‹ De la valeur des monnaies romainesChapitre 2 sur 24 · I. — l'estimation de la'vax.eor des monnaies · texte numérisé non relu

I. — l'estimation de la'vax.eor des monnaies

Il y a deux manières d'évaluer les monnaies anciennes et les monnaies en général.

On peut, en premier lieu, chercher, d'après le témoignage des écrivains et d'après des pesées exactes, la valeur in^ trinsèquey c'est-à-dire la quantité de métal fin contenue dans chaque pièce. On en exprime le poids en grammes ou en monnaie française, à raison de 4 gr. 50 par franc pour la monnaie d'argent. C'est la seule évaluation dont les historiens puissent se servir avec confiance. C'est la plus simple; et pourtant il n'est pas toujours facile de l'obtenir d'une manière précise.

On peut, en second lieu, chercher la valeur d'échange de l'argent, c'est-à-dire la puissance qu'a l'argent d'acheter des marchandises et des services personnels. Comme c'est à cette fin que toute monnaie est destinée, il serait indispensable de connaître ce genre de valeur pour donner dans 1 histoire uif sens précis aux mots de deniers, francs ou grammes d'argent.

Ici les difficultés augmentent.

En effet, voièi quatre principales dont il faut tenir compte :

1** La loi détermine le rapport de valeur des métaux employés dans la monnaie. Ce rapport n'est le même ni dans tous les pays, ni à toutes les époques dans un même pays. Aussi la valeur intrinsèque d'une pièce d'or ancienne, calculée en monnaie d'or française^ ne correspond-elle en général à la valeur des pièces d'argent dont elle était le multiple et qu'on estime en monnaie d'argent française.

2''Ij^ puissance de l'argent change avec les temps et, dans le même temps, avec les lieux. Ainsi un franc n'achèterait pas aujourd'hui la même quantité de marchandises qu'en 1800 et n'aurait pas la même valeur à Paris qu'à Saint-Flour. Il est donc téméraire, lorsqu'on veut apprécier la puisssance d'achat

qu'avaient les monnaies d'un peuple*, de prendre des données au hasard dans des contrées et à des époques différentes.

3** La connaissance exacte du rapport de l'argent avec une seule marchandise dans un même lieu à diverses époques,

même avec une marchandise de première nécessité, est un point de comparaison utile sans doute, mais insuffisant. Ainsi, Fhectolitre de blé qui a été souvent pris comme terme de comparaison, valut à Paris, sous le règne de Louis XIII, à peu près le même prix (100 grammes d'argent fin en moyenne) qu'aujourd'hui (22 francs ou 99 grammes d'argent fin), et certes l'argent avait au xvii® siècle une tout autre puissance que de nos jours. C'est que les marchandises va-rient, suivant les temps et les lieux, dans leur rapport entre elles comme dans leur rapport avec V argent. En général, dans une société dont l'industrie est en progrès, la plupart des produits fabriqués tendent à diminuer de valeur relativement aux produits naturels : c'est une conséquence logique de ce progrès. Pour bien établir dans un lieu et à une époque donnés la puissance de l'argent, il faudrait pouvoir prendre la moyenne des prix d'un grand nombre de marchandises de nature diverse, ce qui est souvent impossible quand on traite de l'histoire ancienne.

4** En admettant même qu'on pût obtenir cette donnée, on n'aurait encore qu'une appréciation incomplète de la fortune des particuliers. Les hommes ont des exigences qui varient avec les temps , les mœurs , le climat et la richesse En général, ils ont d'autant plus de besoins qu'ils possèdent plus de moyens de les satisfaire. Un bourgeois de Paris se regarderait comme très-malheureux s'il était privéde certaines jouissances dont un grand seigneur du moyen-âge ne soupçonnait pas même l'existence Un homme qui possédait un revenu de 2,000 fr. était riche au seizième siècle, non-seulement parce qu'avec cette somme il achetait plus de marchandises qu'aujourd'hui, mais parce qu'il n'avait pas la tentation d'eu acheter autant : il jouissait d'un superflu

qu'il n'aurait pas de nos^ours et, se trauvant par ses moyens d'existence au-dessus du vulgaire, il passait à ses propres yeux et aux yeux de tous pour un homme fortuné. Mais ce dernier mode d'évaluation, qui repose à la fois sur la valeur moyenne des marchandises et sur le niveau moyen des besoins de ta société et des dépenses de chacune des classes dans cette société, est encore plus délicat que les précédents. Je m'attacherai à étudier le premier de ces deux modes d'évaluation, c'est-à-dire la valeur intrinsèque. Je me contenterai de quelques indications relatives au second mode qui ne me paraît pas, dans Tétat actuel des textes connus, pouvoir être suffisamment établi.

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