seront-ils blâmés pour employer avec empressement le moyen indiqué par l’ordre providentiel ?
C’est là ce que firent les apôtres. C’est en faisant appel à la raison des païens, en acceptant avec eux ce qu’il trouvait de vrai dans leurs livres, que saint Paul convertissait les citoyens d’Athènes et les sages de l’Aréopage'. Telle fut aussi, et nécessairement, la méthode que suivirent après lui, en s’adressant aux infidèles, les docteurs et les Pères de l’Église, depuis saint Justin’, Clément’ et OrigèneS jusqu’à saint Augustin’. En leur avouant, en leur rappelant avec zèle ce qu’il y a de vrai dans les philosophes grecs, et qui dés lors était commun aux Grecs et aux chrétiens , les apologistes et les docteurs partaient de là, et en faisaient le commencement de leurs leçons. Ils forçaient d’abord les païens de reconnaître ces vérités, prises chez eux, et d’en convenir eux-mêmes; puis ils en déduisaient, comme conséquence obligée, la nécessité d’accepter la vérité chrétienne*.
1 Act. xvh.
* Cohort. ad Grise.
3 Cohort. ad tient.
' Contra Celt.
3 De Civit. Dei.
• Les saints Pères, en reconnaissant la vérité qui se trouvait dans les auteurs païens, eurent garde de prétendre qu’elle s’y trouvât
Le monde une fois converti et devenu chrétien, fallaitil rejeter dans l’oubli toute la science antique et brûler tous les livres païens? Plusieurs catholiques ardents le pensèrent et voulurent y pousser l’Église. Qu’avait-on besoin de la science païenne, lorsqu’on avait dans le christianisme et par le christianisme toutes les connaissances utiles à l’homme? Qu’avait-on besoin de Platon, quand on avait le Christ, le Verbe divin? Qu’irait-on chercher ailleurs, qu’on ne possédât plus excellemment dans l’Évangile? Dieu ne nous a-t-il pas enseigné toute vérité'?
Ainsi parlaient alors certains chrétiens abusés; ainsi parlent encore des hommes abusés de nos jours.
C’est d’abord une étrange exagération, de prétendre que toutes les connaissances utiles ou nécessaires à l’homme nous soient données par l’Évangile et par la révélation , afin d’en conclure que le catholique n’a aucun besoin de les étudier dans les auteurs profanes. Comment! [toutes les sciences naturelles, la physique et la chimie, les mathématiques et l’astronomie, la géographie et toute l'histoire, la logique et la psychologie, etc., seraient donc comprises dans la révélation, seraient l’objet des décisions de l’Église, et ne pourraient être apprises que dans le catéchisme et la théologie? Il n’y aurait donc plus de distinction entre les sciences profanes et les sciences sacrées ; et la théologie ne serait plus la plus élevée des sciences, elle serait la science universelle?
pure et complète ; et ceci ne contredit en rien ce que nous avons dit du besoin do la révélation. En tait de vérités religieuses et morales, la philosophie pouvait tout, la philosophie ne pouvait rien : c’est la double erreur du rationalisme et du traditionalisme.
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Ou bien, quand ils disent que tout ce qui est vraiment utile se trouve dans l’Évangile et dans l’enseignement de l’Église, entendent-ilsque nous devions mépriser toutes ces sciences humaines et profanes? etles croient-ils indignes de l’attention du chrétien ? Ce serait vouloir nous ramener à la barbarie, au nom sacré de la religion.Mais, d’ailleurs, ignore-t-on que ces sciences elles-mêmes sont utiles à la religion? Ignore-t-on que la science des païens a été, dans les desseins de Dieu, un secours important préparé à la religion et dont elle devait un jour profiter? Que faisait le philosophe grec en formulant le code de l’intelligence, en traçant d’une main si sûre les lois de la pensée et du raisonnement, sinon préparer à l’Église le moyen dont elle se servira pour établir invinciblement la vérité religieuse, pour en développer rigoureusement les conséquences, et pour écarter l’erreur et le sophisme qui tenteraient de la corrompre? Que faisait l’orateur romain en cultivant si amoureusement son noble idiome, en perfectionnant et en fixant à jamais cette langue immortelle ; que faisaitil, sinon polir un instrument à l’usage de l’Église, et le lui remettre merveilleusement propre à reproduire tous ses enseignements, à les porter dans tout l’univers, à les perpétuer dans tous les siècles?
Cette utilité des auteurs païens, si légèremeut méconnue de nosjours, avait été déjà contestée avant notre époque ; et cette illusion n'est pas aussi nouvelle qu’on pourrait le croire. Un savant homme la combattait il y a plus d’un siècle, avec autant de logique que d’érudition, avec autant de force que de modération et de sagesse. « Quoique les saints Pères, dit le Père Baltus, se soient « appliqués avec beaucoup de zèle à relever les défauts « de la philosophie païenne, il ne faut pas croire cepen-
« dant qu’ils l’aient rejetée entièrement comme si elle « ne contenait rien d’utile , ou qu'ils en aient interdit « absolument l’usage aux fidèles. Comme ils n’étaient « point capables de tomber dans l’excès de ceux « qui lui attribuent la connaissance certaine des plus « sublimes vérités du christianisme , aussi étaient-ils « infiniment éloignés de croire qu’il fallût la bannir « entièrement des écoles chrétiennes. Rien de plus opte posé à la sagesse et à la modération de ces grands « hommes, que de pareils excès '. »
Puis le même auteur énumère les divers avantages que les chrétiens doivent retirer de cette étude.
« Première utilité, dit-il, de la philosophie païenne : « elle sert de préparation à l’étude de la religion*. » Et il montre que les Pères et les docteurs l’ont recommandée et en ont usé dans ce but. Mais, ajoute-t-il * : « Saint « Grégoire fait plus, car il s’élève avec force contre ceux « qui condamnaient entièrement cette étude de la phi- « losophieetdes sciences profanes, comme dangereuses « et contraires à la piété. 11 leur fait sentir clairement « l’erreur où ils sont, de condamner une chose aussi « excellente qu’est la science, sous prétexte des abus « que quelques-uns en font. »
Page 394 : « Seconde utilité de la philosophie pro- « fane : elle est nécessaire pour défendre la religion ; « usage que les saints Pères en ont fait dans cette « vue, etc., etc. » Il conclut en disant : « On voit donc « que lorsqu’il s’agissait de défendre la religion contre « les païens et les hérétiques qui adoptaient souvent
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1 Jugement det suinta Pères, p. 283.
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« les erreurs des philosophes , les Pères de l’Eglise ne « pouvaient se dispenser, pour répondre aux uns et « aux autres, d’étudier la philosophie païenne et d’en « faire usage dans leurs livres. Et qu’on ne dise pas que « cette raison ne subsiste plus à présent. Car si l’on « examine quelles sont la plupart des objections que les « incrédules font aujourd’hui à la religion, on trouvera « qu’ils ne font que renouveler celles que les philo- « sophes païens ont faites. Mais si on persistait avec « l’adversaire que saint Jérome réfute si fortement, '« à soutenir qu’il n’est permis de faire usage de la « doctrine des philosophes païens que lorsque l’on dis- « pute contre eux , je produirais avec lui un grand « nombre d’ouvrages des saints Pères et des écri- « vains ecclésiastiques, dont on peut dire générale- « ment qu’ils sont tellement remplis de la doctrine « des philosophes, qu’on ne sait qu’admirer en eux da- « vantage, l’érudition profane ou la science des divines « Ecritures. »
Page 400 : « Troisième utilité de la philosophie et « de l’érudition profane. Les saints Pères en ont tiré « l’éloquence el les ornements du discours, pour attirer « les païens à Jésus-Christ. » Et il prouve par l’exemple et le témoignage des saints Pères, que, loin de mépriser les anciens et les profanes, sous prétexte qu’il y a deux littératures, l’une chrétienne et l’autre païenne, nous n’avons rien de mieux à faire que d’étudier dans les auteurs païens les règles du goût, du langage et de la forme littéraire. « C’est cet avantage, dit-il, que Julien « l’Apostat enviait particulièrement aux chrétiens, lors- « qu’il fit cette loi fameuse, par laquelle il prétendait « leur interdire l’étude des livres païens, sous prétexte # qu’il n’appartenait qu’à ceux qui faisaient profession
-DiStU.
u du paganisme, d’étudier la politesse de la langue et « les sciences des païens. Mais avec quelle ardeur les « saints Pères ne se sont-ils pas élevés contre lui à ce « sujet. »
Page 40C : « Quatrième utilité de la philosophie « païenne. Comparaison qu’on en peut faire avecl’excel- « lence de la doctrine chrétienne. »
Page 408 : « Cinquième utilité des livres des philo- « sophes et des autres auteurs païens. Ils nous appren- « nenl l’état pitoyable du monde avant la naissance de « Jésus-Christ. »
Page 409 : « Sixième utilité de la philosophie païenne.
« On peutproiiter des bons préceptes et des bons exem- « pies qu’elle contient. Car, qui doute qu’il ne s’en « trouve non-seulement dans les philosophes, mais en- « core dans les poètes; puisque les saints Pères se sont « appliqués a en faire des recueils ( Selecta è profanis). « Ainsi donc, sans vouloir prouver une chose aussi évi- « dente que celle-là, contentons-nous de produire quel- « ques-unes des vues qu’ils ont eues en se comportant « de la sorte, et que nous pouvons encore avoir en les « imitant. Les uns l’ont fait, pour attirer plus doucement « par ce moyen les païens à la religion chrétienne, en « leur faisant voir qu’elle n’enseignait rien *, dont on « ne trouvât des traces dans leurs philosophes et dans « leurs poètes. Les autres l’ont fait, pour leur montrer « que la loi de Dieu était gravée dans tous les cœurs, « et qu’ils n’avaient qu’à rentrer en eux-mémes pour y « trouver la condamnation de leurs erreurs et de leurs « désordres, et pour découvrir la route qu’ils devaient « suivre afin de connaître la vérité à laquelle ils devaient
1 En fait do vérités naturelles.
« s’attacher et la vertu qu’ils devaient pratiquer. D’au- « très, enfin, l’ont fait par rapport aux chrétiens eux- * mémos, pour les exciter à la perfection, et leur inspi- « rer les sentiments d’une honte salutaire, de ce qu’a- « prés avoir reçu tant de lumières, de secours et de « grâces, on les voyait cependant moins détachés des « choses de la terre, moins constants dans les adversités, « et moins patients dans leurs maux que des plnloso- « phes païens. C’est ce que fait particulièrement saint « Jean Chrysostome, et je ne vois pas pourquoi nous ne « pourrions pas faire encore la môme chose que tous « ces grands hommes; pourvu cependant que nous ob- « servions les mêmes régies et la même modération... « En évitant ces excès, où il est facile de se laisser « aller, je ne doute pas que ces sortes d’ouvrages ne « soient utiles; surtout lorsqu’il s’agit de prouver à des « incrédules que quand môme ils voudraient fermer les « yeux aux preuves évidentes sur lesquelles la religion « chrétienne est établie, ils ne viendraient jamais à bout « d’effacer de leur cœur la loi naturelle que Dieu y a « gravée, et que la loi chrétienne n’a fait que rétablir « et porter à la perfection. »
Voilà une maturité et une modération de parole bien remarquable et bien rare. Ne dirait-on pas quele P. Baltus parlait pour notre temps? Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ce Père, aussi humble que savant, n’aftirme jamais rien que sur le témoignage des plus grands docteurs de l’Eglise. Citons-en un seul, qu’il traduit ainsi : « Ce que dit Origène à ce sujet, me pa- « rait tout à fait beau, et digne de cette modération « charmante qui lui est si naturelle : Moïse, dit-il, suite vil les conseils de son beau-père Jéthro, et sans conte sidérer que celui qui les lui donnait était païen, il ne
« fit attention qu’à la vérité et à l’utilité des avis qu’il « lui donnait. Nous devons en user de même; et si « nous trouvons que les païens aient dit quelque chose « de bon dans leurs livres, nous ne devons pas incon- « tinent le mépriser, à cause du nom de l’auteur; ni « nous enfler d’orgueil, sous prétexte que nous avons « reçu la loi de Dieu même. Mais, comme dit l’Apôtre, « nous devons tout examiner et nous attacher à ce qui « est bon. »
P. 413 : « Dernière utilité des livres païens. Ôn « peut les lire par manière de délassement. Le sage «parmi nous, dit Clément d’Alexandrie, s’applique « toujours à la science principale; mais si ses loisirs lui « permettent de prendre quelque relâche après ses oc- « cupations indispensables, il ne peut trouver de ré- « création plus convenable que la lecture des philoso— « phes ^recs; cette lecture sera pour lui comme le « dessert après le repas... Car la vérité chrétienne est « comme le pain, nécessaire à la vie; mais ces éludes « en dehors de la vérité religieuse, sont comme un «assaisonnement et un dessert agréable; or, dit le « poêle de Thèbes, Pindare, on aime, après le re- « pas le plus somptueux, à prendre quelque dessert « choisi »
Le sage et savant auteur n’oublie pas de signaler les dangers et les abus possibles, dans l’étude et l’emploi des livres païens ’ ; et d’indiquer les précautions à prendre pour les éviter, sans rien perdre des avantages qu’on y trouve.
Nous donnons sa conclusion sur toute cette matière,
' Stromal., 1. VI et I.
’ Voir p. S2t 1 S.'tti.
si vivement agitée de nos jours. Il serait difficile de trouver rien de plus raisonnable, de plus modéré, et en même temps de plus ferme. « Ce que nous avons dit « suffit pour montrer les différents usages que nous « pouvons faire, avec les saints Pères, des livres des « philosophes et des autres auteurs païens; et en même « temps pour faire voir combien se trompent ceux qui « condamnent cette élude, et qui, par une piété mal eu- « tendue, semblent quelquefois désirer que l’on ban- « nisse des écoles chrétiennes tous les auteurs profanes « que l’on y explique à la jeunesse, pour leur substi- « tuer l’Ecriture et les saints Pères. Désir chimérique,
« s’il en fut jamais, et qui, d’ailleurs, serait infiniment « préjudiciable à la religion, s’il s’accomplissait. Ne « voieut-ils pas la différence qui se trouve entre les « premiers siècles de l’Eglise qui ont cultivé ces éludes,
« et ceux où elles ont été négligées et presque anéan- « ties; entre les écrivains ecclésiastiques qui s’y ap- « pliquèrent et qui s'en Servirent si utilement pour le « bien de la religion, et ceux qui n’en eurent aucune « teinture, quoiqu’ils eussent d’ailleurs beaucoup de - « vertu et de piété? Il est vrai qu’il y a des dangers à « éviter dans celte étude, et c'est aussi sur quoi les « saints Pères n’ont pas manqué de nous donner les « avis nécessaires ; mais en évitant ces dangers, qui « sont encore moins à craindre à présent qu’ils n'étâient « lorsque le paganisme subsistait, rien n’est plus im- « portant au bien de la religion, que l’éloquence et « l’érudition qu’on tire des philosophes et des autres « auteurs profanes, et c’est une erreur visible que d’en « condamner absolument l’usage. »
On nous pardonnera ces citations, peut-être un peu longues. Elles prouveront du moins que nous ne sou-
tenons pas une thèse qui nous soit personnelle, et que nous sommes fidèle à la ligne de nos Pères
1 Au P. Battus, nous aurions pu joindre Pètau, Oral. !*■ ; — Lanricius, de pr<rst. Inêtit. s. j.; — Judde, OEuvr. spirit.; — Noghera; Sistemi e Meth.; — iouvenci, Hist.