‹ De La Vallière à MontespanChapitre 6 sur 60 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

. . . Monsieur de La Vallière, Marquis de vertu singulière Et frère d'une illustre sœur,

Est fort bien auprès de son roi.

(Loret, Muse historique, 1663.)

Une anecdote du xvme siècle représente de façon assez romanesque l'origine de la fortune du marquis de La Vallière : « Madame de La Yallière, rapporte le marquis d'Argenson, était si modeste et si peu ambitieuse qu'elle n'avait jamais dit au roi qu'elle eût un frère, à plus forte raison n'avaitelle jamais rien demandé pour lui. Il était encore jeune et avait fait sa première campagne parmi

les cadets de la maison du roi. Louis XIV, faisanl Esa revue, s'aperçut que sa maîtresse souriait amicalement à un jeune homme qui, de son coté, l'avait -aluée d'un air de connaissance. Le soir même, le monarque demanda d'un ton sévère et irrité quel était ce jeune homme. Elle se troubla d'abord, puis enfin répondit que c'était son frère. Le roi, s'en étant assuré, fit des grâces distinguées à ce jeune gentilhomme, qui fut père du premier duc de La Yallière, dont la veuve et le fils vivent encore !. »

L'anecdote est jolie. Dommage qu'il n'y ait là qu'un conte. Aussi bien que les détails qui concernent la carrière militaire de M. de La Yallière. la jalousie du roi et son ignorance sont de pure invention. Tous les contemporains ont remarqué à quel point le seul souci de mademoiselle de La Yallière était de plaire au roi, et comment, concentra' dans cette passion, elle délaissait jusqu'aux compagnons de son enfance. « Le roi, dit son ancien camarade de jeu, l'abbé de Choisy, n'exigeait point d'elle cette retraite; il n'était pas fait

1. Les Loisirs d'un ministre ou Essais dans le goût de ceux de Montaigne, par le marquis d Argenson, t. II, p. 195.

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à être jaloux et encore moins à être trompé. » Il n'est pas plus admissible qu'il ignorât la famille et la parenté de son amante. Quand même elle ne lui en eût rien dit, il devait en être informé. Depuis longtemps, en effet, à l'époque où se rapporte l'anecdote contée par le marquis d'Argenson, le petit marquis de La Vallière était répandu dans ce monde de la Cour qui n'était pas si nombreux qu'un roi ne dût le connaître par le menu, surtout un roi tel que Louis XIY, aussi parfaitement pourvu de toutes les vertus de sa fonction.

Né à Tours, le 3 janvier 1642, Jean-François de La Baulme Le Blanc, futur marquis de La Vallière, était issu de Laurent de La Baulme Le Blanc et de dame Françoise Le Prévost de La Coutelaye, c'est-à-dire sinon de la plus haute aristocratie du royaume, du moins de noblesse tourangelle ancienne et justement estimée. Nous ne savons rien de sa première enfance. C'est après la mort de son père, au moment où sa mère venait de se remarier à Jacques de Courtarvel, premier maître d'hôtel de Gaston d'Orléans, que nous trouvons la première mention de son nom dans la Gazette de Loret.

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