‹ De La Vallière à MontespanChapitre 9 sur 60 · Chiffre en blanc · texte numérisé non relu

Chiffre en blanc

livres d'amende el de percevoir pour le droit de contrôle cinq sols par chaque perruque ».

Nous arrêterons ici celle énumération, peutêtre fastidieuse, en dépit «les ressources d'imagination qu'elle révèle chez un aussi incomparable solliciteur. Michel Tallegrand quitta plus tard le service de madame de La Vallière pour celui de la princesse palatine, duchesse d'Orléans. Il lit la différence de la longanimité entre ses deux protectrices. Pour qui recherche les causes de l'isolement croissant de madame de La Vallière, et de l'indifférence banalement bienveillante qui l'entoure, de telles pratiques chez ses domestiques ne doivent pas être négligées.

Sans doute, toutes ces demandes n'étaienl point satisfaites. La mention « néant » s'y trouve plus souvent accolée que celle de « envoyé au Conseil » ou «expédié». D'une manière générale — et ceci est l'éloge de l'administrai ion de Louis XIV — les confiscations de biens étaient pins facilement accordées; c'élait pour le Trésor une petite perle. qui n'engageait point l'avenir. An contraire, les demandes en constitution de privilèges rencontraient plus d'opposition, el ce furent celles-là

sans nul doute qui soulevèrent le plus d'animosité vis-à-vis de la trop indulgente favorite. Non seulement de telles créations avaient l'inconvénient de peser plus ou moins directement sur le royaume et par suite sur les recettes générales, mais elles lésaient immédiatement une foule d'intérêts. Si ceux des petites gens étaient peutêtre moins sensibles dans l'entourage de Louis XIV (encore un Colbert était-il incapable de les négliger), il y avait d'autres entreprises où étaient intéressés les plus grands personnages. Le monopole des déchargements aux portes de Paris, celui du transport de ville à ville étaient des bénéfices considérables. Nous avons vu l'importance énorme du privilège accordé d'un seul trait de plume au marquis de La Yallière. Les sollicitations réitérées des protégés de la duchesse n'avaient donc pas seulement l'inconvénient de fatiguer la bienveillance du roi et de ses ministres; outre le peuple entier des solliciteurs, c'està-dire presque toute la Cour, elles devaient indisposer particulièrement tous ceux dont les intérêts pouvaient se trouver compromis par l'octroi de telle grâce sollicitée. Pour ne citer qu'un exemple

et non des moindres, Michel Tallegrand, en demandanl le privilège des transports de Lyon à Grenoble, se trouva porter le plus sérieux préjudice à Louvois, fermier des chevaux de louage en la région, el le ministre dut écrire à Golbert pour le « supplier très humblémenl «le ne rien faire en faveur dudit Tallegrand au préjudice de ses intél'èls ». Or, malgré ces instances, i! appert par un document postérieur que, dans une certaine mesure, Tallegrand eut gain de cause et qu'une transaction intervint entre les deux parties.

De petits faits de ce genre expliquent mieux que des considérations générales le peu d'appui réel que rencontra madame de La Vâllière au moment OÙ sa fortune semblait au pinacle. Dénuée de l'esprit d'intrigue, incapable de se créer des amitiés puissantes, elle n'eut pas même l'art de ménager celles qui lui étaient naturellement acquises. G'esl au moment où l'amour de Louis XIV s'était déjà détaché d'elle qu'elle tolérait que les importunités d'un Tallegrand, sans parlée de celles <\u

marquis de La Vâllière, irritassent l'impatience du roi, achevassent de lui aliéner la bienveillance de ses ministres. Elle eut le malheur de

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réunir contre elle l'hostilité de tous les ambitieux désireux de la supplanter et celui de mécontenter en même temps les plus fidèles serviteurs du roi eux-mêmes. La disgrâce est inévitable à celle qui, dans la périlleuse situation de maîtresse royale, sait si peu ménager les hommes et tenir compte des événements. Celle de La Vallière dans le cœur de Louis XIV fut antérieure aux faveurs officielles qui semblaient souligner son triomphe. L'incomparable beauté et l'esprit éclatant de Françoise de Rochechouart, marquise de Montespan, étaient les appoints tout puissants qui amenèrent à son terme l'évolution dès longtemps commencée du caractère du roi.

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