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très qui s’adresserait à eux pour avoir la permission de juger la Bible et de faire sa religion comme il veut et comme il l’entend. Mais nous nous sommes demandé surtout quelle doit être la position de ces ministres eux-mèmes vis-à-vis de leur Eglise. (I nous semble difficile qu’en prêchant les dogmes qu’on est convenu de prêcher dans leurs temples, ils n’aient jamais aucun doute sérieux sur ces dogmes ou sur le fondement qu’on leur donne dans l'Evangile. Il nous semble difficile, disons même impossible, qu’ils soient tous uniformément si convaincus de tout ce qu'ils prêchent, de tout ce qu’on leur fait prêcher , qu’aucun d’entre eux n’ait jamais sur aucun point une opinion, une manière de voir contraire à celle des autres. Et nous serions désireux de savoir comment ils s'y prennent dans ces cas difficiles. En pareille circonstance, le prêtre catholique ne saurait être embarrassé : il a , pour fixer son doute ou redresser son opinion, un tribunal infaillible. En tout le reste, pour toutes les explications secondaires où ce tribunal ne prononce pas, la liberté demeure à tous, et ne saurait aller bien loin. Mais le ministre protestant ne peut, saus cesser d’être protestant, admettre aucune autorité pour juge en matière doctrinale, même sur les points les plus fondamentaux. Que fera-til donc, s'il pense sur un point différemment de son Eglise? Prêcher le contraire de ce qu’elle prêche, ce serait le scandale, ce serait le schisme, avec l’éclat de la rupture et de la séparation. Continuer à prêcher comme les autres quand ou a une conviction contraire, une conviction arrêtée et que l’on croit vraie, ce serait lâcheté et hypocrisie. Ce serait, dit M. de Gasparin, « un temps honteux, ou régnerait, au sujet de la Bible « (et de tout dogme), une sorte de mensonge latent et
« convenu. On traiterait le saint livre avec respect, on « le laisserait sur les chaires, on dirait en l’ouvrant : « Nous allons lire la parole de Dieu, et l’on sous-enten- « drait : Si tant est qu'il y ait quelque parole de Dieu dans « les versets que je vais lire'. » Et cependant c’est celte duplicité permanente, sacrilège, que cet honnête protestant a constatée avec douleur dans ses temples : « Je « m’étonne, s’écrio-t-il, de voir des chrétiens qui tien- « nent un tel langage dans leurs écrits (et qui apparem- « ment croient ce qu’ils écrivent), monter ensuite en « chaire et y lire l'Ecriture au peuple comme si elle « était la parole de Dieu. Quel que soit le livre sacré « qu’ils aient ouvert, ils laissent croire que Dieu même * a parlé dans chaque verset *. »
Mais aussi, nous trouvons M. de (lasparin bien exigeant, ou bien naïf. Il en parle fort à son aise; mais se fait-il une idée des difllcultés de rette position dont il parle? Le trop célébré Strauss vient de les peindre dans un ouvrage nouvellement publié; et sans doute, son Histoire d’une vie et d'un caractère de ce siècle, est l’histoire réelle de plus d’un ministre protestant de nos jours. « Christian Maerklin , c'est le nom du personu nage, était (ils d’un prélat protestant, et avait étudié x la théologie pour consacrer sa vie au service de x l’Eglise. Vicaire, puis diacre, il avait apporté à ses «fonctions, avec une àine généreuse et droite, une « intelligence nourrie de toutes les subtilités de la « science... 11 eut beau déployer tout le zèle, toute la « charité évangélique dont son noble cœur était capa- « ble... il ne larda pas à sentir que son christianisme « n’était pas celui qu’il était chargé d'enseigner et de
1 Même ouvrage.
* Ibid.
« répandre. Cette triste découverte n’eut pas lieu tout « à coup... Grave et pur, il se croyait très-sincèrement « chrétien, quoique le Christ ne fût pour lui qu’une k grande et belle âme, mieux inspirée que Socrate et « Platon... De vives luttes, qu’il eut à soutenir avec les « piétistes, l’amenèrent peu à peu à voir plus claire- « ment le fond de son âme. Les conséquences des « principes auxquels il était attaché se développèrent « tout naturellement dans l’ardeur de la dispute ; et « descendant la pente glissante sur laquelle il croyait « pouvoir s’arrêter... etc. »
« Que faire dans une telle situation? Strauss décrit « ici avec émotion les angoisses de ces jeunes tliéolo- « giens chargés d’enseigner des dogmes auxquels ils ne « croient pas. Ils hésitent à rompre leurs liens; ils n’ont « pas le courage de sortir de l’Eglise. Chez quelques— «uns, celte hésitation tient à des motifs terrestres... « Maerklin avait une fortune suffisante... il ne pouvait « se résoudre. Il le fallut bien cependant... Il comprit « qu'il ne pouvait plus se faire illusion à lui-même, et « que chargé d’enseigner le christianisme positif, il mé- « connaissait ses devoirs ou manquait à sa conscience. « En vain s’efforça-t-il encore de se créer une sorte de « terrain neutre, d’oii il pouvait, sans se manquer à lui- « même, tendre les mains aux fidèles. Sa loyauté l’em- « porta... 11 commençait d’ailleurs à être suspect. La « droiture de sa conscience ne lui permit plus de pro- « longer davantage celle position impossible... Sans «. bruit, sans scandale... il déposa son ministère. Dès « que sa résolution fut prise, Maerklin poussa un cri « de joie ’... »
1 Dm ie ‘Its Deur-Monrh t, .ioi\t 1853.