Archives de la Guerre, vol. l'JO, fol. 3'i
vous dire la vérité, me tenaient beaucoup plus au cœur que de vous satisfaire.
Je ne répondrai point aux lettres que j'ai reçues de vous, elles sont si pleines d'impertinences qu'elles ne le méritent pas. Je me réjouis pour votre salut de ce que l'on vous a tiré du lieu où vous étiez, parce que l'absence en ce monde guérit bien des choses. Le bienheureux Marcilly, que Dieu a appelé à une meilleure vie depuis quinze jours seulement, m'a chargé de vous faire un chapitre sur vos débordements passés, desquels il dit qu'il a bonne connaissance. Je satisfais à l'ordre de sa béatitude et, afin que vous ne vous en scandalisiez pas, je veux bien vous donner part d'une proposition qu'il m'a faite qui était d'abandonner les affaires de ce bas monde pour ne plus songer qu'à celles de celui qu'on nous promet. Comme mon heure n'était pas encore venue, je me suis abstenu de suivre ses bons avis et me suis résolu de continuer à chercher à vous rendre mes services comme j'ai fait par le passé.
Je ne peux vous rien répondre de positif sur la proposition que vous faites au roi de vous envoyer cinquante ou soixante cavaliers, parce que Sa Majesté ne s'est pas encore bien déterminée, qu'elle me paraît néanmoins dans tous les bons desseins que vous pourrez désirer et vous donner satisfaction sur ce chapitre. Je ferai, suivant ma coutume, tout ce que je pourrai pour vous desservir.
Et cependant je demeure tout à vous.
Depuis ma lettre écrite, le roi a résolu de foire avoir ici cinquante maîtres pour, avec cent cinquante que vous trouverez invention d'avoir au pays où vous êtes, faire les deux cens dont votre compagnie doit être composée. Je suis chargé de la livrée de ces cinquante maîtres là. Je vous réponds qu'ils feront honte à tous ceux que vous aurez, quelque soin que vous y puissiez prendre.
Pour le payement complet, vous m'en excuserez. s'il vous plaît, ce n'est pas que je n'ai eu envie de vous procurer cet avantage, mais comme je ne fais rien sans le dire à mon maître, j'ai eu le déplaisir de savoir que, venant de vous envoyer douze mille livres de présent, vous n'avez pas besoin d'autres sommes1.
Saint-Germain en Laye, 7 février 1666.
Je ne m'étonne point des reproches que vous me faites sur le long temps que je vous ai écrit. Comme j'ai le tort en ce rencontre, je souffre patiemment vos reproches et je suis en disposition de me corriger autant que les affaires du maître me le permettront. Je me réjouis avec vous de la bonne occasion que vous avez eue de tromper le public, en défaisant le colonel Carpe. Ceux qui ne vous connaissaient pas vous croiraient brave en lisant les relations qui en viennent. Pour moi qui vous connais plus particulièrement, je vous crois