DES PILES
Ce qu'il importe de connaître dans une pile, c'est l'intensité du courant qu'elle fournit, c'est-à-dire la quantité de travail (mécanique ou autre) dont elle est capable.
Cette intensité est déterminée par deux conditions : la force électromotrice de la pile et la résistance totate du circuit.
Supposons une lame de platine et une lame de zinc plongées à demi dans un même vase contenant de l'eau acidulée.
Qu'on examine avec un électroscope convenable les extrémités libres de ces deux lames, on les trouvera chargées d'électricité, positive sur la platine, négative sur le zinc. Cette électricité ainsi accumulée possède sans voie de dégagement possible une tension d'autant plus grande qu'elle est en quantité plus considérable. L'électricité se trouve là à l'état statique.
La cause qui détermine cette charge statique, c'est-à-dire cette accumulation d'électricités différentes sur les deux extrémités métalliques, se nomme force électromotriee. Ce n'est pas le lieu d'en rechercher la nature. Disons seulement qu'elle varie de degré suivant les métaux et les liquides employés.
Supposons maintenant que ces deux extrémités soient réunies par un arc métallique, les électricités contraires qui faisaient effort sur ces deux points se recompileront instantanément, ou, si l'on préfère, la tension se trouvera subitement égale dans tout le circuit; mais instantanément aussi la force électro-motrice remplace la charge statique disparue, et une
nouvelle recomposition a lieu. De la répétition de ce processus à intervalles de temps infiniment courts résulte, d'une lame à à l'autre à travers Tare métallique (portion extérieure du circuit) d'une part, et à travers le liquide de l'autre (portion intérieure du circuit), ce qu'on appelle le courant galvanique
Sur le trajet de ce courant, plaçons une aiguille aimantée, un composé chimique peu stable, etc., nous voyons l'aiguille dévier el le composé chimique réduit en ses éléments. En un mol, le courant est capable de fournir un travail mécanique, chimique ou autre. On mesure l'intensité du courant par le travail qu'il accomplit.
Dans l'exemple supposé, il est évident que cette intensité du courant dépend uniquement de la force électromotrice. Mais si, après avoir mesuré cette intensité par la déviation de l'aiguille, on remplace l'arc métallique par un fil beaucoup plus long, on verra que cette déviation est devenue moindre, c'est-à-dire que l'intensité du courant a diminué. La cause de cette diminution est la résistance apportée par le lil au passage de l'électricité.
En poursuivant la comparaison, on voit que, si l'on emploie successivement deux fils de même longueur mais de grosseur inégale, c'est le (il le plus gros qui donne passage au courant le plus fort. Si on met deux fils de même grosseur, mais de longueur inégale, c'est le fil le plus court qui donne le courant le plus fort, c'est-à-dire qui oppose le moins de résistance.
L'intensité du, courant est donc en raison directe de la force électro-motrice el en raison inverse de la résistance. — Par ce dernier mot il faut entendre la résistance totale, c'est-à-dire la somme de résistance de la partie intérieure et de la partie extérieure du circuit.
Intensité du courant, force électro-motrice, résistance du circuit, telles sont les trois quantités que l'on a à considérer dans l'appréciation d'une pile. 77 n'y en a pas d'autres. Les mots de tension et de quantité qu'on trouve mêlés dans la plupart des auteurs à tous les raisonnements sur ce sujet ne servent qu'à créer une confusion presque inextricable. Ils ne
doivent être entendus que dans le sens très-restreint indiqué plus haut.
Partant de ces données, il est facile de faire servir n'importe quelle espèce de pile à tel usage que Ton voudra. (1 faut se rappeler en outre qu'une pile fournit son maximum d'intensité du courant lorsque la résistance extérieure du circuit est égale à la résistance intérieure. Si donc on a une résistance trèsforte à vaincre, il faudra faire en sorte d'augmenter proportionnellement la résistance intérieure. Ce à quoi l'on arrive en réunissant en série un nombre convenable de couples, c'est-à-dire en les faisant communiquer par leurs pôles de nom contraire. On dit quelquefois que la pile est ainsi montée en tension. La résistance extérieure se trouve alors relativement réduite dans la proportion du nombre de couples employés.
N'a-t-on qu'une résistance extérieure très-faible comme lorsqu'il s'agit de faire marcher un appareil d'induction ou mieux de rougir un iil métallique? On diminue proportionnellement la résistance intérieure en associant les couples par leurs pôles de même nom. La pile est alors montée en batterie ou, comme on dit quelquefois, en quantité.
Enfin on peut combiner ces deux modes et réunir en série des groupes montés en batterie et vice versa. On voit donc bien qu'à la rigueur on pourrait pour tous les usages possibles se contenter d'éléments d'une force électro-motrice et d'une dimension quelconques, pourvu que le nombre n'en fût pas limité.
Ces considérations montrent combien est peu fondée la distinction que quelques auteurs veulent faire de l'action thérapeutique des éléments de grande ou de petite surface. Ils se basent évidemment sur le nombre des éléments sans tenir compte de l'intensité effective du courant indiquée par le galvanomètre ; à déviation égale, l'effet du courant est le même, qu'il provienne de grands ou de petits éléments. Donc, au point de vue théorique le choix de la pile est sans importance ; au poinl de vue de la commodité pratique, il n'eu est pas de même. Sans faire rénumération fastidieuse, que d'ail-
leurs on trouve partout, des piles proposées ou employées en France et à l'étranger, nous ferons une remarque propre à limiter notre choix. La télégraphie a besoin comme la thérapeutique d'une pile sensiblement constante ; les résistances qu'offrent ses lignes sont à peu près celles que présente le corps humain (1); son expérience peut donc nous guider. — Or la télégraphie de tous les pays emploie presque exclusivement une pile à deux liquides, la pile de Daniell plus ou moins modifiée. C'est aussi un élément dérivé de ce type que nous trouvons, du moins en France, dans tous les appareils desti-
(1) Nous croyons intéressant d'indiquer ici le degré de résistance des différents tissus.
Eckard, Friedleben, Ranke ont étudié la question avec grand soin.
Voici les chiffres donnés par Eckard et James Stark : Résistance des tissus à la conductibilité :
Muscles t= 1 Tendons = 1.8 à 2.5 Nerfs =1.9 à 2.4
Cartilages = 1.8 à 2.3 Chiffres de richesse en eau des mêmes tissus : Muscles = 72-78 0/0 Tendons = 62 Nerfs = 39-66
Cartilages = 70-75
Os = 3-7 (diaphyse) et 12-20 épiphyse
Ces derniers chiffres sont ceux de James Stark (1). Ils sont trop faibles d'après les recherches de Friedleben. 11 faut tenir compte non-seulement de la proportion d'eau des divers tissus, mais de la proportion de sels et de la température des divers fluides organiques , température qui est assez variable à la périphérie.
Proportion d'eau des divers tissus chez l'homme adulte : Sang 80.5 E. Bischoff
Substance grise nerveuse cérébrale 85 Lassaigne
— blanche cérébrale
— grise moelle
— blanche
— nerveuse
(1) Cheminai Constitution of the bones of the Vcrtebrate animais, (Edin burg med. and surg. Journal, 1845, vol. I^XIII, p. 211.)
Lhéritier