ANOMALIES
Lactuca virosa. — La feuille recoit 3 faisceaux. Chacun d'eux était aecompagné d’un faisceau purement libérien accolé à sa face ventrale. Celui-ci est entraîné par le faisceau qui se rend à la feuille, mais ne sort pas avec lui. Les faisceaux satellites des faisceaux foliaires latéraux s'arrêtent dans le cercle libérien externe du cylindre central. Celui du faisceau médian contribue à constituer le bourgeon avec deux gemmaires à insertion normale. Le satellite du faisceau médian se divise d’abord en quatre masses qui s’écartent également. Puis chaque masse se subdivise, etles nombreux petits faisceaux libériens qui en résultent forment ua eercle incomplet qui tapisse la plus grande partie de l’espace eirconscrit par le médian en dehors, et latéralement par les gemmaires. Petit à petit, cet arc libérien s'éloigne du faisceau médian foliaire, et quitte le bourgeon pour se placer à la limite des cylindres gemmaire et caulinaire. Plus haut encore, au point où le cylindre du bourgeon s'isole, l'arc libérien issu du satellite du faisceau médian se clive tangentiellement en 3 segments : lexterne reste dans le faisceaux médullaires apparaissent plus tard, le moyen dans le cercle externe de la tige, le troisième peu considérable reprend place dans le cercle médullaire.
Artemisia Cina. —Pédicelles floraux. — Ces pédicelles très grêles (1/3 mm. de diamètre) se trouvent mélangés en
grand nombre aux eapitules du Semen-contra d'Alep. Cette tige porte parfois deux calathides superposées. Dans l’entre-nœud qui précède la calathide inférieure, le système conducteur est réduit à 4 faisceaux. L'un d’euxest le foliaire unique du nœud suivant. La feuille à laquelle il se rend est une simple écaille uninerviée. Les deux faisceaux contigus reçoivent les deux gemmaires qui descendent du même nœud, et qui, venant d’un pédicelle floral, sont aussi volumineux que ceux sur lesquels ils s'insèrent latéralement. Il en résulte qu’au niveau de leur insertion le cylindre central offre sur une coupe 1° le foliaire, 2° en face de lui un autre faisceau assez petit auquel s’est soudé latéralement un foliaire, descendant soit de la calathide terminale, soit d'un nœud supérieur, 8° entre eux : les deux caulinaires et les deux traces gemmaires aussi puissantes qu'eux. On croirait avoir affaire à une bifurcation, à une dichotomie vraie du cylindre central. La série des coupes montre que C’est une insertion de bourgeon axillaire du type général. En remontant, on voit en effet le foliaire s’isoler dans la feuille où il se ramifie; plus haut le cylindre central est refermé, et l’on a les coupes de la tige et du rameau juxtaposées; celle du bourgeon se trouve entre la première et l’écaille : le bourgeon est nettement de seconde génération par rapport au pédicelle principal. Le faisceau foliaire destiné au deuxième entrenœud se détache complètement, mais reste grêle.
Un nouveau faisceau, issu d’un volumineux gemmaire un peu au-dessus de son raccord, a été abandonné dans la tige principale. Orienté à son origine de façon à présenter son bois vers le plan de symétrie de la feuille axillante, il tourne sur lui-même aussitôt après le départ de son générateur et prend l'orientation que lui assigne sa place dans la tige principale. Gette ramification du gemmaire, faisceau de
troisième génération par conséquent, est un foliaire issu du n: 2, mais concrescent à la tige-n° 1, et qui s’en échappera au milieu de l’entre-nœud avec la même orientation que s’il appartenait à cette tige. Le départ de cette feuille n° 3 détermine la naissance d’un rameau floral dont les gemmaires s’insèrent sur la tige n° 1. Celamontre bien qu'il n’y a aucun lien anatomique direct entre la tige et la feuille axillante.
Il est bon de remarquer que l'orientation du faisceau foliaire, à son point d'émergence, n’indiquait pas l'origine de ce faisceau. Cela s'explique aisément puisqu'il était né, non du bourgeon constitué, mais de la trace gemmaire, à un niveau où son orientation était modifiée par la tige. Aussi n’est-il pas surprenant que la concrescence avec la tige ait transformé cette orientation indifférente pour la rendre conforme à l'orientation des appendices de cette tige.
Dans les cas où la tige ne s’épuise pas au nœud suivant dans la calathide terminale, une nouvelle feuille apparaît, et c’est à elle qu'’appartient le faisceau que nous avons vu, deux entre-nœuds plus bas, se détacher d’un des caulinaires.
Cette structure montre que, dans les tiges très réduites et qui donnent insertion aux fleurs, la régularité habituelle de l'insertion des appendices est considérablement troublée.
Artemisia Absinthium. (Tige florale) — De ce cas où deux bourgeons se superposent, il n’y a qu’un pas à celui de l’Absinthe où un second bourgeon naît à l’aisselle même de la feuille mère du premier. Dans la tige florale la feuille reçoit 3 faisceaux. Le cylindre central, fortement lignifié présente en coupe la forme d'un pentagone. Le faisceau médian de la feuille est un de ceux qui forment les sommets de la figure. Deux autres faisceaux, placés aux angles les
plus voisins et foliaires médians de nœuds plus élevés s'avançent légèrement vers l'écorce, et reçoivent chacun, du côté du faisceau médian, un petit faiscéau qui s’isole rapidement dans l'écorce et qui deviendra un latéral de la feuille. Aussitôt après, le faisceau caulinaire qui l'a reçu reprend sa situation normale. Le détroit laissé par le départ du faisceau latéral est trop petit pour entraîner d’autres modifications.
FIGURE 38. — Tige florale d’Artemisia Absinthium. Deux générations de bourgeons à l’aisselle d’une feuille.
Les faisceaux gemmaires ont une trace multiple. À un niveau où la moelle du bourgeon est encore en pleine communication avec celle de la tige principale, deux gemmaires descendent d’un bourgeon situé entre le premier bourgeon et la feuille, et se raccordent avec deux faisceaux du premier bourgeon : en sorte qu’une coupe fait voir à un certain niveau trois cylindres centraux dont les moelles communiquent largement (fig. 38). Quoique inséré à un niveau plus élevé, cenouveau bourgeon s’isole complètement au-dessous
du point où le premier devient indépendant à l'égard de la tige.
Par quel mécanisme s’est produit ce bourgeon surnuméraire ? Le foliaire médian ayant une course très lente à travers l'écorce et une obliquité peu marquée, la base de la feuille ne s’est pas encore détachée de la tige au niveau où le premier bourgeon est déjà constitué. Les faisceaux externes du bourgeon se trouvent à l'égard du faisceau médian de la feuille dans les mêmes conditions que ceux de la tige à l’origine du premier bourgeon. Aussi se comportent-ils de même, et un second bourgeon se constitue entre le premier et la feuille-mère de celui-ci. Celui-ci s’isole rapidement, et la feuille se détache au même niveau, portant à son aisselle deux tiges dont chacune se charge de calathides.
La valeur anatomique d’un tel bourgeon n’est pas simple à établir. Né à l’aisselle d'une. feuille de la tige n° 1, il raccorde ses faisceaux à ceux de la tige n° 2. Est-il de la même génération que ce dernier, ou en est-il l’appendice et le représentant d’une troisième génération? Le cas de l’Artemisia Cina, que celui-ci complète, tranche la question en faveur de la seconde hypothèse. Par suite de connexions spéciales, ce bourgeon a pu se développer avant la naissance d’une feuille axillante, et celle-ci n’a pas trouvé de place pour se former. Ces deux bourgeons de génération différente, nés à l’aisselle d’une même feuille, rappellent les préfeuilles qui se développent à l’aisselle d’autres feuilles par avortement du rameau qui les porte. Ce premier rameau, naissant dans des conditions toutes différentes de ceux qui suivent, pourrait être désigné. pour marquer cette analogie, sous le nom de prégemme.
Ainsi, dans l’Artemisia Gina, une feuille axillante est d’une génération plus jeune que le rameau axillaire ; dans l’Arte-
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misia Absinthium, un rameau est d’une génération plus jeune que sa feuille axillaire. Ces deux cas prouvent également que, si le départ d’une feuille réalise une condition favorable à l'insertion d'un bourgeon, il n'y a pas de connexion anatomique nécessaire entre telle feuille en particulier et tel bourgeon. L'histoire de la calathide est plus
démonstrative encore.