‹ De la vanité des institutions fondées par le sophismeChapitre 19 sur 42 · Mémoù^es tirés des papiers d'un homme d'Ètatj tome VIIL · texte numérisé non relu

Mémoù^es tirés des papiers d'un homme d'Ètatj tome VIIL

LE MÉMORIAL DE SAlETE-HÉLÈNE

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qui une semblable insinuation avait été faite naguère, et qui, non content de repousser avec indignation les offres de service de cet émissaire, le déféra au magistrat de Vienne, du(juel le coupable n’obtint sa grâce qu’en s’avouant agent de la police française b

Bonaparte n’a jamais cherché à se disculper de cet assassinat. La stupeur des officiers convoqués pour le revêtir d’une légalité dérisoire fut seule complice de leur obéissance, et il en est que ni les faveurs ni la retraite n’ont consolé d’avoir forfait à l’honneur et à la conscience. Plusieurs personnages célèbres ont reçu une flétrissure indélébile du soupçon seul d’avoir trempé dans cette iniquité. Les justifications disséminées dans les écrits de Talleyrand et de Gaulaincourt, de Murat et de Savary, prouvent trop de pusillanimité et de honte pour que leur coopération ait à se reprocher ni participation volontaire ni initiative. Nous avons ouï d’anciens conventionnels s’en réjouir, mais non pas se vanter de l’avoir conseillé. Napoléon lui-mème n’aborde jamais ce triste sujet qu’avec répugnance dans ses conversations avec M. de Las Cases; s’il lui arrive de dire qu’il n’agirait pas différemment dans les mômes circonstances données, c’est du ton d’un accusé convaincu, qui, perdant l’espoir de tromper ses juges, se fait gloire de plus de crimes qu’il n’en a nié.

L’empereur s’est toujours tenu dans une réserve plus absolue sur la mort de Pichegru et du capitaine Wright. Du moins il avait intérêt à la disparition de ces

1. Mé?7iol7'es tirés des papiers d'un homme d'État. — M. de Hauterive a trouvé dans les archives du ministère des affaires étrangères un trait analogue de Louis XIV, qui bannit de sa présence le courtisan assez osé pour lui i:>roposer d’enlever reinjiereur Léopold qui lui faisait la

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deux captifs; mais comment admettre, chez celui que l’inutilité du meurtre du duc d’Enghien n’a pas arrêté, l’ombre même d’hésitation à se délivrer d’un révélateur redoutable et d’un irréconciliable ennemi? Tous deux étaient à sa merci, sans qu’il y eût de territoire étranger profaner ni d’hospitalité à violer; le suicide était d’ailleurs un expédient que l’incrédulité la plus robuste n’aurait pas le droit de contester.

D’étranges mystères enveloppaient la conspiration de Georges, dont la police tenait tous les fils et connaissait mieux les secrets que les conjurés eux-mêmes. Le capitaine Wright avait été conduit devant Bonaparte à son premier voyage à Paris ; il en avait reçu des encouragements et des éloges, et certaines confidences relativement aux émigrés et aux royalistes réfugiés à Londres qui se proposaient de venir attendre à Paris les changements médités par le premier consul pour faire jouir enfin tous les Français d’une sécurité et d’une réconciliation qu’un gouvernement stable et énergique pouvait seul leur inspirer. Il n’ignorait pas les démarches faites par les amis de Pichegru et de Moreau pour rapprocher ces deux généraux, les plus illustres que la République eût révélés, et laissait entendre qu’il n’était pas éloigné lui-même de donner l’exemple d’un oubli généreux du passé et d’une union dont il serait le garant.

Ces ouvertures n’étaient peut-être pas dépourvues de sincérité, car il ne pouvait échapper à cette haute intelligence qu’en imposant ses bienfaits à ceux que les événements avaient faits ses rivaux et ses ennemis, il faisait acte de supériorité, et qu’il n’y avait pas do consécration plus solennelle que l’apaisement de toutes

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les dissidences et le rappel de tous les proscrits, pour célébrer son avènement.

Mais aucune séduction n’est possible sur ceux qui se dévouent par devoir. Il avait déjà trouvé Georges insensible à ses promesses, sourd à tous ses raisonnements. Pichegru avait de plus pour le conquérant de l’Italie une répulsion toute personnelle qu’il ne savait pas dissimuler. Aussi Bonaparte put-il bientôt se convaincre que s’il se déterminait à se rapprocher du général Moreau, c’était en vue de contrarier les projets de celui qu’il qualifiait d’usurpateur, critiquant avec amertume les intrigues auxquelles il attribuait ses succès, et les bulletins qui en dissimulaient la véritable source. Il fit dès lors épier tous ses pas*, et parvint sans peine à connaître toutes ses pensées. Lorsqu’on l’eut décidé à une entrevue avec Moreau, on résolut de donner à son voyage mystérieux toutes les apparences d’une vaste conjuration, en le faisant coïncider avec celui qui fut suggéré, par les mêmes instigateurs, à quelques familiers de la cour d’Hartwel; on engagea en môme temps le général Cadoudal à se réunir à Paris au général Picbegru (qu’on eut soin de ne pas informer de cette rencontre), et de s’y faire accompagner par les chouans les plus déterminés- de son ancienne armée.

Seuls les acteurs de ce drame ignoraient eux-mêmes ce qu’ils étaient venus faire à Paris; il n’y a pas lieu de

1. Deux agents très actifs ont été les instigateurs et les révélateurs de cette i3réteudue conspiration : run, se donnantpour un transfuge de la Révolution, était ]\Iéhée de la Touche; l'autre, Tami et l’obligé de Picliegru, se nommait JoUclerc. Nous aurions de singuliers détails à fournir sur sa trahison ; ses r^pi^orts secrets avec rem]>ereur et ses démarches près de nous pour surprendre notre discrétion, lorsqu’il était commissaire- général de police h Gènes et à Bordeaux.

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s’étonner si, tandis que quelques-uns prenaient sur eux de méditer un attentat isolé, tout l’appareil d’une procédure criminelle ne pouvait parvenir à formuler contre les autres une accusation précise et sérieuse. Comme dans tous les procès politiques l’échafaud reçut sa proie accoutumée; le défaut de preuves suffisantes n’ébranla pas la conviction des juges. La légalité, toujours respectable, ajouta vingt coupables de fidélité aux listes des t r i b U n a U X r é V 0 1 U t i O n n a i r e s .

Mais par une singulière fatalité les deux accusés prin-* cipaux n’ont pas comparu devant la justice. L’un était le témoin irrécusalile, l’autre l’âme du complot. La déposition du capitaine Wright eût été trop intelligible peutêtre ! Anglais, étranger aux partis qui divisaient la France, la vérité eût été dans sa bouche une arme redoutable contre une accusation qu’elle eût convaincue de fiction. Illégalement emprisonné, il ne pouvait être ni jugé ni rendu. La prudence et la politique le condamnaient au silence c’est-à-dire à la mort. L’opportunité de son suicide ne peut donc être méconnue \

Celui de Picbegru n’était pas moins motivé par l’embarras de la situation qu’on lui avait faite. Si les confidences du Mémorial de Sainte-Hélène étaient plus complètes, on saurait peut-être pourquoi Napoléon lui avait voué une haine implacable^ pourquoi il fut seul excepté des déportés de fructidor que le premier consul s’empressa de rendre à leur*patrie, pourquoi enfin celui-ci exigea du cabinet de Berlin son extradition avec menaces au moment même où il venait d’arriver en Prusse, et s’emporta avec si peu de discrétion lorsqu’on lui raconta

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