‹ De La Vallière à MontespanChapitre 39 sur 60 · DERNIÈRES ANNÉES DE M. DE MONTES PAN · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES DE M. DE MONTES PAN

M. de Montespan ne devait pas jouir longtemps de ce singulier retour de fortune. A la suite, d'une longue maladie il mourut, le 1er décembre 1701, en son château de Saint-Elix, près de Toulouse. Son nom ne fut pas inscrit au registre des décès de la paroisse, et sa mort ne nous est connue que par un « rôle des confrères et confrèresses qui ont assisté à la sépulture de monseigneur d'Épernon, seigneur du présent lieu, décédé le 1er décembre 1701 ».

D'après une lettre écrite de Saumur, le 31 décembre, « M. le marquis d'Antin, son fils, l'a assisté à sa mort et est venu de là à Fontevrault pour conférer avec madame sa mère ». La même lettre nous donne des détails assez précis sur l'attitude de cette dernière : « Madame de Montespan ne reçoit point de compliments non plu- que madame l'abbesse de Fontevrault, sa sœur, sur la mort de M. de Montespan. On a pourtant fait pour lui un service à Fontevrault, mais sans dire pour qui. Madame de Montespan a pris le deuil. »

S'il fallait en croire !<■ même témoignage ainsi que ceux de plusieurs contemporain-. '-''Ile der-

nière manifestation aurait été précédée de plusieurs autres. L'idée d'un rapprochement, sur la fin de leur existence, entre les deux époux, entrait trop naturellement dans les conceptions religieuses du temps pour ne pas donner lieu, même sans fondement réel, aux suppositions les plus plausibles. Mais tandis que, pour les uns, l'initiative vint de madame de Montespan, elle procéda, selon les autres, du mari.

Saint-Simon est des plus explicites en faveur de la première opinion : « Le Père de La Tour tira d'elle [madame de Montespan] un terrible acte de pénitence : ce fut de demander pardon à son mari et de se remettre entre ses mains. Elle lui écrivit elle-même dans les termes les plus soumis et lui offrit de retourner avec lui s'il daignait la recevoir ou de se rendre en quelque lieu qu'il voulût lui ordonner. A qui a connu madame de Montespan, c'était le sacrifice le plus héroïque. Elle en eut le mérite sans en essuyer l'épreuve. M. de Montespan lui fit dire qu'il ne voulait ni la recevoir ni lui prescrire rien, ni ouïr parler d'elle de sa vie. »

Dès l'année 1693, d'après d'autres témoignages,

DERNIÈRES ANNÉES DE M. DE HONTES PAN. o2-*>

e'esl au contraire M. de Montespan qui au rail manifesté son désir d'un rapprochement : « On dit, mentionne le Père Léonard, que M. de Montespan veut faire revoir la cause de sa séparation avec madame sa femme et, afin que cette affaire n'aille au Parlement, l'on y a commis trois commissaires. M. Fieubet qui s'est retiré aux Camalduldes, M. l'évêque de Meaux et M. d'Aguesseau. » Suivant la lettre datée de Saumur, du 31 décembre 1701, que nous avons déjà citée, il aurait, avant de mourir « écrit à sa femme; par sa lettre il lui demande pardon et il la prie de lui pardonner aussi. Il lui demande de payer ses dettes qu'on dit être de trois cent soixante mille livres ». Et le correspondant ajoute : « Et a fait madame de Montespan sa femme, qu'il n'a point vue lepuis plusieurs années, exécutrice de son testament. » Nous retrouvons le même bruit dans la Gazette d'Amsterdam, dans les Mémoires du marquis" de Sourches et dans le Journal de Dangeau.

Le plus vraisemblable esl qu'aucun de ces événements contradictoires ne se produisit.

En l'absence d'autres témoignages précis, l'anec-

dote contée par Saint-Simon, et contredite implicitement par ailleurs, n'a pas un caractère d'authenticité suffisant; quant à un prétendu testament de Montespan, nous l'avons en vain recherché. Outre qu'il eût été enregistré, comme ceux de sa mère et de sa grand'mère, au parlement de Toulouse, dans le ressort duquel se trouvait la plus grande partie de ses biens, on a quelque peine à se représenter sa raison d'être, Montespan n'avait qu'un fils et avait déjà pris, notamment lors du mariage de celui-ci, des dispositions assez précises en vue des diverses éventualités qui pourraient se produire.

Les contemporains ne sont pas moins partagés sur la situation de fortune laissée par Montespan. Si, d'après Dangeau, le marquis d'Antin « devait hériter de plus de quarante mille livres de rente et trouver beaucoup de vaisselle d'argent et de meubles » ; si, suivant la Gazette d'Amsterdam, il « a laissé de grands biens et entre autres de belles terres », le Père Léonard enregistre, au contraire, à plusieurs reprises, le bruit que le défunt laissait trois cent soixante mille livres de délies. Ces déclarations, en apparence contradic-

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