‹ De la vanité des institutions fondées par le sophismeChapitre 14 sur 42 · La garde mobile · texte numérisé non relu

La garde mobile

3. Le lecteur ne doit pas outiller que ceci était écrit il y a lAus de vingt ans. — Note de CÉditeur,

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été sensiblement interrompu sous sa direction ; et s’il en a souvent négligé les détails par insouciance ou par paresse, il en a toujours saisi l’ensemble avec sagacité, et dominé la marche sans affectation et sans pédantisme. Son travail était facile et lucide, qualité assez rare pour le placer au-dessus de tant de médiocrités qui croient manifester leur aptitude en bouleversant tout autour d’elles.

Moins dogmatique que son éminent compétiteur, il est resté plus naïvement démocrate ; s’il eut moins de scrupule, il eut aussi moins d’hypocrisie. Il a partagé avecM. Guizot l’honneur de conduire le char de l’Etat; et s’il eut moins de circonspection, il eut plus de dextérité \ Ces deux colonnes de l’établissement de Juillet ont concouru également à le soutenir et à le renverser, l’un en lui conseillant plus d’arbitraire qu’il n’en pouvait supporter, l’autre en lui inspirant plus de témérité que sa nature pacifique et prudente n’était capable d’en ressentir. Si l’énergique effort de Casimir Périer l’avait arraché aux étreintes de la démagogie, ses deux successeurs l’ont énervé, à l’envi l’un de l’autre, pour le rendre plus souple : mais ballotté comme un jouet entre ces deux volontés rivales qui le neutralisaient en se l’arrachant tour k tour, il ne pouvait se soutenir éternellement dans ce va-et-vient sans relâche. La gravité un peu gourmée de l’un des joueurs devait être mise en défaut par la souplesse plus alerte de son partenaire, et une fois la balle tombée hors de leur portée, il n’y avait

1. La façon dont il s'y prit poiu’ escamoter le vote de ses amis eu faveur des fortiücalions do Paris et des fort» détaché», surpasse tout ce qu’a fait M. Guizot pour faire croire à sou adresse dans la uégociatiou des mariages espagnols.

pas de bras assez agile pour la relever; car tous les autres ministres n’ont été que de simples comparses, sans en excepter les Broglie et les Molé. Et t[uant à la galerie qui jugeait les coups, elle était plus fatiguée qu’intéressée par ce spectacle mesquin de deux jouteurs épuisés soutenant, chacun d’une main débile, la couronne flottante au sommet de la tcte de Louis-Philippe. On attendait qu’elle en tombât pour saluer leur maladresse d’un hourrali universel.

Nous ne faisons pas un reproche à M. Thiers d’avoir brusqué ce dénouement. Il ne pouvait pas plus se contenter d’une autorité inerte que d’une démocratie fictive. Après avoir vainement essayé d’inspirer au pouvoir un peu d’énergie, il crut plus aisé de le renverser que de le soutenir; et, persuadé que pour le rajeunir il fallait le changer de main, il espéra que son intelligence serait mieux appréciée d’un souverain qu’il aurait intronisé lui-même que d’un vieillard rusé qui se jouait de lui. Mais s’il prit ses précautions, il calcula sans la Providence qu’il n’avait invoquée qu’une fois â la tribune et qui se rit de toute rhal)ileté des esprits déliés comme des plus audacieux et des plus faux.

§ .‘b DE l’dISTOIRE DU CONSULAT ET DE l’eMPIRE

Le succès réel, bien que de mauvais aloi, de Vllistoire de la Révolution, a préparé et beaucoup aidé celui de rilistoii'e du Consulat et de V Empire. Ce dernier ouvrage est d’un style plus grave et plus littéraire. L’auteur a certainement mérité sous ce rappport la louange, sinon Fenthousiasme, de ses nombreux souscripteurs;

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mais sous ce rapport seulement, car il n’est ni critique consciencieux ni curieux appréciateur des faits et des bulletins, non moins officieux qu’officiels dont il s’est fait l’écho trop fidèle et le garant un peu servile. Cette amplification constamment admirative peut bien en imposer au bourgeois fier d’être Français quand il regarde la colonne; mais dans un siècle où l’on n’est pas généralement disposé à croire sur parole les organes de tant d’opinions diverses, il y a des amis de la vérité fort sceptiques sur la sincérité de ses prétendus et non moins prétentieux interprètes.

M. Thiers a trop compté sur l’autorité des documents qu’il a reçus des archives et des chancelleries dont sa propre autorité disposait arbitrairement. Il s’est même tellement enivré de ces succès prestigieux et de ces plans stratégiques toujours enflés par les trompettes qu’embouche le triomphateur ou rectifiés après la victoire, qu’il se transforme en général d’armée et en tacticien infaillible, modifiant toutes les manœuvres, avertissant des fautes qu’il aurait prévenues et donnant des leçons aux plus habiles.

Cette prétention un peu ridicule est peut-être naturelle à l’esprit aventureux du ministre éclos en 1830 sous l’incubation d’un j ournal ultra-démocrate ; mais l’homme d’Ëtat n’a pas changé les allures du feuilletonniste à quarante francs la page ; et sa véracité ne s’inquiète ni des contradictions qu’il dédaigne ni des démentis qu’il provoque.

Nous avons accompagné au bureau du Moniteiu' de t Ar^née un de nos amis qui se plaignait du mauvais accueil fait par l’iiistorien à la demande d’une rectification au récit infidèle d’un engagement où l’on confondait

les faits, les noms des corps et des individus qui avaient figuré dans cette affaire. Le directeur reconnut et accueillit la justesse des observations; il promit de leur donner la satisfaction qui leur était due par la publicité d’une insertion dans son journal dont l’autorité consacrerait la véracité. Mais il ajouta, à notre grande surprise, que plus de cent réclamations non moins fondées que la sienne avaient précédé celle du colonel, et qu’il fallait se résigner à attendre son tour.

Ainsi il demeura bien prouvé que, disciple de l’abbé Vertot, M. Thiers répondait à toutes les demandes de rectification que son siège était fait. Tant pis pour la vérité : elle a toujours le tort d^’arriver trop tard, tandis que le mensonge a tout le temps de se propager et de prendre sa place légalement, en vertu de la doctrine moderne sur les faits accomplis, droit aussi incontestable que celui de la force.

Il restera à l’auteur philosophe et démocrate la consolation de dire qu’il a beaucoup de lecteurs et qu’il se moque de la vérité.

Alexandre eut pour historien un courtisan un peu suspect de servile exagération : Napoléon, cet autre Alexandre, avait bien le droit d’avoir mieux que son Quinle-Gurce.

lll. — Le Mémorial de Sainte-Hélène

Le but de nos investigations n’est pas d’entrer dans l’explication des épisodes plus ou moins curieux qui ont signalé la restauration de la monarchie héréditaire, mais de découvrir les causes qui ont pu j^réparer sa chute. La publication des Mémoires de M. de Las Cases, et*

LE MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈRE

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