‹ De la valeur thérapeutique des courants continusChapitre 18 sur 24 · RÉSUMÉ. - CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ. - CONCLUSIONS

Arrivé au terme de ce travail, il ne sera peut-être pas inutile de jeter un regard en arrière, et de chercher à résumer dans quelques propositions concises les principaux enseignements qui doivent ressortir de l'examen critique auquel nous nous sommes livrés.

Dans le cours de cet exposé, nous avons pu voir, bien que nous ne nous soyons arrêté qu'aux applications les plus communes, le nombre considérable d'affections dans lesquelles on avait utilisé les courants continus.

Nous les avons passées successivement en revue, nous appuyant pour apprécier leur valeur sur les données de la physiologie et sur des faits dont l'observation consciencieuse garantissait l'authenticité.

Sans doute Yélectricité galvanique est un agent thérapeutique qui a sa valeur ; mais, d'après les fréquentes restrictions ([tic nous avons dû formuler à chaque pas dans cette étude, il nous est bien permis de penser que sa puissance curative a été vantée outre mesure. C'est contre les exagérations que nous nous sommes efforcé surtout de nous tenir en garde ; et cela dans l'intérêt même de la méthode, bien persuadé que c'était seulement en restreignant et en limitant nettement ses indications qu'on pouvait parvenir à lui conserver le rang qu'elle doit occuper dans le cadre de la thérapeutique.

en Angleterre, semble avoir donné de bons résultats entre les mains de Hilton Fagge, Cooper Forster, Durham, etc., mais nous manquons d'observations personnelles qui nous permettent d'apprécier le procédé à sa juste valeur. On trouvera, du reste, de plus amples renseignements dans la Clinique du professeur Jaccoud (Lariboisière, 2 e édition, 1874).

Notons en passant pourtant, que c'est à l'action du pôle négatif qu'ont eu recours les auteurs anglais, et que dans plusieurs cas on a noté le développement de gaz dans la tumeur.

teissier. Courants continus. tl

Les courants de pile ont une action indiscutable sur la contractilité musculaire, et sur les phénomènes de la sensibilité : ceci justifie amplement leur intervention clans les troubles du système moteur et du système sensitif .

Certaines paralysies réclament plus spécialement leur emploi : le courant continu sera d'autant plus utile que la contractilité faradique sera moins facilement obtenue. Les paralysies saturnines , malgré les quelques exceptions que nous avons dû signaler, sont spécialement justiciables du courant constant.

Toutes les manifestations spasmodiques peuvent être (sauf la contracture hystérique), modifiées, temporairement au moins, par l'électricité galvanique, mais c'est principalement les crampes douloureuses (tic convulsif de la face, spasmes continuels, etc.), qui seront heureusement influencées par elle : nous pouvons y joindre les spasmes des muscles palpébraux ou oculaires, qui, le plus souvent, ne résistent pas à son action.

Cette action sur laquelle on avait tant compté pour le traitement du tétanos ou de la rage n'a pas sutîisamment été confirmée par les faits.

La récente application qu'on a faite du galvanisme, dans les grandes crises convulsives de l'hystérie, est intéressante; mais la temporanéité, le peu de persistance de l'effet produit en diminuent considérablement l'utilité, d'autant mieux que tout praticien possède entre les mains des procédés sinon plus sûrs, au moins plus faciles à manier.

L'influence calmante du courant de pile est un de ses plus précieux avantages. Il est rare que l'élément douleur ne soii pas notablement atténué par lui. Sur ce point les observations sont trop concordantes pour que nous cherchions à les mettre en doute. Il n'est pas d'espèce de névralgie qui, traitée par les courants galvaniques, n'ait à son actif un certain nombre de guérisons.

Si dans plusieurs circonstances les courants continus émousscnt la sensibilité, il en est d'autres où ils la réveillent et à côté de leur action calmanteet sédative, il faut placer leurs

propriétés antianesthésiques. Les détails dans lesquels nous sommes entré au sujet des troubles sensitifs chez les hystériques nous dispensent de tout développement à l'appui du fait que nous nous bornons à constater.

Nous avons peu de résultats pratiques à fournir au point de vue de leur valeur dans les troubles des organes des sens ; les faits constatés jusqu'ici ne mettent en lumière aucun avantage spécial des courants de pile. L'atrophie papillaire, qui autrefois paraissait devoir être si utilement influencée par ces courants, reste aujourd'hui indifférente à leur action; seules les altérations nutritives des milieux transparents fournissent des succès véritablement acquis. Il serait désirable que les faits signalés par Brenner dans la physiologie et la pathologie du nerf acoustique fussent soigneusement contrôlés: il existe là sans aucun doute une série de recherches à entreprendre et du plus haut intérêt.

Nous avons insisté avec complaisance sur les rapports des applications galvaniques avec le traitement du tabès dorsal, tenant à montrer l'inutilité de l'intervention en pareil cas, essayant d'en faire ressortir les inconvénients immédiats, et cela avec d'autant plus d'insistance que l'action bienfaisante du galvanisme en pareil cas avait été célébrée plus que de raisun par des électrothérapeutes distingués.

Nous avons signalé en môme temps la nécessité d'entreprendre des recherches sur le rôle de cet agent dans les affections psychiques : c'est là une voie nouvelle qui ne se trouve nullement en contradiction avec ce que nous savons au sujet de la circulation cérébrale.

Mais c'est surtout en agissant sur la circulation, et par son intermédiaire peut-être sur la nutrition générale, que les courants constants rendent les services les plus signalés. Il n'est presque pas d'atrophie musculaire qui n'ait été, sinonenrayée, au moins atténuée par leur emploi; celles qui dépendent d'une lésion médullaire comme celles qui sont d'origine périphérique sont en général heureusement modifiées; il est cependant certaines réserves à maintenir au sujet de l'atrophie musculaire progressive»

Maintenant, comment agit l'électricité en pareil cas? — par quel procédé intime arrive-t-elle à restituer aux libres musculaires dégénérées une partie des propriétés qu elles ont perdues? c'est un secret qu'il ne nous a point été donné de découvrir. En savons-nous plus aujourd'hui que Marigues, il y a plus d'un siècle, lorsqu'il écrivait :

« Ce ne sont pas tant les commotions souvent répétées que « le cours régulier et uniforme de l'électricité dans les parties « paralysées qui paraît nécessaire au rétablissement de la ;< fonction ; le cours régulier, continu et uniforme semble « restituer aux fi lires motrices et nerveuses leurs tensions « toniques, qu elles avaient perdues, sans les exposer à « aucun ébranlement capable de les fatiguer (1).

Enfin nous avons cherché à apprécier les avantages de la galvano-puncturc dans le traitement des anévrysmes de l'aorte; nous avons cru qu'à un moment où cette méthode commence à recevoir eu France de plus fréquentes applications, il était nécessaire d'en montrer les avantages et d'en faire saisir aussi les dangers. Nous nous sommes attaché tout particulièrement à mettre en relief l'action des différents pôles dans la coagulation du sang.

Du reste, dans le cours de notre travail, nous nous sommes constamment appliqué à faire ressortir le rôle des actions polaires et à leur attribuer une importance de premier ordre soit dans les recherches physiologiques, soit dans les applications cliniques.

Nous nous sommes appuyé pour cela sur des expériences d'une grande rigueur et nous nous plaisons à espérer que l'avenir confirmera ces données, dont il est facile d'entrevoir les conséquences pratiques.

(I) Suite de la guérison de Madame Demlliers, religieuse de l'ordre de Saint-Augustin, par M. Marigues, chirurgien à Montfort-l'Amaury, Paris, 1773.

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