MÉMOIRE POUR SERVIR D IN STR UCTION A M. DE REZONS
Le Roy ayant esté obligé de faire arrester le marquis de Vardes pour sa mauvaise conduitte et pour estre informé du détail de plusieurs choses qui se sont passées à la Cour et suilte de Sa Majesté pendant qu'il a servi près d'elle et ayant résolu pour cette fin de le faire interroger par une personne d'une entière confiance, Sa .Majesté a choisi le sieur de Besons, conseiller en son Conseil d'Estat, intendant de la justice, police et finances en sa province de Languedoc, auquel elle a bien voullu faire envoyer le présent mémoire pour luy servir d'instruction.
Pour donner moien au sieur de Besons de bien exécuter ce que Sa Majesté désire de son application en ce
1. Bibliothèque nationale. Manuscrits fr., 20768, fol. 309. Ce mémoire est tout entier de la main du ministre Le Tellier.
rencontre, il est besoingqu'il scaclie qu'en l'année Hiiii vers le mois de mars ou avril il feust porté à la damoi selle Molina, espagnole, l'une des premières femmes de chambre de la royne, ung pacquet addressant à Sa Majesté dont l'enveloppe estoit suscrite de la main de la royne d"Espagne, dans lequel il y avoit une lettre en langue espagnolle portant advis à la royne que le roy < 'îitretenoit commerce avec mademoiselle de LaVallière.
Ce pacquet feust rendu à ladicte damoiselle Molina par ung garde du roy servant chez la royne nommé Saint-Eloy, lequel l'avoit receu à la porte de la salle des gardes des mains d'ung homme incogneu qui lu y dict que ce pacquet avoit esté receu d'Espagne, à quelques lieues de Paris, par dom Cristoval de Gavilla s'en retournant à Madrid après avoir faict les compliments du Roy catholique à Leurs Majestez sur la naissance de monseigneur le Dauphin et qu'il avoit eu ordre de Gavilla qui l'envoioit en Flandre de rendre ledict pacquet à quelqu'une des dames estant prez de la royne à son passage par Paris.
Quoyque, par l'inspection du pacquet ainsy suscript, la damoiselle Molina ne doubtast point qu'il ne vint de Madrid, néantmoins, dans l'appréhension qu'elle eust qu'il ne contint quelque chose de fascheux sur la santé du roy d'Espagne, elle se résolut de l'ouvrir, comme elle fîst, et y ayant trouvé une lettre de la teneur cy devant explicquée, elle remit le tout au Roy, sans en donner aulcune cognoissance à la royne. Il feust lors
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vérifié que l'enveloppe provenoit d'un pacquet que la royneavoil receu peu de jours auparavant de la royne d'Espagne, lequel Sa Majesté avoit ouvert publicquement dans sa chambre et qu'il falloit que quelqu'un à la Cour l'eust ramassé à desseing d'en mésuser. .Mais on ne descouvrist point celuy qui avoit faict cette faulse lettre et la perquisition qu'on en feist lors en demeura sans aulcun fruictt, jusques au commencement du présent mois de mars de l'année courante que le roy a sceu par luy mesme, sans entremise de qui que ce soit, par des voies sincères et sans soupçon d'aucune caballe, que ledit marquis de Vuardes a esté l'autheur de ce i'aulx pacquet, qu'il a composé la lettre en françois, el que, à cause que la royne ne sçavoit pas lors lire en nostre langue, il la donna au sieur comte de Guiche pour la traduire en espagnol, que celuy-cy remist audit sieur de Vuardes sa traduction, lequel luy diet en la recepvant qu'il la ferait transcripre d'une aultre main, et qu'il se servirait pour faire le pacquet d'une enveloppe qui avoit esté ramassée dans la chambre de Sa Majesté, laquelle estoit suscripte de la main de la royne d'Espagne pour la royne. 11 adjousla aussy qu'il essaierait de faire rendre le pacquet à la damoiselle 11 aultre femme de chambre espagnolle, dans la pansée qu'il avoit qu'elle la renderoit plus inconsidéremment à la royne que toutte aultre personne.
Sa Majesté a aussi sceu que ledict marquis de Vuardes se servit pour porter le pacquet en l'appartement de la
royne d'ung valet de Gourville qui estoit venu à Paris pour les affaires de son maistre et qui partoit pour retourner vers luy au lieu où il estoit caché à cause des poursuittes qu'on faisoit contre luy en la chambre de justice, et quoyqu'il eust ordre de le donner à ladicte damoiselle Rissa, il le deslivra à la porte de la salle à ung des gardes du Roy servant prez de la royne nommé Saint-Eloy, qui le porta sur l'heure à ladite damoiselle Molina; que ce jour là. le Roy estant allé à Versailles, k'dict marquis de Yuardes au retour de Sa Majesté la suivist dans la chambre de la royne à desseing d'observer l'effect de ladicte lettre dans l'entreveue de Leurs Majestés, mais qu'il la vist rendre au Roy par ladicte damoiselle Molina avant que Sa Majesté entra dans la chambre de la royne ;
Que ledit sieur marquis de Yuardes a eu plusieurs motifs en composant cette lettre feincte :
L'un, de devenir plus considérable auprès du Roy par la division qui naistroit entre Leurs Majestez et par les affaires qu'elle donnerait au Roy ;
L'autre de soulager le mescontentement qu'avoit madame la comtesse de Soissons à cause du nouveau rang accordé aux princes de la maison de Lorraine au préjudice de ceulx de Savoie, en procurant par tous moiens que le Roy retournast chez ladicte dame comtesse dont Sa Majesté s'estoit esloignée, à cause des marques publicques que ladicte dame avait données de son chagrin, ce quy l'avoit faict décheoir de la consi-
dération en laquelle l'avoit mis l'opinion qu'on avoit
pris de son crédit près de Sa Majesté :
Le dernier, l'espérance île l'esloignement de mademoiselle de La Vallière, ou au moins qu'en la conservant I»' Roy seroit obligé de la tirer de chez Madame et de garder beaucoup de mesures pour continuer à la veoir;
Qu'en cas d'esloignement, mademoiselle de La Mute avec laquelle le Roy commençoit à parler depuis quelque temps auroit grande part dans les bonnes grâces du Roy :
Et en conservant mademoiselle de La Vallière et la tirant d'auprès de Madame, le Roy seroit obligé de se servir de la maison de ladicte dame comtesse de Soissons, tant à cause de la commodité que de l'habitude de Sa Majesté ;
Et que par l'ung et l'autre de ces événements là on porterait le Roy à aller plus souvent que jamais chez ladicte dame comtesse, la réputation sur le faict du crédit se restabliroit, ledit sieur de Vuardes tienderoit fort advantageusement toutes les advenues prez de Sa Majesté, et qu'on trouveroit occasion dans cette familiarité de mesnager quelque tempérament sur le rang de la maison de Savoie notablement diminuée par la nouveaulté accordée aux princes de Lorrain''.
Que Sa Majesté a aussy esté informée que le motif qu'a eu le comte, de Guiche en traduisant la lettre en espagnol a esté de [mire à mademoiselle de La Vallière
par ressentiment de ce que ledict sieur de Yuardes luy avoit rapporté, comme l'ayant apprins de madame la comtesse, que le Roy luy avoit dit que mademoiselle de La Vallière avoit fait croire au Roy que lui comte de Guiche avoit parlé de Sa Majesté contre le respect qu'il luy doibt.
Sa Majesté a sceu de plus qu'après que le bruict que cette lettre feincte avoit faict feust cessé, ledict sieur comte de Guiche dit à Madame tout ce qui s'estoit passé en cela, que Madame s'en ouvrist ensuite à la damoiselle de Montalais quy estoit alors prez d'elle, et que ladicte damoiselle en ayant esté esloignée feist cognoistre audit marquis de Yuardes qu'elle en avoit une entière cognoissance pour l'obliger à bien vivre avec elle et ledit marquis advoua à ladicte damoiselle toutte la chose en la forme qu'elle est cy dessus expliquée.
Et affin que ledit sieur de Besons puisse agir plus efficacement auprès dudit marquis de Yuardes pour l'exciter à recognoistre la vérité, elle a bien voullu luy donner cognoissance de la certitude avec laquelle il scait la fabrication de ladicte lettre en luy marquant en cet endroit que Madame est convenue de l'avoir apprins dudict sieur comte de Guiche incontinant après qu'elle eust esclatté dans le public, que la demoiselle de Montalais a déclaré l'avoir sceue de Madame, et que ledict marquis en est demeuré d'accord lorsqu'elle s'en est ouverte à luy, comme aussy que ledict sieur
comte de Guiche s'est expliqué par escripi de tout te détail, en conformité de ee qui luy avait esté advoué par ledict marquis de Vuardes.
Touttes ces choses ainsy posées pour fondement, ce que le Roy désire dudit sieur de Besoos en Dette occasion est qu'aussitost qu'il aura receu la présente instruction et qu'il aura bien considéré tout ce qu'elle contient, il se transporte en la citadelle de Montpellier ou ledict marquis de Yuardes est présentement détenu prisonnier, qu'il rende à celuy qui y commande la lettre que Sa -Majesté luy escript, et qu'estant seul avec ledict marquis de Vuardes, il luy face veoir la depeschc de Sa Majesté addressante audict sieur de Besons, qu'en conformité de ce qui luy est prescript, il luy fasse prester le sermenten la matière accoustumée, qu'il l'interroge sur les faicts cy après mentionnez, escripvant de sa main les interrogatoires qu'il luy fera et les responses dudict marquis de Vuardes et les luy faisant signer et parapher à la fin de chaque séance tant au hault qu'au lias de toutes les pages, sans luy donner à cognoistre qu'il soit informé en particulier de tout ce qui est marqué cy dessus.
Mais, avant que de commencer l'interrogatoire, ledict sieur de Besons fera entendre audict marquis de Vuardes qu'il a ordre de Sa Majesté de recepToir sa déclaration but hs faicts qu'il luy proposera de sa part, non point pour l'instruire de la vérité que Sa Majesté a sceu d'ailleurs par des voies 1res certaines, mais seulement pour
cognoistre quelle est la sincérité de son esprit et juger ensuitte quelle confiance elle pourra prendre en luy au cas qu'elle voullust cy aprez l'emploierpour son service.
Puis ledit sieur de Besons interrogera ledit marquis de Vuardes ainsy qu'il ensuist :
S'il n'a pas sceu qu'en l'année 1662, vers les mois de mars ou apvril, il feust rendu à la damoiselle Molina ung pacquet pour la royne dont l'enveloppe esloit suscripte par la royne d'Espagne, dans lequel estoit une lettre en langue espagnolle portant advis à la royne que le Roy entretenoit commerce avec mademoiselle de La Aallière,
S'il n'a pas sceu que ce pacquet feust ouvert par ladicte demoiselle et ladicte lettre remise au Roy sans en avoir donné cognoissance à la royne,
S'il n'estoit pas à la suitte du Roy et fort proche de sa personne lorsque ladicte damoiselle Molina remist ladicte lettre à Sa Majesté à son retour de Versailles avant qu'elle entrast dans la chambre de la royne,
S'il n'entendist pas dire en ce temps là que l'enveloppe de ladicte lettre provenoit d'ung pacquet venu d'Espagne que la royne avoit ouvert dans sa chambre peu de jours auparavant,
S'il n'a point sceu qui avait ramassé ladicte enveloppe, qui estoit autheur de ladicte lettre et qui avoit fait rendre ledict pacquet,
S'il n'est pas vray qu'il a composé la lettre en nostre langue,
S'il ne l'a pas donner audit sieur comte de Guiche pour la traduire en espagnol et si celuy-cy ne luy a pas remis ensuitte la traduction qu'il en avoit faicte,
De qui il s'est servy pour la mettre au net,
S'il n'a pas enfermé ladite lettre avec l'enveloppe ramassée dans la chambre de la royne et s'il n'a pas donné le pacquet à une personne qu'il a choisie pour le rendre en l'appartement de Sa Majesté,
S'il ne s'est pas servy pour cela d'ung homme qui estoit au service de Gourville lequel devoit partir promplement de Paris pour se rendre près de son maislre qui s'estoit desjà absenté à cause de la chambre de justice ;
S'il ne chargea pas ce domestique de Gourville de remettre ce pacquet à la damoiselle Rissa plus tost qu'à la damoiselle Molina dans la pansée qu'elle la rendrait plus inconsidéremment que l'autre,
Qui est la personne qui luy a fourny ladicte enveloppe et en quel lieu il l'a prinse,
S'il n'est pas vray que le jour que ledict pacquet fust rendu à ladicte damoiselle Molina, le Roy allast le malin à Versailles el qu'à son retour ledit marquis de Viiardes accompagna Sa Majesté lorsqu'elle alla à l'appartement de la royne pour observer ce qui se passerait à l'entrevue <l<' Leurs Majeslez et juger ensuitte quel effet aurait produit ladicte lettre dans l'espril de la royne,
Quel advantage il se proposoit de recepvoir en composant celle lettre ci faisant sçavoir à la royne par cette
342 DE LA VALLIERE A MOXTESPAN.
voye qui' le Roy avoit commerce avec mademoiselle de La Vallière.
S'il n'est pas vray qu'il a creu que, par la division qu'il metteroit entre le Roy et la royne, Sa Majesté auroit des affaires par le moien desquelles ceulx qui avoient riionneur de l'approcher deviendraient plus considérables,
S'il n'a pas eu desseing par cette voye d'obliger le Roy d'esloigner mademoiselle de La Vallière ou au moings de la faire retirer d'auprez de Madame pour garder des mesures avec la royne en continuant de la veoir,
S'il n'a pas creu qu'en l'ung et l'autre de ces deux événementz là, le Roy auroit plus d'occasion de continuer à rendre ses visites à madame la comtesse de Soissons,
S'il n'a pas espéré que durant ces visites là on pourrait mesnager quelque tempérament auprez du Roy pour la maison de Savoie plus advantageux que ce qui avoit esté faict par le traité d'entre le Roy et monsieur le duc de Lorraine du mois de febvrier précédent en faveur des princes de la maison de Lorraine, ensuitte de la cession du duché faite à Sa Majesté par M. le duc de Lorraine,
S'il n'a point sceu que ledit sieur comte de Guiche avoit dit à Madame ce qui s'estoit passé en cela et que Madame l'avait ensuitte confié à la damoiselle de Montalais,
S'il a'esl pas vray que celle cy estant sortie d'auprez de Madame a déclaré audict marquis de Yuardcs qu'elle Bavoit tout ce gui s'estoit passé en la fabrication de ladicte lettre et s'il ne luy a pas advoué,
Si celle considération ne l'a pas porté à prendre soing des interestz de ladicte damoiselle Monlalais et de la mesnager en toute rencontre,
C'est tout ce qu'on peut preseripre audict sieur de Besons sur une affaire de cette nature et comme on ne pi'iii pas prévoir les réponses que luy fera ledict marqua de Vuardes sur chacun desdits faicts, le Roy se remet audict sieur de Besons de régler sa conduite sur celle que gardera le prisonnier par les déclarations qu'il fera, diminuant ou adjoustant auxdicts faicts ce qu'il jugera nécessaire sur le champ pour plus facilement en esclaircir la vérité.
Un adjoustera seulement que, le Roy ayant envoie ung courrier à Fontevrault vers ladicte damoiselle de Montalais pour tirer d'elle par escripl ce qui estoit venu à sa cognoissance de la composition de ladicte lettre espagnolle, Sa Majesté envoia des archers des gardes de son c «ps en divers endroits pour observer ceux qui partiraient en poste de celle ville de Paris par la route de Lion ou celle de Tours, L'ung desquels luy auroit admené le nommé Sonnet, domesticque dudici marquis deYuardes, lequel se trouva chargé d'une lettre pour ladicte damoiselle de Montalais par laquelle on luy insinuoit que ledict sieur comte de Guiche avoit de son
chef fabricqué ladicte lettre espagnolle par ressentiment de ce qu'on l'avoit esloigné de la Cour, et que quand il eust fermé le pacquet en Testât qu'il a esté porté à ladicte damoiselle Molina, ledict sieur comte de Guiche demanda ung homme audict marquis de Vuardes pour envoier en quelque lieu, ce que celuy cy luy accorda dans la pensée qu'il eust que c'estoit pour quelque galenterie, mais que lorsque le bruict de cette lettre esclatta, ledict sieur comte de Guiche vint advouer audict marquis de Vuardes qu'il en estoit l'autheur et le prier d'esloigner promptement de la Cour celuy dont il s'estoit servy pour la porter, de crainte que, s'il venoit à estre prins, ledict sieur comte de Guiche ne se trouvast perdu sans ressource, à quoy ledict marquis de Vuardes donna les mains après l'avoir blasmé d'une si lourde faultc et on convioit par cette lettre ladicte damoiselle de Montalais d'expliquer la chose en ce jour pour satisfaire à ce qu'elle debvoit à la vérité.
Et comme ledict Sonnet recognust qu'il avoit esté chargé de cette lettre la nuict précédente par le sieur de Brevant qui lui avoit appris qu'il estoit de la dernière importance audict marquis de Vuardes qu'elle feust portée en diligence à ladicte damoiselle Montalais par une personne confidente qui luy lust la lettre et la rapporta secrètement sans luy laisser s'il se pouvoit, le Roy fist appeler ledict de Brevant. lequel advoua à Sa Majesté qu'il avoit escript cette lettre de sa main, qu'il
avoit pressé Sonnet de la porter et rapporter et qu'il avoit apprins le faict touchant la lettre espagnolle ainsy qu'il esloit couché dans ce qu'il avoit confié à Sonnet de madame la comtesse de Soissons dans une visite qu'il luy avoit rendue le jour précédent.
Le Roy a estimé utile d'informer ledict sieur de Besons de tout ce que contient la lettre dudict sieur Brevant pour ladicte damoiselle de Montalais comme aussy de ce que porte sa déclaration sur le voyage dudict Sonnet affin qu'il s'en prévalle au cas que ledict marquis de Vuardes mette en avant qu'il n'a eu cognoissance du pacquet espagnol que par l'aveu que lui en feist ledict sieur comte de Guiche pour le porter à esloigner de la Cour celuy dont il s'estoit seni pour le rendre à ladicte damoiselle Molina, ce que ledict sieur de Besons pourra fort advantageusement prendre en faisant observer audict marquis de Vuardes que rien ne sert plus à sa conviction que le soing qu'ont prins ses amis d'instruire ladicte damoiselle Montalais, que leur but en cela n'a pu estre que de l'obliger à respondre an Itoy au sens qu'il luy inspirerait, au cas qu'elle n'eust rien scen de cette action durant le séjour qu'elle a faict à la Cour, ou bien de la porter a déguiser ce qu'elle eu auroit apprins de longue main, telle conduitte ne pouvant estre interprétée qu'à uni: desseing de desguiser la vérité que les amis dudict marquis de Vuardes oui estimé luy debvoir estre préjudiciable.
Ledict sieur de Besons adjoustera qu'il n'est guère
vraisemblable que ledict sieur comte de Guiche eust eu besoing dudict marquis de Vuardes pour trouver ung homme pour porter ung pacquet, la condition de ses charges luy fournissant l'occasion d'en pouvoir choisir, que si ledict sieur comte de Guiche luy en eust demandé nng pour une chose que ledict marquis de Vuardes eust crue indifférente, il ne luy eust pns donné le vallet de Gourville qui estoit prest à sortir de la ville, et si ledict comte de Guiche luy eust faict cognoistre la cause que c'estoit pour une galanterie il avoist besoin d'ung homme qui pust ne plus paroistre à la Cour, il n'auroit pas eu besoing de lui venir descouvrir son secret quand la lettre espagnolle esclatta, pour l'obliger à l'en faire esloigner.
Quand ledict sieur de Besons aura parachevé ledict interrogatoire et qu'il l'aura faict signer et parapher par ledict sieur de Vuardes et qu'il en aura faict autant de sa part, il fera un paquet de la minutte d'icelluyet de la présente instruction sans en retenir aulcunes coppies ny mémoires, le fermera le plus exactement qu'il pourra et les deslivrera au courrier qui luy aura rendu pour l'apporter à Sa Majesté, observant que personne, de quelque condition qu'elle soit, ne puisse rien pénétrer de ce qu'il aura traitté avec ledict marquis de Vuardes ny de ce que contient ladicte instruction, Sa Majesté ayant fort à cœur que cette affaire là demeure secrette et qu'il n'en soit rien sceu par qui que ce soit crue ce qu'il plaira à Sa Majesté d'en dire. Aussy aura-t-elle en
grande considération le service que ledict sieur de Besons luy rendera en ce rencontre et elle lui fera cognoistre le gré qu'elle lui en scaura quand il y aura occasion de faire quelque chose pour son advantage.
Faict à Paris, le 27 mars 1665.