DES BOURSES
De tous les abus cjue riiistmctioii publique a répandus dans la nouvelle société française le plus criant, le plus insolent et le moins justifiable est celui des bourses, Quand Bonaparte les institua, il avait évidemment en vue d’octroyer aux fils des soldats dont il méditait de faire des patriciens l’éducation qui manquait à leurs pères, et de les préparer à figurer dans sa cour et dans ses emplois comme de véritables gentilshommes. Pour faire oublier des noms qui rappelaient une trop basse origine ou des flétrissures trop récentes, ce n’était pas assez de les orner de titres et de décorations, il fallait encore rendre ceux qui étaient destinés à les relever capables d’en répudier le souvenir par leur distinction personnelle. C’était une pensée toute politique à laquelle les résultats auraient peut-être donné plus d’un démenti, car la conscience pu])Ii([ue se révolte contre les surprises qu’on voudrait lui faire, et la hauteur naturelle aux parvenus aurait infailliblement provo([ué des révélations offensantes, toujours accueillies parla malignité publique. Quoi qu’il en soit, l’institution reposant sur une conception clairement indi(fuée, elle aurait dù dispa raître.avec la pensée qui l’avait inspirée.
Elle a cependant survécu à sa raison d’ètre, et la pro digalité des bourses gratuites s’est accrue bien au delà des limites que lui aurait assignées un but déterminé. Seulement elle ne s’appuie plus que du prétexte assez vague, mais élastique, de venir en aide aux serviteurs de l’État, dont les ressources ne suffiraient pas aux frais d’éducation de leurs enfants.
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Toutefois cette sollicitude ne serait pas une fiction dérisoire dont la pratique se raille impunément, qu’elle n’en serait ni plus justifiable ni plus légitime. Le prix des services est réglé par les lois, supporté par l’Ëtat, sans préjudice ni surcharge d’aucun intérêt priA'^é. Si ces services sont assez éminents pour devenir l’objet d’une faveur spéciale, il y est pourvu par une loi, et la famille tout entière participe alors au bienfait; car il s’agit bien plus de fournir à ses besoins que de gratifier l’un de ses membres d’une éducation libérale ; don inutile et funeste quand U est isolé et qui, au milieu d’un ordre social où la croyance universelle dans l’individualisme domine le droit commun, n’est qu’une contradiction et une illégalité.
Les bourses gratuites ont-elles en effet le caractère de justice et de prévoyance qui doit présider aux libéralités faites au nom de l’État? Oserait-on bien dire qu’elles sont en fait la récompense exclusive des services réels ou du mérite indigent? Qui donc ignore qu’elles sont la proie des solliciteurs parasites et la monnaie des influences subalternes? Ne sont-elles pas devenues l’appoint d’un vote parlementaire ou le prix d’une voix d’électeur ? Leur répartition n’est-elle pas à la discrétion des commis? Ne pourrait-on pas citer d’opulents financiers et de hauts fonctionnaires qui imposent à l’Llat les frais d’éducation qu’apparemment ils ne donneraient pas à leurs riches héritiers? Les collèges royaux enfin ne sont-ils jias remplis de boursiers issus d’honnêtes industriels et de bourgeois patriotes, dont tous les états de services se résument dans un billet de garde à la mairie de leur arrondissement?
Pas une de ces l^ourses peut-être ne répond à la
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pensée qui les institua. Mais fussent-elles distribuées avec discernement, elles n’en seraient pas moins une injustice pour ceux qui n’y participent pas. Au mépris de l’égalité si nettement formulée dans la loi, les familles qui subissent la rétribution universitaire acquittent un double tribut, et pour elles-mêmes, et pour celles qui en sont affranchies. \ a-t-il quelque raison pour que le contribuable, qui paye un enseignement dont il n’use pas toujours pour lui-même, paye encore pour son voisin qui n’a pas plus de titres que lui à cette faveur? N’estce pas un vol qu’on lui fait?
Si l’Etat doit des écoles élémentaires à tous, il ne doit les frais d’éducation ni l’instruction supérieure à personne. Toute sa prérogative consiste à protéger l’enseignement public, et à donner des encouragements aux sciences, aux lettres et aux arts. Une participation plus directe n’est (ju’une porte ouverte au privilège, à l’arbitraire et à l’injustice.
La société n’a pas tardé à porter la peine de l’imprévoyance du gouvernement dans la distribution des bourses gratuites. Ce sont elles qui pourvoient à ces recrues perpétuelles d’enfants perdus pour qui les succès de collège n’ont été qu’un leurre et une déception; leur ambition dédaigne les professions obscures, et ils usent leur vie à se faire la place qu’on leur refuse après les avoir autorisés à l’espérer. Mécontents à bon droit, et perturbateurs obligés, ils écrivent parce qu’ils ne sont propres à aucun métier, et conspirent parce qu’ils n’ont de ressource et d’émulation que dans les révolutions. Ceux qu’ils attaquent ont-ils le droit d’incriminer des agresseurs qui ne font qu’imiter leur exemple, et eux-mêmes ne sont-ils pas parvenus à la faveur des
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troubles qu’ils ont suscités ou dont ils se sont prévalus ?
Pendant la Restauration les boursiers étaient les seuls pensionnaires des collèges officiels ; et ceux-ci n’auraient pas eu plus d’externes, si l’on n’avait pas pris la précaution d’interdire aux établissements libres d’en recevoir. Ra répugnance des familles était telle pour cet enseignement, que partout où s’élevait un pensionnat en dehors de sa juridiction, on y affluait de toutes parts. On eut beau confier quelques directions à de vénérables ]^rêtres, on ne put réussir à leur concilier la faveur publique. Une défiance involontaire, mais instinctive, en éloignait surtout les populations religieuses.
Le contact des boursiers privilégiés contribuait aussi à leur aliéner quelques personnes moins prévenues, parce qu’elles supposaient aisément que les professeurs auraient plus de prédilection pour ces protégés de l’administration, comme eux relevant d’elle, et cosmopolites comme eux. L’affection maternelle enfin s’en alarmait, en réfléchissant à l’indifférence des parents qui avaient, dans un sordide intérêt, exilé si loin d’eux leurs enfants livrés à toutes les séductions contagieuses auxquelles les exposait leur isolement.
Si l’instruction que dispense l’üniversité est réellement supérieure, qu’a-t-elle l>esoin de subsides et de l)Oursiers? La libre concurrence ferait d’autant plus ressortir ses avantages; et ses collèges suffiraient bientôt à leurs dépenses, même en modérant le prix de leurs pensions. Le monopole et le tribut lui sont également injurieux, et les bourses y entretiennent une sorte de jalousie et de corruption. S’y opiniâtrer est un signe de dépravation ou un aveu d’impuissance ; car ces privilèges sont odieux sans être utiles, et il serait aussi moral qu’éco-
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nomiqiie d’y renoncer. Les bourses communales et départementales ne sont pas plus fondées en raison que. les autres, et les résultats des concours pas moins suspects que les faveurs de l’arbitraire et de la corruption.
Autrefois l’instruction était abondante et à la portée ,de tout le monde. Elle coûtait peu, et se donnait avec une prodigalité rivale par les congrégations religieuses et les universités laïques. Lorsqu’on y faisait participer l’enfant du pauvre, on lui ouvrait en même temps une carrière, dans laquelle il était assuré de vivre et qu’il pouvait honorer sans se dépraver. Aujourd’hui l’éducation est négligée et incomplète, dispendieuse et pleine d’entraves, concentrée comme toutes les parties de l’administration publique, et à peu près inaccessible aux classes qui ne participent pas à l’aJ)us des bourses. Mais ce qui rend cet abaissement vraiment digne do pitié, c’est de le voir se proclamer le produit do la liberté et du progrès.
^ § 5. DE l’Éducation religieuse
Elle est encore formulée dans les programmes que publie l’autorité publique; mais la pure vérité, c’est qu’elle est bannie par le fait do tout le domaine intellectuel qu’exploite l’enseignement moderne. La mention honorable que l’on continue d’en faire dans les grandes solennités est une vraie dérision, et les hommages qu’on lui rend extérieurement, une hypocrisie. Tant que le préjugé qui a exclu le sacerdoce de sa plus évidente et plus intime vocation n’aura pas été vaincu, Téducation sera privée du véritable esprit qui la féconde et des [>remières conditions du progrès.
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DE L'UNIVERSITÉ
Quand Napoléon fonda son université, il voulut arracher sa dernière conquête à l’anarchie qui avait envahi toutes les institutions du pays. Le restaurateur du culte n’entendait pas rendre son bienfait stérile, en écartant l’enfance du sein maternel de la religion. Le choix qu’il fit des premiers conseillers du grand maître prouverait, s’il en était besoin, que sa pensée embrassait dans leur ensemble toutes les conditions de la réparation morale qu’il avait résolu d’accorder à la France rayée par la Révolution de la liste des nations civilisées. Sans doute il méditait de tout subordonner aux exigences de son despotisme militaire, mais on ne l’accusera pas d’avoir régné sans intelligence et sans gloire; sans doute il abusa de sa puissance, mais on ne peut- méconnaître qu’il l’avait acquise par les procédés qui la font respecter des peuples, en rendant la France déchue au sentiment de la justice et de l’empire des lois.
De plus, s’il ploya ses libérales institutions aux besoins impérieux de sa politique ambitieuse, il n’altéra jamais l’esprit civilisateur dans lequel il les avait conçues ; et il se réservait évidemment de leur donner tout leur développement lorsqu’il en aurait fini avec l’Europe.
L’obstacle devait donc disparaître avec la cause, et lorsque l’empire lui-même fut renversé, l’éducation publique aurait dû reprendre naturellement sa tendance avant tout religieuse ; d’autant plus que la charte octroyée par Louis XVIII substituait à la pression commandée par le régime militaire une liberté qui devait s’étendre à toutes les parties de l’administration publique. Malheureusement le génie organisateur qui avait tiré la France de l’abîme des révolutions n’était plus celui qui
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présidait à ses destinées. Le mouvement s’opéra sans direction intelligente et sans ensemble. Tandis que d’une part la démocratie couvait du regard les concessions prématurées de la royauté, afin de les dénaturer par une alliance adultère; de l'autre les déshérités du despotisme impérial se raidissaient contre la destinée qu’ils s’étaient faite, et s’en prenaient, avec plus de passion que de justice, à la Restauration.
L’Université profita de cette complicité pour se fortifier dans son monopole, et prétexta, pour se tenir sur la défensive, la concurrence dont elle était menacée par le clergé. Il lui suffit de se donner comme une digne nécessaire aux empiétements supposés de cet ordre encore vénéré, pour rallier à elle tous les ennemis du culte catholique, les encyclopédistes et les révolutionnaires en tête des sectes dissidentes. Elle commença donc par l’accuser, avant qu’il eût le temps de se reconnaître dans le tumulte d’un changement qu’il n’avait ni désiré ni prévu ; elle réussit au delà de toute espérance, et, retranchée derrière ses privilèges, elle déclara (ju’elle les défendrait contre toute rivalité qui prétendrait les entamer, ou seulement les partager. Le silence del’autorité lui tint lieu d’adhésion : ainsi commença cette usurpation contre laquelle les familles et le clergé ont eu à lutter pendant toute la durée de la Restauration
Avant de descendre dans cette arène où la liberté religieuse eut à combattre, seule et désarmée, contre toutes les forces réunies de l’impiété, de l’intérêt et de l’autorité publique elle-même, il n’est pas hors do propos de faire ici une observation. Longtemps l’Eglise a eu la direction exclusive des études, et jamais elle n’y a porté un esprit de despotisme et d’étroite in-
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tolérance; c’est au contraire cet esprit qui a signalé le règne des philosophes; on les a vus s^emparer de renseignement pour fonder dans TUniversité, dont ils ont occupé toutes les chaires, non pas un temple et des autels, mais une citadelle et une armée à l’incrédulité. Ils ont pu sous un tel abri insulter impunément à toutes les croyances, imposer leurs propres doctrines et interdire à leurs adversaires le droit même de la défense, se réservant pour eux seuls le privilège du professorat et le contrôle de tous les collèges.
C’est cependant sous les auspices du clergé qu’avaient été formés tous les philosophes, tous les démocrates et tous les novateurs qui lui refusent sa part d’une liberté dont ils abusent, et dont Us durent à ses leçons de pouvoir abuser. Cette libéralité d’enseignement, qui empruntait à l’antiquité païenne ses exemples et ses modèles, aurait pu, sans injustice peut-être, se renfermer dans de plus étroites limites à l’égard des systèmes politiques et religieux inapplicables à nos sociétés chrétiennes. Mais elle aurait du inspirer à ceux qui s’en sont prévalus plus de confiance dans le clergé, et les faire rougir de l’ingratitude dont ils ont payé ses soins désintéressés h
1. On fait line part trop grande dans la Révolution à l’infïaence de Tancienne éducation des collèges. Homère, florace et Virgile y régnaient par-dessus tous les autres modèles classiques, et ce ne sont pas des yjüètes démocrates. On s’est préoccuxié des héros de Sparte et de Rome mais seulement depuis que des auteurs comme J. -3. Rousseau, MalDly et Montesquieu sont venus passionner leurs contemporains sur Thistoire de ces deux peuples, depuis que des républiques comme celle d’Amérique ont ajouté Texemple au précepte.
On négligeait peut-être un peu trop Tétude des institutions modernes ; car, x^our insx^irer raniour du pays, il convient de faire comx^rendre et honorer la loi et le pouvoir qui le gouvernent; pour faire aimer de la
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Dans le renversement de toutes les notions saines qui avaient inspiré les institutions de notre ancienne monarchie, dans la confusion des droits et des devoirs de l’autorité, la Restauration, qui voulait user de ménagements envers les nouveaux préjugés et affecter avec tous les partis une neutralité impossible, avait cependant dans l’éducation de la génération naissante la première garantie de son avenir; c’était par conséquent la question la plus urgente à poser pour arriver à une solution.
La liberté d’enseignement n’était pas seulement un conseil de la raison, mais un droit consacré par la Révolution et une promesse expresse de la Charte. Quelle influence occulte ou quelle hésitation pusillanime a pu faire ajourner cette sage et inévital)le mesure? N’y avaitil pas urgence à délivrer l’Etat d’un monopole odieux, et à le libérer de l’entretien onéreux de collèges peuplés de boursiers et de fonctionnaires inutiles? Cet aflrancbissement était attendu et n’aurait étonné personne. Quelques chaires d’aj>parat, queh[ues sinécures
jeunesse noire suinte religion, i! suriit Je lui en démontrer lu nécessité et les bienfaits, lùclie facile pour un nuiilre sincèrement ebrétien.
Mais enfin il n’est pas possible de contester aux œuvres de l’antiquité d’être les premiers types du lieaii dans tous les arts, a ses écrivains, d’être les plus vrais, parce qu’ils sont les plus et a ses philo-
sophes d’avoir ouvert rinunensité à la pensée humaine.
Tous les peuples ont passé par le progrès et la décadence. Où est la nation stationnaire? Les familles s’éteignent, se mêlent et se dé[»ravent comme les individus. La ditfusion du luxe et des sciences amène logiquement la lassitude et la dissolution. An spectacle él)louissant de réternelle mobilité de la création, quelle coml)inaison humaine x^eut compter sur la durée ?
A la divagation des systèmes modernes, aggravée par rinnuence incessante de riinprimerie et partagée i>ar les dépositaires de Fautorite qui s’al:)aridonne elle- même, ([u’on ajoute racliou des sociétés secrètes, et l’on aura la solution du problème de notre Révolution.
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littéraires auraient pu disparaître du budget ; mais aucun établissement n’eùt été fermé, aucune capacité répudiée.
Le corps universitaire, tel qu’il se trouvait constitué, était plutôt l’exacteur que le dispensateur des études modestes et sérieuses. Il exagérait les unes et opprimait les autres; les dignitaires y abondaient plus que les étudiants. Sa protection se résumait dans un impôt prohibitif sur la circulation de renseignement. C’était donc une réforme utile et morale; elle était due, elle était légale, elle eût été populaire. S’en effrayer n’était qu’une terreur panique ; car les écoles se seraient multipliées et améliorées par l’émulation qu’appelle l’indépendance, et leur surveillance eût été plus efficace sous l'impulsion d’un conseil supérieur désintéressé que sous le contrôle importun et minutieux d’inspecteurs rivaux, mobiles et dépendants.
La liberté eût probablement multiplié les collèges dirigés par des ecclésiastiques, et peut-être provoqué à la désertion de quelques autres. Mais quel droit ou quel intérêt peut avoir le gouvernement à l’empêcher, si telle est en effet la tendance des esprits? Si la sollicitude paternelle donne ouvertement la préférence aux maîtres qui placent leurs élèves sous la sauvegarde de la religion, ne serait-ce pas une odieuse tyrannie d’y mettre obstacle? Est-ce à attenter à la liberté de conscience qu’aboutirait la tolérance philosophique? Que deviendraient donc ses respects hypocrites pour le vœu des majorités, si tout un peuple pouvait être contrarié dans le penchant qui l’entraîne vers un mode d’enseignement et vers ceux qui le lui donnent, pour en subir un qui lui répugne, et que lui imposeraient ceux qui le vendent ?
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Si une nation tout entière voulait s’adonner à l’idolâtrie et à toutes les aberrations que la raison condamne, on ne voit pas sur quoi l’esprit du siècle fonderait sa prétention d’y substituer ses propres systèmes, puisqu’il a érigé en dogme que si un veut se 2^Grdre^ nul
n'a le droit de Ven emj^êcher
Les vérités évangéliques et l’abnégation religieuse ont bien aussi leur droit de propagande; si elles sont dangereuses au point de vue de la pure raison philosophique, ce ne peut être que par l’exagération du mysticisme, lequel isolerait le vrai croyant de tout attachement terrestre et par conséquent de tout sentiment patriotique. Un tel excès serait encore moins redoutable que la surexcitation contraire, car il ne produirait probablement que des citoyens paisibles et inactifs, ou queqlues ascètes sans conséquence. Mais l’austérité des maîtres dût-elle dépasser les limites d’une sage réserve, il n’y aurait pas lieu de s’en alarmer, les inspirations d’une piété trop exaltée n’étant pas plus à craindre que le culte exclusif des intérêts matériels et du scepticisme. Il est rare d’ailleurs que cette compression de la première révolte des sens soit contagieuse et survive à l’adolescence ; ce qu’on ne peut pas dire du système contraire. Toutefois n’eût-elle que le mérite d’en retarder un peu l’explosion, ce serait un véritable service à rendre à la société. Il y a donc peu de bonne foi dans cette défiance d’un zèle exagéré, de lui-même inolfensif.
On oublie trop que l’éducation religieuse est le plus puissant auxiliaire d’une instruction solide. Les plus modestes écoles animées de cet esprit l’emportent sou-