‹ De La Vallière à MontespanChapitre 38 sur 60 · DERNIÈRES ANNÉES DE M. DE MONT ESP AN · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES DE M. DE MONT ESP AN

l'accusèrent de vouloir, en sa nouvelle qualité de chef de la famille, accaparer tout l'ancien héritage de sa maison.

Il n'usa pas sans doute dans ses querelles des procédés un peu téméraires qu'employait vers la même époque son cousin le chevalier de Gondrin, ♦'t que nous a rapportés M. le marquis de Galard d'après des documents authentiques f. Etant lui aussi en litige avec M. de Bellegarde, le chevalier, digne héritier de l'humeur baroque de sa race, alla s'installer avec trois hommes d'armes dans un des châteaux de la partie adverse. A toutes les sommations il refusa d'en sortir, alléguant qu'il avait besoin d'argent, que M. de Bellegarde lui devait compte de sa légitime, et qu'il n'avait reçu depuis un an que cent écus « qui est une somme si modique qu'un valet aurait de la peine de se contenter de cela ». Et il n'entendait pas se retirer à moins d'un nouveau paiement de la même valeur.

M. de Montespan était plus respectueux des juridictions ordinaires et il en usait amplement.

1. Les Pardailhan d'Antin d'après des documents inédits (Revue de Gascogne, t. XXI11 1881), p. 498).

En môme temps ou successivement, les parlements de Paris, de Toulouse et de Grenoble, connurent de ses requêtes et de ses facturas. Une note manuscrite sur l'une de ces pièces nous apprend qu'il ne reculait devant aucun frais pour faire triompher sa cause : « M. Sonnet, avocat, a fait ce factum, MM. Chuppé, Le Verrier el lui, sont le conseil de M. de Montespan, qui m'a dit qu'il avait apporté de Toulouse toutes les lumières dans des consultations de MM. Pari sol H des célèbres qui y régnent. »

La manie des procès l'échauffé tellement que les siens ne lui suffisent pas. Toutes les causes le passionnent, même celles des autres, et parfois dans les circonstances les plus surprenantes. Un jour, nous apprend madame de Sévigné, en 1678, il paraît à l'audience pour soutenir son parent M. d'Albret, ce « M. d'Albret qui allait voir amoureusement et nocturnement madame de Lameth à la campagne ; on l'a pris pour un voleur et on l'a tué sur la place». Une autre fois, il prend fait et cause avec la dernière vigueur pour Corbinelli, l'ami de la spirituelle marquise, engagé dans un long et coûteux procès : « M. de Montespan est

devenu son protecteur, écrit madame de Sévigné à sa fille, le 8 septembre hiso. Il ne parle que de mettre deux mille pistoles de dédit pour celui qui se révoltera contre les arbitres et de cenl mille francs pour pousser l'affaire s'il la faul plaider. Voilà un style qui nous est inconnu et qui se ressenl beaucoup de cet airde la Garonne. •

A cette manie vint s'en ajouter sur le tard une autre qu'il tenait d'ailleurs de famille. Nous avons vu que son oncle, le vieux M. de Bellegarde, qui était « un homme obscur et fort extraordinaire », s'autorisant de son mariage avec la tille du duc de Bellegarde, s'était t'ait appeler hinmême duc de Bellegarde, et cela à la grande indignation de Saint-Simon: « Ce feu dm- de Bellegarde était Pardaillan et n'eut jamais aucun rang de duc non plus que de droit, parce que, outre que Bellegarde n'était point femelle, M. de bellegarde, pour qui l'érection fut laite, n'était pas le père mais le frère de sa mère, et se mère n'étail poinl appelée dans Les lettres. Ainsi trois raisons péremptoires d'exclusion. M. de Montespan était exclu aussi pour les mêmes raisons.

Aussi la cause ('tait-elle trop claire pour que

Montespan put songer, à la mort de M. de Bellegarde, en 1687, à reprendre ses prétentions. Mais il en émit d'autres, quelques années plus tard, sur un fondement encore plus contestable : «M. de Montespan, écrit Dangeau, à la date du 28 février 1698, a acheté la terre d'Épernon environ cinquante mille écus; elle ne vaut que quatre à cinq mille livres de rente, mais il Fa achetée cher par la prétention qu'ils ont dans leur maison de faire vivre le duché d'Épernon. Ils ont fait renoncer mademoiselle d'Épernon et l'abbé d'Épernon à la succession et ont pris des lettres d'héritiers sous bénéfice d'inventaire. Ils viennent par femme d'une sœur du duc d'Épernon, le favori d'Henri III, qui épousa le fds de Sébastien Zamet et dont la fdle fut mariée à un de leurs grands-pères... »

Bien que la duché-pairie d'Epernon fut éteinte depuis longtemps, bien que le marquis deRouillac qui venait de mourir ne fût, au dire de Saint-Simon, qu'un « faux duc d'Épernon, parce qu'il en prit le titre après la mort de son père, qu'il se faisait donner par ses amis et par ses valets »,M. da Montespan se crut, à la suite de sa nouvelle acquisition, les droits les plus fondés à se dire désor-

mais duc et pair. Dès le 6 juin 1698, il s'intitule solennellement : « Trèshaut et très puissant seigneur

monseigneur Louis-Henry deGondrin, duc d'Eperiion , pair de France, marquis de Montespan. » El le même jour il donne au marquis d'Antin, son fils, les duché-pairie, terre et seigneurie d'Épernon, «se réservant toutefois, sa vie durant, les titres, rangs, privilèges et droits honorifiques attribués à la dignité de duc et pair de France».

Cette manie inoffensive qui, en d'autres temps, eût soulevé des tempêtes, ne rencontra, semblet-il, que le sourire amusé des contemporains et l'indifférence de la Cour. Depuis longtemps déjà madame de Montespan expiait la splendeur de ses triomphes dans une retraite hautaine et digne, à laquelle l'avaient condamnée, autant que l'oubli du roi, la haine ambitieuse d'une rivale et l'ingratitude de ses propri's enfants. Kl. par un étrange renversement des choses, c'est le propre fils de M. de Montespan, le marquis d'Antin « sans humeur et sans honneur », dit Saint-Simon, qui est devenu l'un des plus assidus courtisans de la vieillesse du grand roi.

(/est sans doute à lui que M. de Munie-pan dut,

dans ses dernières années, une sorte de rentrée en grâce et de demi-faveur. Son appui était recherché par les cadets de Gascogne qui désiraient un emploi à la Cour ou dans les armées. Un jeune gentilhomme des environs de Toulouse, Français de Sarraméa, écrit à son frère, à la date du 1:2 avril 1G97 : « Si vous écriviez à monsieur de Montespan ou à son fils pour me faire donner une lieutenance de cavalerie ou dragons dans le régiment d'Antin ou ailleurs, ou quelque chose sur la marine, cela ne coûterait rien.1 » Dans ce nouveau rôle, comme d'ailleurs dans toute sa carrière, M. de Montespan sut ne pas se montrer banal : « C'était une drôle de chose à voir, écril la Princesse Palatine, lorsque lui et son tiis d'Antin jouaient avec madame d'Orléans et madame la duchesse (filles de Louis XIV et de madame de Montespan) et qu'il donnait très respectueusement et avec des baisements de mains les cartes à ces princesses qui passaient pour ses enfants. Il trouvait lui-môme cela plaisant : il se retournait et riait toujours un peu. »

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