CHAPITRE VII
« J'ai tant besoin que le roi me fasse du bien et j'ai une si forte envie de m'approi/her de sa personne que je crois que vous ne condamnerez pas la liberté que je prends de vous rappeler très humblement de m'y aider de votre protection. »
(Le marquis de La Yallière à louvms, 30 juin 1673.)
Si averti que dût être M. de La Vallière des choses de la Cour, il ne paraît pas qu'au cours de l'année 1666 il ait eu souci des indices qui, aux yeux d'un observateur attentif, eussent pu soulever des doutes sur la prolongation de la faveur de sa sœur.
L'approche et puis la signature de la paix qui fut conclue à Clùvos, le 18 avril 1666, suscitèrent
chez lui des regrets fort naturels qu'il manifesta au roi et au ministre. Il pensa s'en consoler par quelques prébendes nouvelles et ne frappa point en vain à la caisse de Louis XIV.
Mais il échoua dans son vœu principal qui était d'obtenir la capitainerie du Louvre, fonction aussi lucrative qu'honorifique, alors occupée par le niait'» liai de Schulenberg. « L'emploi est agréable, lui écrivait Louvois avec quelque ironie en lui expliquant qu'il ne l'aurait point sans difficultés. Le maréchal est goutteux, j'en conviens, mais comme il semble que les incommodités qu'il ressent tous les hivers soient des provisions de santé pour les étés suivants, j'appréhende que le successeur ne languisse encore un peu longtemps. » Le marquis n'était pas fait pour languir et renonça à ses espérances. 11 reçut, en revanche, pour se distraire, l'autorisation, avant de rentrer à Paris, « d'aller visiter les villes de Flandre ». Ce fut pour lui, à ce qu'il semble, l'occasion de faire assaut d'extravagance avec son ami le comte de Guiche. Ils imaginèrent un jourr pour attirer les regards du public, de se promener dans les travestissements les plus saugrenus sur le Voohut,
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qui était la promenade principale de La Haye. Le succès, d'ailleurs, ne répondit pas à leurs efforts, et ils en furent pour les frais de leur médiocre plaisanterie. Nous ne savons pas si, de retour à Paris, le marquis rapporta à Louvois ce « quelque chose de fort rare » que le ministre lui demandait avec une grâce inaccoutumée pour le consoler de ne plus recevoir de ses lettres. Toujours est-il qu'il prit sa part dans les fêtes et revues qui furent don nées en l'honneur des troupes victorieuses et fut remarqué aux cotés du comte de Saint-Paul et du duc de Luxembourg parmi les hôtes de Condé a Chantilly. S'il avait eu l'esprit observateur, il eût noté qu'en dépit «les apparences, la faveur de sa sœur avait jwissé le point culminant et pressenti que, malgré son propre mérite et le SOÙl qu'il mettait à le l'aire valoir, la sienne pourrait bien suivre la même pente. Le printemps de 1661 vit presque eu même temps Louise duchesse «If Vaujours, son oncle évèque de .Nantes et Jean- I français lui-même brigadier. « C'est ainsi, observe M. Lair. que les grands congédient leurs domesliques quand ils ont cessé de plaire. »
Malgré son avancement en grade, au cours de
la guerre de Dévolution, la guerre de la reine, dont madame de Montespan était l'héroïne véritable, nous sommes, par un amer contraste avec la campagne précédente, fort mal informés de ses exploits qui naguère avaient tant d'échos. Nous savons qu'il prit part au siège de Lille. Nous avons vu également son nom dans une lettre de Louis XIY, qui fait allusion à un incident de campagne sur lequel Y Histoire de Louis XIV, de Pellisson, est plus explicite.
« Vers le Catelet, raconte-t-il, sur l'avis qu'il était sorti trois cents chevaux de Cambrai pour escorter quelque argent qui venait de Bouchai n, on avait détaché Rochefort, brigadier, à la tête de six cents cavaliers pour se porter de ce côté-là. On n'avait même pu refuser la permission de le suivre à plusieurs officiers et volontaires qui, ennuyés de ne rien faire, cherchaient l'occasion de se signaler. De ce nombre étaient le marquis de La Vallière... les comtes d'Auvergne et d'Armagnac, Nogent et quelques autres, mais quoique leurs guides les eussent égarés la nuit dans la plaine et qu'au point du jour ils se trouvassent aux portes de Cambrai, ils ne virent sortir per-
sonne pour les attaquer et furent obligés de revenir le soir joindre l'armée au camp du Cateau- Cambrésis avec la douleur d'avoir perdu leurs peines. »
Mal satisfait de sa situation militaire et ne voulant point voir encore les causes véritables de sa déchéance, M. de La Yallière sollicitait comme au plus beau jour de sa grandeur. Si nous savons peu de ses hauts faits, nous sommes mieux instruits de ses dépenses. «Je n'ai pas beaucoup de peine à croire, lui écrivait Louvois, que votre bourse est souvent fort vide ; vous travaillez avec application et succès à un si bon effet. » Le ministre voulait bien encore s'employer à la remplir, mais au moins fallait -il qu'il sollicitât de loin et ne vint point jouer à la Cour le personnage encombrant de quémandeur et de frère d'une favorite en demi-disgrâce. Or la Cour, le lieu magique où g'obtiennenl brevets, faveurs et pensions, exerçail sur M. <le La Yallière une sorte de fascination. Il demandait sans cesse à être rappelé, se plaignait à sa sœur, insinuait à Louvois que Turenne luimême, son chef, lui offrait un congé.
« L'offre de M. de Turenne, lui répondait !«•
ministre, est obligeante, mais à mon sens vous ne devez point l'accepter et moins encore songer à revenir dans ce pays-ci que vers le carême. » Et le même jour, écrivant à M. de Rochefort, Louvois l'engageait à faire comprendre à M. de La Yallière qu'il aurait tort d'insister relativement à son retour. « Je suis persuadé qu'il ne peut rien faire de plus préjudiciable à ses affaires que de laisser penser au roi qu'il y ait songé. Je vous supplie de lui expliquer mon faible sentiment. » Quelles étaient ces raisons impérieuses qui faisaient si résolument écarter de la Cour le brillant marquis ? S'agissait-il seulement de lui faire expier quelque frasque retentissante? Peut-être y soupçonnerait -on, avec plus de raison, une intervention de madame de Montespan, qui, de sa rivale, voulait écarter tout appui possible. Si M. de La Yallière avait vu les lettres qu'au même moment son puissant ami écrivait à l'intention du marquis de Montespan et les honneurs extraordinaires qu'il faisait rendre au comte de Yivonne, }>eut-être aurait-il compris pourquoi l'on ne s'intéressait plus à lui.
Sa campagne se prolongeait donc aux côtés du
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marquis de Rochefcrt, capitaine de ta compagnie des gendarmes du Dauphin, dont la présence à la Gour était presque aussi peu souhaitée que la sienne propre: car, si Ton ne voulait pas «lu frère de la maîtresse déchue du monarque, on n'y désirait pas davantage le mari dont Lonvois luimême convoitai! la femme et qu'une pluie de grâces et de douceurs retenait en de lointaines garnisons. En manière de consolation, ces deux intéressantes dictâmes des amours (Ui> puissante s'indemnisaient sur les fournitures. C'était du moins Louvois lui-même qui les en plaisantait agréablement. «On me mande, écrivait-il à M. de Hochefort, que M. de La Yallière et vous vous laites fournir des places pour M. le Dauphin. Je souhaite que vos chevaux s'en portent bien et que quelque jour vous ne soyez point recherchés pour avoir appliqué à votre profil ce qui devrait appartenir à l'équipage d'un si grand prince. ' »
Ver-; la fin de novembre, pourtant, la compagnie des chevau-îégers dauphins l'ut rappelée de la ville d'Ath et M. de La Yallière put revenir