Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Etat, tome VIII
LE MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE
que, sur un avis secret du baron de Schuman, la reine de Prusse elle-même avait protégé ouvertement la retraite de l’illustre proscrite
Pichegru était le dernier homme à qui l’on pùt, avec quelque vraisemblance, imputer un suicide. Au jugement de tous ceux qui l’ont connu, sa constance et son énergie étaient à l’épreuve du malheur; et ce n’est pas au moment où les débats d’un procès public lui olfraient une si belle occasion de glorifier sa vie, qu’il aurait manqué de courage. « Certes, écrivait l’envoyé de Prusse, ce général que Yotre Excellence a connu si loyal, si dévoué, si désintéressé, si plein d’honneur, ne s’est point donné la mort. Il soignait les blessures qu’il avait reçues en se débattant, afin de ne rien perdre de ses forces physiques, car U avait cV imj^ortants secrets à révéler. D’ailleurs pouvait-il n’ètre pas absous? illégalement proscrit, sa rentrée n’était passible d’aucune peine; et quant au complot ‘dont il était accusé, il n’avait pas eu de commencement d’exécution, et les instigations de la police en France et on Angleterre pour arranger ce complot, étaient plus prouvées que le complot lui-même ».
Nous nous appesantissons sur ces faits dénaturés par l’auteur du Mémorial parce qu’ils ont jeté leur ombre sur tout le règne impérial; ils ont voué Napoléon à une vie de défiance et de partialité qui, en comprimant l’essor de son génie, le livra aux suggestions d’une police soupçonneuse, et le réduisit à chercher dans les jeux sanglants de la guerre la seule distraction qui pût temnérer ses anxiétés et ses regrets.
1. Mémoires tirés des papiers d'iin homme (VhJtat, loine VIII, pages et suivantes.