‹ De La Vallière à MontespanChapitre 31 sur 60 · Public Record Office, State Papers, France · texte numérisé non relu

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,'i reprendre en leur conduite, on ordonna à Fin* tendanl de justice en Guyenne d'informer contre lui. Le marquis en eut veni et se retirant en Espagne emmena la femme d'un conseiller au parlement de Toulouse qui avait amitié pour lui ». Ce dernier fait nous est également attesté par la Gazeite de Bruxelles : « Le marquis de Montespan, y lit-on à la date du 5 mars 1670, lequel s'est retiré eu Espagne, a été condamné par contumace, faute de n'avoir point répondu à plusieurs chefs d'accusation, ayant mieux aimé sortir du royaume que de se mettre en état de répondre ;ï Pignerol où il était appelé; quoique la marquise d'Antin sa mère ait fait solliciter sa grâce auprès du roi, elle ne l'a pu obtenir non plus que le maréchal d'Albret, Sa Majesté ayant toujours insisté à ce qu'il se mette en état et que s'il est innocent comme ils le veulent persuader, il ne doit rien appréhender ; c'est pourquoi le roi -'•■lait fait apporter les informations, Sa Majesté les a trouvées bien différentes de ce qu'on lui avait voulu faire croire; ledit marquis ;i emmené avec lui son fils âgé de trois à quatre ans seulement, et, passant par Toulouse, il logea chez la femme

d'un conseiller du parlement de cette ville-là, laquelle, touchée de pitié ou autrement, a suivi la fortune du père et du fils; c'est de quoi elle a donné avis en partant à monsieur son mari, qui était pour lors à Paris, que cela ne l'étonnàt point et que le jeune enfant promettait tant qu'elle s'était sentie obligée de ne le point abandonner, lequel compliment ne plaît guère à M. le conseiller. »

N'y a-t-il là qu'une variante des aventures de Perpignan et d'Illes ? S'agit-il, au contraire, d'une troisième conquête de M. de Montespan sur laquelle les lettres de grâce seraient demeurées muettes par égard pour « M. le conseiller » de Toulouse? Sans nous prononcer sur un point si délicat, constatons qu'en somme toute l'affaire demeura obscure et fit peu de bruit.

Un seul fait était patent : deux ans après Amphitryon, quelques mois après la naissance du duc du Maine, ce fils de Jupiter, comme le poète La Fontaine l'appellera plus tard, il arriva que M. de Montespan fut gracié par Louis XIV. Si cette mesure un peu inattendue ne fut pas obtenue sans peine, au moins on pouvait espérer

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qu'elle marquait la lin des obstacles apportés aux amours du roi. M. de Montespan, trop heureux d"ètre pardonné, se confinerail sans doute au fond de sa province et, d'autre part, le Chàtelet de Paris, impressionné par l'édifiant tableau qu'on lui offrait des fautes du mari, se hâterait de prononcer la séparation demandée.

Mais on avait compté sans l'indépendance quelque peu frondeuse des magistrats et surtout sans l'humeur bizarre de M. de Montespan qui, do longues années encore, allait demeurer pour Françoise de Roehechouart et son royal amant le plus fâcheux des épouvantails.

M. de Montespan parut d'abord accepter son exil sans trop de mauvaise grâce; mais le recueillement -|ui eût assez exactement convenu à sa situation, s'accordait peu avec les ardeurs de son caractère. Il lui sembla qu'outre l'illustration de sa famille Bl les charges que son père avait remplies, ses récentes aventures lui donnaient des droits tout particuliers à occuper un rang distingué dans sa

province. L'arrivée à Bordeaux, l'année suivante, du maréchal d'Albret, gouverneur de Guyenne, lui fournit une merveilleuse occasion d'affirmer ses prétentions avec tout l'éclat nécessaire. D'après Saint-Simon, le maréchal d'Albret, cousin de Montespan, avait été fort lié avec lui dans les premiers temps de son mariage. « Monsieur et madame de Montespan, dit-il, ne bougeaient de chez le maréchal d'Albret qui tenait à Paris la plus grande et la meilleure maison. » Lorsque madame de Montespan se détacha de son mari, « il devint son conseil et abandonna pour elle M. de Montespan ». Mais notre marquis savait, à l'occasion, oublier le passé aussi soudainement qu'il lui revenait à l'esprit. On put croire, à l'empressement et à la solennité avec lesquels il reçut le nouveau gouverneur, qu'il était l'auteur principal de sa nomination. A Bordeaux, où des fêtes magnifiques furent données le 9 juin pour la réception de M. d'Albret, il figura au premier rang et fut superbement traité par les jurats de la ville aux côtés de MM. de Toulongeon, de Lasserre, et de Ribeyrac, principaux représentants de la noblesse du pays; à Toulouse, le spectacle fut

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encore plus imposant, et, le 3 juillet, on mandait de cette ville à la Gazette de France : « Le premier de ce mois, le maréchal d'Albret fit son entrée en celle ville avec beaucoup de magnificence, le marquis de Montespan, son cousin germain, lui ayant amené toute la noblesse de la haute Guyenne qui se monte à quatre cents gentilshommes. »

En insérant une pareille nouvelle, le rédacteur de l'officieuse gazette devait pertinemment savoir qu'elle serait favorablement accueillie à Versailles, où, suivant le mot de madame de Caylus, depuis la disgrâce de Montespan, on était disposé à « laisser faire en province à ce misérable Gascon toutes ses extravagances ». S'il faut en croire le témoignage d'un contemporain généralement bien informé, la complaisance de la Cour serait même allée plus loin en cette circonstance.

« En l'an 1G71, conte Delamare, le maréchal d'Albret allant en Guyenne prendre possession du gouvernement, le marquis de Montespan s'y trouva pour faire l'honneur de la cérémonie de l'entrée de ce maréchal qui est son parent, et comme sa femme qui était à la Cour sut qu'il aurait peut-

être besoin d'argent pour se mettre en équipage, elle lui fit tenir quatre mille pistoles, huit paires d'habits très riches et des habits pour son train sans faire dire que cela vînt d'elle. Il hésita longtemps s'il recevrait ce présent. A la fin, ses amis lui ayant remontré que, ne paraissant point qu'il vînt de sa femme, il le pouvait recevoir avec bienséance, il s'y résolut et le prit sans croire être obligé de remercier celle d'où il venait. »

Cette anecdote, si elle est authentique, témoignerait assez bien de quelle manière un peu particulière M. de Montespan entendait concilier sa dignité conjugale et le souci de ses intérêts matériels.

D'ailleurs, en outre de ce désir manifeste de la Cour, raison secondaire pour M. de Montespan, des motifs d'un autre ordre devaient le retenir pour quelque temps encore dans le Midi.

Il avait perdu son père, le marquis d'Antin, dans le courant de l'année 1669. Des deux enfants qu'il avait eus de Françoise de Rochechouart, l'un, Louis- Antoine, le futur duc d'Antin, âgé de quatre ans, l'avait accompagné lors de sa fuite en Espagne. L'autre, mademoiselle de Montespan, née

à la lin de l'année 1663, était restée près de sa grand'mère, Marie -Chrétienne de Zamet. Celle-ci, ;ni milieu des événements de ces dernières années, s'était vivement attachée à cette innocente victime et en a fait plusieurs mentions dans son testament daté du 11 mai 1670.

«Je donne et lègue, y dit-elle, à ma petite-fille .le Montespan, qui est présentement près de moi. qui n'a pas encore le nom et la cérémonie du saint baptême, fille de mon fils de Montespan, deux mille livres de rente.» Elle exprime en mm Ire le désir qu'incontinent après son décès, sa petite-fille soit conduite au couvent de Charonne « et cela pour beaucoup de considérations que je ut- puis exprimer», et qu'elle y reste «jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu d'en disposer soit par mariage « > 1 1 religion ou qu'elle ait atteint l'âge de vingt ans ». Que si plus lard mademoiselle de Montespan veut embrasser la vie religieuse avec l'approbation de sou père et de l'archevêque de Sens, « eu ce cas, je donne au couvent où madite petite-fille fera sa profession lesdites deux mille livres de rente, a condition que madite petite-fille y sera reçue comme bienfaitrice el \ jouira de liai- le-

privilèges attribués à ladite qualité et surtout qu'elle aura dans ledit couvent une chambre particulière à cheminée, et que le couvent lui fournira son chauffage dans ladite chambre et qu'elle ne sera point tenue, pour quelque raison (jue ce soit de maladie ou autrement, d'aller à l'infirmerie dudit couvent et qu'elle aura aussi une religieuse particulière à elle pour la servir et coucher dans sa chambre ». L'aïeule recommandait d'ailleurs tout particulièrement l'enfant à son beau-frère l'archevêque de Sens, la mettant « sous sa protection et sage conduite, le suppliant de vouloir en prendre tout le soin possible et de la vouloir faire élever sur toutes choses dans l'amour et la crainte de Dieu... et enjoignant expressément à madite petite-fille de lui obéir après son père plus qu'à personne du monde et de suivre ses conseils tant pour le spirituel que pour le temporel et surtout quand il s'agira de son établissement » . Dans ces recommandations de l'aïeule à sa petite-fille, remarquons l'omission complète du nom de madame de Montespan ; toute la faveur du roi n'avait pu empêcher que la séparation fût complète entre elle et ses enfants.

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Par le même acte, el à la suite d'un certain nombre de legs particuliers, Marie-Chrétienne de Zamet déclarait: « Quant au surplus de tous mes biens, je les laisse à mon fds unique Louis-Henri de Gondrin, marquis de Montespan et d'Antin, et même mes droits et prétentions sur le marquisat d'Antin à cause de mes conventions matrimoniales et autres sommes, à moi dues par feu le marquis d'Antin, qui se montent à des sommes considérables. »

Les dernières volontés de la mère de Montespan, qui s'éteignit peu de temps après, dans les premiers mois de l'année 1674, ne devaient pas être exécutées. Mademoiselle de Montespan mourut jeune et ne put bénéficier des dispositions bienveillantes de sa grand'mère; quant au marquis de .Montespan, il renonça à la succession de sa mère comme il avait précédemment renoncé à celle de son père; selon l'avis de plusieurs parents consultés, il l'accepta pour son fils, le jeune marquis d'Antin, sous bénéfice d'inventaire, i Mans l'incertitude où il était que ladite succession ne lui fût plus onéreuse que profitable ». Comme nous l'avons précédemmenl indiqué, il ne

craignit pas de déclarer, dans une requête au Parlement de Paris, que sa mère, en mourant, lui avait laissé plus de cinq cent mille livres de dettes.

Ces derniers actes se passèrent à Paris. M. de Montespan, en effet, y était revenu après avoir réglé ses affaires les plus urgentes dans le Midi. Il s'y trouvait du reste appelé par un événement des plus importants. Après cinq années de procédures, le Châtelet de Paris venait, par une sentence du 11 juillet 1674, de prononcer la séparation de corps et de biens demandée par madame de Montespan. En outre des événements du Roussillon, dont nous avons reproduit le minutieux récit d'après les lettres de grâce, d'autres considérations résultant d'une enquête qui n'a pas été conservée, semblent avoir impressionné l'esprit des juges, car la demande en séparation introduite par madame de Montespan invoquait « la dissipation de bien, le mauvais ménage et les sévices sur sa personne ».

Le jugement faisait donc droit à la requête de la demanderesse et portait « que ladite dame de Montespan est et demeurera séparée de biens et

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i l'habitation d'avec son mari, auquel nous avons l'ait défense de la plus hanter ni fréquenter ». Il contenait en outre, comme conséquences, l'obligation pour Montespan de restituer les soixante mille livres de dot constituées à sa femme el d'apporter à celle-ci « acquit et décharge des dettes auxquelles elle s'est obligée avec lui ».

Il y eut même à ce sujet un commencement d'exécution. Le 12 juillet, madame de Montespan lit « procéder par saisie et exécution sur les meubles dudit seigneur marquis son époux dont elle poursuivait la vente », et une prisée et estimation en furent faites le mêmejour par «François Turin, mai Ire tapissier à Paris, demeurant sous les piliers de la Tonnellerie, paroisse de Saint- Eustache ».

Le résultai de l'opération permit de constater que le mobilier de M. de Montespan était des plus modestes. L'estimation totale ne dépassa pas neuf cent cinquante livres; encore fit-on compter pour une bonne moitié (quatre cent soixante-» lix livres) « une tenture de tapisserie de Flandre à personnages représentai l'histoire de Moïse, en sepl pièces ». Une couche à hauts piliers de bois de

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noyer, une couverture de laine blanche, une autre rouge, quatre rideaux, deux bonnes grâces, huit sièges pliants, quatre chaises à dossier, le tout de brocatel à fond rouge de fleurs incarnat et blanc, ne furent prisés ensemble que deux cent quatrevingts livres; douze chaises de bois de noyer tournées, garnies de crin, couvertes de moquette, cinquante livres; un miroir à glace de Venise de trente pouces de hauteur, soixante livres; un cabinet de bois de noyer façonné ouvrant à deux guichets, garni de plusieurs tiroirs, soixante-dix livres.

Cette saisie fut un coup sensible pour notre marquis. Forcé de quitter « la rue du Cloître- Saint-Benoît », M. de Montespan dut se réfugier « en la maison du sieur curé de Saint-Jacques de la Boucherie ». C'est de là qu'il fit remontrer à sa femme « qu'elle devait considérer qu'en continuant d'exécuter ladite sentence à la rigueur et faisant vendre ses terres, ce serait causer la perte entière de sa maison et lui ôter le pouvoir d'élever leurs enfants suivant leur qualité, eu égard aux dettes dont il est chargé, et que dans le temps présent les terres ne se pouvaient vendre

leur juste valeur, de sorte que les poursuites qu'elle voulait faire tourneraient à son désavantage et à la ruine de ses enfants ».

Cette fois encore, Montespan fut traité avec clémence et non selon toute rigueur de justice. Madame de Montespan lui fit répondre « que ce n'avait jamais été son intention de causer par la réparation qu'elle a poursuivie la ruine de la maison dudit seigneur son époux, ni de faire aucun préjudice à ses enfants. Au contraire, elle désire de contribuer autant qu'il lui était possible à maintenir l'éclat de sa maison et à l'éducation de sesdits enfants suivant leur qualité ».

Et « par l'entremise et le conseil de leurs parents et amis », Une transaction intervint, le 21 juillet, entre les deux époux, tout à l'avantage de M. de Montespan: les soixante mille livres de dot, versées au moment de leur mariage, ne seraient exigibles qu'à sa mort, il était dispensé de toute pension alimentaire et madame de Montespan s'engageait jusqu'à concurrence de quatrevingt-dix mille livres à payer « les plus anciennes dettes dudit seigneur de Montespan ».

C'est à la suite de cette transaction que nous

voyou? les mois suivants, Jean-Bapliste de la Roque, bourgeois de Paris, agissant au nom de madame de Montespan, payer « des deniers de ladite dame », qui dans la circonstance étaient les deniers du Roi, les nombreuses dettes de M. de Montespan, et ces paiements, nous disent les actes dont les formules ont ici une saveur particulière, « furent faits en présence dudit seigneur de Montespan qui Fa eu pour agréable ».

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