‹ De la valeur des caractères anatomiques au point de vue de la classification des végétaux: Tige des composéesChapitre 37 sur 81 · DOS C · texte numérisé non relu

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FIGURE 19. — Coupe transversale du liber de la Bardane.

La bibliographie du tissu eribreux des Composées n’est pas riche. La plupart des auteurs s'adressent aux plantes ligneuses pour cette étude. Il est cité incidemment par M. Russow (1) dans les genres Silphium et Lappa.

(1) Russow. Sur la structure et le développement des tubes cribreux. Trad. in Ann. Sc. nat. Bot., 6e sér., t. XIV, 1882,

Grâce à leur abondance et à leur situation presque transversale, on voit facilement un ou plusieurs cribles sur une coupe (fig. 19); les tubes sectionnés dans la partie moyenne de leur trajet se reconnaissent aisément à leur grand diamètre. Les tubes cribreux sont entremêlés de cellules annexes, allongées, qui ont un faible diamètre et un contenu protoplasmique extrêmement dense et granulé.

Pour se faire une idée exacte de leur situation et de leur structure, on comparera aux Coupes transversales des coupes tangentielles. L’épaisseur considérable du liber des Lappa y rend ce travail particulièrement facile (1).

L'emploi de quelques réactifs facilite l'examen. Le bleu d’aniline en solution aqueuse un peu forte est rapidement fixé par le protoplasma des cellules annexes. On les voit alors sous forme de fuseaux grêles courant sur les flancs des cellules criblées (fig. 20 ca).

Les cellules criblées réunies en files constituent des tubes cribreux indépendants les uns des autres et ne communiquant pas entre eux. Les cribles n'existent que sur les parois terminales des cellules de la même file. Mais si deux tubes ne s'anastomosent pas, cela n'empêche pas une file de se ramifier. Et, en effet, on voit souvent (fig. 20) un tube se bifurquer. Au point de bifurcation il existe deux cribles communiquant chacun avec une cellule distincte; ils sont généralement inclinés en sens inverses en forme de toit.

(1) La même disposition existe dans les Ombellifères, où elle a été signalée par Russow (Loc. cit.) chez l’'Archangelica. Chez diverses plantes de la famille, on voit sur la coupe transversale les cribles transverses très larges. Aussi, sommes-nous surpris de trouver ceci dans une « Étude anatomique sur les Omtellifères », due à M. Courchet (in Ann. Sc. nat. Bot., 6e sér., t. XVII, 1884) : « Je n'ai pu apercevoir les cribles des tubes grillagés, dont l'observation nécessite probablement l'emploi de grossissements très considérables. »

Parfois un des tubes se détache un peu au-dessous du sommet, en sorte que le crible qui le sépare du tube principal dont il semble alors une ramification latérale est situé sur une paroi longitudinale. M. Russow a signalé ce fait, mais sans en préciser la signification. Dans le premier cas, la cloison est toujours pourvue d’un crible unique par rapport à l’une des cellules contiguës; et dans le second elle est terminale par rapport à l’un des tubes. C’est ce que ne semble pas avoir compris M. Russow, qui décrit d’ailleurs avec une grande netteté la situation des cribles dans les deux cas : On rencontre aussi dans les végétaux sous-ligneux, qui ont d'ordinaire, comme les plantes annuelles, les cloisons terminales plus ou moins obliques munies d’un seul crible, des tubes cribreux pourvus de cloisons à plusieurs cribles, par exemple dans les Lappa, Silphium... Ou bien il se fait aussi çà et là sur les parois longitudinales. le plus souvent au voisinage de l'insertion de la cloison terminale, des cribles latéraux ayant la même structure que le crible terminal, par exemple dans les Lappa, Silphium... » (loc. cit., pages 187-188). | Les cellules criblées sont de ces éléments dont le rôle physiologique est lié à la cessation de leur activité propre, véritables machines formées aux dépens d'éléments vivants et fonctionnant au profit d'éléments vivants, ayant un rôle essentiel dans la vie de l'être, mais un rôle entièrement passif,

Le protoplasma disparait en conséquence de bonne heure : il disparaît comme corps vivant, mais la substance protoplasmique reste longtemps reconnaissable dans la cel-. lule. Seulement, n'ayant plus d'activité, elle devient diffluente et perd ses caractères morphologiques essentiels. Les nucléoplasmes restent encore un certain temps agglo=

mérés en un noyau. Mais ce noyau mort présente un aspect particulier. Il est parsemé de petites gouttelettes brillantes dont une généralement plus volumineuse au centre ; elles semblent constituées par une transformation des nucléoles. Cette disposition, facile à constater au printemps dans de jeunes tiges de Bardane, semble générale, M. Russow l’a signalée entre autres dans la vigne, dont les cellules criblées offrent un type tout différent. Le bleu d’aniline colore fortement la masse du noyau, mais les gouttelettes en question restent jaunes avec des reflets verdâtres.

Les cloisons terminales sont caractérisées par la présence du crible. Au niveau de leur insertion les cellules sont peu dilatées, en sorte que le crible a, comme le tube lui-même, un diamètre de 10-18 millièmes de millimètre. La longeur de la cellule est en moyenne de 100 à 120 micromillimèêtres. Elle varie d’ailleurs dans de fortes proportions. Le crible est obstrué par le callus que le bleu d’aniline rend facile à reconnaître. Le bourrelet calleux est formé par l’accolement des bâtonnets calleux qui se développent au milieu de chaque perforation. La soudure devient bientôt si intime, que tout le crible est englobé dans une masse où l’on aperçoit une série de corps arrondis qui sont les coupes des portions de membrane entourant les perforations (fig. 21). L’acide chlorhydrique rend visible, même à cet état, sous forme de filaments, la limite des bâtonnets calleux contigus. Le callus s’épaissit beaucoup, et, dès le mois de mai, sur des rameaux nés depuis quelques semaines, il atteint sur certains cribles une épaisseur égale au diamètre du tube (fig. 22). À la même époque, le crible sépare des masses granuleuses formant deux cônes opposés par leurs bases; le cône inférieur est le plus dense et le plus allongé. (fig. 23). Tous deux se colorent en rose par l'iode (mélan-

ges à parties égales d’une solution alcoolique et d’une solution iodurée d’iode).

Tels sont dans leurs traits essentiels, et sans entrer dans les détails de structure intime, la constitution et l’agencement des tubes cribreux de la Bardane.

FIGURES 20-23. — Coupes tangentielles du liber de la Bardane.

20. Tubes criblés et cellules annexes. — 21. Crible et callus (grossissement double). —22. Callus volumineux. — 23. Tube criblé avec masses granuleuses de chaque côté du callus.

La disposition est essentiellemeut la même chez toutes les Composées examinées à ce point de vue et empruntées aux groupes les plus divers, notamment :

Liguliflores : Cichorium Endivia, Lactuca virosa, Lapsana communis, Sonchus tenerrimus, Hieracium virosum, Urospermum Dalecampii, Tragopogon officinalis, Andryala sinuata.

Labiaüflores : Barnadesia rosea

Ambrosiacées : Ambrosia trifida, Xanthium strumarium, Tva xanthifolia.

Radiées : Arnica montana, Pyrethrum sinense, Anaçyclus Pyrethrum, Helianthus tuberosus, Inuia Helenium, Dracopis amplexicaulis, Tagetes signata, T. patula,

Zinnia elegans, Senecio paludosus, S. Cineraria, S. cordatus, Balsamita vulgaris, Leucanthemum lacustre, Gnaphalium berteroanum, Dahlia Cervantesi, Artemisia Abrotanum, Nardosmia fragrans, Achillea filipendula.

Tubuliflores : Silybum Marianum, Lappa major, Echinops tricholepis, Centaurea ruthenica, Carthamus tinctorius, Cinara corsica, Carlina acaulis, Cirsium acaule, C. oleraceum.

Vernoniacées : Vernonia novæ-boracensis.

Les Ambrosiacées se distinguent par les trous énormes de leurs cribles. Cette grande dimension ne leur est pas spéciale. Le Carthamus tinctorius, etc., en présente de semblables.

Les plantes grasses et les plantes à suc laiteux passent pour avoir des tubes cribreux.et des cribles très petits. Les Gomposées ne justifient pas absolument ces assertions. Le Cacalia repens qui, on se le rappelle, est une Composée : cactiforme, possède des tubes ayant un calibre moyen de 14 millièmes de millimètre, et en atteignant parfois 18 comme les plus grands dé la Bardane. La Bardane ellemême possède un suc laiteux. Ce suc est plus abondant encore dans le Cirsium oleraceum:où les cribles mesurent 12. Parmi les Liguliflores, ceux de la Lampsane sont particulièrement beaux. Ceux du Gichorium Endivia mesurent 11. Chez la plupart des Radiées ce chiffre est beaucoup moins élevé.

Dans le Lactuca virosa, nous n'avons point observé de différence entre le liber médullaire qui possède des laticifères à sa périphérie et le liber normal qui en est dépourvu; ce dernier est, il est vrai, en contact avec le péricycle galactogène. Mais voici un fait plus significatif : dans le stolon d'Hieracium Pilosella où certains faisceaux contien -

nent de nombreux laticifères mélangés aux cellules cribreuses, tandis que d’autres n’en ont pas dans leur sein, il n’y a pas de différence dans l'aspect ou les dimensions des tubes cribreux de ces deux ordres de faisceaux.

“En somme : type général unique, mais variations dans les dimensions des tubes et des cribles, dans le diamètre des perforations : voilà ce qui permettra d'appliquer parfois les caractères du tissu cribreux aux déterminations anatomiques. .

Les autres systèmes du liber n’offrent pas de particularités histologiques importantes.

Bots. — Nous ne ferons pas l’histologie du bois. Sa structure est trop peu variable dans l'ensemble des Angiospermes pour que sa description dans une famille prése ne quelque intérêt taxonomique. Chez les Composées comme ailleurs, les types les plus variés d'éléments se présentent non seulement chez des plantes voisines, mais dans un même faisceau.

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