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Quand l'écorce s'accroît rapidement, les assises les plus externes doivent se distendre beaucoup plus que les autres. Sur une coupe transversale l'augmentation de surface d’une assise S, d'épaisseur a prise vers la périphérie, sur une assise s, de même épaisseur, prise plus profondément, est facile à calculer : r étant la distance de celle-ci au centre, t la distance qui sépare les deux assises, on démontre aisément que cette augmentation :
S—s—2m(a +at).
Or, par leur situation loin de l’assise génératrice et de l'appareil conducteur, la vitalité de ces assises externes, bien loin de s’accroître dans la proportion de leurs besoins, diminue. Pour peu qu’il s’y joigne quelque action nocive du milieu externe, les assises périphériques ne pourront suivre le développement. Agissant comme corps étrangers, elles détermineront la prolifération d’une couche plus profonde, et l’assise phellogène se constituera. .On sait comment les assises externes du liége se suhbérisent, meurent et s’exfolient. L'obscurité, un état hygrométrique élevé, l'habitat
aquatique surtout s’accompagnent d’une hypertrophie pa-
renchymateuse. Aussi l'écorce est-elle bien plus développée dans les rhizomes que dans les tiges aériennes. Dans les plantes des marécages, Senecio paludosus, on voit un brusque changement de diamètre entre les portions développées dans l’eau et celles qui sont émergées dès leur naissance. Voilà pourquoi les rhizomes sont généralement limités par une assise subéreuse. Sans cette dilatation, l’action mécanique de la terre ne déterminerait pas l'usure des couches superficielles; l’action de l’eau, annulée par une cuticule imperméable ne ralentirait pas la vitalité des couches externes. Nous voyons en effet les plantes fran-
chement aquatiques, dont l’épiderme est adapté à un diamètre à peu près constant de la tige, entièrement dépourvues de système subéreux. Il ne faudrait pas croire que, dans le Senecio paludosus, nous ayons observé le liége seulement sur la base submergée des grandes tiges aériennes. Des tiges très jeunes, dont le sommet n’est pas encore émergé, possèdent aussi l’assise subéreuse.
Dans les rhizomes, le liége normal ne s’observe pas seulement à la périphérie. On sait que ces tiges possèdent des feuilles réduites à des écailles. La subérisation de ces écailles se propage dans l’écorce aux faisceaux qui en descendent. Ces faisceaux sont de véritables séquestres, bientôt isolés du parenchyme par une assise phellogène circulaire. Cette assise, dans le Nardosmia fragrans, est formée aux dépens du péricycle spécial entraîné par le faisceau.
Je ne puis quitter le sujet de la genèse du liége sans faire allusion au très intéressant mémoire de M. Bertrand (1) sur l’action des surfaces libres. Les conditions anatomiques de la production du liége comme des autrestissus secondaires y sont indiquées avec une grande précision. Nous nous associons pleinement à la dernière conclusion de ce travail d'après laquelle le savant professeur de Lille annonce que la même loi s'applique à divers points d’histogénie humaine. Toutefois on ne sera pas surpris qu’un médecin renverse les termes du problème, et prenne pour point de départ la pathologie humaine où certaines notions de biologie générale ont été plus approfondies que dans la pathologie végétale. Nous pensons donc qu'il y aurait avantage à substituer à ce terme de surfaces libres celui de contacts
(1) E. Bertrand. Loi des Surfaces libres, in Bull. Soc. bot., t. XXXI, 1884, p. 2.