DERNIÈRES ANNÉES DE M. DE BIONTESPAN
documents sur lesquels les historiens se son! étendus avec le plus de complaisance pour montrer les procédés sommaires de Louis XIV à l'égard de Montespan. Ce que l'on ne sait pas. ce qu'il est intéressant à plus d'un titre d'exposer, c'est la suite qui fut donnée à ces injonctions réitérées et en apparence irrésistibles du pluabsolu «les monarques.
Le procès dont il s'agissait durait déjà depuis un temps respectable. Il était né à la suite d'une transaction assez obscure passée, en 1667, entre Marie-Chrétienne de Zamet, mère de Montespan, et la maison de Foix, au sujet de la succession du feu duc d'Épernon. A la mort de sa mère, M. de Montespan, comme représentant les droits de son tils, le marquis d'Antin, en avait continué la poursuite. L'affaire était d'ailleurs entrée depuis peu dans une voie des plus compliquées. L'une des parties s'était, en effet, adressée à la grand'- Hi.imbre du Parlement de Paris, et l'antre à la première chambre des Enquêtes du même Parlement, d'où, entre les deux corps, nn coriflil qui niciiiirail de s'éterniser au grand préjudice des plaideurs. L'intervention de Colbert enl nn pre-
mier résultat presque immédiat. La seconde lettre de Louis XIV à ce ministre au sujet de Montespan est du lo juin 1678: le 11 juillet suivant, un arrêt du Conseil du Roi enlevait au Parlement la connaissance de l'affaire et toutes les contestations qui s'y rapportaient, et « attendu qu'il est du bien commun des parties qu'elles soient promptement expédiées et qu'il n'y a point de voie plus prompte que de leur nommer des commissaires pour juger en dernier ressort », le roi « évoquait à soi et à son conseil » toutes les contestations ; cinq commissaires et deux avocats étaient commis pour en connaître et décider souverainement du litige. Les cinq commissaires étaient MM. de Bezons, de Fieubet, Le Pelletier, Pomereu et d'Argouges, les deux avocats représentant les parties, MM. Le Verrier et Hérot, avocats au Parlement.
Ainsi, pour enlever au mari de sa maîtresse tout prétexte de rester à Paris, le roi employait un des grands procédés monarchiques : l'évocation d'un procès à son Conseil.
Il semblait donc que l'affaire dût être promptenient terminée. Or, onze ans plus tard, un non-
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\cl arrêt du Conseil, du 4 juillet 1689, nous apprend qu'à cette "laie elle n'était pas plus avancée qu'au premier jour. Cependanl l'un des commissaires, M. de Bezons, était mort, un autre,
li' sieur Le Pelletier, ne pouvait, à cause de ses emplois, vaquer à cette affaire ». Aussi, tout eu rappelant que l'arrêt de L678 avait pour but le désir de « Sa Majesté île terminer promptement les différends qui sont entre messire Henri- François de Candalle, due et pair de France, d'une part, et me— ire Louis-IIeurv de Gondrin, marquis de Montespan, et messire Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin, d'autre part », le Conseil décidait que les parties auraient a s'entendre sur le choix de nouveaux commissaires.
Sur l'accord qui intervint a ce sujet entre le dur de Foix, le marquis de Montespan et son ûls I»- marquis d'Antin. un nouvel arrêl du Conseil du 21 février 1690 nomma MM. Bignon et de ll.ulav commissaires a la place de MM. de Bezons '•t Le Pelletier, mais la solution de l'affaire n'en tut m rien avancée. Le 13 mai 1093, un dernier arrêt du Conseil constatai! d'une manière
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définitive l'impuissance des commissaires, et en donnait une raison qui n'était pas sans saveur, « lesdits sieurs commissaires qui sont occupés à plusieurs affaires pour le service du roi ne pouvant vaquer qu'avec beaucoup de peine à celle dcsdits seigneurs duc de Foix, marquis de Montespan et marquis d'Antin » . En conséquence, quinze ans après l'arrêté de 1678, toutes les contestations soumises aux commissaires étaient renvoyées à la première chambre des Enquêtes- du Parlement de Paris.
Cette fois, le Parlement se piqua d'émulation : l'affaire se termina enfin en 1700, d'ailleurs au préjudice de M. de Montespan.
Même à une époque où les lenteurs de la justice étaient légendaires, on doit accorder quelque considération à ce procès de trente-trois ans, qui dura encore vingt-deux ans après que le grand roi avait si formellement manifesté sa volonté qu'on en finît au plus vite.