‹ De La Vallière à MontespanChapitre 11 sur 60 · L A I A H 1 1. L F. I) ]■: M . I) E M 0 N T ESP AN · texte numérisé non relu

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d'y l'aire une espèce de trône pour lui et des chaises pour tous les qualifiés qui devaient se trouver à cette assemblée; lil monter sur le théâtre le marquis eu pénitent et quelques-uns de ses complices... L'archevêque lit un discours tort pathétique aux coupables sur i'énormité de leurs crimes, eux se tenant toujours à genoux; leur leva l'excommunication en leur imposant une pénitence. »

De telles excentricités donnent une idée peu édifiante du personnage, sous les auspices duquel sans aucun doute la jeune marquise de Montespan débuta dans la laveur de Madame.

Et pourtant, intrigant, tracassier et mal pondéré, ce singulier archevêque était peut-être un parent moins incommode que Jean-Antoine de Pardaillan, soi-disant duc de Bellegarde, marquis de Monte-pan el de Gondrin, âgéà cette époque de soixante el onze ans et engagé dans le plus scandaleux des procès avec sa femme qui était en même temps sa cousine, Anne-Marie de Saint-Lary.

M. de Bellegarde avait joué un rôle important en Guyenne pendant la Fronde. Partisan acharné des Princes, il avait donné,» en leur faveur, les témoignages du zèle le plus aveugle et parfois le plus compromettant. Il manifesta une allégresse sans bornes en apprenant leur sortie de la prison du Havre en lô-jl : « Je ne puis mieux vous exprimer ma joie sur la liberté de Vos Altesses, écrivit-il au prince de Coudé, qu'en me servant des termes de saint Siméon, lorsqu'il vit le Messie en la présence duquel il s'écria: Aune dimittisservumtuum, Domine.»

Plus d'une fois aussi, ses pilleries aliénèrent au parti les sympathies des populations: «J'ai à tout moment tout le Parlement sur les bras, — écrit de Bordeaux le prince de Conti au prince de Condé, en décembre 1632, — pour me prier de vous informer des désordres que fait M. de Montespan dans la Haute-Guyenne, et il est vrai qu'ils sont à un point que, quand même il n'y aurait point de troupes du roi de ce côté-là, la province ne laisserait pas de se révolter. »

M. de Bellegarde obtint des lettres de rémission

«mi 1(353, mais sa disgrâce demeurail notoire.

Pour ramener sur lui l'attention, il n'avait que ses démêlés avec sa femme, donl il nous a laissé dans un factum, qui date de lôGT, un récit vraiment édifiant. Selon son propre témoignage, depuis 1643, date de leur mariage, il aurait donné à cette épouse fortunée dix-huit années de bonheur ininterrompu. « On n'aurait pas pu croire, commente-t-il modestement, que s'il y avait dans la suite à se repentir de ce mariage ce fût ou dût être raisonnablement du chef de la demanderesse. »

Or, voici qui' cet événement prodigieux se produisit en 1661. Quelles raisons le motivèrent? De bien mesquines, si nous en croyons le bon apùlre. La duchesse se serait engouée de deux domestiques, Mayret dit Neufville el Marie Helyot; et quand le scandale causé par leur conduite avait forcé le duc à les renvoyer, elle en aurait conçu un tel chagrin qu'après plusieurs demi -brouilles et demi-réconciliations elle se serait enfuie [tour les rejoindre, demandant la médiation de mademoiselle de Montpensier, de .M. le Prince, et de madame de Longueville. Animée par les valets

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rebelles et par sa mère à qui jadis son tuteur l'avait retirée et qui s'était remariée depuis, elle se réfugiait dans un couvent et intentait à son mari une action en séparation. Une sentence interlocutoire ordonna que pendant six mois le défenseur verrait la demanderesse deux fois par semaine pour tenter une réconciliation. Il se prêta, dit-il, avec empressement à ces entrevues chez les Hospitalières; même, assure- 1- il, « il serait avec bien de la joie demeuré inséparable de la grille de ces religieuses s'il avait reconnu que la demanderesse l'eût voulu souffrir et qu'elle eût quelque complaisance ou la moindre correspondance pour son dessein » . Mais il ne rencontrait que la mauvaise volonté la plus flagrante — mauvaise volonté qui étonne moins si des griefs reconnus par le mari on passe à ceux qu'alléguait la femme. Refus des choses nécessaires pour son entretien et pour sa subsistance, sévices et violences sur sa personne, tentatives d'empoisonnement, séquestration dans le château de Bellegarde : tels étaient les chefs d'accusation assez sérieux que madame de Belle garde articulait contre son illustre époux.

Il s'employait avec ardeur à les rétorquer. Leur

exagération même esl la première raison de les tenir comme suspects : « On veut, s'écrie-t-il, qu'elle n'ait point eu d'habits ou de fort méchants, el que souvent elle ait été sans chausses el sans souliers, contrainte d'aller nu-pieds, sans linge et réduite à rompre ses draps en cachette pour s'en faire (\i^ chemises, sans chevaux et sans carrosse, jusqu'à son pain réglé fort modiqueiiiriil par jour. » Une longue liste de mémoires el de témoins devail faire justice de celle allégation ainsi que de celle qui concerne les mauvais traitements. Quant aux prétendues tentatives d'empoisonnement, elles étaient au nombre de deux : la première aurait eu lieu à Bordeaux, en 1651 ; la liile de chambre, qui, d'après madame de Bellegarde, v aurait succombé, était, selon son époux, malade bien avanl d'avoir goûté au potage incriminé. La deuxième, qui se serait produite en mars 1661, était tout aussi invraisemblable. La duchesse avait mangé à son dîner « entre autres, des potages, du poisson et des œufs de carpe », et pour collation « elle prend un orge mondé, ensuite une salade de brocolis ou surgeons de choux assez abondamment, puis de quelques

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fruits ». Elle se trouva malade ensuite, mais le médecin reconnut sans hésitation « que son estomac, étant faible, n'avait pu digérer tant d'éléments de si différente nature ». Bref, il s'agissait d'une simple indigestion. Et, quant à la séquestration, elle était tout aussi imaginaire; c'était la duchesse elle-même, qui, après avoir manifesté le désir de quitter Bellegarde, s'était laissée convaincre d'y demeurer.

Toutes ces accusations, reprenait le duc, sont dues à des suggestions dont il appartient à la Cour de faire prompte justice, d'autant plus qu'il est de l'intérêt des deux parties que leurs dissensions « ne durent pas davantage parce qu'elles sont encore l'une et l'autre en âge et en état d'avoir des enfants qui seraient sans doute des gages bien chers, mais inviolables de leur réconciliation ». Espoir véritablement édifiant chez le duc, qui, au moment où il écrivait ces lignes, n'avait pas seulement derrière lui dix-huit années de mariage stérile, mais soixante-quinze ans d'âge, sa femme ayant dépassé elle-même quarante-cinq ans. Espoir d'ailleurs téméraire, s'il faut en croire le comte de Guiche qui, maltraité en amour, écrivait à la reine de Po-

logne : « Mon royaume n'esl plus de ce monde et je me compte sur le pied du vieux M. de Bellegarde. »

Quoi qu'il en fût de la légitimité de ses espérances, M. de Bellegarde promettait au surplus « d'oublier tout ce qui s'est passé et de vivre avec la demanderesse avec toute l'amitié et la tendresse qu'elle se peut promettre d'un mari raisonnable et affectionné ».

Mais madame de Bellegarde ne voulait point entendre raison. Aux factums produits par son mari, elle répondait par des factums plus violents : « Puisque Votre Altesse, écril M. de Bellegarde à Condé en 1062, a la bonté de souffrir d'être informée de tous les déplaisirs qui m'arrivent dans la malheureuse affaire où je suis, je l'informerai comme madame de Bellegarde a présenté une seconde requête, mais plutôt un libelle diffamatoire contre moi qu'elle déchire comme le plus méchant homme du monde; mais le bon de l'affaire, si quelque chose y peut être nommé de la sorte, c'est qu'elle ne confient pas un mol <|ui soit véritable. »

Bien plus, non contente de s'adresser à la justice, madame de Bellegarde accable de ses plaintes leurs plus illustres relations. Mademoiselle, ma-

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•dame de Longueville, le prince de Condé, et son mari doit s'employer à détruire les mauvaises impressions qu'elle leur peut donner : « J'ai aussi reçu, écrit-il au prince, la lettre de madame de Bellegarde que vous m'avez fait l'honneur de n l'envoyer, la teneur de laquelle me paraît si insolente pour être adressée à Votre Altesse que j'en ai autant de ressentiment contre elle que de toutes ses autres extravagances. »

Qu'y avait-il de fondé dans les allégations de monsieur et de madame de Bellegarde? Nous ne le savons pas exactement.

Toujours est-il que le chagrin n'abrégea point leurs jours : le duc mourut en 1687 à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, la duchesse en 1715 à celui de quatre-vingt-treize. Peut-être le coupable principal en cette atîaire était-il le sang échauffé et l'imagination baroque des Montespan, qui affectait chez le mari des allures plus ou moins tyranniques, qui engendrait chez la femme la manie de la persécution : triste exemple donné de part et d'autre par les chefs de la famille aux deux jeunes gens qui venaient de s'unir.

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