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reur honorable, s’il en est une. Mais non, Fénelon ne s’est point honoré par l’erreur; ce qui l’honore et le rend immortel, c’est d’avoir répudié l’erreur dés qu'elle lui a été montrée par l’Eglise.
Cette facilité de l’erreur, inhérente à la nature humaine , s’est produite dans tous les siècles el dans tous les pays; mais nous ne savons si nulle part le danger est aussi permanent qu’en France. Nous aimons parfois à appeler notre pays l'officine de la pensée ; et si nous vénérons à Home le centre immobile de la foi, nous voulons faire admirer chez nous le foyer de l’activité intellectuelle. Activité terrible en effet, ébullition incessaute qui déborde comme nécessairement d’un côté ou d’un autre. Nous ne savons pas tout ce que pensent de nous les autres peuples; mais cette fougue et celte ardeur à nous porter aux extrémités les plus opposées, aux exagérations les plus inattendues, est faite pour les étonner. On dirait que notre nature est sympathique à toutes les nouveautés erronées ou dangereuses ; et si l'œil maternel de Home n’eût constamment veillé sur nous, dans quels écarts eussions-nous donné depuis seulement le commencement du siècle? El qu’on le remarque bien, nous parlons des catholiques, c’està-dire des hommes les mieux placés pour connaître la vérité, comme les plus sincèrement attachés à l’Eglise et à ses enseignements. Hé bien, c’est avec ce zèle ardent pour l’Eglise, que nous avons le secret, nous autres Français, d’alarmer sa vigilance, et que, sans ses avertissements répétés, des esprits actifs et puissants auraient plus d’une fois entraîné les meilleurs catholiques dans des voies funestes.
Pour commencer par un mouvement qui date de loin, et qui s’est montré plus persévérant que notre caractère
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n’aurait pu le faire supposer, ruais qui a cédé enfin à la sage pression du vicaire de Jésus-Christ ; tout le monde sait comment, sous le prétexte de maintenir des coutumes locales ou des libertés trop vantées, on en était venu à soutenir des maximes et des principes contraires au bon et légitime gouvernement de l’Eglise; comment, à force d’étude et d’érudition, on s’imaginait appuyer ces principes sur le texte même de l'Evangile, sur la pratique des premiers siècles et sur toute la tradition. En vain l’on apprenait, à n’en pouvoir douter, que ces sentiments n’étaient point ceux de Borne, n’étaient point ceux des églises de toute la chrétienté, et qu'ils étaient combattus par les théologiens de tous les autres pays. On ne se rendait pas ; et plus on discutait, plus on se confirmait dans ces opinions particulières. Au lieu de rentrer dans l’harmonie générale, on semblait tendre àentraîner avec soi les autres pays. On a vu les esprits les plus sages se passionner pour ces maximes particulières, les caractères les plus fermes céder au mouvement et y entrer eux-mèmes. Plusieurs fois le chef patient de l’Eglise avait manifesté sa désapprobation d’une manière assez significative; plus d’une fois il avait, pour ainsi dire, montré la foudre, moins pour frapper que pour avertir, et pour rappeler les esprits au sentiment commun. Les esprits ne cédaient pas ; comme s'ils eussent pris à lâche de prouver au monde entier combien, dans les choses théologiques, alors même qu’il s'agit d’interpréter la révélation, l’intervention décisive de l’Eglise est nécessaire, et combien jusque-là la raison est capable de s’égarer et de s’opiniâtrer dans ses illusions. Grâce à Dieu, la sagesse et la longanimité ont gagné les cœurs, ont fait pénétrer doucement la lumière dans les esprits, et aujourd’hui les esprits et les cœurs sont tournés vers
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Rome, sont attachés et dévoués à Rome plus absolument que jamais.
Dans la théologie morale, on avait adopté, en beaucoup d’endroits, une rigidité de principes et d’applications, faite pour décourager les consciences et les éloigner de la religion. L’intention était sainte, mais les moyens étaient exagérés et se retournaient d’eux-mômes contre leur but. Si l’on avait continué dans cette voie, qui sait où ces principes de morale auraient conduit la religion en France? Ce qui manquait, pour cette partie si importante de la théologie, ce n’était ni l’élude, ni le raisonnement, ni une certaine rigueur de méthode; mais, et c’en est une nouvelle preuve, la raison est courte dans les choses de la morale et de la religion. A la fin on a pensé à consulter Rome, on l’a interrogée sur une foule de cas et d’applications. On a pris les livres recommandés par Rome, et l’on a rejeté les livres désapprouvés par elle. Aujourd’hui l’on rentre dans le vrai, dans l’utile milieu. Plaise à Dieu maintenant que notre nature ne nous porte pas bientôt à l’extrémité opposée, et que nous n’allions pas d’un rigorisme outré à un laxisme non moins dangereux!
Mais, pour abréger la série de nos griefs contre la raison, c’est en philosophie surtout qu’elle a montré chez nous ses excès et ses faiblesses. Plus saine et plus forte, ou plutôt mieux préservée, chez les catholiques que chez tous les autres, elle n’a pu donner dans le panthéisme, le fatalisme et autres absurdités dangereuses, que lui épargne son attachement aux enseignements de l’Eglise. Mais voici des prouesses qui ne sont guère moins remarquables.
On se rappelle M. de Lamennais à son éclatant début, et la doctrine philosophique qu’il apportait au monde :